GHERASIM LUCA

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Ghérasim Lucan, de son vrai nom Salman Locker, naît à Bucarest en 1913.
Il prend part dans les années trente aux activités du groupe surréaliste roumain avec Tristan Tzara, Victor Brauner, Benjamin Fondane, Constantin Brancusi mais n’adhérera jamais au groupe surréaliste français quand il viendra vivre à Paris dans les années 50.

Toute sa vie, il refusera toutes les idéologies, toute forme de compromission. 

Il se donne la mort à l’âge de 80 ans en se jetant dans la Seine le 9 février 1994, comme l’avait fait 24 ans avant lui son ami Paul Celan.

Gilles Deleuze qui écrira sur sa poésie a dit de lui qu’il était le plus grand poète français de son époque.

Son oeuvre a inspiré toute une poésie de l’oralité parmi lesquels Serge Pey, J.-P. Verheggen, Olivier Cadiot, Christophe Tarkos…

 

Quelques articles pour en savoir plus:

Ghérasim Luca, éveilleur des mots dits, par Jean Gédéon

Gherasim Luca, Paul Celan: un au-delà de la langue dans la langue?, par Sibylle Orlandi

L’insistance sur l’homophonie chez Gherasim Luca: création poétique et association libre, par Pierrick Brient

 

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Gherasim Luca disant PASSIONNÉMENT en 1989 

SON CORPS LÉGER

Son corps léger

est-il la fin du monde ?

c’est une erreur

c’est un délice glissant

entre mes lèvres

près de la glace

mais l’autre pensait :

ce n’est qu’une colombe qui respire

quoi qu’il en soit

là où je suis

il se passe quelque chose

dans une position délimitée par l’orage

Près de la glace c’est une erreur là où je suis ce n’est qu’une colombe mais l’autre pensait : il se passe quelque chose dans une position délimitée glissant entre mes
lèvres est-ce la fin du monde ? c’est un délice quoi qu’il en soit son corps léger respire par l’orage

Dans une position délimitée

près de la glace qui respire

son corps léger glissant entre mes lèvres

est-ce la fin du monde ?

mais l’autre pensait : c’est
Un délice

il se passe quelque chose quoi qu’il en soit

par l’orage ce n’est qu’une colombe

là où je suis c’est une erreur

Est-ce la fin du monde qui respire

son corps léger? mais l’autre pensait :

là où je suis près de la glace

c’est un délice dans une position délimitée

quoi qu’il en soit c’est une erreur

il se passe quelque chose par l’orage

ce n’est qu’une colombe

glissant entre mes lèvres

Ce n’est qu’une colombe dans une position délimitée là où je suis par l’orage mais l’autre pensait : qui respire près de la glace est-ce la fin du monde? quoi qu’il en
soit c’est un délice il se passe quelque chose c’est une erreur glissant entre mes lèvres son corps léger


 

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LE NERF DE BOEUF 

 

