COULEURS FEMMES : 60 FEMMES POÈTES D’AUJOURD’HUI

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couleurs-femmes-300x495.jpgRegards de femmes

Couleurs femmes est un instantané photographique de la poésie féminine du moment. 

En 2010, à l’occasion du Printemps des Poètes, ce recueil est sorti, en l’honneur des femmes, thème de l’année. 

Non pas comme une bannière revendicatrice, mais pour rassembler des poètes femmes francophones de tous horizons, (poétesse étant un mot laid) et découvrir leurs mots, leurs idées, leurs émotions. 

On y trouve pour tous les goûts, de la poésie sage à celle qui dérange, de celle qui murmure à celle qui hurle, des bonheurs, des douleurs, des blessures encore ouvertes, des souvenirs enfouis, des instants fabuleux, des regards…

 

« Si nous devons tomber
Que ce soit d’une même chute
Etincelants
Et brefs comme l’oiseau
L’arbre
La foudre « 

(Anne Perrier)

 

Elle vit, la poésie des femmes de notre temps, à l’instar de celle des hommes, toute aussi mouvementée, variée et évocatrice. 
Textes inédits ou extraits d’ouvrages, Couleurs femmes dresse un portrait digne et authentique de celles qui jouent avec les mots aujourd’hui et méritent leur place dans le paysage littéraire…
Parti pris ? Non, avis de lectrice simplement, touchée par cette poésie diverse qui s’entremêle et offre un joli assemblage, avis conforté par la préface de Marie-Claire Bancquart.

A découvrir, pour les amateurs de poésie.

 

Le livre sur le site du Castor Astral

POÈMES de

Maram Al-Masri • Gabrielle Althen • Ghislaine Amon
Édith Azam • Marie-Claire Bancquart
Silvia Baron Supervielle • Linda Maria Baros
Jeanine Baude • Claude Ber
Béatrice Bonhomme-Villani • Tanella Boni
Martine Broda • Nicole Brossard • Guénane Cade
Francesca Yvonne Caroutch • Patricia Castex Menier Andrée Chedid • Danielle Collobert
Fabienne Courtade • Marcelle Delpastre
Virginie de Lutis • Denise Desautels
Hélène Dorion • Ariane Dreyfus
Chantal Dupuy-Dunier • Marie Étienne • Sylvie Fabre G
Albane Gellé • Guersande
Vénus Khoury-Ghata • Anise Koltz • Catherine Lalonde
Josée Lapeyrère • Camille Loivier • Sophie Loizeau Claire Malroux • Joyce Mansour • Maximine
Sandra Moussempès • Colette Nys-Mazure
Florence Pazzottu • Anne Perrier • Isabelle Pinçon Véronique Pittolo • Valérie Rouzeau • Amina Saïd Annie Salager • Nohad Salameh • Hélène Sanguinetti
Esther Tellermann • Françoise Thieck • Angèle Vannier Christiane Veschambre • Laurence Vielle •
Yolande Villemaire • Liliane Wouters • Josée Yvon

 

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ANASPHASIOS & MALEUXIS suivi de UNE CRITIQUE MI-FIGUE MI-RASOIR

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Anasphasios et Maleuxis

Anasphasios était le plus grand écrivain de Carnavalus quand le jeune et beau Maleuxis le mit au défi de le battre. Un ring fut rapidement installé sur un des nombreux kiosques de la ville. Le maire lui-même donna le coup d’envoi de la joute. 

Lors de la première épreuve d’écriture, Anasphasios qui avait relu ses classiques l’emporta haut la main sous les applaudissements du public acquis à sa cause. À la deuxième, il fut mis en difficulté par la fougue verbale, les calembours puissants de son jeune rival. À la troisième, il chuta et à la quatrième, il s’avoua vaincu avant la fin de l’épreuve, jeta tous ses bouquins en guise d’éponge et remit les lauriers de premier écrivain de Carnavalus à Maleuxis qui trône maintenant au firmament littéraire de la ville et est lu de tous ses concitoyens.

Quant à Anasphasios à la grise chevelure qui a longtemps été nègre du maire, il a défié celui-ci dans le but de lui prendre la mairie. Il peut déjà compter sur la voix de Maleuxis auquel, en contrepartie, il a promis une statue (et de nombreuses bourses) à la hauteur de son talent sur la principale place de la ville qui porte déjà son nom.

