COUP DE THÉÂTRE AU PS CAROLO: MAURICETTE CARÊME QUITTE LA PRÉSIDENCE DE L’USC pour se consacrer à la poésie

1955141751_B978105609Z.1_20160313193653_000_G566CPI4P.1-0.jpgQuatre jours après avoir remporté la présidence de l’USC avec 62% des suffrages exprimés, Mauricette Carême déclare vouloir se consacrer à la poésie.

Interrogée par téléphone, elle a bien voulu répondre à quelques-unes de nos questions en précisant que ce serait sa dernière intervention sur ce sujet dans les médias.

– Pourquoi cette subite démission ?

– Ayant atteint le sommet de ma vie politique, j’ai compris que je n’étais pas faite pour cette fonction. Les mots, le ressenti, le lâcher prise, les salons du livre régionaux, les rencontres entre auteurs, la production artisanale de plaquettes, les ateliers d’écriture sur le thème du printemps arable ou du poison dans l’eau, c’est ce qui m’intéresse désormais…

– Vous ne viserez pas le statut de poétesse nationale?

– Je n’ai pas cette ambition.

– Quels sont donc vos poètes préférés?

– Mes goûts me portent vers Celan, Jaccottet, Ponge, Emaz, Roubaud…

– Roubaud, vous voulez dire Rimbaud…

– Non, j’ai bien dit Roubaud.

– Que pensez-vous de la poésie actuelle?

– La poésie en prise avec le bon peuple socialise à tout-va et peut même, entre profondeur des abysses et cieux inatteignables, viser à l’universalisme. La poésie courante (sur les réseaux sociaux, dans les plaquettes) dévide le langage plus qu’elle ne la nourrit: ça coule sans absorber, ça se répand sans rendre compte, ça brille sans refléter…

– À vous entendre, on vous aurait bien vue ministre de la Culture voire échevine de la Culture ou, pour citer bellement un bon chanteur de chez nous: dans le culturel.

– Je laisse cela aux plus instruits de mes anciens collègues…

– Et le Socialisme, vous n’y reviendrez pas?

– Je ne m’interdis pas d’écrire quelques poèmes à la gloire du socialisme local qui a toujours donné des figures remarquables. J’ai d’ailleurs comme projet d’écrire sur les coqs de Jean Cau, pardon, je voulais dire Jean-Claude… Lui aussi, comme vous savez, s’est retiré de la vie politique active pour se consacrer à l’art…

Mauricette Carême a bien voulu nous livrer un de ces premiers textes inédits, fort prometteur.

La pluie elle tombe ronde

Entre les rayons du soleil

Dans le pré du bout du monde

Là dans le fond de mon jardin…

Mais non, ce n’est pas la pluie

C’est l’eau du tuyau d’arrosage du voisin

Qui déborde en gerbes d’or

Sur mes parterres de roses…

 

ANDY LE MARCHAND DE BONBONS / ANDY THE CANDY MAN par DEJAEGER & McDARIS

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ANDY LE MARCHAND DE BONBONS

 

Quand Andy s’éveilla d’un sale

cauchemar il ne pouvait plus parler

& ses mains de saxophoniste

tremblaient comme un mouton anglais

 

Andy avait besoin d’un médecin vaudou il

appela Mick Jagger il était en tournée

il appela Tina Turner juste pour voir ses jambes

la femme de ménage arriva & lui donna un remède

 

Le matin après le remède

Andy s’éveilla d’un rêve magnifique

& ses mains de saxophoniste étaient 

arrachées à sa queue en érection comme collées

 

Il ressemblait à la Tour penchée de

Pise la femme de ménage hurla en italien

Mamma Mia & et se mit à travailler avec un

aspirateur jusqu’à ce que ses nouilles dégonflent

 

Quand Mick & Tina finirent par arriver

après un mauvais vol depuis les Îles Caïman 

Andy prépara des gins tonic pour Mick pendant 

que Tina se déshabillait & grimpait dans son lit.

*

ANDY THE CANDY MAN

 

When Andy woke up from a nasty

nightmare he couldn’t speak anymore

& his sax-player hands were

shivering as an English sheep

 

Andy needed a voodoo doctor he

called Mick Jagger he was on tour

he called Tina Turner just to see her legs

the maid came & gave him a cure

The morning following the cure

Andy woke up from a magnificent dream

& his sax-plyer hands were

clinging onto his erect prick as if glued

 

He looked like the Leaning Tower of

Pisa the maid screamed in Italian

Mama Mia & went to work with a

vacuum until his noodle deflated

 

When Mick & Tina finally arrived

after a bad fly from the Caiman Islands

Andy made gin & tonics for Mick while

Tina got naked & climbed into his bed.

 

 

3413653484.jpgin ROCK’N’ROLL POETRY (éditions MICROBE): 10 textes écrits en anglais par Éric Dejaeger & Catfish McDaris (et traduits en français par Éric)

« Pour cette Rock’n’Roll Poetry écrite en anglais quadrumanement, il y eu fête. S’il y eut partouze, elle fut virtuelle: Catfish réside dans le Wisconsin, Éric dans le Pays Noir et bien qu’étant en contact depuis de nombreuses années, ils ne se sont jamais rencontrés. » E.D.

