#BALANCETONPOÈTE

thumbs_2147-topor.gifSi toi aussi, tu as été harcelé par un poète et que ta vie en a été bouleversée, si tu n’as plus ensuite vu le monde de la même façon puis que ton existence parmi les humains t’a paru insupportable, un véritable enfer d’incompréhension et de repli sur soi, BALANCE TON POÈTE !

Si à toi aussi, on t’a murmuré de la poésie à l’oreille dans les transports en commun, si tu as dû te farcir la lecture de milliers de textes sur écran ou sur les murs d’un réseau asocial voire des rames de plaquettes papier complètes ou l’œuvre exhaustive d’un écrivain culte, BALANCE TON POÈTE !

Si toi qui avalais des romans feel good, des polars captivemmerdants, de la conscience fiction, l’œuvre himalayesque de Matthieu Ricard, de la littérature jaunisse, des romans gore de gare, des statuts sur l’inhumanité croissante, le fascisme galopant, la dictature locale et que soudain la poésie t’a aveuglé, hébété, fracturé, déporté, transformé de l’intérieur, BALANCE TON POÈTE !

Si tu végétais dans le veganisme, la nécrose du cancrelat, la culpabilisation de la cigale, l’antispécisme du Caron, la haine de la haine, la religion du selfie, la tyrannie du like, l’amor por el toro bravo, la culture inclusive, la poésie t’a (a)gue(r)ri pour le malheur de toutes les tendances au ressentiment et ouvert à l’univers infini des sensations, BALANCE TON POÈTE AU BOUT D’UNE CORDE ET REGARDE-LE DANSER DANS LE CIEL LA DANSE  LIBRE DE LA PLUIE ET DU VENT !

 

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Le dessin est de Topor

CADRES NOIRS de PIERRE LEMAITRE

par Lucia SANTORO

 

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Alain Delambre est « cadre au chômage » depuis quatre ans. A cinquante-sept ans, son âge le disqualifie systématiquement mais malgré les déconvenues, il persiste à chercher de l’emploi dans son secteur : Alain Delambre est directeur aux ressources humaines.

   « Depuis quatre ans qu’on se connait, forcément, je considère mon conseiller de Pôle emploi comme l’un de mes proches. Il m’a dit récemment avec une sorte d’admiration dans la voix, que j’étais un exemple. Ce qu’il veut dire, c’est que j’ai renoncé à l’idée de trouver du travail, mais que je n’ai pas renoncé à en chercher. »

   En attendant, pour « arrondir les fins de mois » et accessoirement pour ne pas contrarier Pôle emploi, il effectue des boulots alimentaires mal payés et temporaires où exploitation rime avec humiliation.

   « En quatre ans, à mesure que mes revenus se sont liquéfiés, mon état d’esprit est passé de l’incrédulité au doute, puis à la culpabilité, et enfin au sentiment d’injustice. Aujourd’hui, je me sens en colère. Ca n’est pas un sentiment très positif ça, la colère. Quand j’arrive aux Messageries, que je vois le sourcil broussailleux de Mehmet, la longue silhouette chancelante de Charles et que je pense à tout ce que j’ai dû traverser jusqu’ici, une colère terrible se met à gronder en moi. Il ne faut surtout pas que je pense aux années qui m’attendent, aux points de retraite qui vont me manquer, aux allocations qui s’amenuisent, à l’accablement qui nous saisit parfois, Nicole et moi. Il ne faut pas que je pense à ça parce que malgré ma sciatique, je me sens des humeurs de terroriste. »

   La coupe est pleine lorsqu’il se fait proprement « botter le cul » par son supérieur immédiat. Alain réplique violemment, à la suite de quoi il est licencié pour faute grave et attaqué en justice. À sa situation déjà précaire s’ajoute un procès…

   Une opportunité professionnelle apparaît enfin lorsqu’un employeur potentiel retient sa candidature pour un poste de cadre. Alain est prêt à tout pour obtenir cet emploi, même à emprunter de l’argent ou à participer à l’ultime épreuve de recrutement : un jeu de rôle sous la forme d’une prise d’otages qui va très mal tourner…

 

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Pierre Lemaitre

 

   Pierre Lemaitre a été récompensé du Prix Goncourt en 2013 avec son roman picaresque Au revoir là-hautCadres noirs précède l’ouvrage primé et constitue un excellent thriller social, inspiré d’un fait divers survenu en 2005 à France Télévision Publicité.

