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LES BELLES PHRASES SUR WORDPRESS

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Quand je pense à tous les livres qu’il me reste à lire, j’ai la certitude d’être encore heureux.  Jules Renard

Après 10 ans passés sur le réseau des Skynetblogs, près de 4000 posts et plus de 650 000 visites au compteur, LES BELLES PHRASES ont été amenées à trouver un nouvel hébergeur pour accueillir  de nouvelles chroniques et des textes neufs.
Huit chroniqueurs, le gestionnaire de ce blog compris, composent aujourd’hui l’équipe.
Après cinq années complètes en duo, Denis BILLAMBOZ et Philippe LEUCKX ont été rejoint à la mi-2016 par Nathalie DELHAYE et Lucia SANTORO avant la venue en 2017 de Philippe REMY-WILKIN et JULIEN-PAUL REMY et, tout dernièrement, pour étrenner la nouvelle mouture, de Jean-PIERRE LEGRAND.
Les chroniques du blog ont porté sur plus de 1000 ouvrages relevant de la grande comme de la petite édition, dans les genres du roman, de l’aphorisme, de l’essai et de la poésie.

L’AVENTURE CONTINUE de plus belle dans le monde des livres et de l’écriture, si riche et si varié !

Et aussi sur FacebookLES BELLES PHRASES possède désormais une page.

Éric ALLARD

 

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LES BELLES PHRASES à L’APÉRITIF DES POÈTES de l’AEB

En dix ans d’existence, près de 4000 posts et plus de 650 000 visites, le blog littéraire LES BELLES PHRASES s’est peu à peu installé dans le paysage littéraire francophone.

Avec, aujourd’hui, huit chroniqueurs, il a rendu compte au fil des années d’environ 1000 ouvrages de la grande comme de la « petite édition », relevant essentiellement du domaine du roman et de la poésie.

Ce samedi 28 avril à 15 heures, à l’invitation de Claude Miseur, le blog sera au programme de L’Apéritif des Poètes de l’Association des Écrivains Belges pour une rencontre animée.  

 

 

UN COURS PARFAIT

presentation-de-beau-professeur-devant-le-tableau-noir_7130-59.jpg   L’École est un spectacle.

Guy Déborde

 

   Cet enseignant avait une doublure (un assistant issu du privé, déjà très heureux d’avoir déniché cet emploi subalterne dans le monde de l’enseignement qui l’avait toujours fait rêver mais qui lui avait été refusé par ses parents au sortir des études secondaires au motif que c’était un métier de saltimbanque) pour les essais lumière, la balance audio, les cascades un peu risquées sur l’estrade, le branchement des appareils électriques (c’était un vieil enseignant, il avait dansé sur les tubes de Claude François et pleuré sa fin tragique).

   Quand tout était prêt et que le public était chaud, qu’il scandait son nom sur un mode frénétique, il faisait son apparition en habit de lumière et donnait son spectacle, bien rodé à défaut d’être génial. Un peu essoufflé, couvert de craie (c’était un vieil enseignant, il renâclait à l’usage du tableau numérique), mais toujours alerte, il terminait cinq minutes avant le temps réglementaire. Il attendait la fin des applaudissements (dans le couloir, derrière la porte de la classe) pour faire son triomphal retour et goûter l’ovation (c’était un vieil enseignant, un reste de pudeur l’empêchait de faire le saut de l’ange, torse nu).

   Rarement, la veille d’un congé, il redonnait une séquence de cours de la période écoulée. Mais il empiétait alors sur l’heure suivante et les étudiants de cette école inclusive, majoritairement féminine, (un peu fayots, on s’en serait douté, durant la représentation) faisaient la tête car ils allaient manquer le cours suivant, donné par un enseignant récemment engagé, bien gaulé et au physique de prof de gym, ex-gogo dancer dans un bar qui avait dû fermer pour cause de restructuration.

 

RÉMINISCENCES de NATHALIE FICOT

couv11189673.jpgInspirations profondes

   Le premier recueil de poèmes de Nathalie Ficot (paru en 1999) est semblable au Petit Théâtre, le poème qui l’ouvre. Mille échos y tintent, il est plein d’inspirations profondes, d’odeurs et de parfums, de peurs et de voeux qu’elle met en relation, à l’instar des correspondances baudelairiennes. Un Petit Théâtre qui met en scène et fait jouer des sentiments bien ancrés au cœur de la poétesse car ils la fondent et constituent le moteur de son écriture.

   Ce qu’elle craint plus que tout, comprend-on, c’est de dilapider ce fonds : l’amour qu’on nous porte comme celui qu’on porte à autrui, l’innocence face au monde pour garder intact le besoin de le transformer selon nos espoirs, de même que la capacité de former des rêves plus grands peut-être que le monde.

   Mais d’abord, écrit-elle :

Ce Théâtre a une âme,

Ecoutez-la chanter ! 

   Et on l’entend chanter avec les mots liberté, paix et amour au long des quarante-sept poèmes qui composent Réminiscences. Des poèmes à formes fixes et qui se déclinent même, avec bonheur, en alexandrins. Nathalie a le sens du rythme et on devine que, si elle s’en tient encore aux contraintes classiques, elle ne va pas manquer de lâcher la bride de la métrique et de l’usage de la rime.