Le blog d’ÉRIC DEJAEGER

CATFISH McDARIS sur Wikipedia

Photo: Tina Turner & Mick Jagger en 1985 à Philadelphie

 

LA PREMIERE VICTOIRE DE L’ORDINATEUR SUR L’ENSEIGNANT & autres maux d’école

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La première victoire de l’ordinateur sur l’enseignant

La première victoire de l’ordinateur sur l’enseignant eut lieu au Centre National Cybermédia en présence de toutes les autorités robotiques éducationnelles le 16 mars 2016 à 16 heures. Par contre, l’inspecteur n’a toujours pas pu être battu par l’ordinateur car aucun logiciel, au stade actuel de l’intelligence artificielle, n’a pu encore intégrer les paramètres fantasques de sa confuse fonction.

 

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Burn-out

Ce prof en burn-out conduisit sa classe dans le mur. Heureusement, le tout nouveau tableau numérique fut sauvé du carnage.

 

 

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Le dissimulateur

À peine arrivé en classe, cet enseignant scrupuleux dissimule la boîte de craie, l’effaceur, le tableau noir ou numérique, le registre d’appel, l’ordinateur portable, le projecteur, l’écran, le journal de classe professoral, lui-même… À charge ensuite de l’étudiant de les dénicher. Pour l’examen, l’apprenant doit retrouver dans sa mémoire l’entier contenu du manuel de cache-cache.

 

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Au cours de silence

En étudiant son cours de silence de la science, cet étudiant aphasique mais pas sourd perçut des bruits qu’il se garda bien de révéler au risque non pas de mettre à mal le savoir du distingué professeur mais son passage dans l’année supérieure…

 

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Pendant les délibés

Pendant les délibés, cet enseignant sans repartie ni arguments construisait dans l’embrouillamini général des avions en papier dont il trempait la tête dans de l’encre indélébile avant de les lancer à la tête de ses collègues. Excédés, ceux-ci quittaient la séance, le laissant seul avec le directeur qui, craignant un pareil traitement voire pire, accédait sans réserve à tous ses avis.

 

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Haut potentiel

Dans cette école d’enseignants à haut potentiel, le directeur a disjoncté.

 

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PORTO / POÈMES (inédits) de PHILIPPE LEUCKX

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I

Que je cède quelque barque

Posée là au pied de la ville

Et que de Calem

Je regarde un peu

Ce qu’il me reste de ciel

Pour grimper

Sans assaut

Au cœur

Comme un premier voyageur

Qui se serait trompé

De ruelle

Pour s’éblouir

 

 

II

Du port partent

Des ponts

À ne savoir qu’en faire

S’il faut monter

Descendre

Emprunter ces rues

De solitude

Revenir au belvédère

De Sao Bento

Ou plus loin encore

Vers quelque village

Où le blanc des maisons

Naît d’un poisson

Frit à même la rue

Dans l’odeur qu’exalte

Un brin de nostalgie

 

 

III

Mais que faire de ce socle

Qui porte toute la ville

Sur son triangle de fleuve

De fer et de petits caissons ?

L’œil se déprend

De quelque rectitude

Pour oser la pyramide

Et ne jamais revenir

De ces couleurs posées

A l’envi en désordre

Comme un dédale

De couleurs

Qu’ombre à peine

Le grand ciel

Tout autour

 

 

IV

On va vers son proche destin

Dans une rue du monde

Qui déboule en mots

On oublie quelque berge

Qui porte touristerie

À grandes gerbes

La rue monte vers toi

Marin d’il y a longtemps

Ta mère se signe

Avant d’entrer

Aux Clerijos

Sans se retourner

Elle va poser ses mains

Sur ce bois de Christ

Qui est un fût

Qui panse la misère

Des temps

Elle porte à ses lèvres

De veuve

Un doigt de porto blanc

 

 

V

Je regarde sans prendre

Je m’éblouis

D’un rien de présage

À la couleur des murs

Jetés sur mon chemin

Qui va là dans mon ombre ?

Tu es là sans porte

À peine sans clé

Comme un marin déchaussé

Qui ne prendrait plus

La mer

Tu vas vers la ruelle

D’ombre

Qui cueille les souffrants

 

 

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ÉRIC CHEVILLARD 2895

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Depuis 2007, Éric Chevillard (né en 1964 à La Roche-sur-Yon) tient un blog, L’autofictif, sur lequel chaque jour il délivre trois fragments qui démontrent que la forme très brève peut donner lieu à une multitude de genres. Il y rend compte, par exemple, de son inadaptation au monde, de son statut d’écrivain peu lu, de sa méconnaissance assumée de l’anglais ou des bons mots de ses deux fillettes, Agathe et Suzie. Régulièrement, les Editions de L’Arbre Vengeur rassemblent en volumes ses textes courts et aphorismes qui dès lors disparaissent du Net.

Mais ils sont assez rares, les écrivains qui donnent à lire au jour le jour leurs quasi instantanés et n’attendent pas le moment de la publication pour les livrer au public. D’autre part, depuis Mourir m’enrhume en 87, il a publié aux Editions de Minuit une quinzaine de romans. 

Et il livre depuis 2011 ses coups de coeur et de griffe dans le feuilleton du journal Le Monde. Ses têtes de turc sont Beigbeder, Patrick Besson ou Alexandre Jardin.