   L’auteur y déconstruit avec finesse un système de management coercitif et écrasant qui nous apparait d’autant plus cruel que le directeur des ressources humaines Alain Delambre n’échappe pas à la machine implacable qu’il a alimentée avec professionnalisme et enthousiasme. Son pire ennemi est l’espoir : « L’espoir est une saloperie inventée par Lucifer pour que les hommes acceptent leur condition avec patience ».

   Pierre Lemaitre donne une vision perspicace du monde du travail, des entreprises et du management. Il n’hésite pas à s’appuyer sur ses auteurs de références, qu’ils soient écrivains ou philosophes, et ce de Proust à Bergson en passant par Kant et Céline. Aussi, il fait de son héros un être abîmé et pleinement conscient, à la fois de sa faillite personnelle, mais aussi de la supercherie générale, qu’elle soit privée ou institutionnalisée.

   Enfin, l’intérêt du roman ne réside pas dans le fait que « l’arroseur se trouve être arrosé » mais bien dans le jeu de dupes qui se joue d’un bout à l’autre du récit puisqu’Alain Delambre connaît parfaitement les stratégies du management. Manipulera bien qui manipulera le dernier…

 

Cadres-noirs.jpgLe livre sur le site de Calmann-Levy

Le livre sur le site du Livre de Poche

LA SOLITUDE DES ÉTOILES de MARTINE ROUHART

13332843_1113565728701097_3993885120564707459_n.jpg?oh=a4624a0ca791f99180121b3d4ff7c825&oe=5A0756F1par Nathalie DELHAYE

 

 

 

 

 

 

rouhart-solitude-des-etoiles.gifRetour aux sources

 

Martine Rouhart, de son phrasé poétique, nous conte l’histoire de Camille, assistante vétérinaire, qui n’a que pour amis les animaux dont elle s’occupe, et ceux du zoo que son logement côtoie…

   Sans amis Camille ? Oui, par choix. Aucune intrusion dans sa vie, jamais plus, surtout depuis le départ de son mari, prématuré, mort subitement. Elle erre comme une âme en peine, dans cette petite vie tranquille, n’en attend rien de particulier, et se terre dans un profond désarroi. Sa mère, seul véritable lien, lui semble trop vivante, trop extravagante, et ne n’entend pas sa détresse, absorbée par sa propre soif de vivre.

   Un jour, malmenée lors d’une intervention au travail, et à bout de ses incertitudes, Camille débraye et décide de s’éloigner, pour un temps, de cette sombre vie.

   C’est dans une petite maison perdue aux fins fonds des Ardennes qu’elle part se ressourcer, se retrouver face à elle-même, prendre du temps pour elle et compter les heures qui passent.

 

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Martine Rouhart

   « La solitude des étoiles » nous emmène en voyage, un voyage intimiste et profond. Une exploration de l’âme et du coeur, une recherche existentialiste dont Camille éprouve le besoin, un regard assez dur sur ce qu’elle est, un questionnement sur ce qu’elle aimerait être et la surprise de ce qu’elle sera, sortie de cette retraite. Pour ce faire, la nature et tout ce qu’elle apporte d’apaisant, décrite en touches de couleur, vivante, majestueuse, dominatrice, changeante, qui semble envelopper cette femme toute entière et la prendre dans ses bras.

   Petit à petit Camille va changer, avoir d’autres préoccupations, connaître un gros bouleversement et se sentir renaître. 

   Les éléments la supportent, le ciel se révèle et la protège, les étoiles lui sont salutaires. Une rencontre fortuite l’aidera dans son cheminement de pensée, cet être étrange saura l’atteindre en se livrant, par petites touches, rendra petit à petit Camille vivante à nouveau. Comme une psychanalyse, en sorte, on vit en parallèle deux histoires compliquées d’êtres blessés par la vie, qui cherchent des bulles d’air pour respirer encore, qui attendent inconsciemment des lendemains qui chantent, des repères, dans cette profonde solitude qui les mine et les engloutit.

