KATHARSIS de MELISSA COLLIGNON

m.jpgL’amour monstre

Le meurtre de Marie Scalo a été filmé, posté et vu abondamment sur le site de son frère jumeau, Mathias, http://www.katharsis.be, qui stigmatise les auteurs d’incivilités. Ce qui apparaît comme un crime crapuleux donne lieu à une enquête menée par deux inspecteurs, Jolaway et Dordolo, auxquels on s’attache vite.  Beaucoup pensent alors que c’est Mathias le coupable, notamment Nina, la meilleure amie de Marie, qui ne supportait pas son frère et avait observé son côté manipulateur. Comme dans toute enquête, les soupçons vont porter sur divers protagonistes proches des jumeaux et l’auteure, Melissa Collignon, va nous balader habilement au gré de son montage rapide qui alterne les scènes et les époques, les personnages et leurs travers.

Mais le point aveugle du roman, pour reprendre la terminologie de Javier Cercas dans son essai sur la littérature récemment paru chez Actes Sud, c’est la relation ambiguë, sombre et insondable, réflexive au premier sens du terme, qui lit les deux jumeaux.

Au centre du roman, écrit Cercas, se trouve une question sans réponse, une énigme non résolue, un point aveugle (…) à travers lequel le roman voit (…), le roman parle (…), une fissure à la fois minuscule de sens et source principale du sens.

Le second roman de Melissa Collignon (après L’Avalant), très bien conduit, minutieusement écrit et haletant, ménage son lot de surprises mais n’épuise jamais cette relation obscure qui fonde le récit et que la disparition de la sœur vient en quelque sorte interrompre, presque par accident, comme pour épargner au lecteur de plus terribles révélations…

Et faire réfléchir in fine sur la notion de morale et de responsabilité.   

Ce n’est pas la moindre réussite de ce roman que de n’avoir pas épuisé le type de lien qui unit ces jumeaux-là, de l’avoir remarquablement fait émerger sous forme de récit à la conscience du lecteur, un moment certainement épouvanté par ce qu’il entrevoit, pour aussitôt replonger le point aveugle dans les ténèbres dont, sans le subterfuge littéraire que constitue le roman à suspense, ce mal insensé, cet impensé de la vie (on pense à la littérature du mal de Bataille et à l’interdit de l’inceste), n’eût pu être mis en lumière.

Un livre qui, sous les dehors du jeu de cache-cache inhérent au genre du  polar et du thriller, fait le lecteur s’affronter à ses démons en lui donnant à voir tout le spectre des choses humaines, tout en lui offrant les moyens de surmonter ses peurs et fascinations, et presque d’en rire.   

Éric Allard

Le livre sur le site des Éditions Dricot

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