DEUX PETITES NOTES APÉRITIVES

leuckx.jpgpar PHILIPPE LEUCKX

 

 

 

 

 

Repose-toi-sur-moi-quand-Joncour-se-fait-tout-petit-devant-une-poupee.jpgUne petite note. « REPOSE-TOI SUR MOI » de Serge JONCOUR (Flammarion) – Prix Interallié 2016 mérité.

Une rencontre insolite dans un vieil immeuble à cour parisien. Les prémices d’une histoire d’amour tourmentée, romanesque. Le regard décapant et tendre de Joncour donne tout son prix à cette relation intense entre Ludo et Aurore, que tout sépare : origines, métier, aisance, physique..

En quatre cents pages écrites avec réalisme et style, le lecteur a le temps de s’approprier des destins ordinaires, d’avaler ces pages mues par un suspense qui ne soit pas seulement le fait d’une intrigue à résonance policière mais plus psychologique qu’il n’y paraît.

Les décors servent bien ce roman enlevé, brillant, hors des sentiers battus de la fiction française. De Paris au Célé en passant par la région parisienne.

L’auteur -avec une oeuvre riche de douze livres, la plupart publiés chez Flammarion – est bien entendu à suivre. Le parfum de ses livres libère une vraie aura, toute de justesse et de beauté.

Le livre sur le site de Flammarion

Les romans de Serge Joncour chez Flammarion

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 *

51Lt89veHiL.jpgUne petite note. « SUR CETTE TERRE COMME AU CIEL » de Davide ENIA (Albin Michel).

Le beau livre de Davide Enia, « Sur cette terre comme au ciel », traduit remarquablement par Françoise Brun, est une plongée dans l’histoire sicilienne. Sur trois générations, c’est toute l’histoire des années quarante jusqu’à la fin des années quatre-vingts, par le biais de fous de boxe. Amours, amitiés, fraternité aux combats, morceaux de virtuosité sociale et familiale. Enia, à force de dialogues vifs et tendres, rend bien les tensions du récit, nous entortille dans les mille et une réalités de son roman : Davidù, son oncle Umbertino, Nina, Gerruso, l’ami de toujours, le Paladin, Rosario, le grand-père, la Blonde ont le poids du vécu, des attentes, d’un monde où il faut se battre, pieds et poings.

Un premier roman , bien construit, alternant les épisodes de la vie du héros Davidù, de son père, mort très jeune, de son grand-père Rosario.

L’ombre de la mafia et de ses méfaits. La valeur inébranlable de la famille et des amis. La Sicile fière et courageuse.

Le livre sur le site d’Albin Michel

Davide Enia sur le site d’Albin Michel

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COUPABLE D’AVOIR DANSÉ LE CHA-CHA-CHA de Guillermo CABRERA INFANTE

51qXhBk%2BKML.jpgTrois danses coupables

« Il pleuvait. La pluie tombait avec fracas entre les colonnes vieilles et vermoulues. Ils étaient assis et lui regardant la nappe blanche. Il y avait autre chose que l’ennui de la pluie soudaine… »

Trois fois tandis qu’il pleut dehors un homme déjeune avec une femme dont il nous est fait une remarquable description. Cela se passe à La Havane dans les années 50 ou 60. Dans la première histoire, l’homme et la femme assistent à un rite africain de type vaudou ; dans la seconde, la plus légère, la femme va  d’une certaine façon disparaître sous la pluie. Dans les deux premières histoires, un non-dit relatif à la relation des deux amoureux, quelque chose de l’ordre de l’interdit, est évoqué sans être explicité.

Dans la troisième histoire, plus politique, vers laquelle tendent les deux premières nouvelles, le narrateur va avoir affaire à un commissaire du peuple venu lui demander d’infléchir la ligne éditoriale de son supplément culturel. Cela nous vaut une démonstration anticommuniste brillante mais risquée pour le narrateur qui joue gros. Il démonte avec humour et brio le vocabulaire révolutionnaire et la paranoïa de type communiste à propos de tout ce qui relèverait de l’impérialisme forcément américain.