   Un livre touchant, l’écriture est belle, poétique, le thème est universel, chacun peut se retrouver dans ces phrases, dans cette quête de mieux-être.
   Un livre qui fait du bien… 

Le livre sur le site du Murmure des Soirs

 

SPIROU ET FANTASIO (3/3) par ARNAUD DE LA CROIX et PHILIPPE REMY-WILKIN

TROISIÈME ÉPISODE : ALBUMS 13 à 19

 

ALBUM 13 : Le Voyageur du Mésozoïque (1960)

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220px-Arnaud_de_la_Croix.JPGArnaudCette fois, Franquin, qu’il s’agisse des mots ou des images, atteint une sorte de perfection : une stylisation absolue qu’il ne dépassera plus, sinon en tentant de s’auto-plagier. Alors, devant ce niveau-limite, le lecteur, ou le « critique », responsable, comme le dit Maurice Blanchot, d’une « lecture écrite », reste sans voix. Que dire ici, sinon que Spielberg, dans ce long-métrage somme toute moyennement réussi qui s’intitule Jurassic Park, en 1993, ne fera que démarquer cette histoire… Et, une fois atteinte la « note bleue », que reste-t-il finalement à ajouter ?

 

3fc32e39-f0c4-473d-8af3-f77a93d77101_original.jpgPhilSpielberg d’après Crichton, qui reprenait Conan Doyle et son Monde perdu… que pourrait avoir lu Franquin ? Il a surtout visionné King Kong, qui lui inspire l’attaque des avions contre le (gentil) monstre. Eh bien, je ne suis pas aussi emballé par ce récit, la représentation graphique du dinosaure louvoyant vers la lecture pour tout petits.

 

ALBUM 14 : Le Prisonnier du Bouddha (1960)
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220px-Arnaud_de_la_Croix.JPGArnaudUn scénario joliment ficelé, sur fond de guerre froide, par Greg. Le père d’Achille Talon nous gratifie au passage du discours peut-être le plus faramineux du maire de Champignac (« Et je suis heureux d’être aujourd’hui présent parmi vous, parmi toutes ces magnifiques bêtes à cornes à la tête desquelles Monsieur le Préfet me fait l’honneur de s’asseoir… »). Jidéhem, quant à lui, a fignolé les véhicules jusqu’au dernier boulon. Cependant, je me prends à regretter les scénarios et dialogues improvisés à mesure par Franquin, qui lui permettaient de laisser libre cours à sa fantaisie. Laquelle me semble, ici, un peu, hum, bridée.

 

3fc32e39-f0c4-473d-8af3-f77a93d77101_original.jpgPhilElargissons un instant à la série pour insister sur un aspect décapant : le nombre d’inventions ou de scènes qui touchent au fantasme, bouleversent ad vitam l’imaginaire. Arnaud évoquait il y a quelques paragraphes le fantacopère et voici venir, avant la zorglonde, le… G.A.G. ( !), appareil qui soulève… (entre autres astuces !) et projette au cœur de séquences fabuleuses dans la vallée des Sept Bouddhas (le passage du pont, le combat jubilatoire avec les soldats chinois). Peut-on lire un pastiche des Dupondt avec les paires d’espions russes et british ?

Elargissons plus encore. Spirou, Tintin et la crème des Bob et Bobette (avant l’industrialisation de la série), Bob Morane, Blake et Mortimer, autant de grenades incendiaires pour dégoupiller les imaginaires des jeunes lecteurs. Cette manne céleste a-t-elle à voir avec le fait que notre plat pays est moins avide de grande culture (nous n’avons jamais eu les cohortes de philosophes qui ont nourri la pensée française), récoltons-nous les fruits indirects d’un excès de modestie/déficit d’ambition qui permet l’éclosion de la truculence, de la péripétie, la folie narrative la plus débridée ?

 

ALBUMS 15 et 16 : ZZ TOP !

