DISCOURS À LA NATION d’ASCANIO CELESTINI

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« Au départ, « Discours à la nation » est une somme de monologues typiques du théâtre italien né de Dario Fo dans les années 1980 : ce « théâtre-récit », ou « théâtre de narration » aux accents politiques et situationnistes. Ascanio Celestini, l’auteur du spectacle que j’évoque ici, est devenu très engagé, puis reconnu en Italie, et écrit ce genre de théâtre. Écrivain et dramaturge, ses textes sont publiés en romans par Einaudi, et il a aussi sorti un album de chansons, plusieurs documentaires, et a lui-même adapté son roman « La Brebis galeuse » (2010). En France, six de ses textes ont paru Aux éditions Théâtrales, au Serpent à Plumes ou chez Notabilia depuis « Luttes des classes » en 2013.

La couverture du livre

Cette version française de « Discours à la nation » rassemble des textes publiés en 2011 de l’autre côté des Alpes, et des monologues politiques et satiriques écrits ensuite par l’auteur. Ce sont ces derniers, une huitaine, qui sont interprétés par David Murgia depuis plus d’un an, entre France et Belgique.

Ça commence comme de l’Henri Michaux, avec des personnages indéfinis, métaphoriques et universels. Puis la satire arrive et ça se politise nettement, et le spectacle se place alors délibérément sous les augustes références de l’immense Jonathan Swift, l’auteur des « Voyages de Gulliver » -à qui Celestini rend hommage dans un texte démarqué sur celui où Swift expliquait que la misère serait éradiquée en Irlande quand on y mangerait les bébés- et Antonio Gramsci, écrivain et cofondateur du Parti communiste italien en 1921. » Hubert Artus

L’article complet sur le site de L’Express

 

Camarades dit par David Murgia 

Voir & écouter le monologue entier interprété par David Murgia sur Vimeo

Lire le texte complet de Camarades ici

 

Camarades dit par Ascanio Celestini 

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LA SAISON DES MYSTÈRES de Bruno ROMBI

images?q=tbn:ANd9GcQRP5_UmX4xjl_VU5ebmOG-iuliH_atxjb8qFj28zM5yGoEyQktErXthVkpar Philippe LEUCKX

 

 

 

Lansare-19-septembrie-Bruno-Rombi.jpgDans son grand âge, le poète de Gênes, originaire de Sardaigne, auteur d’une bonne quinzaine de livres de poésie et d’essais, se penche sur la « saison des mystères », à la fois l’âge qui lui rappelle ceux de la vie, mystères de l’être, du temps, de l’au-delà, mystères de la famille, cette Mère invoquée, ce Fils à l’adresse du Père, cette trinité sacrée, cette « sacra famiglia » dont nous sommes redevables pour mieux comprendre la vie, la mort, notre passage.

Le livre, assez bref, comporte une version trilingue – en italien, français, roumain, d’un même et long poème d’une vingtaine de pages bien tassées.

La saison des mystères – Timpul misterelor – La stagione dei misteri (Misterium tremendum latin).

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Le poète, aimant les longs textes, la syntaxe, les précisions, prend son temps pour explorer, l’âge aidant, ce temps qui lui reste.

Qu’avons-nous comme terre ? Polluée, pleine de bombes, de violences. Nous, les hommes, sommes devenus coupables de tant de dérives. Nous avons perdu le paradis, nous ne croyons plus en rien, nous défions toute transcendance et nous sommes bien impuissants à comprendre le monde.

A l’image de la famille, la trinité humaine comprend qu’elle « ne fut rien », « perdue », « fatiguée », sans amour, en quête incessante de la pureté perdue, prête à « écouter les voix du mystère », pour échapper « à la boue », quand tout se déglingue, que certains ânes ont « six pattes », quand il est temps « d’émigrer et d’errer en cherchant l’espace », de « sauver de la leucémie certaine / des innocents ».

Quelques images positives aèrent ce long poème endeuillé : « la trace de la pipistrelle en vol/ ne fêle pas la porcelaine du soir ».

