HAPPY BIRTHDAY MR COHEN !

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L. Cohen est né le 21 septembre 1934 à Montréal.






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LE LIVRE DE SA VIE

amour%20livres.jpegCet homme était tombé amoureux fou d’un livre.

À la première phrase, il avait compris que c’était le livre de sa vie. Il l’avait lu et relu des dizaines de fois et il n’en restait pas moins épris, raide dingue, bleu de bleu de ce livre. Il pouvait demeurer en admiration devant la première de couverture ou la quatrième ; feuilleter ses pages lui procurait des sensations inouïes. Il restait des heures à contempler sa tranche, la préface, la postface, les pages liminaires, tout le paratexte.

Pour ses amis, après avoir été un objet de curiosité, le livre était devenu sujet de plaisanterie puis d’agacement. Pour sa femme, un véritable objet de jalousie, un motif de scènes terribles.  Elle en était arrivée à ne plus le voir en peinture, il n’était plus question qu’on y fasse allusion.

Ses amis (qui avaient trouvé le livre bien ordinaire), ses collègues de bureau (qui n’avaient jamais rien lu), son patron (qui ne comprenait pas qu’on pût s’intéresser à autre chose que lui), sa femme, donc, s’allièrent pour le faire renoncer à cet amour contre nature (il en reste en ce domaine malgré l’ouverture d’esprit extraordinaire, et parfois pittoresque, de ces dernières décennies) et firent tout pour l’éloigner du bouquin chéri.

Mais l’homme résistait à ces manoeuvres multiples.

Sur le net, il avait trouvé des extraits du livre en téléchargement libre. Il en cachait des pages dans la maison sous le tapis de sol, dans les vieux jouets des enfants et, au bureau, dans ses classeurs de travail. Il finit par apprendre le texte par cœur comme ces personnages de Fahrenheit 451.

Mais peut-on aimer par cœur sans revoir jamais l’élu de ses jours, sans toucher ce qui lui tient de support, sans le humer, le parfumer, le caresser, le lécher, le presser contre soi et se presser contre lui, de tous ses pores, jusqu’à verser quelques sécrétions…

La lecture des phrases, imprimées ou non, était à chaque fois source d’éblouissement et d’un contentement vif non moins qu’intense.

Le livre, son livre, était un objet et un être, un contenant enveloppant une individualité foisonnante de richesse et de beauté.
Aujourd’hui, notre homme vit heureux sans femme ni amis ni boulot, en seule compagnie du livre de sa vie dont il ne se lasse jamais comme il se doit avec un amour aussi vif qu’éternel.

 

LECTURES D’ÉTÉ

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9782330014285.jpgPROFANES (Actes Sud, 2014, 288 p.)

« Profanes » de Jeanne Benameur convoque un nombre restreint de personnages mais réussit à faire d’un décor unique le lieu de mutations et de respirations nouvelles. Un vieux chirurgien du cœur, Octave, décide de terminer ses jours en invitant quatre personnes, trois femmes, un homme, à venir s’occuper de lui, au fil de ses journées, en parfaite alternance. Ainsi, Hélène, Yolande, Béatrice et Marc, peu à peu, se glissent dans la peau de cette étrange villa, pleine de souvenirs et de mémoire. Octave a perdu sa fille, n’en a jamais guéri, séparé de sa femme. Le temps, celui des journées partagées, celui du souvenir âpre, celui des clartés gagnées sur la nuit, à force d’échanges, de poésies (Ocave s’adonne au haïku), le temps est le grand compagnon du vieil homme, tendu cependant, mais fécond comme quelque chose que l’on remporte sur soi, une sombre victoire.

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Jeanne Benameur

L’histoire se déroule en peu de jours et laisse en la mémoire du lecteur une richesse insoupçonnée de caractères, de psychologies et de climats. L’écriture, très fine, très poétique, souvent elliptique, maitrise ses champs : on sent l’auteur proche des thèmes qu’elle traite avec une infinie élégance et une aisance douce.

L’on retiendra longtemps les conciliabules prégnants entre Octave et ses amis du jour ou de la nuit. Voilà un roman intimiste qui plaira aux plus exigeants.

Un auteur à suivre. Au grand talent.

Le livre sur le site d’Actes Sud

 

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pluie_jaune-168x281.jpgLA PLUIE JAUNE (Verdier Poche, 2009, 144p.)