Ses admirations vont à Beckett avec lequel il partage le goût de l’autodérision et d’une légère gravité, Flaubert, Michaux, Pinget, Gracq… Des écrivains qui ne se sont jamais prêtés au « cirque littéraire » où l’esbrouffe tend à cacher l’absence de talent. Ses amis en littérature sont Pierre Jourde (sans Naulleau) ou Christophe Claro (écrivain, traducteur et éditeur) qui, dans leurs activités de critique littéraire, pourfendent le même type d’écrivains et défendent une littérature exigeante.

De Nathalie Sarraute dont certains ont parfois jugé l’écriture âpre, il écrit: « Écrivain difficile », ont répété à l’envi les journalistes de télévision : le plus bel hommage funèbre que puisse prononcer la bêtise. Un jugement qui le définit plutôt bien.

E.A.

 

Voici une sélection de fragments sur les quinze derniers jours de L’autofictif. Autrement dit, entre ses 2880ème et 2895ème publications.

 

Suzie regrette de n’être pas née prématurée, car alors, nous dit-elle, son prochain anniversaire tarderait moins.

 

Un jour, quoiqu’un peu lasse parfois, ta nécessaire curiosité de chroniqueur t’amène à lire Erik Orsenna, écrivain dont tu ne connaissais jusqu’alors que la bouille cathodique, et à nouveau les bras t’en tombent – combien sont-ils donc, ces caciques de l’édition, couverts d’honneurs, de prix, de distinctions, dont les livres ne sont pourtant que d’indigentes singeries littéraires, de plates rédactions appliquées et stériles, sans voix ni corps ? De quel entregent tirent-ils leur pouvoir ? Ont-ils conscience ou non de cette criante imposture ?

 

Toute nudité semble promise à la vague ou à la flamme.

 

Borges a pris le labyrinthe, l’échiquier, les dés, le miroir, le rêve et le tigre. Il ne s’embête pas !

 

Le vertige, défaillance de l’oreille interne ou intuition sidérale de la profondeur de la tombe ?

 

En esprit, j’ai forgé un sabre. Ma pensée a passé et repassé sur son fil pour en affûter le tranchant. Intérieurement, je me suis exercé à le manier jusqu’à posséder une réelle dextérité. Mais, comme si ce nuisible avait deviné que je concevais tout cela à seule fin de le décapiter, de l’égosiller à mon tour moi-même et pour de bon, le coq derrière la maison a poussé son cri de fausset hystérique, anéantissant mon rêve de vengeance et m’arrachant une fois encore au sommeil.

 

Il suffirait pourtant de se rappeler ce que nous avons mangé d’abord. De l’œuf ou de la poule ?

 

Je m’étais fourvoyé dans cette salle municipale où les peintres du quartier exposaient leurs œuvres récentes. Le cri qui me vint spontanément fit refluer les couleurs des toiles. Quelques secondes plus tard, elles étaient rentrées dans leurs tubes. Depuis je cherche en vain à reproduire ce cri prodigieux et les artistes en m’entendant m’exclamer sur divers tons devant leurs croûtes croient que je cherche à exprimer au plus juste mon admiration !

 

Je tombe peu à peu dans l’oubli. Presque plus personne déjà ne se souvient de mon enfance.

 

C’est un feel good page-turner, une grosse merde en bon français.

 

On élève dans le parc zoologique de Guadeloupe un puma femelle déjà promis à un jeune puma mâle du parc zoologique de Guyane. Personnellement, je m’insurge contre ces mariages arrangés. Nous ne sommes plus au XIXe siècle !

 

SUZIE – Des fois, je fais semblant de dormir mais après ça m’endort vraiment.

 

Agathe et Suzie qui savent que je rapporte parfois ici leurs propos inspirés me menacent à présent de rapporter un jour les miens dans leurs livres à venir. Mais, à leur sourire narquois, je les soupçonne de noter plutôt mes sottises et mes mauvaises blagues. Ne les écoutez pas !

 

On dirait que le vol de la chauve-souris évite aussi les obstacles qui ne sont plus là ou pas encore, les grands arbres de la préhistoire et les constructions du futur. Sans doute est-elle aussi aveugle dans le temps.

 

C’est le seul moyen de fuir la société tout en faisant bonne impression, aussi je ne la laisse à personne : la vaisselle. 

 

Le cas de conscience des héritiers est devenu plus terrible encore, puisque désormais l’écrivain mourant qui les exhorte à détruire ses inédits ajoute : et vous ne me faites pas le coup de Max Brod, hein!

 

                                                     LE SITE d’ÉRIC CHEVILLARD

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SAUTEUR DE GIRAFES

000_DV1751363_0.jpgComme tout le monde, j’ai commencé par sauter mes puces et mes poux.  Il faut se faire les muscles des mollets et des cuisses même quand on est sale. À trois ans, je sautais sans façon un crabe femelle ou un poulpe mâle.  Puis, devenu pantouflard à l’adolescence, comme tous les rebelles en herbe, j’ai sauté mes chats et mes chiens et, parfois, quand j’allais à la campagne, pour fuir la touffeur des villes, des poules et quelques lapins. Je prenais goût aux sauts de toutes bestioles. J’évitais de leur asséner de mauvais coups, une bête touchée à la tête vous en veut longtemps et peut porter plainte. Et je n’ai jamais voulu être l’objet du ressentiment des animaux pas plus du moindre végétal.