Mais on comprend que, par le biais des figures du fils et du père, c’est le poète lui-même qui parle, quand il énonce : « je me retrouve perdu, seul et fatigué » et qu’il se revoit « enfant, jouant, rencontr(ant) un vieil homme », se dédoublant pour affronter, avec gravité, le Mystère entier.

Les dernières images parlent du christ comme un « frère » « hébergé », « frère de pierre désormais muet » (mot de la fin).

(L’édition roumaine a malheureusement laissé pas mal de coquilles dans la version française)

Bruno ROMBI, La saison des mystères, Editura Capriccio, 2014, Piatra Neamt, Roumanie, 66p.

LA FABRICATION DE L’ÉCRIVAIN

o-LAVA-900.jpg?1Il était enroulé là, dans ses phrases à deux sous, comme autant d’écharpes lui faisant des nœuds dans le cerveau, à moins qu’ils ne composassent le cerveau même. Un organe grevé de lourds fanons d’être.

J’eus pitié. Comme de tout ce qui balance entre la vie et la mort, qui hésite à mordre comme à se faire avaler. Quelqu’un qui crie Au livre, par exemple. À l’attentat policier, à la sagesse politique, au massacre des cygnes et des girafes tordues!
Un livre pour qui, pour quoi faire ?

Peu importe, j’aidai ce débris, cet avorton à se mettre debout, à défaire ses liens et je le mis en texte là sur la table d’opération. Il exultait. Il débordait. Il ahanait. À moi l’Annapurna ! À moi l’Everest de la Littérature! Alors qu’il était encore au pied d’un tas. De mots, d’idées, de silences.
J’eus un doute au moment de le finir, je l’entendais délirer : Mon livre mon éditeur mon livre mon éditeur… Et le comité de lecture de geindre. Même si le livre était mince, s’il ne pèserait jamais dans la balance… Même si l’éditeur était fait du même bois impropre au feu.

Il faisait chaud et inutile d’espérer la providence d’un déluge.

Un cheval me regardait, que j’avais fabriqué et sur lequel je reposais.

Une flamme naissait sous mes pieds que j’écrasai dans l’œuf.

On eût dit une éclipse, un arrêt du savoir dans la connaissance interminable du temps.

J’attendais du miroir une réponse. Mille ans passèrent pendant lesquels l’écrivain eut tout le temps d’être oublié.

Dans un cratère, je vis la forme d’un baiser et un volcan aux lèvres volumineuses qui me soufflait de ne rien dire. Ne surtout pas cracher dans la lave. 

L’AUTOBUS

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Prenons un autobus et examinons son intérieur.

Questionnons son identité profonde d’autobus.
Sortons le chauffeur, le contrôleur, le directeur de l’entreprise publique d’autobus

Et tous les sièges passagers.
Passons-les en revue avant le jour du trafic national

Puis cherchons la graine d’autobus

Dans le dénominateur commun du transport.

 

Ouvrons un roi un groin de roi n’importe lequel un roi

Des porcs épics des pics épeiches des pêcheurs de truites saumonées

Un vivant un mort vivant un prince appelé à devenir roi ou reine

Si l’idée de changer de sexe lui dit

Eliminons toute trace de chef de cabinet de taches de sperme de touche papy

De reine mère de roi pépère de vieux débris royaux

De couronne de galette de gazette des rois des fois que

Puis cherchons la graine de roi

Celle qui a fait germer tout l’arbre généalogique

Et qui menace l’équilibre de la noblesse de tomber

Dans la précarité la plus profonde

 

Ouvrons un soleil

Un soleil académique avec ses rayons qui plombent

Son noyau dur à la dent son hyperactivité monstre

Un soleil de fortune un soleil de caniveau

Un soleil pour estivantes ménopausées à la peau tachetée de jaune

Un soleil pour parasols à infra-rouge un soleil de merchandising

Un soleil de cour européenne à Bruxelles à midi

Ouvrons-le et prenons avec un thermomètre à mercure

Sa température faciale nord anale centre tir au cul bourré d’hélium 

Comptons le nombre d’années-lumière le séparant de l’extinction

Puis cherchons la graine de sun le grain de lumière

Celle qui fait germer les tournesols dans le sens des aiguilles d’une bombe.