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PRENDRE CORPS 

je te flore /

tu me faune /

je te peau / je te porte / et te fenêtre /

tu m’os / tu m’océan / tu m’audace / tu me météorite /

je te clé d’or / je t’extraordinaire / tu me paroxysme / tu me paroxysme / et me paradoxe / je te clavecin / tu me silencieusement / tu me miroir / je te montre / tu me mirage / tu m’oasis / tu m’oiseau / tu m’insecte / tu me cataracte / je te lune / tu me nuage / tu me marée haute / je te transparente / tu me pénombre / tu me translucide / tu me château vide / et me labyrinthe / tu me parallaxes / et me parabole / tu me debout / et couché / tu m’oblique / je t’équinoxe / je te poète / tu me danse / je te particulier / tu me perpendiculaire / et sous pente / tu me visible / tu me silhouette / tu m’infiniment / tu m’indivisible / tu m’ironie / je te fragile / je t’ardente / je te phonétiquement / tu me hiéroglyphe / tu m’espace / tu me cascade / je te cascade à mon tour / mais toi / tu me fluide / tu m’étoile filante / tu me volcanique /  nous nous pulvérisable / nous nous scandaleusement / jour et nuit / nous nous aujourd’hui même / tu me tangente / je te concentrique / concentrique / tu me soluble / tu m’insoluble / en m’asphyxiant / et me libératrice / tu me pulsatrice / pulsatrice / tu me vertige / tu m’extase / tu me passionnément / tu m’absolu / je t’absente / tu m’absurde / je te marine / je te chevelure / je te hanche / tu me hantes / je te poitrine / je buste ta poitrine / puis ton visage / je te corsage / tu m’odeur / tu me vertige / tu glisses / je te cuisse / je te caresse / je te frissonne / tu m’enjambes / tu m’insupportable / je t’amazone / je te gorge / je te ventre / je te jupe / je te jarretelle / je te peins / je te bach / pour clavecin / sein / et flûte / je te tremblante / tu m’as séduit / tu m’absorbes / je te dispute / je te risque / je te grimpe / tu me frôles / je te nage / mais toi / tu me tourbillonnes / tu m’effleures / tu me cerne / tu me chair cuir peau et morsure / tu me slip noir / tu me ballerine rouge / et quand tu ne haut talon pas mes sens / tu es crocodile / tu es phoque / tu es fascine / tu me couvres / et je te découvre / je t’invente / parfois / tu te livres / tu me lèvre humide / je te délivre / je te délire / tu me délire / et passionne / je t’épaule / je te vertèbre / je te cheville / je te cil et pupille / et si je n’omoplate pas / avant mes poumons / même à distance / tu m’aisselle / je te respire / jour et nuit / je te respire / je te bouche / je te baleine / je te dent / je te griffe / je te vulve / je te paupière / je te haleine / je t’aime / je te sens / je te cou / je te molaire / je te certitude / je te joue / je te veine / je te main / je te sueur / je te langue / je te nuque / je te navigue / je t’ombre / je te corps / je te fantôme /

je te rétine / dans mon souffle / tu t’iris /

je t’écris /

tu me penses

par Claudine Simon & Elise Dabrowski

par Arthur H 

 

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LA DÉRAISON D’ÊTRE

le désespoir a trois paires de jambes le désespoir a quatre paires de jambes quatre paires de jambes aériennes volcaniques

absorbantes symétriques il a cinq paires de jambes cinq paires

symétriques ou six paires de jambes aériennes volcaniques sept paires de jambes volcaniques le désespoir a sept et huit paires de jambes

volcaniques huit paires de jambes huit paires de

chaussettes huit fourchettes aériennes absorbées par les

jambes il a neuf fourchettes symétriques à ses neuf

paires de jambes dix paires de jambes absorbées par ses jambes c’est-à-dire onze paires de jambes absorbantes

volcaniques le désespoir a douze paires de jambes douze

paires de jambes il a treize paires de jambes le désespoir a quatorze paires de jambes

aériennes volcaniques quinze quinze paires de jambes le désespoir a seize paires de jambes seize

paires de jambes le désespoir a dix-sept paires de jambes

absorbées par les jambes dix-huit paires de jambes et dix-huit paires

de chaussettes il a dix-huit paires de chaussettes dans les

fourchettes de ses jambes c’est-à-dire dix-neuf paires de jambes le désespoir a vingt paires de jambes le désespoir a trente paires de jambes le désespoir n’a pas de paires
de jambes mais absolument pas de paires de jambes absolument pas absolument pas de jambes mais absolument pas de jambes absolument trois jambes


 

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L’ÉCHO DU CORPS

prête-moi ta cervelle

cède-moi ton cerceau

ta cédille ta certitude

cette cerise

cède-moi cette cerise

ou à peu près une autre

cerne-moi de tes cernes

précipite-toi

dans le centre de mon être

sois le cercle de ce centre

le triangle de ce cercle

la quadrature de mes ongles

sois ceci ou cela ou à peu près

un autre

mais suis-moi précède-moi

séduction

entre la nuit de ton.nu et le jour de tes joues entre la vie de ton visage et la pie de tes pieds entre le temps de tes tempes et l’espace de

ton esprit entre la fronde de ton front et les pierres de

tes paupières entre le bas de tes bras et le haut de tes os

entre le do de ton dos et le la de ta langue entre les raies de ta rétine et le riz de ton iris entre le thé de ta tête et les verres de tes