 

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Une critique mi-figue mi-rasoir

Dans De près ou de loin, l’auteur d’Au-delà du bien et d’Avant le mal explore à nouveau les lignes sinueuses de la morale. Moins anguleux que dans Les Parallèles du Droit mais plus carré que dans Perpendiculairement parlant, l’essai de fiction géométrique de Paul-Jean Evrard loué par Badiou lui-même joue avec l’obscur de notre raison sans laisser de côté notre sensibilité la plus aiguë. Entre le pragmatisme de Hume et la grâce pascalienne, De près ou de loin monadise notre rapport  à l’espace cartésien inféodé au temps bergsonien quand l’orage de l’alètheia gronde sur les plaines de l’étant heideggerien.  

C’est, pour tout dire, pompant comme une réunion de gauchistes imbibés de Cuba libre qui se piqueraient de croiser Lénine et Lobatchevski sans avoir compris ni Marx ni Euclide. Ni les classiques de la Littérature Jeunesse Révolutionnaire qui comprennent  quelques génies en herbe.

Mais comme l’éditeur apporte son labrador à toiletter chez la femme de mon frère en laissant chaque fois un gros pourboire, j’ajouterai que De près ou de loin est une somme ontologique qui infuse dans l’esprit du lecteur brouillé par des considérations facebookiennes indigestes un subtil mélange de froide phénoménologie husserlienne, de nombrilisme rousseauiste et de bling-bling hégélien propice, il va sans dire, à la lecture sans prise de tête d’Anna Gavalda et autre littérature coulante.

 

LECTURES DU PRINTEMPS 2017 : HOMMAGE À DANIEL FANO

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par Denis BILLAMBOZ

A travers cette chronique, j’ai voulu rendre hommage à Daniel Fano, un auteur qui ne connaît pas la facilité et qui a une grande élégance intellectuelle et relationnelle. Après ma première chronique de l’un de ses ouvrages, il m’a adressé un petit mot vraiment très chaleureux, je voudrais l’en remercier aujourd’hui en publiant la chronique de l’un de ses ouvrages et la chronique d’un texte de Roger Lahu dont il a rédigé la préface.

 

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DE LA MARCHANDISE INTERNATIONALE

Daniel FANO

Les Carnets du Dessert de Lune

Un livre d’images sans image, un livre qui fait défiler des images comme un zappeur excité qui prendrait plaisir à suivre plusieurs polars en même temps sur un seul écran de télévision, des personnages qui meurent plusieurs fois comme les héros des jeux vidéos dotés de plusieurs vies, un condensé de tous les poncifs que les auteurs de polars ont abondamment utilisés : les belles américaines : Buick, Pontiac, Chevrolet…, l’artillerie utilisée sur tous les théâtres de guerre de la seconde moitié du XX° siècle – la liste est trop longue pour que je me hasarde à dégainer le moindre flingue -, les bas résilles, les guêpières, les seins en obus… et pour corser le tout l’inventaire de toutes les tortures les plus sadiques inventées par le auteurs de romans noirs et de polars américains principalement. Dans ce texte, Daniel Fano semble avoir voulu concentrer autour de son personnage principal, Typhus ou Monsieur Typhus selon les époques, toute la substantifique matière qui a fait le succès de ces romans.

L’auteur a d’ailleurs la délicatesse et l’amabilité de guider le lecteur dans ce dédale de violence cynique et sadique, Typhus le personnage central, un peu fantastique, un peu copie de héros des polars de série, est inspiré par celui du roman de Richard Stark « Rien dans le coffre » qui a été très librement adapté par Jean-Luc Godard dans « Made in USA ». Tous les autres personnages, doués eux aussi de qualités fantasmatiques, font penser à la bande d’un Inspecteur Gadget cruel et sanguinaire. Ils sont tous inspirés par des textes, romans, BD, ayant nourri les lectures de l’auteur.

Cette joyeuse troupe de laquelle l’auteur a extirpé « systématiquement tout ce qui pouvait ressembler à de l’émotion », arpente toute la planète et notamment tous les champs de guerre et les théâtres de conflits plus ou moins larvés où les coups les plus tordus ont été fomentés pour faire triompher des causes moins glorieuses les unes que les autres. Ainsi, la fiction la plus folle, la plus déjantée rejoint la réalité la plus cruelle, la plus cynique. Juste pour l’exemple : « Maintenant, lui briser les dents, les tibias, lui ouvrir le ventre, qu’elle répande ses entrailles sur la moquette : une telle férocité ne lui paraît pas si folle que ça ».