 

Ouvrons un président n’importe lequel

Un président de l’AIB de l’AEB de la CGSP de la STIB de la Société Générale de Belgique

Un président de cour d’assises un président de sauveurs de l’humanité un président du fleuve Congo un président des éclusiers de la Sambre-et-Meuse.

Un président des abeilles un président des fourmis rouges un président des toreros en mal de queue de grands d’Espagne

Un président de l’association des présidents

Ouvrons-le découpons-le en morceaux réduisons-le en miettes d’administrateurs

Ne ménageons pas notre plaisir rions trions pour le bien de la planète

Puis cherchons la graine de président

Celle qui donne aussi les Premiers ministres et la ribambelle des ministres sous-ministres secrétaires d’état petits chef de bureau ou d’atelier

 

Ouvrons une école en deux en quatre en deux puissances cinq six sept

Classe après classe bulletin après bulletin circulaire après circulaire

Fichons-y un courant d’air du feu de Dieu ou d’Allah ou de Benyamin Netanyahou

Soufflons tous les cours de religion et de morale laïque et de petits riens

Autrement dit brûlons livres de messe et cahiers de prière avec leurs confesseurs au milieu

Comme dans la chanson d’église gommons tant qu’on peut Henri Dès et la littérature Petits Suisses la littérature à dire la littérature de gestes indigeste la littérature de revue lettres haut levées sens dessus dessous la littérature petite tresse attirée par le grand poil 

Refermons vite de peur que des miasmes de savoir institutionnalisé ne s’échappent dans la basse-cour du petit peuple.
Cherchons la graine de la science (et accessoirement la graine de silence, chut on marche sur des bruits étouffés)

Celle qui fait les gorges chaudes universitaires

Et les rumeurs incendiaires des coulisses des pompes académiques

 

Ouvrons la femme Ouvrons la misère Ouvrons la pauvre morte à toutes les dissections

Ouvrons son sexe aux splendeurs du coeur

Ouvrons les serrures du temps toutes les vannes du souvenir

Et cherchons les graines premières les graines séminales

Les graines du derrière et la graine du Levant

Les graines de guerre les graines de sang

Les graines à grandir et les graines à raboter le plancher

Les graines spatiales et les graines sous-marines

Les graines de meubles et les graines de sable

Les graines d’amis et les graines d’assassins.
Passons tout cela au tamis à la broyeuse au concasseur au blender

Et filons tant que tout est poussière

À la première supérette venue

Acheter une bouteille d’eau bien plate et privatisée (une belle bouteille blanche et belle au logo vide)

Mourons bouchés étouffés la bouche au goulot la tête prise dans le tuyau d’échappement

De l’autobus en grève pour cause d’école présidentielle fermée par arrêté d’un roi soleil  

DÉCADENCE suivi de SOIR NOIR par DENIS BILLAMBOZ

DÉCADENCE

 

Vague bleue

Vague rose

Marée marine

Marée noire

 

Le pays rugit

Le pays s’avilit

Le pays se liquéfie

Le pays est puni

 

Ils n’ont pas servi

Ils se sont servis

Ils voulaient être aimés

Ils ne savaient pas aimer

 

Noyés dans la décadence

Ils ont connu la déchéance

Laissant le pays en déshérence

Pauvre France

 

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SOIR NOIR 

 

Vague bleue

Vague rose

Marée marine

Marée noire

 

Déferlent les flots

Coulent les mots

Inondent les pages

Remplissent les plages

 

Les urnes parlent

Le peuple s’alarme

Les élus se défilent

Nos enfants se méfient

 

C’est la France

Qui entre en décadence

Oubliant son histoire

Un soir de désespoir

 

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Michel ONFRAY et Mylène FARMER revisitent LIBERTINE

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Michel Onfray qui ne tarit pas d’éloges sur Mylène Farmer qui illustrera de ses dessins le prochain ouvrage du philosophe, L’étoile polaire, à paraître en novembre prochain, vient de revisiter les paroles du tube, Libertine, des années 80 de la chanteuse en donnant à ses propos un tour moins léger voire carrément polémique. 