   Les tendres paroles qu’elle adresse à Sarah, « la petite fille assise sur [son] lit, qui [la] regarde écrire les choses de la vie », on peut penser qu’elle se les adresse à elle-même :

Ne grandis pas trop vite, reste dans ton cocon,

Protège-toi contre les méchants, les amers.

Je sais que, simplement, de ta voix au doux ton

Tu les adouciras, petit bout de guerrière.

   Tout le recueil aspire à se souvenir des belles choses. Il milite pour une résistance aux forces d’effacement (de nos songes et de nos serments) et pour une reconnexion aux sensations et valeurs qui nous ont éveillé au monde, qui dès lors nous ont constitués en tant qu’entité morale mais qu’on finit trop souvent pas laisser se fondre dans les flots de l’amertume et de l’indifférence.

   Le poème se clôt sur un bel éloge de l’amitié, qui serait partage inconditionnel et soutien réciproque, à laquelle elle redonne une saine vigueur. Voilà un recueil qui nous réconcilie avec les forces vives de notre être, celles qui font à jamais battre nos coeurs.

Éric Allard

 

Le recueil sur Amazon

Les chroniques de NATHALIE DELHAYE sur Les Belles Phrases

 

PÉTALES DE PROSE

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Aux racines du bal, il y a une graine de danse.

 

 

Les murs de plantes de pied ont des orteils.

 

 

Les yeux des tubercules sont des fenêtres ouvertes sur le monde intérieur de la patate.

 

 

Durant le Salon de l’auto, c’est journée portières ouvertes.

 

 

Au Festival de la bifle, les hôtesses doivent faire bonne figure.

 

 

Du sang séché

entre tes jambes –

règles désuètes

 

 

Les textes des fantômes sont souvent ténébreux.

 

 

Quand je romps le jeune, je fais l’économie d’un vieillard.

 

 

Ce livre que cet écrivain destinait à l’édition à compte d’auteur ne passa même pas le cap de son comité de lecture interpersonnel.

 

 

Temps gris-gris

amulette

des nuages

 

 

Le diamant des femmes-grenouilles cache-t-il des crapauds ?

 

 

Lorsque je fais mes courbes au carrefour des droites, on me prend pour un rond-point.

 

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L’automobiliste riche roule sur l’or.

 

 

Depuis que je collectionne les traits d’union, je vois la vie en pointillé.

 

 

Écrire trois mots.

 

 

À défaut d’avoir été un grand malade, il fut un grand hypocondriaque.

 

 

Je suis un contemplactif : j’agis autant que j’hésite.

 

 

À la fin du moi, je verse dans l’autosatisfaction.

 

 

Ma mère m’a fait.

Ma mère, ma faiblesse.

 

 

Cette phrase n’ira pas loin…

 

 

Le fabricant de précipices fait avec les moyens du bord.

 

 

Le fabricant de préjugés a une clientèle sectaire.

 

 

Pensant profiter de la réédition des pamphlets de Céline, ce génie des formes brèves a envisagé de faire publier ses plus immondes tweets.

 

 

Des militants de Greenpeace analphabètes ont réussi à s’introduire au sein d’une association d’écrivains prestigieuse sans qu’on s’en aperçoive.

 

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 Flânons jusqu’à l’aire de promenade !

 

 

Celle qui peint la nuit des baisers avec sa bouche a des lèvres de rêve.

 

 

Des cours de bon sens, ça ne court pas les rues.

 

 

Cathy Mini, mon petit amour caché.

 

 

Militons pour l’interdiction des bruits de pas au pied du mur du son.

 

 

La circulation des soupçons dépend du bon entretien des doutes.

 

 

     quand le peintre peint

                    le feu du ciel

le pompier pompe

                          l’eau des songes

 

Si les hommes (et femmes) politiques n’étaient pas tous de parti pris…

 

 

J’ai déposé mon porte-bonheur au Mont-de-Piété ; il avait le dos cassé. 

 

 

Toutes les abeilles n’ont pas la même conception des roses.

 

 

E.A.

(sauf à avoir involontairement reproduit un aphorisme précédemment lu)

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L’ÉCRIVAIN DE LA FAMILLE

555b5da341b10.jpg   Dans ce couple, l’écrivain, celui qui plastronnait, qui affichait ses publications, ses projets d’écriture, c’était l’homme. D’ailleurs, il était publié. De longue date et à profusion. Mais méfions-nous… l’écrivain n’est pas toujours celui qu’on croit.

   Un jour que son épouse trouva une heure de liberté (entre son boulot, le ménage, les courses, le jardinage, les finances familiales, la cuisine, le bricolage, ses charges de mère, de fille et de bru) elle commit sur son smartphone un aphorisme et sur sa tablette un poème et les trouva honnêtes. Elle les imprima sur l’imprimante de monsieur et les déposa sur son bureau. Il trouva l’aphorisme plaisant et le poème intéressant, et s’inquiéta de l’identité de leur auteur. La femme garda le silence.