vertèbres entre le vent de ton ventre et les nuages de

ton nu entre le nu de ta nuque et la vue de ta vulve entre la scie de tes cils et le bois de tes doigts • entre le bout de tes doigts et le bout de ta

bouche entre le pois de tes poils et la poix de ta poitrine entre le point de tes poings et la ligne de tes

ligaments entre les pôles de tes épaules et le sud-est de

ta sueur entre le cou de tes coudes et le coucou de ton

cou entre le nez de tes nerfs et les fées de tes fesses entre l’air de ta chair et les lames de ton âme entre l’eau de ta peau et le seau de tes os entre la terre de tes artères
et le feu de ton

souffle entre le seing de tes seins et les seins de tes

mains entre les villes de ta cheville et la nacelle de

tes aisselles entre la source de tes sourcils et le but de ton

buste entre le musc de tes muscles et le nard de tes

narines

entre la muse de tes muscles et la méduse de

ton médius entre le manteau de ton menton et le tulle de

ta rotule entre le tain de ton talon et le ton de ton

menton entre l’œil de ta taille et les dents de ton sang entre la pulpe de ta pupille et la serre de tes

cernes entre les oreilles de tes orteils et le cervelet de

ton cerveau entre l’oreiller de tes oreilles et la taie de ta tête entre le lévrier de tes lèvres et le poids de tes

poignets entre les frontières de ton front et le visa de

ton visage entre le pouls de tes poumons et le pouls de

ton pouce entre le lait de tes mollets et le pot de ta

paume entre les pommes de tes pommettes et le plat

de tes omoplates entre les plantes de tes plantes et le palais de

ton palais entre les roues de tes joues et les lombes de tes

jambes entre le moi de ta voix et la soie de tes

doigts entre le han de tes hanches et le halo de ton

haleine

entre la haine de ton aine et les aines de tes

veines entre les cuisses de tes caresses et l’odeur de

ton cœur entre le génie de tes genoux et le nom du

nombre du nombril de ton ombre

 

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LA MORPHOLOGIE DE LA METAMORPHOSE

C’est avec une flûte

c’est avec le flux fluet de la flûte

que le fou oui c’est avec un fouet mou

que le fou foule et affole la mort de

La mort de la mort de

c’est l’eau c’est l’or c’est l’orge

c’est l’orgie des os

c’est l’orgie des os dans la fosse molle

où les morts flous flottent dessus

comme des flots

Le fou est ce faux phosphore qui coule

phosphore qui cloue la peau du feu

aux eaux aux flots de la porte

alors que la mort de la mort

de la mort morte et folle

n’est que le lot le logis de la faute

qui fausse la logique de loup doux

de la forme

de la forme en forme de mot en forme de mort

en forme de phosphore mort

qui flotte au-dessus de la fausse forme

c’est le loup du faux cette forme

le faux loup qui fait qui ferme

les fausses portes

qui coule sous la fausse faute

et qui fout qui fout qui fouette

la peau d’eau de la mort

La mort la mort morte en faux en forme de flot qui flotte au cou de la forme eau forte et phosphore doux âme molle de l’effort de l’or de l’or mou de l’amorphe

La logique de l’amorphe fouette et foule l’analogie folle elle la fouette dans sa fausse loge qui est en or comme en or comme l’horloge qui orne le logis d’un mort