(Malgré tout, au cours de mes exercices de préparation aux disciplines zoolympiques, j’ai parfois été maladroit et je profite de cette tribune provisoire pour présenter mes excuses à toutes les bêtes que j’ai pu indisposer dans ma course vers la place de numéro un. Tous ceux qui ont voulu occuper le premier plan dans une discipline ou l’autre me comprendront ; on ne parvient pas impunément au sommet sans malmener quelques quidams quand on ne les écrase tout simplement pas. Mais revenons à notre sujet.)

À ma majorité, je sautai des moutons et des cabris, des mouflons et autres bouquetins. Comme j’ai aimé sauter le bouquetin ! Pour son odeur et son poil dru, pour son regard droit et sa faculté de filer après l’action. Comme la chevrette après avoir été lutinée. J’ai de même sauté le cheval et le lion, le chameau et le léopard. Mais je suis surtout connu pour avoir sauté la girafe. Pas le girafon qui vient de naître, non,  Madame la Grande Girafe de mon-parc-d’attraction-préféré.

La girafe bien dressée et non la girafe courbée, au cou tordu, qui se repent d’une faute ou d’une mauvaise flexion. La girafe de concours qui tend son cou et lève haut la mâchoire. 5, 80 mètres de volonté aiguisée et de prestance. Comme la girafe sur le point d’être décorée de l’ordre de la feuille de séquoia.

J’ai réussi l’exploit avec une perche en bambou non traité. Je suis retombé après un renversé sans prétention mais un exceptionnel retourné sur un tapis de mousse, mitraillé par une armée de chimpanzés photographes venus de toutes les régions du globe primate. Avant de me faire embarquer par une association de lutte contre le rabaissement des animaux en voie d’élévation spirituelle. Autrement dit pour humiliation grave à agent animalier en service rétribué.

Je purge ma peine dans un centre de rééducation pour sportifs atypiques. J’apprends la nage sous canard colvert autorisée en étang protégé. Avec des palmes ordinaires et un tuba trop long. Auprès d’éducateurs en peaux de bêtes (payés en monnaie de singe) mais je ne suis pas dupe, j’ai reconnu dans leurs yeux la lueur mauvaise du gardien de zoo.

 

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LE DÉNI par PHILIPPE LEUCKX

10286423-legion-d-honneur-du-prince-d-arabie-saoudite-les-mails-qui-revelent-les-dessous-de-l-affaire.jpgLorsqu’Hollande décore le fiston d’un roi rétrograde, amateur de femmes sans droits et d’opposants sans têtes, l’on est en droit de se demander si Marianne ne doit pas porter jusqu’à la raie des cheveux un vêtement de deuil!
Le voilà inféodé à des guignols en robes qui dénient à la femme toute espèce de vie à l’air pour porter jusqu’aux pieds les grimaces de leurs tenues
Pauvre Europe qui croit s’ouvrir en flattant les plus basses convoitises.
Le voilà le guignol reparti au pays avec un hochet d’honneur.
En attendant, là-bas, tous les pauvres réduits à la figuration (femmes, étrangers) ou promis au massacre (médias, dissidents) tentent d’apprendre le mot « vivre » sans légion ni honneur.

 

ELLE PUT UN JOUR SORTIR DE LA MAISON… par PHILIPPE LEUCKX

news_27366_0.jpgElle put un jour sortir de la maison, mais sous la surveillance d’un grand frère ou sous la férule d’un mari.
Elle ne montrait ni peau ni mains ni jambes, et parfois elle s’embarrassait la marche lorsqu’elle devait monter dans un tramway ou grimper des escaliers aux marches trop distantes.
Elle n’avait ni nom ni fonction : elle était d’usage de l’autre, citée en référence de l’autre, père, frère ou mari.
Un jour, le coeur fut trop grand pour si peu de place et on commença à la regarder, à la voir.
Mais ce fut scandale. On moquait sa chevelure, son pantalon, on la taxait de « garçonne ».
Elle ne signait rien , puisqu’elle n’existait pas. L’argent transitait par les mains du chef de tribu.
Elle allait de cuisine en chambre, vivait du marché au grenier et à la cave, du tissu à ravauder à l’écharpe tricotée; elle était d’intérieur.
Un jour, elle serait suffragette, bas-bleu, députée, Prix Nobel.
En attendant, on la supposait indigne, seconde, mineure, mère, fragile, faible; son nom s’étouffait dans le mépris rentré des maîtres, des maris, des fils, exigeant qui un droit de cuissage, qui un repas au doigt et à l’oeil, qui toutes les servitudes.
Elle s’appellent Yourcenar, Curie, Ernaux, de Beauvoir, Avril, Eberhard, Sagan, Joplin, Sei Shonagon ou encore Sand. Sylvestre. Szymborska.
Elles ont mis dix mille ans pour obtenir un début de nom au bas d’un document officiel.