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220px-Arnaud_de_la_Croix.JPGArnaudZ comme Zorglub (1961) et L’Ombre du Z (1962) composent un diptyque de 128 pages contant l’ascension et la chute de Zorglub, reflet inversé du comte de Champignac, exactement comme Zantafio (qui réapparaît ici brièvement) constituait le jumeau négatif de Fantasio. Le rythme enlevé du récit, les dialogues d’une grande drôlerie, tout ici est réussi. Une longue séquence, en particulier, force mon admiration : la découverte des habitants de Champignac statufiés sous l’effet de la zorglonde, séquence ouvrant un deuxième volume dont la chute, elle, est un peu précipitée (mais elle trouvera un long épilogue dans Panade à Champignac en 1969). Un sommet.

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3fc32e39-f0c4-473d-8af3-f77a93d77101_original.jpgPhilUn diptyque aux allures d’œuvre-maîtresse, comme le furent ceux d’Hergé (Les 7 Boules de Cristal/Le Temple du Soleil, Le Secret de la Licorne/Le Trésor de Rackham le Rouge) ou de Jacobs (L’Espadon et surtout Le Mystère de la Grande Pyramide) ? Oui et non. Autrement, disons. Dans un registre plus léger. Pour le meilleur et pour le… rire. La rivalité des deux génies scientifiques m’apparaît comme une version burlesque du binôme Professeur X/Magneto des comics américains (saga mythique des X-Men). Des scènes m’ont tué enfant : Fantasio et la voiture sans pilote, la transformation en zorglhomme, la ruée vers les tubes de dentifrice, etc. Enfin, léger… On encaisse une satire métaphorique du consumérisme et de l’ultra-capitalisme prédateur et manipulateur pressurant les foules comme des citrons.

On notera l’allusion, étrange, au veuvage (supposé) du comte de Champignac (« Du temps de ma femme… ») et la juxtaposition des deux plus grands méchants de la série, Zantafio venant faire de son nez et de son Z dans le deuxième volet, qui nous ramène en Palombie.

 

ALBUM 17 : Spirou et les hommes-bulles (1964)

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220px-Arnaud_de_la_Croix.JPGArnaud : Deux épisodes d’une trentaine de pages chacun, essentiellement concoctés par Roba (Franquin, à l’époque, est pour le moins épuisé, ayant un temps mené de front Spirou et Gaston dans le journal de Spirou, et la série Modeste & Pompon dans l’hebdomadaire concurrent, Tintin). Roba est un grand dessinateur, sous-évalué à cause du succès écrasant de sa création familialiste et passablement gentillette, Boule & Bill. Il n’en reste pas moins que, face au diptyque des albums consacrés à Zorglub, celui-ci fait figure d’ouvrage mineur. Avec cependant quelques moments extraordinaires, telle la séquence finale de la poursuite dans la foire : ne boudons pas notre plaisir.

 

3fc32e39-f0c4-473d-8af3-f77a93d77101_original.jpgPhilLe règne du fantasme encore ! Avec cette ville sous-marine aux allures d’Eden, débarrassée du bruit, de la pollution, de la foule. Ou ces sous-marins/armures qui transforment les héros en (quasi) poissons. Avec Franquin, au gré des épisodes, on vole dans les airs ou sous la mer, on réalise mille prouesses vertigineuses grâce à la queue du marsupilami ou à des engins futuristes.

Deuxième récit : Les Petits Formats. A-t-on réduit Fantasio aux dimensions d’une poupée ?

 

ALBUM 18 : QRN sur Bretzelburg (1966)

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220px-Arnaud_de_la_Croix.JPGArnaud : J’ai eu, il y a quelques années, la chance d’assister à une remarquable conférence de François Schuiten au sujet de cet album, qu’il décrivait à juste titre comme une odyssée de la communication (et de l’incommunication), déclenchée par le fait que le Marsupilami avait avalé un transistor émetteur-récepteur. Franquin dira de l’album que c’était son préféré. Il en a pourtant interrompu la prépublication durant un an et trois mois (de la fin décembre 1961 à la mi-avril 1963), atteint par la dépression. Schuiten conseillait de lire la version intégrale, publiée par Dupuis en 1987 : elle n’est pas facile à dénicher et mériterait une réédition. Franquin, désobéissant régulièrement au scénariste Greg, y donne libre cours à sa fantaisie, si bien qu’il a dépassé le nombre de pages initialement prévu. Il s’agit sans doute de son chef-d’œuvre. « Zi fous foulez MANCHER, il faut BARLER !! »