Un épisode sans doute inspiré de la propre expérience de l’auteur qui fonde un journal culturel de 59 à 1961 pour prendre ensuite, en 62, ses fonctions d’attaché culturel en Belgique, manière de l’éloigner de Cuba. Il rompra définitivement avec le régime castriste en 65 pour s’exiler en Espagne puis à Londres. Comme d’autres exilés: Reinaldo Arenas, Severo Sarduy, Zoé Valdés, Eduardo Manet… Comme aussi Abilio Estévez, Guillermo Rosales, Carlos Victoria, José Manuel Prieto, Eliseo Alberto, Karla Suarez… 

Cabrera Infante dont la « virtuosité n’a d’autres limites que notre disposition à nous laisser entraîner par son écriture dans une fête de l’intelligence, de la grâce et de la sensualité » meurt à Londres en 2005 à l’âge de 75 ans.

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Guillermo Cabrera Infante et Pedro Almodovar en 1997

 

Guillermo Cabrera Infante est l’auteur de Trois tristes tigres, son chef d’oeuvre, cité par ailleurs dans la liste des grands romans latino-américains par Javier Cercas dans son essai paru récemment en français sous le titre de Le point aveugle. 

Ce petit livre s’affirme comme une composition littéraire en trois nouvelles qui chacune correspond à une danse: le rituel de la santeria, le boléro et le cha-cha-cha, né sous le régime de Batista en 51 et duquel on devait par la suite, sous Castro, nécessairement se sentir coupable comme l’exprime avec une belle malice le narrateur de la dernière partie.

Une lecture vivement recommandée à ceux qui, bien mal informés, se complaisant dans le leurre ou ayant une idée de la liberté d’expression à géométrie variable, ont versé leur petite larme rouge lors du décès du dictateur cubain en parlant d’un système ayant résisté à l’impérialisme américain et qui serait resté vierge de toute dérive totalitaire…

Éric Allard

 

5538_1.jpgLe livre sur le site de Folio/Gallimard

Panorama de la littérature cubaine en France

TAKE FIVE (III)

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XXI

 

Après le chargement

des étoiles à la nuit tombée

on observe

un fléchissement 

de la voûte céleste

 

 

XXII

 

Sous la tonnelle

j’ai appris ton nom de fleur

Sous tes dentelles

j’ai appris ton nom de feu

Puis tu m’as embrasé

 

 

XXIII

 

Ma mère est certaine

du chemin que j’ai pris

pour lui échapper

D’ailleurs

elle me rattrape toujours

 

 

XXIV

 

Au sortir de la salle de bain

je te surprends

une arme blanche dans une main

et une serviette blanche dans l’autre

pour éponger mon sang

 

 

XXV

 

Cinq princes prétendent

au trône

du royaume des sens

C’est mal connaître ta chair

anarchique 

 

 

XXVI

J’ai tout près

du sommeil

ton souvenir endormi

que ton rêve

réveille

 

 

XXVII

 

Le rose à lèvres

noir

écrasé sur ta bouche

donne à tes baisers

un goût de fin d’amour

 

 

XXVIII

 

Pour ne pas laisser

s’installer le silence

fais du bruit

avec ta vie

sur le tambour du temps !

 

 

XXIX

 

Je recueille

toutes les formes de l’inceste

sur une peau

formée

de mille lèvres familières

 

 

XXX

 

En voyant ton temps

sur mes mains

j’ai caressé  

l’idée

de t’oublier

 

 

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à suivre

CHANSONS ANGÉLIQUES

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ANGE: nom masculin

(latin ecclésiastique angelus, du grec ecclésiastique aggelos, messager de Dieu)

  • Être céleste intermédiaire entre Dieu et l’homme.
  • Personne qui semble douée de toutes les perfections.
  • Personne qui possède au plus haut degré une qualité physique ou morale : C’est un ange de beauté, de douceur.
  • Terme d’affection : Mon ange. Mon petit ange

Larousse en ligne

 

Ginette RENO

COUTURE

DELPECH

MURAT

CLERC chantant Murat

CLERC chantant Fr. Hardy

CLERC & CHARLEBOIS

LAPOINTE

ADAMO

NOUGARO

HIGELIN & BONNAIRE

VASSILIU

DUFRESNE

GAINSBOURG

Colette RENARD

DALIDA

VILARD

AZNAVOUR

LES COMPAGNONS DE LA CHANSON

PIAF

HALLIDAY

DISTEL

BÉCAUD

 

Rose AVRIL

France GALL

Mireille DARC

LENORMAN

Nathasha SAINT PIERRE

INDOCHINE

CANTAT

BASHUNG

ZAZIE

George MICHAEL

ETC.

