POÈMES GÉOGRAPHIQUES de THIERRY RADIÈRE (éd. Le Pédalo ivre)

radieregeo1.jpgAvec le temps

Dans Austerlitz de W.G. Sebald, on peut lire : « Je suis de plus en plus persuadé que le temps n’existe absolument pas, qu’il n’y a que des espaces imbriqués les uns dans les autres… »

À la faveur d’un voyage avec son aimée, le narrateur de ces poèmes géographiques fait jouer leurs souvenirs des Landes aux Ardennes dans une tentative de rapprocher leurs enfances, de les faire résonner.

Comme si l’ancrage dans un lieu donné, en bordure de l’océan, permettait toutes les fuites vers les temps retirés du passé, la terre commune de l’enfance. Tourner le temps vers hier, c’est, on le comprend, regarder vers la source, là où les vies sont parties, territoire imaginaire planté dans la peur et l’inadaptation qui vont régler notre rapport au monde.

Mais guère d’abstraction dans ces chemins lancés à travers temps : des souvenirs bien ancrés dans le réel.

je veux rester dans le concret

raconter des enchaînements

sans fin autour d’un poteau

les mains attachées derrière le dos

1001594_10153826914458872_1046379141910965718_n.jpg?oh=9c94475378629c5f2fca21bbc7a424c1&oe=570385B8

Il s’agit de ponts jetés avec les mots sur le cours de leurs existences. De glissades, souvent opérées sur une même page. D’une phrase à l’autre, on bascule dans le passé ou on revient au présent.

On y relève moult observations microscopiques, telles qu’enfant les faisait le narrateur. Avec sa propension à inventer des liens entre les choses, qui lui est restée. Comme ce goût pour les détails et l’instrospection, ce qu’il appelle ses petits bricolages intérieurs. Et à elle, le sens des formules qui le rassure. De même que son aspiration à la liberté, opposée à son savoir d’être prisonnier de lui-même. Et une mélancolie commune… 

Des personnages, des familiers, grands-parents et parents, se réaniment.

C’est comme si s’instaurait un dialogue : les vivants questionnent les morts par-delà les ans et les disparus à leur façon leur apportent des réponses. Nos aïeux nous parlent à travers le temps et les actes qu’ils ont posés ne cessent d’entrer en relation avec nos interrogations d’aujourd’hui.

Pendant tout ce voyage en pays sensible, conscient de la mortalité humaine, de l’effritement des choses, l’attention est portée aux signes de vieillesse, aux passages du temps, aux (in)digestions d’aliments, à la nausée de vivre, aux mauvais traitements de la nature et des animaux infligés par les hommes, aux équipées rassurantes en voiture, aux changements des saisons qui transforment paysages et intérieurs.

On a affaire à une poésie narrative, intense, un précis de souvenirs, mis perspective, pensés, dansés.

Chemin faisant, temps et lieux se mélangent, se tordent (vers la fin du recueil, on peut lire : « Avec le temps, les géographies se distordent. ») recréant un espace mental propre à réarranger les lignes de force du souvenir…

Radière nous fait partager un dialogue sur le ton, comme souvent chez lui, de la confidence. Pas d’espace fictionnel ici mais un dispositif qui, du je au tu, fait circuler les lieux et les souvenirs, happant au passage dans l’entre-deux, l’interstice le lecteur qui se fabrique son propre parcours mémoriel. Radière se sert du temps comme d’un allié, il fait équipe avec lui vers des endroits insoupçonnés de notre être.

Ce n’est pas grand-chose

mais c’est ainsi que nos histoires

s’écrivent entre écueils fissures ciel

silences cris et couteaux dans la plaie

Un nouveau recueil singulier paru dans la belle collection poésie, à la couverture caractéristique, du Pédalo ivre.

Éric Allard

12369159_10153826914453872_2897438006131371651_n.jpg?oh=8c2904b2347d4e63c300a53dec338c5e&oe=57221019

Titre : Poèmes géographiques

auteur : Thierry Radière
ISBN : 979-10-92921-09-0
Format : 11 x 18 cm
Nb pages : 92
Prix : 10 euros
éditeur : Le pédalo ivre

Le livre sur le site du Pédalo ivre

La page du livre sur Facebook

En savoir plus sur Thierry RADIÈRE

 

Publicités