 

3fc32e39-f0c4-473d-8af3-f77a93d77101_original.jpgPhilCas ! J’ai détesté, enfant. Et je comprends enfin pourquoi grâce à Arnaud ! Le récit a subi mille avatars, paraissant à raison d’une planche + une bande, se réduisant à une bande, revenant à la planche standard, s’interrompant. Je le relis dans sa version complète car je possède les recueils du magazine. Et… ? Je ne retrouve pas la folle innocence, le parfum d’épopée de la grande époque (des Héritiers aux Zorglub). Je perçois qu’il s’est passé quelque chose dans l’air du temps, aux alentours du passage des années 50 aux 60. Qui me semble ne pas trop réussir à ce qui était déjà installé. Restent des gags superbes, notamment le bus à pédale qui s’apparente à la galère de Ben Hur !

 

ALBUM 19 : Panade à Champignac (1969)

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220px-Arnaud_de_la_Croix.JPGArnaud : Le trait de Franquin, dans cet album, s’est à ce point assoupli et complexifié qu’il en devient, par endroits, disons, maniéré. Panade tourne autour d’une bonne idée (Zorglub retombé en enfance) mais tourne un peu à vide. Par contre, Bravo les Brothers, qui clôt l’album, est un bijou d’humour tendre, où l’univers de Gaston croise celui de Spirou pour un superbe bouquet final. Final ? Pas tout à fait…

 

 

3fc32e39-f0c4-473d-8af3-f77a93d77101_original.jpgPhilMise en abyme ! Le cycle Spirou, pour Franquin, est achevé depuis un certain temps, il se survit, son énergie créatrice, immense, s’étant tournée vers Gaston. On a donc ici affaire à une hybridation à mi-chemin des deux séries. Qui vaut autrement. On peut aimer et même préférer. On peut même admirer. Car Franquin se réinvente quand Hergé, lassé par Tintin depuis de longues années, n’aura jamais le courage ou l’énergie d’ouvrir un nouveau sillon et se contentera d’assurer (et encore !) durant… des décennies.

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SPIROU APRES FRANQUIN

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220px-Arnaud_de_la_Croix.JPGArnaudPrépublié en 1959 dans Le Parisien libéré, puis en 1971 dans l’hebdomadaire Spirou, paru enfin en album en 1974, scénarisé par Greg et largement dessiné par l’excellent Roba, Tembo tabou (album 24) constitue plutôt une bonne surprise. Si je ne suis pas sensible au trait un peu mou de Fournier, si je respecte mais ne suis pas séduit par les albums de Tome & Janry, Spirou, le journal d’un ingénu, signé Emile Bravo, exploite en 2008 une idée autrefois esquissée par le grand Chaland : Spirou, sous l’Occupation, est groom au Moustic Hotel. Frissons, amourette et vilains nazis : un petit chef-d’œuvre, à lire en écoutant… Charles Trenet.

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3fc32e39-f0c4-473d-8af3-f77a93d77101_original.jpgPhilComme Arnaud, j’ai lâché sous Fournier, qui tiendra la barre des aventures de Spirou durant une dizaine d’années. Ou, en fait, juste avant, devant l’essoufflement de Franquin (pour la série) ou… tout simplement parce que je vieillissais et passais à des BD plus réalistes comme Black et Mortimer, Alix, les comics américains… L’adolescent part-il en guerre contre l’enfant qu’il a été ?

 

 

LIEN VERS L’ÉPISODE 1 : les albums 1 à 6

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LIEN VERS L’ÉPISODE 2 : les albums 7 à 12

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Les Éditions DUPUIS

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ARNAUD DE LA CROIX sur le site des Éditions RACINE

LETTRES BELGES, le blog de Philippe REMY-WILKIN

 

D’AILLEURS, LES POISSONS N’ONT PAS DE PIEDS de JÓN KALMAN STEFÁNSSON

par Lucia SANTORO

 