LE PLUS BEAU FILM D’ANGES

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MAUX D’AUTEURS DIVERS

Tous les livres sont sur le même sujet, l’écriture.

Marguerite Duras

On veut faire magie dans les mots. On finit par exceller dans le tour de passe-passe.

Denys-Louis Colaux

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Cet éditeur-nez publie des bouquets de poésie…

 

Avec ses invendus, ce libraire élabore de savants montages que s’arrachent les collectionneurs de compositions littéraires.

 

Peut-on espérer que cet écrivain incendiaire ira jusqu’à brûler tous ses livres ?

 

L‘éditeur de mes rêves publie pendant mon sommeil mes poèmes à la nuit étoilée.

 

Ce Lucky Luke de l’écriture fait paraître plus de bouquins qu’il n’en écrit.

 

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Je connais un auteur de tweets qui est devenu parolier de chants d’oiseaux.

 

Tous les écrivains pénibles à lire ne sont pas des travailleurs du texte. (non à l’amalgame)

 

« Le sang d’un éditeur, votre roman noir, s’est écoulé aujourd’hui à plus de trois cent mille litres. Votre éditeur doit être aux anges, lui qui ne voulait pas vous publier… »

 

Tous les écrits du net ne sont pas écrits par des flous littéraires. (non à l’amalgame) 

 

Cet éditeur aime la proximité de la langue de son auteure beaucoup plus que son écriture approximative mais comment le lui dire sans la froisser.

 

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L’éditeur que vous êtes peut-il définir ce qui, au-delà de leurs nombreuses différences, caractérise tous vos auteurs ?

– Leur immense amour pour moi.

 

Quand sa muse a la migraine, le poète fait la tête.

 

Cet éditeur-nez lorgne les écrivaines en vue.

 

Je connais un grand écrivain qui ne passe plus les portes des maisons d’édition.

 

Cet auteur de l’autosatisfiction écrit des livres bien branlants.

 

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Tous les paramots ne sont pas des persécutextes. (non à l’amalgame)

 

Dans la vie de Céline, il y a beaucoup points de suspicion…

 

Ce Lucky Luke de l’édition publie plus de bouquins qu’il n’en lit.

 

Cet auteur célèbre mais sans revenu augmente sans cesse le prix de ses ateliers d’écriture et de ses prestations scolaires.

 

Je connais un éditeur un peu ours qui publie des livres en peluche.

 

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Cet auteur de Littérature jeunesse respecté écrit de la Littérature gore pour gagner sa vie.

 

J’aimerais tant publier aux Editions des Trois Ouïes, aux Editions des Huit bruits, des Cent Touchers, des Onze mille vues, des Cinq Mille Saveurs … mais j’ai zéro sens de l’écriture.

 

Je soupçonne cet éditeur confidentiel de s’obstiner à ne pas me publier par crainte du succès littéraire. 

 

Après une carrière de chroniqueur de faits divers, cet amateur de temps morts devint rédacteur-conseil pour une entreprise de contes funèbres.

 

Dormir la tête sur un best-seller et faire des rêves d’éditeur. 

 

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Tous les poètes ne sont pas habiles de leur muse.

 

Les pisse-copies ne ferment jamais leur brade-texte.

  

Je refuse les avances sur recette de la femme de mon éditeur de peur de ne plus pouvoir partager la cuisine littéraire de son mari.

 

Tous mes écrits tournent autour de moi

Tous mes écrits tournent autour

Tous mes écrits tournent

Tous mes écrits

Tous mes

Tous

Tous mes

Tous mes écrits

Tous mes écrits tournent

Tous mes écrits tournent autour

Tous mes écrits tournent autour de moi

                                                                (v)autour

 

Pourquoi vivre encore si c’est pour ne plus écrire un jour ?

 

Sur sa bière tombale, à l’encre noire sur la mousse, cet auteur fit graver : ci gît un buveur de lettres.

 

Comme chaque année, je dépose au pied du sapin de mon éditeur un manuscrit vierge de toute brillance. (Quand j’étais écrivain)

 

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Tous les maux d’auteurs sont ici !

à suivre…

HUIT ANS !

HUIT ANS, 3200 posts et 540 000 visites! 