 

Photo: Lee Miller #4 par Man Ray

L’HOMME QUI MARCHAIT DANS SES RÊVES de DENIS BILLAMBOZ – Épisode 24

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FIN DE L’ÉPISODE PRÉCÉDENT

Il était dans son rêve, plus rien n’existait, même le paysage se diluait dans les images qu’il construisait pour donner un cadre, une réalité à ses fantasmes, pour que ceux-ci ne s’échappent pas trop vite, qu’ils durent encore longtemps, une éternité au moins, qu’ils lui laissent le temps d’aimer encore des centaines de femmes qui lui apporteraient des espaces nouveaux, des mondes à conquérir, et des milliers de bonnes raisons pour vivre encore longtemps comme un prince, comme un maître de ces mondes nouveaux. Un cheval secoua brusquement la tête faisant cliqueter les boucles de son harnais et la magie fut rompue, le rêve s’évanouit comme un fantôme au lever du soleil, le spectacle était toujours grandiose mais il n’y avait plus que le décor, les acteurs avaient tous rejoint les coulisses de la réalité attendant un autre rêve pour revivre une autre fois encore, … peut-être ?

ÉPISODE 24

Galsan Tshinag semblait lui aussi ailleurs, peut-être pas dans un rêve mais plutôt dans ses souvenirs, bien concrets eux, qui le ramenaient au temps où, gamin, il gardait les moutons avec son père et toute sa famille, sur cette montagne splendide mais peu accueillante en hiver quand le froid dévorait tout et qu’il fallait vivre sous la yourte en gérant les calories comme un avare gère ses pièces d’or. Ce temps qui était si dur et pourtant si merveilleux, ce temps que les technocrates avaient liquidé, comme un joueur disperse sa fortune, condamnant les nomades à la sédentarisation dans des bâtiments de misère, dans des bourgades de misère, pour une vie de misère, mais une misère qui offrait la possibilité d’aller à l’école et d’étudier, d’apprendre, de découvrir que le monde existait au-delà de la montagne et qu’il recélait d’autres trésors qui n’attendaient que des conquérants valeureux. Et, redescendant le chemin de sa vie, il se souvenait de son arrivée en Allemagne de l’Est pour étudier dans une université où la nostalgie lui donnerait l’envie d’écrire son histoire, de décrire son ciel bleu qui est bleu comme nulle part ailleurs. Il se redressa sur ses étriers comme pour dire qu’il était fier de lui, fier de son pays, qu’il était content de faire découvrir à son ami et que, peut-être, son pays était, lui aussi, fier de lui. Comme par magie les deux hommes se tournèrent simultanément l’un vers l’autre, des étincelles scintillaient dans leurs yeux, il n’était même pas nécessaire qu’ils parlent, ils étaient en cet instant en communion devant ce panorama qui les avait emmenés sur des chemins différents mais tout aussi enchanteurs.

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Galsan Tschinag

L’invité rompit le premier le silence parce qu’il éprouvait le besoin de remercier tout simplement :

– Merci !

– De rien !

– Aussi, de beaucoup !

– C’est aussi un énorme plaisir de montrer mon pays aux étrangers, ils sont si peu nombreux à venir à notre rencontre.

– Et pourtant c’est un tel bonheur de grimper là-haut et de découvrir ces paysages merveilleux.

– Des paysages dont on m’a éloigné quand j’étais encore enfant mais cette rupture m’a entraîné vers d’autres mondes où j’ai découvert d’autres trésors.

– Et, aujourd’hui, tu as refais le chemin que tu as emprunté quand tu as quitté cette montagne.

– Comment as-tu deviné ?

– Pas très difficile, c’était écrit dans tes yeux !

 -Oui, c’est toujours un moment de joie intense et de nostalgie mêlées quand je viens sur cette montagne, c’est mon enfance, c’est mon père, c’est ma famille, c’est ma tribu, c’est le peuple de ces montagnes, qui sont tous là avec moi, autour de moi. Mais c’est aussi le début du chemin qui m’a conduit vers le savoir, vers les autres. Alors l’émotion est double et même un peu ambigüe. Je ne sais comment définir cet état d’esprit.

– Je comprends.

– C’est tout un monde qui meurt et un autre qui naît doucement, lentement, avec hésitation, comme s’il avait peur d’affronter tout ce qui l’entoure et de disparaître avant d’être réellement.

– Mais ce monde est là maintenant et il ne demande qu’à grandir et rayonner dans la paix et le bonheur.

– Que les dieux de la montagne t’entendent !

– Ils m’écoutent, c’est déjà quelque chose !

Il avait laissé son ami sur la montagne et, sur le dos de son cheval, il était parti comme une flèche, comme dans son rêve, il chevauchait depuis des semaines dans les vastes plaines quand il rencontra une montagne encore plus énorme que celle qu’il venait de quitter, dont le sommet se noyait dans un océan de vapeur et de brume. Il décida de se diriger vers cette montagne tout en sachant qu’il ne pourrait certainement pas l’escalader mais peu importe, il s’en approcherait suffisamment pour découvrir les paysages qui devaient, là-bas aussi, être fantastiques et époustouflants. Il avait marché encore longtemps sur des sentiers de montagne plus escarpés que des chemins de chèvres, où son cheval devait faire preuve de l’agilité du chamois pour ne pas rompre ses os et ceux de son passager dans les abysses vertigineux qu’ils dominaient. Il avait rencontré des montagnards armés comme des soldats des commandos d’élite mais habillés comme de vulgaires paysans de ces montagnes, des hommes agiles, rapides, silencieux comme les animaux qui peuplent ces contrées extrêmes. Il avait dû parlementer moult fois pour qu’on le laisse passer, il avait fallu qu’il étale son maigre bagage et fasse preuve de sa parfaite neutralité dans tout ce qui pouvait se tramer dans ce pays qu’il ne connaissait pas bien. Il avait appris que ces montagnes étaient les plus hautes du monde, les plus inhospitalières et qu’il s’y déroulait depuis des lustres des luttes entre des clans, des partis et même maintenant des nations. Mais, il n’en savait pas plus, il voulait seulement voir les cerfs-volants chatoyer dans le ciel de Kaboul. Mais Dieu que le chemin était long.