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Daniel Fano

Daniel Fano prend le risque d’égarer le lecteur et le confesse : « Il n’en restait pas moins vrai que, dans cette aventure, la façon dont les éléments narratifs étaient juxtaposés ne manquait de défier toute logique ». Mais, in fine, celui-ci comprendra bien qu’à travers ce vibrant hommage au roman noir, l’auteur ne cherche qu’à mettre en évidence la folie sanguinaire de l’humanité et la cruauté que certains sont capables de déployer pour atteindre des objectifs bien misérables.

« Ce ne sont pas des héros et héroïnes classiques, …, ils changent constamment de physique (de sexe, d’apparence), de comportement, passent d’une idéologie à l’autre, ce sont comme des acteurs qui enchaînent des rôles, qui incarnent ou combattent la sauvagerie fondamentale de l’homme (et de la femme) de plus en plus banalisée dans notre société de consommation (de colonisation) ultime ».

Le livre sur le site de l’éditeur

 

CVT_Petit-traite-du-noir-sans-motocyclette-sauf-une-i_2249.jpgPETIT TRAITÉ DU NOIR SANS MOTOCYCLETTE (sauf une in extremis)

Roger LAHU

Les Carnets du Dessert de Lune

« Sombre.

il fait sombre, très, dans mes alentours »

Dès les premiers mots de ce recueil, le narrateur donne le ton, il est dans le noir complet, ne voyant, ne ressentant rien, sauf une mouche qui vient déranger sa quiétude angoissée. Pas de doute « ch’us mort » pense-t-il, trucidé par un coup de couteau, « une lame d’acier plantée droit net et sans bavure… » Le décor est dressé, le narrateur laisse libre court à sa créativité et à sa fantaisie. Daniel Fano, le brillant préfacier dont je viens de lire deux recueils, explore les pistes possibles pour décrypter ce texte très libre dans lequel l’auteur s’est affranchi de la ponctuation, de l’usage des majuscules et de la rigueur des césures en fin de paragraphes. Des fausses pistes peut-être mais pas si fausses qu’il pourrait y paraître. C’est au lecteur de trouver son chemin dans ce texte d’une grande richesse émotionnelle et sensitive.

Pour moi, je pense que l’auteur, pensant avoir passé le cap de la moitié de sa vie, commence à se préoccuper de ce qu’elle sera après la mort. Pour ce faire, il nous emmène dans l’angoisse que connaît certainement une bonne partie de ceux qui ont choisi la crémation : la terreur d’être enterré vivant. Il paraîtrait qu’on aurait trouvé des cercueils avec des traces de griffures d’ongles sous le couvercle… Il imagine alors un mort/vivant qui ne sait pas s’il est mort ou vivant, s’il survit ou s’il est ressuscité des morts dans une autre vie.

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Roger Lahu

Il n’évoque pas la proximité de la mort, ses environs, comme Ooka l’a fait dans « Les Feux », il ne familiarise pas avec elle comme Sarramago dans « Les intermittences de la mort », il ne lui donne pas non plus la parole comme Zusak dans « La voleuse de livre ». Non, il l’évite, la fuit, l’élude, s’éclipse. Il faut chercher entre les lignes l’angoisse que l’auteur semble connaître car il ne parle jamais, ou si peu, de la mort, de la résurrection, du néant, il parle sans cesse d’autres choses pour vaincre cette angoisse, ironisant sur son état, « agoniser de son vivant c’est déjà assez « déplaisant » mais agoniser mort ça vire corvée », se réfugiant dans un long monologue qui le ramène, le plus souvent, à son enfance à son enfance quand la mort ne le concernait pas encore.

« quand j’étais petit mon pépé préféré à moi il était déjà

proche d’un certain noir

qu’on appelle « la mort » mais je ne le savais pas et c’était

« très bien

comme ça » il était très vivant dans la couleur des

Jours d’alors…. »

L’écriture, les mots comme les images d’un film d’horreur (« La nuit des morts vivants »), les mots transformés en langage des morts/vivants, les mots en forme de questions, sont un véritable refuge pour dissimuler les angoisses, repousser à plus tard ce qui adviendra inéluctablement en évitant de se laisser enterrer vivant.

« dans le noir tu écris en toute impunité

les mots sont sourds muets

une bouche d’ombre les gobe comme des petits

apéricubes aux olives

noires évidemment

et elle ricane elle ricane elle ricane »

Le livre sur le site de l’éditeur