MILIEU DE VIE

LeoAndyPhillipsonmin.jpgDans la maison conjugale de ce couple, le mari vivait à l’envers, c’est-à-dire au plafond. Il faisait tout en compagnie de sa femme mais à quelques dizaines de centimètres de distance.

Quand le couple eut des enfants (par procréation médialement assistée), ils vécurent en apesanteur entre le sol et le plafond, à égale distance pour ainsi dire de leurs parents.

LA VIE EN ROSE

rozsak.jpgUn jour de juillet, cette femme entreprit de couper avec un sécateur toutes les fleurs de ses cinquante hectares de rosiers. Elle y mit tout l’été puis se trancha la gorge, péniblement, car l’outil avait beaucoup servi.

Elle n’avait soudain plus supporté de s’appeler Rose ainsi que toute sa vie construite autour, elle qui aurait tant voulu voir la vie en pervenche.

UNE PERFORMANCE

img55551379a11bb.jpgL’homme de 92 printemps franchit les cinquante mètres le séparant d’un balcon du quinzième étage au sol en 3 secondes 16 centièmes, soit une vitesse à l’impact de plus de plus de 110 km/h.

L’exploit* relayé en direct sur un réseau social fut salué par des milliers d’internautes qui ne manquèrent cependant pas de présenter leurs condoléances à la famille du pétulant sportif.

 

________

* On peut raisonnablement parler d’exploit pour un homme de cet âge habitué à filer moins vite

BREFS APERÇUS SUR L’ÉTERNEL FÉMININ de DENIS GROZDANOVITCH

13332843_1113565728701097_3993885120564707459_n.jpg?oh=a4624a0ca791f99180121b3d4ff7c825&oe=5A0756F1par Nathalie DELHAYE 

 

 

 

 

 

51RH49hKhZL._SX302_BO1,204,203,200_.jpgDécryptage complaisant

Au vu du titre, « Brefs aperçus sur l’éternel féminin », je me suis longuement interrogée sur ce que contenait ce livre, craignant le regard de l’auteur sur la gente féminine. Dès les premières pages, je me suis amusée. 

Denis Grozdanovitch retrace le fil de sa vie, et les rencontres et/ou conquêtes qui ont jalonné son existence. Les filles qu’il évoque sont toutes différentes, et présentent tant de particularités qu’il y avait lieu, effectivement, de s’interroger plus avant et d’en compiler cet ouvrage. Des premiers émois, plutôt sensuels qu’amoureux, à la tentative de conquête affirmée, des histoires naissantes aux « vents » inavouables, l’auteur décrit physiquement et psychologiquement ces différentes femmes, de façon très respectueuse. Ce sont souvent des Déesses, des canons de beauté, l’une artiste recluse, l’autre cover-girl, ou encore aristocrate italienne en mal de modernité, elles brillent aussi parfois d’intelligence, de subtilité, ou jouent de séduction. 

Les histoires, ou plutôt anecdotes, sont pleines de détails, certaines scènes offrent une grande perception visuelle. L’émotion, l’intensité, la poésie trouvent également leur place au fil des pages, sur fond d’humilité, car l’auteur se renvoie ses échecs ou son manque d’audace en pleine face. Une pointe d’humour parfois, une grande lucidité toujours, ce livre montre la Femme sous toutes les facettes ce qu’elle peut présenter, fatale, mystérieuse, instinctive, calculatrice, désarmante, provocatrice, directive, envoûteuse, sorcière etc… Et notre pauvre auteur, submergé de tant de complexité, essaie de décrypter les codes et de ne pas trop pâtir de ces expériences. 

Il évoque par ailleurs longuement l’enfance, la petite fille, en étudiant « Alice au pays des merveilles » et les dispositions de Lewis Carroll à son écriture, ainsi que celles d’autres auteurs ayant mis en avant la petite fille dans leurs oeuvres. 

Un petit passage pour méditer… 

Le fin mot est ici lâché : le poète souffre d’avoir dû devenir une grande personne, « une personne qui a raison, une personne perpétuelle ». Or le poète n’est-il pas celui qui, précisément, a su préserver l’âme de l’enfant dans le corps de l’adulte ? Et celui qui conserve cette intense nostalgie du vert paradis, n’est-il pas fatal que, lorsqu’il rencontre une petite fille « effervescente », il cherche maladroitement à lui signifier qu’au plus intime et au plus secret de cette grande carcasse qui est devenue la sienne, se dissimule encore un petit garçon tout à fait disposé à subir ses impertinences et à partager ses lubies ?