Chaque fois qu’il voulait demander son chemin, on se détournait de lui, parfois même on lui intimait l’ordre de filer rapidement en lui pointant une arme sur le ventre. Il se demandait dans quelle galère il s’était fourré, dans quel pays il avait bien pu s’égarer. Les routes n’étant pas si nombreuses, il avait fini, tout de même, par emprunter celle qui arrive à Kaboul, là où il voulait se rendre en toute innocence. Il savait bien que le climat était un peu agité, que les armes dialoguaient plus souvent que les factions opposées, que le climat n’était pas au beau fixe et que les émotions étaient à vif, mais il n’imaginait pas un tel chaos, un tel désastre. La ville fumait sans cesse comme un volcan en pleine activité, grondant tout autant, crachant le feu régulièrement. Il ne savait que faire, ni où aller, il était convaincu qu’il ne verrait pas avant longtemps des cerfs-volants chatoyants déchirer l’azur du ciel de Kaboul. Il fallait rebrousser chemin mais il ne savait comment, il ne pouvait pas retourner d’où il venait, il fallait qu’il trouve une autre issue.

 

Il était là, égaré dans ses pensées, quand une fusillade éclata et qu’une main ferme le saisit et le plaqua à terre, derrière un muret protecteur. Il dévisagea celui qui voulait le soustraire aux dangers de cette ville infernale et fut surpris de découvrir qu’un autochtone se souciait de la santé d’un étranger dans cet enfer. Ils restèrent suffisamment longtemps, tapis derrière leur maigre protection, pour être sûr que les belligérants avaient bien consommé leur ration quotidienne de munitions et qu’ils s’étaient suffisamment défoulés pour laisser un instant de répit à ceux qui voulaient rejoindre leur domicile, s’il était encore possible de parler de ça quand on vivait dans ce tas de cailloux qui avait été une ville. Ils se redressèrent donc et son protecteur lui demanda ce qu’il pouvait bien faire dans cette galère. Il lui répondit qu’il voulait surtout la quitter et que le plus vite possible serait le mieux mais qu’il se demandait bien comment il pourrait parvenir à ses fins. Son interlocuteur, lui dit n’être Afghan que de naissance, de posséder désormais la nationalité américaine et n’être que de passage dans cette ville pour essayer de retrouver un ami qu’il devait sauver car celui-ci l’avait, des années auparavant, lui-aussi, tiré d’un pas fatal. Il lui proposa de l’accompagner jusqu’à la maison qui lui servait alors de refuge et qui appartenait à son père quand celui-ci était encore un brave commerçant kabouli que les extrémistes n’avaient pas encore assassiné.

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Khaled Hosseini

Arrivé dans ce qui restait de la modeste demeure, il lui dit qu’il était écrivain américain, qu’il s’appelait Hosseini, Khaled Hosseini, qu’il était venu à Kaboul par des moyens qu’il était préférable de ne pas dévoiler pour la sécurité de ceux qui en disposaient. Il lui offrit le gîte et le couvert jusqu’à ce qu’il trouve une solution pour s’évaporer de cette ville autrement que dans la fumée d’un bombardement ou le corbillard des fossoyeurs chargés de nettoyer régulièrement la ville car, si on tuait, on le faisait à peu près proprement afin de limiter les risques d’épidémie. Il lui raconta ensuite comment, enfant, il avait été un as du cerf-volant qu’il pratiquait avec le fils de leur domestique et comment, après le changement de pouvoir, il avait dû quitter la ville où son père avait été assassiné pour ne pas avoir soutenu le bon clan. Il était parti ainsi en Amérique laissant ses amis seuls face à la meute des combattants sanguinaires au pouvoir et, quand il avait appris la mort de son ami, il s’était senti obligé de revenir au pays pour soustraire le fils à la sauvagerie de ceux qui avait tué père.

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Dans le contexte dans lequel il s’était trouvé plongé sans l’avoir réellement cherché, cette histoire ne lui parut même pas insolite, elle lui semblait tout simplement banale tant la violence sourdait de tous les pores de cette ville en furie. Il lui demanda comment il pensait pouvoir ressortir de la nasse en emmenant l’enfant avec lui, son hôte lui dit qu’il n’en savait encore fichtrement rien, il eut cependant un petit doute pensant que l’écrivain devait bien avoir au moins un début de plan qu’il ne voulait pas partager pour limiter les risques ou ne pas mettre en danger ceux qui devaient l’assister dans sa fuite. Il fit celui qui croyait ce qu’on lui avait dit et évita ce sujet un peu ambigu, pour le moment au moins. Il devait, lui aussi, trouver un moyen de s’exfiltrer (mot très à la mode depuis un certain temps, depuis qu’il est de plus en plus difficile de s’infiltrer dans certains pays sans risquer d’y rester plus longuement que prévu), de s’esquiver de cette marmite en ébullition permanente, avant de se faire prendre par des combattants pas forcément très accueillants avec les étrangers, surtout ceux venus de l’Europe de l’ouest.

