CINQ POÈMES POUR DÉCEMBRE

Décembre
 
Cent fois cet hiver j’ai trituré ta neige
Malmené la surface pâle de tes froideurs
Pour atteindre le tison de ta joie
 
Dans le ventre d’une tendresse apparente
J’ai glissé des plaisirs défendus
Des cruautés d’arbre, des branches de verre
 
Des rafales tonnant sous tes feuilles
Ont lancé leurs bruits à l’assaut de ta chambre
Balançant leurs chants comme des grenades
 
De ton livre de braises a jailli un feu
Découpé en chapitres de flammes
Que je relirai en brûlant jusqu’à mes cendres
 
Cette luge traînant tes lenteurs
Je l’ai tirée jusqu’au sommet de ton être
Chargée de chats désirant tes jambes
 
Griffée à souhait d’arabesques de sang
Tu criais comme on implore la nuit
De vous écrire un brûlot de lumière
 
Ton sexe gonflé de fièvre délivrait
Son lot de fils d’araignée et de pattes érectiles
Dans mon lit froid comme cent sangsues.
 
Sur tes lèvres une pluie blanche est tombée
Que j’ai essuyée avec le revers de ma hanche
Avant que la saison ne te lèche tout entière

 
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La grange

 
Je prie dans la grange
Le saint du foin illimité
Pour des moissons de brumes
Et des religions damnées
 
Des porcs en goguette
Mangent dans la bauge
Des restes d’ordure
Mélangés à mon enfance
 
Combien de viandes m’attendent
Sous le couteau du boucher
Avant que ma chair n’explose
Entre les dents du cheval ?
 
Long week-end de belligérance
Dans les chambres tranchées
Les majorettes sont sources vives
Sous la peau de pierre du tambour
 
Que le temps m’abreuve
De ses cycles de l’aube
Si le fleuve du sens s’écoule
Dans la mer aux lumières  
 
Au départ je ne savais pas
Que ta bouche prendrait toute la place
Quelle ville deviendraient nos déserts
Derrière tes paupières de sable
 
Pour parfaire l’azur de ton nom
En écartant les pans du ciel
Je rêve d’un train de rues
Qui passerait par tes regards
 
Une voie ferrée dans le bocage
M’emporte vers l’ailleurs
Qu’un singe tient en éventail
Devant la gare de ton visage

 
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Autoportrait au miroir 

Tu es au cœur de l’humide
Ce caillou sec
Qui entend l’ondée
 
Ce pic de glace
Détaché de la banquise
Qui s’épuise dans le nombre
 
Tu es dans la racine
Le chiffre de la solitude
Qui se décline en sève
 
Cette chienne de chaleur
Qui court sur les braises
Pour me descendre en flammes
 
Tu es sur le mont
Cet affleurement ordinaire
Qui creuse sa disparition
 
Cet épi brisé
Dans le champ magnétique
Qui aimante à moitié
 
Tu es sous l’arbre de chair
Ce renoncement à la pluie
Qu’abhorre le soleil
 
Cet oiseau invisible
Qui s’enfonce dans le ciel
En dispersant ses ailes
 
Tu es cette aube semblable
Au miroir du jour
Vouée à se reproduire
 
Ce soleil pour rien
Dans la dorure astrale
Qui tombe dans le vide

Et moi qui plonge mes regards

Dans les peaux de l’image
Je me fonds dans le noir

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Tes lèvres

Tes lèvres me tyrannisent
Tes lèvres m’électrisent
Tes lèvres me verbalisent 
Tes lèvres m’animalisent
Tes lèvre me tiretirelisent
Tes lèvres me font lire
N’importe quoi
 
Tes lèvres je les tends
Tes lèvres je les fends
Tes lèvres je les lisse
Tes lèvres je les lèche
Tes lèvres je les siffle
Tes lèvres je les appelle
Du fond des fièvres
 
Tes lèvres naissent de mes rêves
Elles ont le goût de tes nuits
De tes livres ouverts
Je les ramasse au matin
Sur le bord de tes tasses
Comme un fruit tombé du nid
De tes bouches

 
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Des paupières
 
Des paupières
Comme des papillons
De nuit
 
Ailes repliées
Sur un rêve
Oublié
 
Pour couver des songes
Plus grands
Qu’un monde
 
Et le vent
Pour les faire s’envoler
Du côté du levant
 
Des globes oculaires
Comme des papillons
De jour
 
Mais à l’aurore
Où file
La fée du sommeil 
 
La reine des étoiles
À la couronne
Lactée
 
La muse amène
De mes poèmes
Endormis ? 
 

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