Le livre sur le site de site de Points Seuil

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LECTURES ESTIVALES 2017 : EN JOUANT AVEC LES MOTS

arton117866-225x300.jpgpar Denis BILLAMBOZ

L’aphorisme et les autres formes de jeux sur les mots sont devenus un peu la spécialité des Editions Cactus Inébranlable qui publient dans leur collection P’tits Cactus les meilleurs spécialistes belges et français qui se sentent un peu les héritiers de Pierre Autin-Grenier et de quelques autres maîtres en la matière. J’ai ajouté à ma chronique un recueil de Nicolas Bonnal pour bien montrer la différence qui existe entre les héritiers des surréalistes belges et ceux qui ont une fibre plus militante, moins imprégnée par le caractère absurde que peut prendre le jeu sur les mots.

 

couverture-qui-mene-me-suive-19022017.jpg?fx=r_550_550QUI MÈNE ME SUIVE

MIRLI

Cactus inébranlable

Mirli qui se cache derrière ce nom d’artiste de cirque ? Ce pseudonyme pourrait convenir à un clown, l’auteur a la drôlerie et commet les facéties nécessaires à la fonction.

« Rien de plus cuisant qu’une phrase bien crue. »

« Bernard s’appela soudainement Bertrand

FIN »

Il pourrait aussi convenir à un jongleur, il a l’adresse et l’habilité pour jongler avec les mots. Alors peut-être un clown jongleur capable de faire danser les mots et de leur faire dire ce qu’ils ne voudraient pas forcément dire.

« Quand une femme porte un sombrero, ça mexique. »

« Je n’aime pas tout ce qui prête à contusion »

Mais attention, le clown peut aussi lancer des piques acérées pour dénoncer les travers de certains qu’il ne nomme pas forcément.

« Les escargots policiers font-ils plus de bavures ? »

Sans oublier de se flageller lui-même en lançant quelques formules pleines de dérision.mirli.jpg?fx=r_550_550

« En entamant cette phrase, j’ai d’abord cru qu’elle n’aboutirait à rien, mais maintenant j’en suis sûr. »

Et lancer quelques blagues très drôles pour détendre le lecteur chamboulé par les aphorismes trop sophistiqués.

« Simplifiez-vous la vie : compliquez-vous la mort. »

« J’aime tout ce qui est plus qu’il n’en faut. »

N’oublions pas l’illustrateur qui a su mettre en dessins la drôlerie et l’esprit de l’auteur.

Le livre sur le site du Cactus Inébranlable

 

couverture-les-concombres-10032017.jpg?fx=r_550_550LES CONCOMBRES N’ONT JAMAIS LU NIETZSCHE

Serge BASSO DE MARCH (1960 – ….)

Cactus inébranlable

« Aphorismes bancals,

Proverbes bancroches

Et petites phrases décalées »

Le sous-titre de ce recueil insinuant que tout est plus ou moins boiteux dans ce texte, peut paraître péjoratif mais, à mon avis, il signifie plutôt qu’avec de belles phrases, de belles expressions, de beaux proverbes, l’auteur a réussi à faire des phrases qui ne veulent plus du tout dire ce que l’auteur original avait voulu faire dire à ses mots. Ce sous-titre éloquent conduit directement à l’avant-propos d’Alain Dantine qui le complète un peu radicalement : « Qui connaît Serge Basso sait qu’il a la détente rapide, il vous zigouille une idée généreuse en trois bons mots bien frappés ! ». « C’est un déviant textuel, un faussaire sous ses faux airs de Napolitain… »

Ainsi averti le lecteur ne pourra que constater les dégâts commis par ce démolisseurs de belles phrases, ce détourneur de bons mots, ce copiste pervers, ce « caviardeurs » de sentences moralisatrices …. et apprécier la finesse de son esprit :csm_serge_2_01_39d64d7854.jpg

« Pour Yseult l’amour était attristant. »

L’étendue de sa culture :

« J’ai connu une Hélène qui aimait Paris sans que

ça déclenche une guerre à Troyes. »