Il comptait un peu sur ces amis écrivains, Zariâb et Rahimi, désormais en France pour lui indiquer des filières, des amis fiables, qui pourraient lui signaler des passages sûrs, ou du moins les moins périlleux, pour sortir de la ville et passer ensuite la frontière avec le Pakistan, là où elle est aussi étanche qu’un papier crépon. Il se démenait avec son téléphone cellulaire, essayant de trouver un ami qui pourrait lui donner le numéro d’au moins l’un de ces deux écrivains mais les communications étaient difficiles, les réseaux étaient souvent saturés, sa batterie faiblissait. Il s’énervait, transpirait, se retournait avec brusquerie, avait du mal à respirer, il était entortillé dans ses draps et commençait à suffoquer quand il ouvrit enfin un œil pour constater qu’il était bien dans son lit et que son rêve l’avait embarqué dans une sinistre histoire dont il n’arrivait pas à s’extraire.

Quand il eut allumé la lumière, repris possession de son domaine personnel, de son environnement habituel, des objets qui lui appartenaient, de ses esprits et de sa lucidité, il put enfin respirer tranquillement et émerger de la fébrilité dans laquelle l’avait plongé ce rêve angoissant. Il était déçu car, une fois encore, il s’était envolé dans un grand rêve épique qui l’emportait sur les ailes de l’aventure pour un vaste périple plein de joie, de bonheur, d’images, d’odeurs, de jolies filles et d’amour. Et, une fois encore, il se retrouvait acculé dans une impasse, le souffle court, cherchant désespérément une issue à une situation inextricable. Décidément ces rêves qui lui faisaient oublier la banalité de son quotidien et la médiocrité qu’il ressentait dans la société dans laquelle il évoluait, le conduisaient aussi, bien souvent, dans des situations sans issue où il s’enfonçait dans la panique et l’angoisse.

Il fallait qu’il trouve une solution, qu’il s’inquiète moins, qu’il emmagasine moins d’idées noires, moins d’inquiétude, moins d’angoisse dans son subconscient, qu’il lise peut-être des livres moins graves, plus optimistes, moins empreints des travers de la société actuelle. Mais, voilà, les écrivains racontent la société dans laquelle ils vivent et, même s’ils choisissent de remonter dans le temps, ils y transportent, bien souvent, les angoisses et les frayeurs qui les habitent pour les transposer dans leurs œuvres, espérant ainsi s’en débarrasser, pour un temps au moins.

Il ne pouvait cependant pas abandonner la société de ses amis du monde imaginaire qu’il avait bâti avec les sédiments de ses lectures car c’était à peu près la seule compagnie qui lui restait pour parcourir le dernier bout de route qui devait l’emmener vers le terminus où chacun finit par se retrouver un jour. Sa famille était réduite à quelques neveux et nièces qui ne le fréquentaient que de plus en plus épisodiquement et à quelques amis, survivants du temps où il émargeait encore au compte des gens actifs qui contribuent au fameux « Produit Intérieur Brut » de la nation, qui avaient, pour le moment au moins, échappé au tribut des divers fléaux chargés de réguler les populations dans nos sociétés trop bien, trop mal, nourries : cancer, embolie, infarctus, etc…

Non, il ne laisserait pas ses amis virtuels, peut-être plus réels que les autres, malgré les quelques tourments qu’il ressentait certaines nuits, il fallait peut-être simplement qu’il choisisse ses lectures du soir plus attentivement pour éviter les sujets trop angoissants avant de s’envoler vers d’autres horizons sur la selle du cheval ailé de ses songes. Et puis, un bon café effaçait vite une petite frayeur matinale qui était, tout aussi vite, remplacée par une nouvelle lecture qui l’emportait vers une autre destination, vers d’autres personnages, vers d’autres préoccupations, pour d’autres émotions, d’autres joies, d’autres agacements, parfois même des colères inabouties, contenues, tout un monde nouveau qui laisserait lui aussi quelques dépôts sur la couche sédimentaire de plus en plus épaisse qui fournissait la matière première du monde qu’il bâtissait de jour en jour pour ne pas s’enliser dans un morne quotidien de vieillard vieillissant avant l’âge, s’aigrissant avant d’avoir vécu, mourant avant d’avoir connu la vie jusqu’au bout de ce qu’elle peut offrir.

 

LA GRANDE DÉSILLUSION

arton117866-225x300.jpgpar Denis BILLAMBOZ

Ces deux auteurs ont voulu, avec des histoires bien différentes, démontrer que le triste sort de la femme arabe d’aujourd’hui n’a pas grand-chose à voir avec l’histoire du peuple arabe, pas plus qu’avec la religion musulmane telle qu’elle était pratiquée au Moyen-Age. Ils explorent tous les deux les grands textes arabes médiévaux qui exhortent l’amour des corps sans l’amour des coeurs, la communion des corps dans la paix et la félicité, le raffinement dans les relations entre les sexes. Tous les deux décrivent le grand choc culturel et affectif provoqué par la rencontre en l’évocation de ces textes et le statut de la femme arabe en Syrie et Tunisie notamment où ces deux auteurs ont passé au moins une partie de leur vie.

