L’ÉPHEMÈRE CAPTURE de JEAN-LOUIS RAMBOUR & PIERRE TRÉFOIS (préface de BERNARD NOËL)

l-ephemere-capture-de-jean-louis-rambour-et-pierre-trefois.jpgDes mots et des images

Rarement on aura vécu une telle osmose entre le lisible et le visible dans un ouvrage comme celui-ci qui confronte 12 poèmes à 12 dessins, sollicite l’éveil du regard-lecteur comme jamais et fait circuler du sens entre eux, ce que montre Bernard Noël dans sa remarquable préface.

« L’originalité de ce livre et sa force sont dues au fait que Jean-Louis Rambour et Pierre Tréfois, au lieu de poser côte à côte des mots et des images, ont fait de leur rapprochement une proximité révélatrice. »trefois.jpg

On ne peut dire, en effet, si les textes ont été écrits à partir des dessins ou l’inverse, et on regarde ces pages en vis-à-vis de mots et de lignes, de signes pour tout dire, d’une manière globale, tout en passant du texte au dessin et réciproquement.

« Il est capital, dans ce livre, que chaque poème de Jean-Louis Rambour voisine avec un dessin de Pierre Tréfois dont le tressage graphique et coloré anime sans cesse l’espace. »

Les dessins de Pierre Tréfois sont à la fois des entreprises d’effacement et des révélateurs de lumière, des trouées de couleurs. Ils créent des trous noirs, des cratères aussi bien que des cicatrices, des lignes de fracture, des lieux de jointure de lèvres, de plaques sensibles où le plaisir retiendrait et délivrerait ses substances. Des dessins faisant tantôt penser à une hydrographie des veines, tantôt à des effiloches de soie folle.220px-Jean-Louis_Rambour_en_2007.jpg

La ligne, dans les traitements que lui appliquent Tréfois, masque autant qu’elle révèle.

Le noir et blanc, la vie et la mort, la figure du cercle sanguin et de la blessure sont autant de motifs innervant les textes de Jean-Louis Rambour qui nous font (re)bondir de Carlo Bergonzi aux barbelés de la Kolyma, du gui des pommiers à cidre aux tunnels du métro Barbès, des œillets de la reine des Belges au bandonéon de Bouglione, aux matières du Vésuve à la laque blanche d’un lac de Finlande mais, il va sans dire, dans des transitions subtiles à l’intérieur d’un même poème ou d’un poème à l’autre.  

L’épigraphe de Daniel Bensaïd peut aussi aider à entrer dans ce livre où l’infiniment grand côtoie l’infiniment petit, le « dérisoire » voisine avec l’existentiel, la parodie avec la rébellion, où l’éphémère capture l’éternité.  

Un recueil qui propose une aventure poétique et sensorielle intense et émerveillée, qui s’appuie sur la surface pour creuser le sens, qui use de toutes les potentialités imagières de la ligne et du caractère métaphorique des mots.

On a pris l’habitude aux soirs des journées chaudes

De garder à l’iris l’ensemble des lumières

À nous d’en tirer le meilleur usage pour éclairer nos intérieurs.   

Le livre est dédié à la mémoire de François Rambour, jeune homme salamandre.

Éric Allard

 

L’ouvrage est paru aux belles éditions Éranthis.

Dans la même collection, était paru l’an passé Rouge résiduel par André Doms et Pierre Tréfois et une postface de Jean-Louis Rambour.

Jean-Louis Rambour et Pierre Tréfois avaient déjà écrit un autre ouvrage ensemble en 2011, La vie crue, aux éditions Corps Puce.