L’habilité de ses détournements :

« Renoncer aux pompes de Satan, ça ne veut pas dire chausser les mules du Pape. »

« Quand les cyprès sont loin, les distances sont faussées. »

La noirceur se son humour :

« La guillotine travail au coup par cou. »

Sans oublier ses piques acérées :

« Depuis que j’ai une cirrhose de la foi, j’ai arrêté le vin de messe. »

« Aux religions du livre je préfère la religion des livres. »

Mais que serait ce recueil sans la contribution du désopilant et néanmoins célèbre dessinateur Lefred Thouron qui complète magnifiquement les saillies de l’auteur qui avec toute sa modestie avoue : « Le faiseur d’aphorismes n’est, devant les hommes, qu’un pêcheur en mots troubles ». Mais, je vous l’assure la friture est bonne à déguster sans attendre l’inutile après-face de Claude Frisoni !

Le livre sur le site du Cactus Inébranlable

 

519a%2B-zCjgL._SX331_BO1,204,203,200_.jpgAPHORISMES ET PARADOXES

Nicolas BONNAL (1961 – ….)

Editions Tatiana

Avant de lire ce recueil, je ne connaissais absolument pas Nicolas Bonnal, l’opinion que je pourrais m’en faire n’est donc que ce qui découlerait de cette lecture. Je sais seulement, par la notice de l’éditeur, qu’il a touché à bien des genres littéraires et qu’il a été un « chroniqueur métapolitique internationalement reconnu ». Après ma lecture je conserve l’impression qu’il a jeté dans ce recueil des réflexions qu’il a accumulées au cours de ses longues analyses, de ses cogitations, de ses constatations, qu’il n’a jamais écrites dans ses divers textes, trouvant seulement dans le court le média adéquat pour exprimer la dérision, la satire, le désabusement, parfois le découragement et même certaines fois le dégoût qu’il éprouve devant le triste spectacle de la déliquescence de notre société.

« Nous sommes emplis de bonne volonté, comme nos poubelles ».

« Le vingtième siècle fut un siècle d’invention de grands hommes un peu creux ».

« La facilité a détruit le monde plus sûrement que la cruauté ».

Il peint une société décadente qui aurait perdu son chemin en oubliant son histoire, son devenir en oubliant son passé, ses valeurs en recherchant la valeur des choses.ob_ae2bf7_4946e3149d1089071ca65e63e517bc13.jpeg

« Pour certains l’histoire n’a pas commencé. Ils vivent dans l’espace, jamais dans le temps… »

« Les abbés bâtissaient, ils ne passaient pas de doctorat en psychologie ».

Ils ont omis de tirer les enseignements des déboires connus tout au long des siècles précédents.

« La politique comptait quand elle exigeait beaucoup et donnait peu. Elle s’est déconsidérée en donnant beaucoup et demandant peu ».

« Le fascisme comme le communisme disparurent comme un mauvais rêve, personne ne se décidant à demander de comptes ».

Bonnal décoche ses flèches acérées à l’endroit de la société mais il vise aussi l’individu en tant que tel, en tant qu’élément interchangeable dans un tout uniforme, en tant que consommateur asservi.

« Changer de face, de fesses, de métier, de conjoint, de villa : leur vie est bureau de change. »

« Tous les garçons et les filles ont été remplacés par les jeunes. »

Le monde est devenu une masse informe, standardisée, prête à accepter tous les dictats des pouvoirs économiques, politiques ou religieux.

« On aimerait parfois que le mal triomphe, et pas seulement la médiocrité. »

J’ai eu l’impression que l’auteur voudrait voir les citoyens se rebeller, se rebiffer et s’approprier les questions qui devraient préoccuper la planète entière.

« La fin du monde : occupation de nanti, souci de pauvre. »

Mais voilà, la France n’est qu’un pays de contestataires isolés incapables de se structurer pour atteindre un objectif commun.

« La monarchie est judaïque ou japonaise, la démocratie grecque ou britannique, la république romaine ou américaine. Le désordre est français ou latino-américain ».

Les aphorismes et paradoxes de Nicolas Bonnat prennent souvent la forme de sentences, j’en ai relevés qui pourraient prêter à discussion :

« La dictature craint ses sujets, la démocratie les méprise », les dernières campagnes électorales pourraient bien confirmer celle-ci.