9782070145959Éditeur installé au Danemark à la suite de son divorce, Ari revient en Islande après plusieurs années d’absence. Un colis plein de souvenirs, envoyé par son père malade, le pousse à revenir dans la localité où il a passé son enfance, réputée pour être « l’endroit le plus noir du pays ». À Keflavik, il paraît que « nulle part ailleurs en Islande, les gens ne vivent aussi près de la mort. »

La nostalgie et un sentiment de culpabilité assaillent Ari qui a de plus l’impression d’avoir donné une mauvaise direction à sa vie, ou du moins d’avoir échoué jusque-là dans la quête universelle du bonheur. « Une seule chance nous est offerte d’être heureux. Comment la mettre à profit. »

Le moment est venu pour lui d’affronter ses démons et un passé qui lui fournira peut-être des réponses à ses questions. Le narrateur convoque l’histoire de trois générations qui aidera Ari à changer sa perception des événements…

« Nos rêves ne sont qu’illusions et fuite, ils ne sont que la preuve de notre incapacité à regarder la réalité en face. »

D’ailleurs, les poissons n’ont pas de pieds. Voilà un intitulé qui paraît bien étrange pour ce roman introspectif venu du Nord écrit par Jón Kalman Stefánsson. L’auteur est certes romancier mais aussi poète, ce qui est rappelé à chaque phrase au lecteur. Les métaphores sont choisies tandis que la langue est impétueuse et âpre, semblable à cette Islande qui abrite « les montagnes colériques »« le vent impitoyable, le froid glacial et désespérant ».

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Jón Kalman Stefánsson 

 

Stefánsson raconte le temps qui passe et ses métamorphoses. Le récit est ainsi traversé par les cris de nouveau-nés, par les premiers émois, la fin d’un mariage ou encore par le dernier souffle. « Le monde est un perpétuel changement, il n’en existe aucune version qui fasse autorité, nous ignorons d’ailleurs comment Dieu lui-même l’envisage, ne saurions dire quelle est, à ses yeux, la forme des montagnes ; sont-elles des plantes violettes ou des roses immémoriales, ses yeux voient sans doute le réel autrement que les nôtres, peut-être que vus du ciel, les séquoias de la côte ouest des États-Unis sont des anges de taille démesurée. Et certains événements changent tout, notre regard, notre vision, nos perceptions – la façon dont nous écoutons…»

Et le changement de nos perceptions peut également transformer le sens donné jusque-là à un événement…. Ainsi en est-il pour le chagrin : « Celui qui ne ressent aucune souffrance et n’est pas bouleversé face à la vie a le cœur froid et n’a jamais vécu – voilà pourquoi vous devez être reconnaissant de verser ces larmes. »

Le roman est pénétré de souffrances secrètes, indicibles mais universelles, d’une quête de sens face à une certaine absurdité du monde.

 « Souvenez-vous tout comme moi que l’homme doit avoir deux choses s’il veut parvenir à soulever ce poids, à marcher la tête haute, à préserver l’étincelle qui habite son regard, la constance de son cœur, la musique de son sang – des reins solides et des larmes. »

 

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Le livre sur le site des Éditions Gallimard

Les ouvrages de JÓN KALMAN STEFÁNSSON chez Gallimard

Le livre sur le site de Folio

600 000 VISITES !

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LES BELLES PHRASES ont enregistré 600 000 visites depuis le 22 décembre 2008 ainsi que 3385 notes. 

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arton117866-225x300.jpgGrand merci aux chroniqueurs historiques du blog, Denis BILLAMBOZ et Philippe LEUCKX, présents depuis janvier 2010…

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ainsi qu’à Nathalie DELHAYE et Lucia SANTORO qui nous ont rejoints en mai et septembre 2016

et, récemment, philippe-rw-c3a0-brighton-gb-nov-09-photo-gisc3a8le-wilkin.jpgPhilippe REMY-WILKIN et Julien-Paul REMY2506907114.3.jpg

qui ont contribué à donner à ce blog sa patte littéraire et revuistique.