Jugez-en plutôt avec le refrain: C’est sûr sans sans BHL / Le mond’ tournerait plus rond  / Car la Libye de Kadhafi / C’était le Paradis… »

On attend la réplique en chanson du duo Lévy-Dombasle.

Le clip de Mylène comportant un featuring d’Onfray sortira pour servir sur tous les plateaux télé de la francophonie la promotion du livre réunissant les nouveaux inséparables…

FATALITÉ LYBIENNE

88957_300.jpgpar Denis BILLAMBOZ

Deux livres fort complémentaires pour essayer de comprendre tout ce qui se passe, ou a pu se passer, entre l’Europe et l’Afrique, entre l’Italie et la Libye notamment, toutes les migrations transportant des peuples vers une terre qui semblaient destinées à recevoir dans un même creuset l’Afrique et l’Europe et qui finalement a rejeté l’une et l’autre, laissant les hommes et surtout les femmes dans la souffrance et la douleur. Fatalité de l’histoire ? Un peu mais plutôt vanité des hommes qui n’ont pas su respecter les femmes et des dictateurs qui n’ont respecté personne, expulsant, rejetant, transportant, déplaçant des populations complètes à jamais déracinées.

 

cvt_La-compagnie-des-Tripolitaines_5517.gifLA COMPAGNIE DES TRIPOLITAINES

Kamal BEN HAMEDA (1954 – ….)

« Je dédie ce livre aux femmes et aux mères qui, une fois par semaine, pendant des années, manifestaient à Benghazi en Libye devant la direction générale de la Sécurité pour réclamer le corps de leurs époux, de leurs enfants disparus cette nuit du 24 au 25 juin 1969… » La dédicace est claire.

Cet hommage, l’auteur le rend à travers le regard d’un adolescent, Hadachinou, qui vient de subir, par surprise, sa circoncision ; il entre ainsi dans le domaine des adultes mais il ne peut pas s’arracher aux robes des femmes qu’il continue de fréquenter, écoutant leurs paroles, leurs gloussements, épiant leurs gestes, leurs petits jeux sensuels, affectant l’innocence en jouant encore avec ses poupées. Il n’aime pas les hommes qui n’ont que le ventre et le sexe pour préoccupations.

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Hadachinou visite les tantes, toutes les femmes adultes sont des tantes, la mère célibataire juive et sa grosse fille qui ne s’aiment pas, la couturière italienne qui se pense mal aimée de tous, la tante qui séduit les hommes à Djerba, la tante noire qui joue avec le diable, … et s’amuse avec ses amies, celle qui disparaît brusquement sans pouvoir épouser celui qu’elle aimait, la fille noire qui fait le service à la maison. Mais il n’aime pas aller chez la tante que son mari prive de tout et chez celle que son mari bat comme plâtre. « Celui qui ne connait pas la haine ne connaîtra jamais l’amour. »

En écoutant, en observant, en épiant, Hadachinou s’initie à la vie d’adulte au contact des femmes qu’il découvre à leur insu, dans leur intimité, constatant ainsi le sort qui leur est réservé et la veulerie des hommes qui les accablent de tous les maux. Il apprécie la compagnie de ces femmes, toutes tripolitaines, et qui, bien que d’origines très différentes, vivent toujours en parfaite harmonie, sont souvent complices et parfois même plus dans l’intimité de la chambre du fonds. « Je me demandais parfois comment des femmes aussi différentes pouvaient passer des heures durant à évoquer chacune son dieu, son peuple, ses pensées, libres dans leur folie, sans provoquer de réels conflits. C’est que ces femmes n’avaient ni pouvoir à garder ni avoir à surveiller. »

Un hommage à ces femmes qui n’ont aucune liberté, pas d’argent, rarement du plaisir mais qui reçoivent souvent des pluies de coups. Une complicité avec ses femmes qui cherchent des bouts de liberté, des morceaux du plaisir qui leur est refusé. Une quête identitaire au milieu des ces femmes libyennes, juives, italiennes, noires, berbères,… mais toutes tripolitaines et toutes maltraitées. Seules celles qui plongent leurs racines au plus profond de l’histoire africaine, berbères et noires, trouveront peut-être un jour un espace de liberté.