« De l’amie médiévale à la conquête amoureuse, et d’icelle au bon coup », une autre façon de dire que la vulgarité est devenue l’expression chevaleresque de notre société.

Il y aurait encore beaucoup à dire sur les sentences de Nicolas Bonnal, beaucoup à gloser, à débattre, à combattre peut-être. Mais, ce livre n’est pas que critiques et satires acides, l’auteur y fait preuve aussi de beaucoup d’humour même si c’est souvent d’humour acide.

« J’ai plus connu de mauvais auteurs que de bons lecteurs ». Bonnal n’est pas un mauvais auteur, je ne suis pas sûr d’être un très bon lecteur ?

Nicolas Bonnal sur Babelio

 

MORT D’UN HOMME HEUREUX de GIORGIO FONTANA

leuckx-photo.jpgpar Philippe LEUCKX

 

 

 

 

123591_couverture_Hres_0.jpgUn jeune écrivain, né en 1981, décide, dans son deuxième livre, d’évoquer des événements tragiques de l’année même de sa naissance.

Le thème des Brigades Rouges, de Prima Linea, du terrorisme rouge de ces années de plomb innerve toute une série de grands livres des dernières années. Il suffit de se remémorer le magistral essai de Rosetta Loy sur ces années ou le roman « Les années à rebours » de Terranova. Sans doute le trauma vécu de près, ou ressassé par les proches, a-t-il gardé, dense, intact, la force terrible du destin qui s’acharne.

Le roman de Fontana tire sa force du croisement intime, éclairant, familial de deux parcours engagés : celui d’un père, Ernesto (dit Beppo), broyé par ses faits de résistance à l’heure de Salo et des assauts fascistes, celui de son fils Giacomo, né dans ces années-là, quarantenaire au début des années 80, épris de justice et de charité bien ordonnée, celle des autres pour qui il ne compte ni temps ni attentions.

Milan, la via Cassoreto, Saronno, la côte Ligure offrent quelques-uns des lieux où l’action se concentre.AVT_Giorgio-Fontana_8943.jpg

Les assassinats de personnalités ou de vies ordinaires, les enquêtes menées autour de trois magistrats, les liens intenses qui unissent une famille déjà éprouvée en 1944, de nouveau ballottée par les tensions de 1981…sont autant de pistes que le romancier, très documenté, tend au lecteur. Pour ne pas être un roman à clés ni un récit purement objectif des faits relatés, le livre n’est pas non plus un développement uniquement affectif et sentimental : il se noue là un réseau dense d’interactions; le magistrat Giacomo, riche du passé de son père, qu’il n’a jamais connu sauf par le souvenir que la mère Lucia en a préservé pour lui et sa soeur Angela, sait qu’il est héritier d’un destin et détenteur d’un avenir qu’il convient de choyer, comme on protège la dignité, la justice, l’égalité et l’amour. Son amour pour Mirella, ses enfants, son amitié pour Mario, Doni et les autres, jouent leur rôle à côté des implications politiques et judiciaires.

L’homme heureux, c’est peut-être celui qui mène son combat, sans refuser aucune de ses attaches les plus précieuses.

Un beau livre.

Le livre sur le site des Éditions du Seuil

LA NÉCESSITÉ D’ÉCRIRE. ACTE LIBÉRATEUR : FRANÇOISE LEFÈVRE ET SON « OR DES CHAMBRES »

leuckx-photo.jpgpar Philippe LEUCKX

 

 

 

 

 

FR.L-.-L-or-des-Chambres.jpgUne petite vingtaine de livres de 1974 à 2008. Pas n’importe quels livres! Françoise Lefèvre, née en 1942, à Neuilly, est devenue comédienne et a, entre autres, dans les années 70, participé à l’adaptation télévisée du « Pain noir ». Et puis vinrent ses enfants : les siens de chair et ses livres, qu’elle revendique comme des traces intenses de son parcours de vie. Bien sûr, il est peu de fiction facile, accrocheuse, vite oubliée dans cette littérature! Et dès le premier livre, un grand lettré, poète comme André Hardellet allait d’emblée repérer la jeune venue en littérature : « La première habitude » (dont j’ai parlé), déjà chez Jean-Jacques Pauvert, plaisait beaucoup à l’auteur du « Temps incertain » et ils se rencontrèrent, en juillet 74, place Desnouettes (15e) pour une entrevue unique, essentielle. Durant la nuit du 23 au 24 juillet, le poète décédait rue Beaubourg. Il projetait d’aller voir, avec Françoise, le Vincennes de son enfance. La romancière attendrait 24 ans pour consigner « Les larmes de André Hardellet » (Ed. du Rocher, 1998), sublime texte d’hommage au grand poète Hardellet (1911-1974).