Le livre traduit de l’Espagnol Julio LLamazares est une prodigieuse analyse d’un destin humain, aux prises avec une nature hostile et le Temps, inexorable dévoreur.

Un homme vit dans un hameau isolé des Pyrénées espagnoles, complètement vidé de ses habitants. Il est marié à Sabina et possède une chienne fidèle.

Au fil du temps, les habitants sont partis, laissant le village s’effondrer sur lui-même. 

La mort de Sabina, l’attente épuisante, le lent travail sur lui-même et sur sa mémoire qui peu à peu s’altère, la mort des choses et la perte des liens acheminent le roman vers la déliquescence.

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Julio Llamazares

Le lecteur sort de ce livre effrayé par la dose de réalisme et d’étrange que le romancier a pu injecter à sa fiction : tout y est vraisemblable et prégnant, comme toute existence qui se sait presque finie, étouffée par tant de contraintes.

Un classique envoûtant.

Le livre sur le site des éditions Verdier

 

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rafale-soseki.jpgRAFALES D’AUTOMNE (Picquier, 2015, 212p.)

Soseki (1867-1916) l’auteur de « l’Oreiller d’herbes », est mort il y a juste cent ans.

L’auteur japonais excelle à décrire des personnages englués dans la solitude. Ici, un homme de lettres, professeur déchu, Shirai Dôya, deux jeunes hommes, amis d’études, Nakano et Takayanagi.

L’écriture est au cœur du roman : Dôya passe toutes ses journées à écrire sans en retirer un avantage pécuniaire ni beaucoup de notoriété. Son ancien élève du secondaire, Takayanagi, veut quant à lui faire de l’écriture sa vie mais n’y parvient guère.

Dans un jeu de relations amicales d’entraide et de compréhension, les trois personnages de Soseki révèlent l’impitoyable société d’alors, peu amène pour les créateurs littéraires, fascinée par les apparences et la fonction. On sent l’auteur critique de ces usages, dans des descriptions d’un univers attaché à ses convenances.natsume.jpg

Une grande finesse d’analyse perce les enjeux de cette histoire aigre-douce, dont l’amertume tient surtout à ces parcours d’écrivains de l’ombre, tout à leur art et abandonnés dans une vie qui les ignore.

Un classique naturaliste, sans doute, dans l’acuité des observations, et par une écriture qui cerne au plus près l’essence de la vie.

Un auteur à (re)découvrir.

Le livre sur le site des éditions Picquier

LISA HANNIGAN

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LISA HANNIGAN est née en 1981 en Irlande. Après des titres en duo avec Damien Rice et quelques collaborations, elle a sorti trois albums. Son dernier, paru en 2016, s’intitule At Swim.

« En pleine lumière, la jeune femme a œuvré pour le cinéma d’animation, s’est improvisée journaliste en mode podcast, a connu la reconnaissance d’un deuxième album double platine. Et quitté Damien Rice. Dans l’intimité, du moins le suppose-t-on, la fille de Dublin (elle interprète ici a cappella un poème de Seamus Heaney) en a croqué des noires et des pas mûres, perdant des proches et un amour, et se liquéfiant dans ces deuils.

C’est exactement ce que l’histoire d’eau d’At Swim nous raconte : une drôle d’épopée en nage à contre-courant, où l’artiste en bave, certes, mais parvient en onze chansons à sublimer un romantisme récurrent pour offrir tout, et le reste. La finesse extraordinaire à évoquer les gens de peu, le chant bouleversant d’une femme de l’époque, des musiques comme un écrin translucide, et la capacité à rendre compatibles ses différentes racines (grosso modo, Maria Callas prenant le thé avec Piaf sur fond de rock alternatif).