C’était avant la révolution, avant le dictateur sanguinaire, c’était au début des années soixante, mais la situation ne s’est pas améliorée… Le livre des mouches a peut-être raison : « Didon n’avait pas mesuré les conséquences de son acte : les hommes ivres et inconscients s’octroyèrent tous les pouvoirs, sourds à la parole des femmes, tout juste des ventres où se vider… »

« Sept filles dans une flûte. La goule tourne et tourne et en mange une… »

9782264061775.JPGLA MER, LE MATIN

Margaret MAZZANTINI (1961 – ….)

« Il s’agissait de réunir deux morceaux de terre, deux morceaux de temps. Au milieu, il y avait la mer». La mer qui réunit les côtes d’Afrique, de Libye en l’occurrence, et les côtes des îles italiennes qui reçoivent régulièrement la marée des populations africaines qui fuit ce continent de malheur. Dans un village perdu aux confins du désert libyens, le petit Farid vit avec sa jeune mère qui ne peut chanter que pour lui, et avec son père ; « Ils ne possédaient rien. Rien que des traces de pas que le sable bientôt effaçait » mais ils connaissaient la paix et même la tendresse et la douceur qu’une gazelle leur apportait jusque dans leur cour. Cette vie simple, frustre, mais paisible bascule un jour quand la guerre se déchaîne emportant le père dans sa cruauté cynique, alors la mère et Farid fuient, dans le sable brûlant, puis sur la mer à bord du misérable rafiot d’un marchand de chair humaine. Ils veulent partir vers l’Europe, espérant seulement pouvoir y survivre, en profitant de la politique d’émigration du Raïs qui cherche à noyer les plages européennes et les consciences occidentales sous le flot de la misère africaine.

Sur la plage d’une île italienne, Vito, un jeune homme qui ne sait pas encore quel sens donner à sa vie après ses études secondaires, ramasse les débris que la mer rejette sur le rivage. Vito n’a pas connu la Libye où son père et sa mère son allés s’installer à l’instigation du Duce, ils y ont prospéré, ont eu une fille, la mère de Vito, un autre Vito mort très jeune et abandonné dans un cimetière local. Mais le Rais a un jour décidé que les Italiens devaient rentrer chez eux, alors la famille est partie abandonnant tous ses biens sur place. La mère de Vito n’est jamais devenue une Italienne métropolitaine et quand elle a pu retourner en Libye, elle n’a pas retrouvé ses racines. Elle est restée en suspens entre les deux continents, entre les deux cultures.

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Margaret Mazzantini

Deux versions de la fatalité africaine, les colons envoyés sur le continent africain par un dictateur débordant d’ambition et abandonnés par leur pays d’origine et les pauvres indigènes qui n’ont pas choisi le bon camp, ou qui n’ont rien choisi du tout, qui n’ont plus que la solution de quitter leur maison et leur patrie pour seulement pourvoir survivre ailleurs. L’illustration simple et claire comme le langage de Margaret Mazzantini fait de phrases courtes et efficaces, de l’histoire des migrations forcées, entre la Libye et les îles italiennes du sud, qui envahissent encore actuellement la Méditerranée et les pages des journaux. Ce texte sert aussi à démontrer que cette fatalité n’est pas si fatale que ça, qu’elle doit certainement beaucoup plus aux Duce et Rais qui ont exercé dictatorialement et brutalement le pouvoir, repoussant au gré de leurs humeurs et ambitions des peuples entiers sur les flots de la Grande Bleue, qu’à tous les prétextes qui ont été inventés pour expliquer ces migrations meurtrières.

Et quand les grandes puissances se mêlent du jeu des dictateurs, elles oublient que ce jeu ne se termine pas quand le plus fou des belligérants est vaincu, il y a toujours un après, un après incertain à gérer… « Qu’est-ce qu’elles vont devenir, toutes ces armes quand tout sera fini ? »