« L’or des chambres », petit livre de 128 pages, est une oeuvre immense, de sincérité, d’authenticité, d’écriture (aussi, et quelle poésie enfouie dans une prose intense, sensuelle, tactile!) et de courage. Il en faut de la bravoure pour relater une rupture et ses incidences : blessure profonde, solitude, peur de ne plus aimer, d’être de nouveau larguée etc.

Ecrire avec fluidité, légèreté la gravité des sentiments, c’est un sport de haute compétition, que ne peuvent que les plus grands, les plus doués : Françoise est de la famille d’Annie Ernaux, de René de Ceccatty, de Beatrix Beck, … Ecrire sur et autour de la douleur sans peser.

Et donc « L’or des chambres », dont le titre pluriel évoque tout à la fois cette anse de l’écriture, ce repos sans guerrier pour une âme esseulée qui consigne l’absence, la haute charge d’écrire en responsabilité – sans ce recours vain à la fiction accrocheuse -, puisque écrire est là, qui innerve tout le livre. Françoise le dit : elle écrit pour se libérer, elle entame cette retraite qu’elle trouve terrifiante parce qu’elle est symbole d’absence d’amour et il lui faut l’écrire; elle écrit, est-ce l’or des mots? est-ce nécessité existentielle pour elle, dès ce deuxième livre?

Il y a dans ces pages une chair des mots, une envie folle de recouvrer l’amour perdu, la présence de l’amant, et ce vide pressenti, ressenti, doublement blessé par le manque et le désir…

« J’écris. C’est mon immense consolation glacée » (p.61)

« O comme le soir m’enveloppe. La grâce existe. Elle est comme un pommier sur une tombe » (p.52)

« Le vin est à mes lèvres. Il faut le boire. Enfants. » (p.51)

« Je te fais mes offrandes de soleil, de fleurs blanches, à toi, assis dans un train en sa compagnie. » (p.103)

« Attends. Je sens venir la fin du livre » (p.100)

Comme chez Cabanis, l’écriture, le livre, la vie s’offrent au lecteur, dans un « jeu » qui n’est pas jeu mais nécessité littéraire, comme pour « Le bonheur du jour » du cher José.

« Si tu n’étais pas absent, peut-être n’écrirais-je pas ou peut-être inventerais-je une absence.  » (p.91)

Jusqu’au dernier livre (« Un album de silence », Mercure de France, 2008), en passant par « Le petit prince cannibale », « La grosse », « Blanche , c’est moi »…la romancière ose tisser sa vie, celle des proches, celle dont elle a été témoin privilégiée, dans un mouvement qui soit audace et libération.

J’attends avec ferveur, comme pour celle de certains écrivains aimés, la prochaine parution : il en va de la littérature comme de la vie, on reconnaît la beauté et la nécessité. Jean Guénot, expert en écriture littéraire à l’université de Nanterre, ne disait-il pas qu’on reconnaît l’écriture vraie comme la résonance des pas d’un cheval sur le pavé?

Lefèvre l’a prouvé nombre de fois et il faudra qu’un jour on lui reconnaisse une place aussi solide que celle qu’on a réservée à Colette, Yourcenar, Sagan, de Beauvoir, avec ses consoeurs de grande qualité Ernaux et Sallenave.

Merci, Madame Lefèvre.

L’Or des chambres de Françoise Lefèvre (Jean-Jacques Pauvert, 1976; J’ai lu n°776. 128p.)

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Les livres de Françoise Lefèvre aux Editions du Rocher

FRANCIS PICABIA: ART & APHORISMES

Francis Picabia - 2 Artworks to Discover and Buy | Widewalls

Francis Picabia naît à Paris le 22 janvier 1879, 82 rue des Petits Champs.
C’est dans cette même maison qu’il meurt, le 30 Novembre 1953 (aujourd’hui rue Danielle Casanova).