Ce troisième album, produit par Aaron Dessner de The National, interrompant cinq années de silence en solo, utilise une polychromie bouleversante et met des couleurs dans nos vies à grands coups d’aplats virtuoses, un chant en apesanteur beau à pleurer et une instrumentation subliminale servie par un modeste piano ou quelques percussions. La beauté d’un diamant noir, et l’un des disques de l’année. » Christian Larrède (Les Inrocks)

 




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Lisa Hannigan chante le poète Seamus Heaney*

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*La lanterne de l’aubépine de Seamus Heaney (Le temps des cerises) par Denis Billamboz

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 LISA HANNIGAN le site officiel

RENTRÉE LITTÉRAIRE 2016: 2ème livraison

arton117866-225x300.jpgpar DENIS BILLAMBOZ

Après ma première livraison concernant la rentrée littéraire 2016, je vous propose une deuxième sélection de livres comportant deux titres édités par Le Dilettante. Un livre de Sylvie Dazy, « La métamorphose d’un crabe », qui n’a rien de d’une fiction, c’est tout simplement la triste réalité de la vie dans une célèbre prison française. L’autre, « Bonneville », par contre, est une pure fiction dans laquelle Laurent Saulnier raconte un vieux fantasme, celui que de nombreux gamins de ma génération ont eu : conduire une de ces immenses et rutilantes voitures américaines que nous ne voyions qu’au cinéma. Deux textes un peu décalés comme en publie très souvent cet excellent éditeur.

 

9782842638764FS.gifLA METAMORPHOSE D’UN CRABE

Sylvie DAZY

Le Dilettante

Ni roman, ni témoignage, ce texte c’est l’histoire d’un gars qui incarne la vie d’un crabe, d’un maton, d’un gardien de prison perdant progressivement la petite vie confortable de fonctionnaire qu’il s’est construite à l’ombre des murs de la Santé et l’idéal ethnographique qu’il pensait pouvoir concrétiser au contact des détenus.

Christo, né à Bapaume, à l’ombre du Centre de Détention, titulaire d’une « inutile licence d’anglais », décide de passer le concours de l’administration pénitentiaire car elle semble bien nourrir son homme et que les gardiens de prison de la ville paraissent plutôt heureux quand ils boivent un coup dans les bistrots du centre-ville. Admis au concours, il est affecté à la Santé où ils trouvent de nombreux « pays » qui l’adoptent vite mais il a du mal à se fondre dans la masse, il est plus intellectuel que les autres, il cherche à comprendre les détenus et leur milieu, il se voudrait l’ethnologue de la centrale. Les autres s’éloignent de lui, son supérieur lui propose alors de passer le concours de brigadier qu’il réussit et devient, en un temps record, un gradé respecté des gardiens comme des détenus.

Absorbé par le petit prestige qu’il découvre à l’ombre des murs de la Santé, il délaisse son épouse qui l’abandonne, le mettant en difficulté vis-à-vis des ses collègues et surtout des détenus pour qui la perte de la femme est une tare car en milieu carcéral, « …la femme qui part ne prête pas à rire. C’est l’angoisse de tous les prisonniers : un autre homme est entré dans l’arène, profite de votre faiblesse, et puis plus de linge propre, de visites, de mandats. » Il se replie de plus en plus sur lui-même avec son indic comme meilleur ami. Et en prison, « Les alliances ici obéissent à des règles simples : du plus fort au plus fort. »

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Sylvie Dazy

Sylvie Dazy a travaillé elle aussi à la Santé comme éducatrice chargée de la réinsertion des prisonniers, elle connait bien l’étendue de la tâche et tous les pièges qu’elle comporte. Elle cherche à décrire, à travers la destinée de ce crabe, la micro société qui se crée à l’ombre des murs des prisons, notamment de celle de la Santé. A contre courant des nombreux auteurs actuels qui dénoncent les difficiles conditions de détention des détenus, elle évoque la situation intenable des personnels qui travaillent au sein de la prison, la ligne ténue qui sépare le détenu du gardien, la violence qui affecte aussi bien l’un que l’autre, les pressions, le chantage, subis des deux côtés des barreaux, l’enfermement qui affecte parfois plus le crabe que le prisonniers. « Toute une grammaire des corps s’apprend à la va-vite, des postures sans dérogation possible font de nous, plus que l’uniforme ou le droguet, un surveillant ou un détenu. »

Outre les détenus et leurs gardiens, il y a beaucoup de monde en prison, beaucoup de gens et de choses circulent, on trouve tout en prison. « On vit mal en prison, il y a trop de gens en prison, trop de gens non recensés. Tout le monde s’en fout. On vaque. » Et tout le monde est à la merci d’un dérapage. Ainsi, l’auteure dénonce tous les dysfonctionnements du monde carcéral qui transforment des jeunes gens déterminés et idéalistes en maris taciturnes et indifférents… ça sonne tellement juste qu’on a l’impression que l’auteure aurait elle-même partagé un bout d’intimité avec l’un de ces jeunes gens victime de la métamorphose carcérale.