800 livres recensés (par Denis Billamboz, Philippe Leuckx, Nathalie Delhaye, Lucia Santoro & Éric Allard)

POURVU QUE ÇA DURE… 

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LES PAPYRUS OUBLIES de JEAN-POL SAMAIN

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Aux origines du mythe

Lors d’un chantier de construction en Israël, un coffre est découvert qui renferme des papyrus. Après un minutieux travail de traduction, l’entrepreneur du chantier au prénom de Mickaèl, qui est le narrateur de la première partie, celle qui se déroule de nos jours, et des chercheurs travaillant pour l’Autorité Nationale des Antiquités d’Israël prennent connaissance du contenu des parchemins.

Les lignes qu’ils vont lire émanent d’un vieil homme au terme de son existence qui exerce la fonction de charpentier en Judée et dont les premiers souvenirs remontent en l’an 66 avant Jésus-Christ. Il faudra quelques chapitres pour comprendre qu’il s’agit de Yossef, fils de Jacob, et père de Yeshoua (Jésus). Yossef n’a rencontré Myriam de Joachim (Marie) que lorsqu’elle avait treize ans, en 9 avant J.-C. et que lui était déjà bien âgé, veuf d’une première épouse et père de plusieurs enfants dont Jacques et Simon… Un an plus tard, elle donnera naissance à Yeshoua. Yossef meurt en 6 après J.-C. alors que Jeshua n’est encore qu’un tout jeune homme et qui ne saura pas l’immense postérité que connaîtra un de ses fils.

Outre les révélations et corrections qu’il apporte aux livres de l’évangile – et que je ne rapporterai pas pour ménager la surprise du lecteur -, le récit fait par le vieillard dresse le portrait d’un pays colonisé et dévasté par l’occupant romain qui cherche dans ses traditions des moyens de motiver la révolte du peuple autour de figures historiques à réactiver comme Elie. Le récit nous plonge avec une rare acuité dans la tête et l’époque de Yossef, sans afféteries ou marqueurs contemporains qui auraient dénaturé la pertinence du propos, et nous vivons la vie des Juifs de l’époque sous l’occupant romain et du cruel Hérode, peinant à gagner leur vie comme leur liberté et n’ayant, par exemple, qu’un âne comme seul luxe de transport pour leurs longs déplacements d’une région à l’autre.Gtk_Kr0l.jpg

Dans le dernier chapitre qui réunit l’entrepreneur et les experts pour ce qu’on pourrait appeler leurs premiers commentaires de lecture, on déplore l’emprise aujourd’hui encore des religions sur les humains et l’usage politique qui en est fait pour faire s’affronter dans des guerres fratricides les croyants et non croyants. On souligne que cette relation des faits, ces « confidences » d’un homme au crépuscule de son existence donnent l’impression d’être transporté dans un monde irréel sorti de notre imaginaire. Les révélations que cet écrit contient remettent par ailleurs en cause le christianisme primitif et expliquent bien des mystères du Nouveau Testament, c’est pourquoi, dans la fiction relatée, le Vatican s’empare des rouleaux pour les enfermer dans la bibliothèque secrète du Saint Siège.

Ce texte est le fruit d’un long travail d’historien qu’a réalisé Jean-Pol Samain sur la période rapportée et qui a déjà fait l’objet d’un ouvrage intitulé Des Sumériens à Jésus (La Société des écrivains, 2011).

On aurait aimé en, peut-être, des chapitres alternés pour établir les connexions et résonances entre l’époque de Yossef et la nôtre, en savoir plus sur Mickaèl, le narrateur de la première partie qui se présente comme le découvreur des manuscrits, car lui aussi est un bâtisseur et un père de famille…

L’avantage toutefois de l’option choisie par Samain, c’est que notre attention n’est jamais distraite du récit du vieillard et qu’on est plongé sans discontinuer dans l’histoire de cet homme presque commun qui, plus par hasard que par volonté, plus en témoin qu’en acteur, va jouer un rôle important dans l’histoire du monde et de la chrétienté.

Le livre comprend un glossaire très clair d’une vingtaine de pages sur les principaux personnages historiques évoqués.

Une belle surprise littéraire qui mêle connaissances historiques et art de la narration.

Éric Allard

Le livre sur le site des Éditions Poussière de Lune

Des Sumériens à Jésus de Jean-Pol Samain