Durant les 74 années de sa vie, Picabia explore la plupart des mouvements artistiques de son temps, un exploit aussi exceptionnel que l’époque elle-même. 

En savoir plus ici

Sélection d’aphorismes et de tableaux

Les moyens de développer l’intelligence ont augmenté le nombre des imbéciles.

 

Une idée est intéressante si elle n’est pas imprimée.

Si vous tendez les bras, vos amis les couperont.

Dieu a inventé le concubinage. Satan le mariage.

L’oignon fait la force.

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Trois mimes, huile sur toile

61,6 x 50,9 cm, 1936

Collection privée

La seule façon d’être suivi, c’est de courir plus vite que les autres.

L’art est le culte de l’erreur.

Toute conviction est une maladie.

C’est un homme bon donc il passe pour un idiot. 

Il n’y a d’indispensable que les choses inutiles.

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Hera, huile, gouache, fusain et crayon sur carton
103,4 x 74,9 cm
1929

Collection privée

La propreté est le luxe du pauvre: soyez sale!

Le seul uniforme possible est celui du bain de vapeur.

Les hommes gagnent des diplômes et perdent leur instinct.

Le diable me suit de jour comme de nuit car il a peur d’être seul.

La sagesse n’est qu’un gros nuage sur l’horizon.

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Le sphinx, huile sur toile

131 x 163 cm
1929

Centre Georges Pompidou, Paris, France

Je conseille aux idées élevées de se munir de parachute.

L’art est un produit pharmaceutique pour imbéciles.

Une femme qui a un enfant, c’est neuf mois de maladie et le reste de sa vie de convalescence.

Les gens sérieux ont une petite odeur de charogne. 

Ce qui manque aux hommes, c’est ce qu’ils ont, c’est-à-dire les yeux, les oreilles et le cul.

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Mélibée, huile sur toile
195,5 x 130 cm
1931

Collection privée

Ne cachez pas vos secrets dans votre derrière. Tout le monde les connaîtrait.

Il faut vivre parmi les femmes, les hommes sont toujours trompés.

Le succès est un menteur. Le menteur aime le succès.

La vérité d’un homme, ce sont ses erreurs.

Nos pensées sont les ombres de nos actions. 

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Otaïti, huile sur toile
217 x 151,5 cm
1930

Tate Gallery, Londres, Royaume-uni

Les impuissants se prosternent toujours vers le passé. 

Devant l’immobilité de la campagne, je m’ennuie tant que l’envie me prend de manger des arbres.

Je n’ai pas besoin de savoir qui je suis puisque vous le savez tous.

Le psychologue se nourrit exclusivement dans la conscience: moi, je ne veux qu’une inconscience impossible à acclimater.

Le pape est l’avocat de Dieu. Dommage que son client soit mort.

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Villica caja, huile sur toile
151 x 180 cm
1929

Collection privée

Pour se sauver, il n’y a qu’un moyen: sacrifier sa réputation.

Les hommes ont plus d’imagination pour tuer que pour sauver. 

Il est plus facile de se gratter le cul que le coeur. 

Il faut être nomade, traverser les idées comme on traverse les villes et les rues.

Il faut s’exprimer uniquement avec soi-même, ce qui nous vient des autres est encombrant, incertain et surtout inutile.

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Corrida, huile sur toile
75,2 x 104,8 cm
1925-1927

Collection privée

C’est une lâcheté que d’applaudit à toutes les idioties que l’on nous montre sous prétexte de modernité.

Qui est avec moi est contre moi.

J’aime les êtres qui ressemblent aux inondations. 

Les artistes sont le résultat de l’avarice de la nature. Le peu d’esprit qu’ils ont leur est donné par la méchanceté.

Les idiots pensent que la mémoire fait partie de la connaissance et de la vie.

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Figure, huile sur toile

Collection privée

Les enfants sont aussi vieux que le monde, il y en a qui rajeunissent en vieillissant, ce sont eux qui ne croient plus à rien.

Le bonheur pour moi, c’est de ne commander à personne et de ne pas être commandé. 

Ceux qui médisent derrière mon dos, mon cul les contemple.