« La taule, c’est la mort des sens. »

Le livre sur le site de l’éditeur

 

9782842638610FS.gifBONNEVILLE

Laurent SAULNIER

Le Dilettante

Bonnevile, c’est la Pontiac Bonneville 1969 achetée par le père du héros, le narrateur, sur un coup de tête qui lui fit perdre son rôle de chef de famille, sa femme, passionnée par l’élevage des gallinacées, lui ayant, à cette occasion, confisqué la gestion des comptes familiaux. Désormais, la Pontiac, elle est clouée au garage, elle ne roule plus, des pièces sont défaillantes et des pièces de voiture de ce type on n’en trouve pas en France surtout dans la campagne profonde où la famille a trouvé refuge dans une gare désaffectée. Le narrateur, jeune homme baraqué mais inoffensif n’a pas brillé à l’école qu’il n’a pas fréquentée très longtemps, il a vite trouvé un boulot dans une station-service où il se plait bien et travaille assidument.

Depuis que le père est mort, il vit seul avec la mère au rythme des trains qui ne s’arrêtent plus devant leur gare. Il n’a plus qu’une idée en tête, remettre Bonneville en état pour sillonner les routes du coin. Pour réaliser ce projet il faut de l’argent qu’il n’a pas, après mûre réflexion, il pense que des petits larcins commis dans les belles voitures en stationnement lui apporteraient les fonds nécessaires sans nuire beaucoup aux propriétaires détroussés. Mais voilà, le papillon qui bat des ailes au-dessus de la baie de Rio pour déclencher un ouragan en mer de Chine est de passage par la région, tout part en vrille, rien ne se passe comme prévu. Les événements imprévus et indésirables s’enchaînent les un aux autres prenant une tournure de plus en plus dramatique.

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Laurent Saulnier

L’auteur évoque le célèbre inspecteur Columbo, considérant le nombre de cadavres qui jonchent les pages de ce petit roman, j’ai plutôt l’impression d’avoir traversé une série comme Barnaby, une série où l’on ne lésine pas trop sur le nombre de victimes. Bien sûr, il est un peu particulier le jeune homme, il se relève chaque nuit pour s’installer au volant de Bonnevile avec Mister B, un énigmatique passager qui le guide et la belle Julia aux gros seins, la livreuse de carburant. Ensemble, avec Bonneville, ils parcourent la campagne environnante jusqu’au jour où tout foire.

Ce texte m’a rappelé un roman de Chris Womersley, « La mauvaise pente », j’avais alors écrit « Le roman de deux vies qui ont dérapé lorsqu’un grain de sable s’est coincé dans la mécanique de leur destinée ». Et dans ce texte, la destinée semble avoir pris la même mauvais pente même, même si le roman de Saulnier est beaucoup moins noir que celui de l’Australien, il est plutôt fataliste. C’est l’histoire d’un pauvre gars dont les muscles remplacent, sans qu’il s’en rende bien compte, la cervelle et qui est emporté par des événements qui le dépassent malgré tout ce qu’il entreprend pour remettre le cours de son existence dans le bon sens.

Les passions de l’enfance peuvent prendre une tournure imprévisible et générer des situations dramatiques comme dans cette histoire presque drôle qui ressemble plus à une parodie de roman noir qu’à un texte réellement noir. Des doux dingues qui partent en vrille n’existent pas que dans les guerres larvées, il peut y en avoir partout même dans les gares désaffectées.

Le livre sur le site de l’éditeur

UNE CELLULE DE RECHERCHE DE MOTIFS DE GRÈVE AU SEIN DU TEC CHARLEROI

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La coalition syndicale du TEC Charleroi, toujours au fait des nouvelles avancées sociales, vient de former une cellule de recherche de motifs de grève.

Tous les sujets proposés, sans tabou, seront analysés par la cellule de crise, a déclaré le responsable de la cellule qui tient à rester anonyme.

La société souhaite rester en tête des sociétés de transports publics totalisant le plus grand nombre de jours de grève dans le monde.

Les usagers sont priés aussi de participer au beau projet en fournissant des motifs de grève. Pour le départ en grève de vendredi prochain, le motif a été aisé à trouver, et nous remercions la Direction Générale de Caterpillar. Cela tombait à point pour bien commencer notre série et ne pas nous laisser devancer dans la course au record.