 

9782266191180fs.gifLA PREUVE PAR LE MIEL

Salwa AL NEIMI ( ? – ….)

 

Dans ce joli petit livre qui ressemble plus à un essai qu’à un roman, ou plutôt un essai qui se déguise en un roman pour ne pas endosser toute la gravité de ce qu’il évoque, cette poétesse syrienne nous emmène à la redécouverte des grands textes érotiques arabes médiévaux. « Certains invoquent les esprits. Moi, j’invoque les corps. Je ne connais pas mon âme ni celle des autres, mais je connais mon corps et je connais leur corps ». « Le Penseur » lui fait découvrir l’amour des corps sans l’amour des cœurs, la communion des corps dans la volupté chantée dans ces textes, la transgression qui submerge les tabous et exacerbe la liberté du sexe et à la plénitude des sens. «La morale qui est mienne guide mes actes et m’en donne la mesure. Selon les principes que je me suis donnés. L’effet de mes actes sur ma vie, cela seul m’intéresse : mon visage après l’amour, l’éclat de mes yeux, mon corps recomposé, les mots qui brûlent dans ma poitrine et les histoires qu’ils construisent ».20281-130206120346809-1-000.jpg

Bibliothécaire, elle est chargée d’explorer « l’enfer » de la Bibliothèque Nationale de France pour écrire un essai sur les grands textes érotiques arabes à l’occasion d’une exposition organisée à New York. Au cours de cette recherche, elle se met à rêver de cette époque où les corps étaient rois, où les mœurs étaient raffinées, où les hommes et les femmes vivaient dans une harmonie sexuelle irénique. Pour replonger au cœur de cette civilisation, elle éprouve le besoin de se ressourcer dans le monde arabe, elle se rend alors à Tunis où elle va à la rencontre des femmes arabes, les écoute et découvre l’étendue de la misère sexuelle dans laquelle elles vivent. « Comment parler même d’éducation sexuelle quand les rudiments de l’anatomie restent à apprendre ? » Elle mesure l’immense étendue qui sépare l’atmosphère raffinée qui baigne les textes érotiques des grands auteurs arabes médiévaux du quotidien des femmes arabes d’aujourd’hui : le mariage qu’il faut bien accepter, le mari qu’il faut supporter et qui finit par tromper, les stratagèmes qu’il faut inventer pour vivre un peu d’amour…

La belle illusion qu’elle a vécue rencontre alors brutalement la triste réalité, la vie n’est pas un conte fantasmé mais une bien dure réalité que Salwa Al Neimi met en scène habilement dans cette histoire d’une femme qui croyait encore au raffinement érotique médiéval en explorant les textes classiques du genre et qui finit par accepter toute la banalité de son quotidien. Un joli texte empreint de poésie mais aussi une dénonciation ferme du sort infligé aux femmes dans le monde arabe contemporain.

Le livre sur le site des Éditions Robert Laffont

 

51zblnCnPiL._SX303_BO1,204,203,200_.jpgTIRZA

Ali ABASSI (1955 – ….)

 

Je suis entré assez difficilement dans ce récit mais progressivement ma lecture s’est épanouie pour finalement éclore en une jolie inflorescence littéraire. Ce texte fluide, souple, poétique, enrichi par des mots rares et précieux, s’enroule en une rapsodie orientale atemporelle où les personnages naviguent dans le temps comme les héros dans « La chanson des gueux » de Naguib Mahfouz. Mais cette déambulation littéraire évoquant la littérature arabe médiévale, heurte de plein fouet la violente réalité du monde maghrébin et peut-être du monde en général.

Un jeune Tunisien, après une expérience malheureuse à l’étranger, rentre au pays, à Tirza, petite bourgade aux confins du désert peu à peu rongée par les sables. Il y rencontre une jolie fille déjà engagée dont il tombe amoureux et une femme évanescente qui semble sortir tout droit des sables alentours comme un mirage, deux êtres symbolisant le monde actuel pragmatique et barbare qui avilit les femmes et le monde onirique des contes ancestraux et de l’amour chevaleresque. Il reste en suspension entre ces deux mondes avec son amis qui erre entre ces espaces temporels jusqu’à s’y perdre. « Nous sommes tous des enfants de la nuit, même ceux qui n’ont pas connu les ténèbres ».img_auteur_2326.jpg

Un conte de l’amour et de la mort tout droit sorti des Mille et une nuits sur fond de la réalité quotidienne ambiante à la fin du XX° siècle dans le Maghreb, un composé d’onirisme et de cruelle réalité, d’élucubrations fantastiques et violences triviales, un récit où le poète n’arrive pas à se fondre dans l’employé, le cadre, l’ingénieur, le citoyen lambda, où il voudrait rester dans ses rêves. « Je sourirai aux palmiers et aux sycomores ; je ferai des brins de causettes avec les fourmis et les cloportes, je compterai les étoiles du soir… »

« Quel bonheur vivrions-nous si nous n’avions plus que l’amour ? »

Le livre sur le site des Editions Joëlle Losfeld.