 

 

 

  

Merci aussi aux contributeurs occasionnels ou auteurs invités qu’ont été Géraldine ANDRÉE, Arnaud DE LA CROIX, Daniel CHARNEUX, Gaëtan FAUCER, Joaquim HOCK, Véronique JANZYK, Lorenzo CECCHI, Thierry RADIÈRE, Salvatore GUCCIARDO, Dierf DUMÈNESandra LILLO, Cristèle GONCALVES, Thierry RIES et j’en oublie… 

Et à tous ceux, Carine-Laure DESGUIN en tête, qui ont, au fil des années, relayé sur les réseaux sociaux les notes de ce blog.

 

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HOMMAGE À DANIELLE DARRIEUX par PHILIPPE LEUCKX

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Une pensée pour une magnifique comédienne, révélée par Henry Decoin dans les années trente. DANIELLE DARRIEUX (1917-2017). La revoir dans « La vérité sur Bébé Donge » (Decoin, 1951), « Madame de » (Ophüls, 1953), « Marie-Octobre » (Duvivier, 1958), « Le dimanche de la vie » (Herman, 1966), « Huit femmes » (Ozon) etc.

 

Je crois que si on aime le cinéma français ce nom de Darrieux sonne comme une totale référence. Combien de films n’a-t-on vus d’elle! et de toutes les qualités puisque son talent n’est pas en cause. Parfois sans doute a-t-elle trop tourné! Mais c’était l’époque qui voulait qu’une vedette talentueuse, qui avait empoché prix et victoires du cinéma français, se montrât le plus souvent à l’écran : si bien que Danielle Darrieux tourna parfois cinq ou six films l’an. Bien sûr, entre Max Ophuls et le tout venant, il y a un monde. Mais cela n’embarrassait guère cette boulimique du jeu. Son élégance, sa diction, sa gestuelle, sa présence illuminent même des navets (« Du grabuge chez les veuves » et autres « japoniaiseries « (Ciampi…) ou péplums!

Et donc, Henry Decoin (comment oublier « La vérité sur Bébé Donge » de 1951, peut-être l’un des plus beaux films français de ces années-là : description au vitriol de la province française, avec une Dorziat éblouissante en marquise d’Ortemont qui assène les mêmes phrases avec sa maestria de comédienne du Français! Et puis Gabin, et une Darrieux incisive, vrai poison dans une douceur de façade).

 
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Et donc, Monsieur Ophuls, avec « La ronde » , 1950, (d’après Schnitzler, et tout le toutim du cinéma français de l’époque, Gélin, Philipe, S.Simon, Signoret, Reggiani…), avec « Le plaisir » (1951), avec surtout cette « Madame de » (adapté de Louise de Vilmorin, 1953), où elle est ÉBLOUISSANTE de féminité, d’allure, de prestance. La caméra d’Ophuls (et ses travellings, et sa science des intérieurs comme des intimités complexes, et sa divine direction d’acteurs, Boyer, De Sica ont rarement été meilleurs que là) scrute les êtres jusqu’au gros plan et insert : le visage de Danielle s’essayant aux divers robes et bijoux devant son miroir ovale est d’une beauté fulgurante (un seul exemple similaire chez un autre maître imagier : le gros plan d’Annie Girardot couchée sur le lit de « Rocco et ses frères » avec Salvatori à ses côtés).

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Et Demy, pour « Les demoiselles de Rochefort » (1967), où elle est la seule à ne pas être doublée pour le chant. Les scènes où en cabaretière élégante, en rose, ou vert, elle donne ou plutôt chante la réplique à Perrin, à Piccoli, à Deneuve etc. sont inoubliables : elle y est d’une aisance!

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Et combien d’autres! Chez Téchiné, chez Sautet, chez Vecchiali, chez Delouche (« 24 heures de la vie d’une femme« )…

En 2002, Ozon fit appel à elle pour l’une des « Huit femmes » de son huis-clos chantant et polarisant. Avec les belles Ledoyen, Deneuve, entre autres Ardant, Huppert…

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Et puis l’heure de la retraite (tardive) sonna. On ne la voyait plus depuis 2010. Le rappel des cent ans en mai lui donna quelques illustrations et articles dans la presse. D.D. initiales célèbres : il y avait B.B., C.C. (Claudia Cardinale), M.M. (Michèle Morgan), et même une brillante pépée P.P. (Pascale Petit, qui fit de bons débuts, puis s’enlisa dans le cinoche italien de consommation courante)…


 

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