Un retard est vite pris, puis difficilement récupérable. Il faut alors mettte les bouchées doubles. Et il n’est pas certain que l’avenir nous apportera des motifs aussi indiscutables et, pour tout dire, louables. Il faut aussi rester crédible et penser à véhiculer de temps à autre l’usager, pour ne pas perdre tout à fait le contact. J’y veillerai ainsi que tous mes camarades et affiliés.

Une initiative qui prouve une fois de plus la vivacité d’esprit, le sens de l’innovation et la bonne ambiance qui règnent au sein des délégations syndicales du TEC Charleroi.

BADMINBOOK

ob_94fe69d0f9b8645fd5b1db19b125bfbc_bad-8.jpgAu lieu d’envoyer au pilon ses invendus, cette maison d’édition les adresse à un centre sportif pratiquant le badminbook.
Ce nouveau sport de raquette fut inventé entre deux rentrées littéraires par Victor Ernest Victor, un pseudo cachant en fait un écrivain éconduit de plusieurs maisons d’édition pour infidélité chronique (il ne supportait pas plus de six mois la vie commune avec un éditeur).

Il consiste à se servir du livre comme d’un volant ou d’une balle en mousse et de se le renvoyer comme il se doit au-dessus d’un filet (le filet fait partie intégrante du sport, on imagine mal un sport sans filet) tendu transversalement à mi-longueur (comme c’est souvent le cas) du terrain. Le bord supérieur du filet de badminbook est dressé au-dessus du filet de badminton car, comme on le sait, le livre est appelé à voler haut (pas nécessairement loin). Si les échanges sont moins rapides qu’au badminton, ils sont aussi plus consistants (au lu toutefois de la quatrième de couverture des projectiles). Certains livres peuvent être munis de plumes mais risquent alors d’être pris pour des oiseaux et tirés par la critique…

Le livre, violemment battu (car de moins en moins aimé), s’effiloche, perd de la consistance; l’air traversé prend dans ses feuilles et produit la chute automatique de l’objet volant.

Il s’agit pour le bon joueur d’estimer pendant la trajetoire l’état de dégradation du livre pour adapter sa frappe et le bon coin du livre à (a)battre. Un joueur bon lecteur n’est pas un avantage car il aura tendance à lire pendant le jeu et la lecture émousse les réflexes moteurs.

Des tournois sont régulièrement organisés après la remise des prix littéraires où on voit des livres fuser lors de riches échanges mais, surtout, comme il se doit dans ces sports de jambes nues (comme le filet, la jambe nue fait partie intégrante du sport, on imagine mal un sport sans jambe nue), on reluque des cuisses fermes de garçons et de filles et on savoure des cris de gorge rappelant la jouissance des lecteurs ébahis à la lecture d’une phrase orgasmique ou d’un passage exaltant d’un ouvrage ordinaire (non, je rigole).

Qu’il s’agisse d’un roman minuscule de Michon ou d’une brique de Musso, d’un scénario de Gunzig ou d’un exercice oulipien de Perec, d’un recueil de nouvelles de Pavese ou d’une élucubration de Zemmour, d’un roman proustien ou d’un texte ultra court de Monterros, d’une fiction borgesienne ou d’un essai de Kundera, d’un journal gombrowiczien ou d’une pensée pascalienne, d’une fusée baudelairienne ou d’un pensum sartrien, d’une pièce de Bernhard ou d’un sonnet shakespearien, d’un conte bref de Karinthy ou d’un aphorisme nietzschéen, d’une aventure de Grey ou d’une Histoire de l’Oeil, d’un poème à marteler de Pey ou d’un apophtegme de Lec, du Mahabharatah ou d’un guide du (Matthieu) Ricard,  importe le titre et l’auteur de l’ouvrage, comme on l’aura compris :  au fil des parties, tous les livres deviennent des loques, des compilations de feuillets en accordéon qu’on abandonne au bord du court, pages offertes à l’action du vent marin ou au filet tiédasse d’un air saturé de particules fines.

Parfois, un ramasseur de livres se prend de pitié pour une page d’un livre sauvé du carnage (comme un mouton de la fête de l’Aïd), relève le titre et, si l’affinité est élective, il télécharge le livre sur une plate-forme de vente en ligne de e-books et d’articles de sport.