Mais le mort le mot d’or d’ordre

le mot le mot d’or d’ordre

de la mort de la mort

c’est mordre c’est mordre les bornes de la

forme et fondre son beau four dans le corps de la

femme

Feu mèche et fouet

la femme fourchette le refus du monde

flamme qui monte haut très

très haut et en or

hors de l’horloge très elle se montre

hors de l’horloge des formes très

et hors du mètre

qui ferme et qui borne les ondes

Tache molle aimée et mince mince et mauve sur un faux fond or orange et oblong

La mort longe le mélange des formes

mais le mort le faux mort le mot

le métamort faux

fausse la métamort fausse et amorphe

il fausse la métamorphose de la mort

la morphologie de la mort folle et amorphe

la morphologie longue longue et amorphe

mort folle de la faute

faux fouet de l’effort qui flotte

reflux d’une horloge qui s’écroule et remonte

fausse métamorphose d’une vraie porte en or

et de l’or en faux phosphore

flou comme les flots du cou

et rond comme un mètre long long

comme un mètre de trois mètres blonds

fou qui montre au clou une fausse orange folle

et au loup le faux logis de la flûte

morphologie de la folle de la follement aimée

de la bien-aimée affolante

dans sa peau affolante

la fausse fourchette affolante du phosphore

analogique et c’est ainsi que la mort est bien morte elle est bien morte la mort la mort folle la morphologie de la la morphologie de la métamorphose de

l’orgie la morphologie de la métamorphose de

 

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LA VOIE LACTÉE

L’atome, la tomate, une simple tomate sur une tige en rage atomique et on peut, si, on le peut si cela vaut vraiment la peine debout, de bouger une bougie dans la bouche de l’homme et la paix,
la peine de mettre le feu au bout, un tout, un tout petit peu et on peut de nouveau bru brûler au vol, au volcan où le père, perpétuellement à l’affût d’une canne,
fut à jamais tué d’un coup d’aile, ainsi que la colle, l’acolyte du bourreau, son accolade, mais tout cela délimiterait un peu trop les trois héros de la boue natale et le
mythe de la proie et de la pomme.

On sait que la pomme n’est rien, n’est rien d’autre qu’un sein, un symbole du lâchez-pas la chair de la chimère, une chaise atmosphérique et sa chaîne, bol de lait qui
traîne saoul sous la peau, nuée noyée dans la braise centrale, cent plats portés sur un plateau platonique tonique à la portée d’un manque d’haleine, plateau de
seins sphériques féeriques, éther, éternellement plantés dans la plaie de l’homme.

Elle est la fronde tirée sur tout et surtout la frontière de tout, de tout ce qui tousse et tout étouffe, elle bouche l’issue du goût, du gouffre, borne la forme du corps et
sans fer s’enferme, sue, suce et suffoque.

Sa chair est sue, sucrée, elle effraie, elle est fraîche, et au contact tact de la tiède, de la tienne, c’est comme une tache dans l’air que ta chair celée se laisse toucher
par la sienne.

L’homme et le monde partagent entre eux le ver qui ronge le cœur de la pomme et comme une éponge aux yeux ouverts bien au delà du miel et du mal, le malheur absorbe l’absurde
surtout sur toute la longueur de sa courbe qui naît, qui naît ailleurs et qui n’est d’ailleurs qu’une formule.

Et la vie n’est rien, n’est rien en dehors de cette langue, de cette langueur des bornes courbées sous le poids d’une formule.

Ayant à remplir d’abord la forme d’un sein en chaleur, c’est comme la vipère dans la vie du père que la courbe rampe à la recherche d’une bouche mais celle-ci étant
privée de dents, son ascendant est la balle, la balance, ainsi le sein est bien obligé de verser son lait dans une autre version de la hantise qui est innée à sa
néantisation.

Entourée de sel qui livre sa rage à une salive d’absinthe, entourée de ses lèvres rouges mais absentes, la bouche sans dents boit, lave, voile l’acte de téter, elle
boit la Voie Lactée comme on lèche ou comme un chien qui aboie.

L’acte de suer dessus, l’acte d’être déçu au-dessous de soi-même et le sein, le simple fait de vouer, de vouloir ex ex exciter et exercer la succion sur un monde à
excréter ex à exécrer aidé dé dé et déjà créé, crève le rêve du vampire et le sue, le suce en retour, se retourne souvent contre le
vampire même, qui expie, expire, essaie et sec et ce qui qui étant, qui est encore pire, ce qui empire encore plus le pis, le pire, c’est qu’en expirant le corps secrète, il
secrète le secret des mots et des mobiles, le secret de sa mobilité.

Et c’est dans le noyau du feu foetal, dans le noyau foetal et focal d’une pêche immobile que l’homme noie à jamais le sec, le secret de son péché figé, fixé et
pétri pétrifié à jamais.