Il est plus dangereux de faire le bien que le mal.

Plus on plait, plus on déplait.

 

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Je me souviens de mon cher Udnie, huile sur toile
250,2 x 198,8 cm
1914

Museum of Modern Art, New-York, USA

Qui est avec moi est contre moi.

 

Ce que j’aime le moins chez les autres, c’est moi.

 

Moi, je me déguise en homme pour n’être rien.

 

Les hommes politiques poussent sur le fumier humain.

 

Je n’ai jamais pu mettre de l’eau dans mon eau.

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L’adoration du veau, huile et fusain sur toile
106 x 76,2 cm
1941

Centre Georges Pompidou, Paris, France

 

Je ne donne ma parole d’honneur que pour mentir.

 

L’art est le culte de l’erreur.

 

L’avenir n’existe pas quoique j’aille mieux.

 

Il faut toujours que notre sexe fasse une ombre sur notre ventre.

 

Je n’ai pas besoin de savoir qui je suis puisque vous le savez tous.

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Les seins, gouache sur carton
99,5 x 77 cm
1924-1927

Collection privée

 

Le crime est une chose admirable, mais l’assassin me dégoûte.

 

Il n’y a pas d’obstacles, le seul obstacle est le but, marchez sans but.

 

Devant l’immobilité de la campagne, je m’ennuie tant que l’envie me prend de manger des arbres.

 

Toutes les croyances sont des idées chauves.

 

La justice des hommes est plus criminelle que le crime.

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Femmes au bulldog, huile sur carton
106 x 76 cm
1941-1942

Centre Georges Pompidou, Paris, France

 

Mes pensées me disent où je me trouve ; mais elles ne m’indiquent pas où je vais.

 

Craindre les sens, c’est devenir philosophe.

 

Le seul uniforme supportable est celui du bain de vapeur.

 

Je n’ose plus ouvrir les yeux si mes bras ne doivent plus jamais t’étreindre

Je me repose sur l’oubli.

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Adam et Eve, huile sur toile
200 x 110 cm
1931

Collection privée

L’amour seul est désintéressé, le mariage ne l’est jamais.

Si nous sortons de l’imbécillité de la politique, notre vie actuelle apparaît horriblement triste.

Les humoristes sont les fleurs artificielles du comique, ils cèdent aux spectateurs.

L’amour est un contact infectant par envoûtement, il veut tuer tout d’abord l’entourage de la personne aimée, puis, tout doucement, l’être chéri lui-même.

Sur-femmes, sur-hommes, sous-femmes, sous-hommes, vos cheveux blanchiront et vos pensées resteront obscurité.

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L’élégante, huile sur panneau
106 x 77 cm
1942-1943

Collection privée

 

Notre phallus devrait être avoir des yeux ; grâce à eux, nous pourrions croire que nous avons vu l’amour de près.

Je fuis le bonheur de peur qu’il ne se sauve pas.

 

Tous les peintres qui figurent dans nos musées sont des ratés de la peinture; on ne parle jamais que des ratés; le monde se divise en deux catégories d’hommes: les ratés et les inconnus.

Je surpasse les amateurs. Je suis le sur-amateurs; les professionnels sont des pommes à merde.

Il faut communier avec du chewing-gum, de cette façon Dieu vous fortifiera les mâchoires; mâchez-le longtemps, sans arrière-pensée; puisqu’il aime votre bouche, qu’il sache à quoi elle sert! Vos langues tièdes ne sont pas à dédaigner, même pour un Dieu.

 

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Autoportrait, 1923

Éloge funèbre de Francis Picabia par André Breton

« Adieu ne plaise, il faut, pour de semblables funérailles, que chacun montre un heureux orgueil d’avoir connu un homme qui n’ait jamais éprouvé le besoin de se préoccuper des misères qui l’accablaient … Mon cher Francis, allez-vous croire qu’un journal me prêtait bien de l’influence sur vous ? Nous savons bien que c’est tout le contraire qui est vrai. Vous avez été un des deux ou trois grands pionniers de ce qu’on a appelé, faute d’un autre mot, l’esprit moderne … » 

Le site officiel de Francis PICABIA

Tableaux de Francis Picabia

Entretien avec Georges Charbonnier

Picabia au MOMA

L’oeil cacodylate 

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