Ses jambes perdent pied entre la pêche et la pomme et il tombe raide dans un de ces rien du tout, dans un de ces aériens tombeaux du beau où le laid n’est qu’un bien, un but, un
sein, un simple attribut du mal, du malheur d’être.

Naître dans son propre tombeau sévit, vire et crève, c’est vivre la vie d’un décapité qui rêve.

Sa captivité constitue tue à l’aise les œufs qui palpent des pépins et des tétins qui palpitent, les seules thèses qui palpitent dans une tête perdue,
eperdument suspendue et pendue entre les deux pôles d’une vie subie subite, entre les deux épaules de la victime.

Dans le même centre excentré excentrique où la vie n’est que l’excès expansif d’une plaie morte, entre les deux tempes d’une tempête viol viol biologique, la tête
tragique de l’homme loge en même temps deux antithèses tactiques, constantes et amantes, constamment prêtes à centrer leurs tics lubriques sur un sein, à s’entretuer
sur le sein d’une synthèse réelle et luisante,-réalisant ainsi une sorte d’extase infirme-infinie, seule prothèse coupable capable dessous, de soulager sa panique, sa rage
logique et sa tourmente.

Tout état, tout, tout est à tout étage âme, tout est à jamais corps coordonné, donné, ordonné dans un corps et une âme emmurés à jamais
dans un tout mou et muet, noué, ficelé, scellé à jamais à la roue des torts, des tortures où tout est mutuellement mutilé, déterminé, terminé,
miné, état, état établi et obstrué, délimité, réglé, bouché et de toutes parts encerclé clef.

Et pas de clef à la serrure de ce porc, de cette porte, pas de clef et pas de serrure, et si nos sens, si l’innocence tire à faux sur le vide qui l’absorbe, si pour sortir de
l’absurde on doit d’abord l’aborder et dégorger, égorger l’essence d’une vie qui noue, qui nous borne et nous tente, et forcer les ondes qui ouvrent et qui ferment une porte
existante, ne pas oublier que les pores, que les portes de prix, de prison, par dix ou par mille parmi nous, dissimulent partout une cour intérieure qui les entoure et les voile comme une
loi qui se voit et qui se dévoile simultanément à la mort, à la morgue, orgue en orgasme dans tous les organes de lait de l’être, et que celui-ci se complaît dans
son complexe complet où plaie, plèbe, blé et blessure réfléchissent l’être qui lèche ainsi sa morsure et qui fléchit sous la flèche qui le
reflète.

Où où ouvrir les prisons sur la scène du nouveau-né ou sur rien ne veut rien dire sinon défi, défilé creusé dans les cimes, dans les cimetières qui
sont des berceaux, des os, des seaux de lait enterrés dans la matière d’une matrice d’où on déterre tous les jours le même ver de lait de l’être fou, fourré
dans ce rien qui est tout, dans ce rien qui s’entoure de toutes parts par lui-même et qui sape, qui s’appelle pomme ou prison.

Une prison c’est l’être lui-même cloîtré derrière sa clef et son cercle, et comme une louve au rire acre mais fier, l’ouvrir s’aime mieux à l’écart, c’est
mieux écarter la rupture entre le cri sacré du moi et les griffes de l’autre, c’est à dire un moi, un moyen de sacrifier la créature à quelque chose d’autre, massacrer
le créateur dans sa créature, et avec les os de l’écho du chaos et dans une sorte de coma de combat entre l’homme et l’atome, la tomate, l’automate, recréer le
créé et être ainsi par rapt, par rapport à lui, la parade d’un para-être qui surgit et s’insurge à l’intérieur de soi-même comme le coma, comme une
comète en coma dans le ventre de la terre.

 

COMMENT S’EN SORTIR SANS SORTIR, un récital fimé en 1989

Le corps hors du corps, sur un récital de Gherasim Luca, filmé par Raoul Sangla

 

product_9782070410699_195x320.jpgUNE LARGE SELECTION DE POÈMES DE GHERASIM LUCA

Gherasim Luca chez José Corti

Gherasim Luca chez Gallimard 

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