   Une semaine plus tard, elle avait sa journée à disposition et elle tenta une nouvelle qu’elle ne méprisa pas. Elle le déposa sur le bureau de son conjoint qui la lut et s’interrogea. Elle observa ensuite qu’il avait fait sur le net une recherche à partir du titre…

   Un mois plus tard, elle avait écrit tout un récit. Le mari le lut d’une traite et le relut au lit, là  (au lilas aussi, qui trônait dans un vase printanier) où il n’emportait que les plus précieux auteurs. Il la questionna plus vivement ; elle demeurait de marbre. Un ami, une de tes amies ? s’enquit-il, sans espoir de réponse (il est entendu que toute statue se tue à se taire). 

   Un an après, sa femme avait écrit un roman et le déposa, selon une tradition désormais établie, sur le bureau du mari qui, depuis quelques mois, écrivait moins, et – il nous coûte de le dire – même plus du tout. Il se relisait sans cesse et se trouvait mauvais, il affectait une mine de revenu d’une remise de prix littéraires sans avoir obtenu le moindre livre de poche de consolation.  

   Cette fois, l’homme comprit sans avoir à demander. L’écrivaine de la famille, c’était elle, et rien qu’elle. Au fond, il n’avait écrit que pour l’empêcher de se réaliser en tant qu’écrivaine ; il se souvenant de quelques écrits de jeunesse de son épouse qu’elle lui avait montrés et qui surclassaient ses scribouillages du même âge.

   Quand il s’en ouvrit à elle, elle trouva les mots pour le rassurer : Mais ne t’en fais pas, je n’ai pas envie de publier sous mon nom. D’ailleurs, qui sait si je le pourrais l’être. Il est plus difficile de se faire publier quand on est un parfait inconnu, qu’on n’a pas une liste de publications, un réseau d’amis lettrés… Tu n’as qu’à publier le roman sous ton nom, tu n’as toujours été, sans vouloir te froisser, qu’un romancier commun. Je suis en train de terminer en secret un recueil de poèmes, tu pourras faire de même. Les gens seront heureux de découvrir que tu es aussi un poète de talent…

 

2018, LECTURES PRINTANIÈRES : MES POÉSIES DU PRINTEMPS

 arton117866-225x300.jpgpar DENIS BILLAMBOZ

Pour inciter le printemps à manifester un peu plus de vigueur, je lui ai adressé quelques poésies publiées depuis moins d’un an. Je doute que ma manœuvre obtienne un quelconque résultat mais c’est toujours bien agréable de lire un peu de poésie. Dans cette chronique, j’ai rassemblé des textes forts différents : Fanny Chiarello et Hervé Bougel, tous deux édités aux Carnets du Dessert de Lune, Tom Buron qui publie chez Maelström et enfin Jean Portante, le premier Luxembourgeois qui prend place sur mes listes. Une longue chronique, un petit marathon de poésie !

 

s189964094775898902_p851_i1_w1654.jpegPAS DE CÔTÉ 

Fanny CHIARELLO

Les Carnets du Dessert de Lune

La poétesse a la délicatesse d’informer le lecteur que son recueil écrit en vers très libres, sans ponctuation, ni rime, ni majuscule, sans effets particuliers, des vers qui fusent et scintillent, raconte une histoire d’amour, la relation passionnelle qu’elle a connue l’espace d’un peu plus d’une demi année. « Ce recueil est le journal d’une relation vécue de juin 2006 à février 2007 ». Cette version est celle de l’auteure, écrite après qu’une version à deux voix ait été rédigée par les deux protagonistes sans que je sache si elle a été publiée.

Même si ce n’est pas le premier recueil de Fanny Chiarello que je déguste, pour appréhender cette aventure sentimentale, dans toute son intensité, dans toute sa brièveté, dans toute sa plénitude, j’ai lu avec attention la préface d’Isabelle Bonnat-Luciani dont j’ai déjà eu l’occasion d’apprécier le talent et l’expertise en matière de poésie amoureuse libre et même débridée. Elle donne de très bons indices pour mieux connaître la poétesse : « Chez Fanny Chiarello, tout est affaire de maintenant, d’autant que le pire est toujours certain ».

Maintenant, c’est la passion que l’auteure a connu pour une femme qu’elle appelle toujours vous comme pour laisser croire qu’il y aurait une distance entre elle et cette autre, une différence d’âge, de classe sociale, … ? Ou autre chose encore.ob_5b7230_fanny-chiarello.png

« nos corps salés se joignent sur la

serviette où se dessinent

des continents nouveaux et parmi

eux nos corps dérivent aussi »

Une passion pain d’épice, pour évoquer cette autre métisse, une passion ferroviaire car si l’auteure habite du côté de Loos, comme ses mots l’indiquent, l’autre habite à l’autre bout de la France, dans le Sud, vers Montpellier. Et les mots et les vers se baladent entre les gares, les TGV, les trains moins prestigieux, les rendez-vous à Paris, à Lyon, ….

« je prends des trains pour aller découvrir

qui vous êtes quand vous ordonnez

le monde autour de vous »

Mais la distance distend la passion, étire les sentiments, et la poétesse comprend que l’amour qu’elle vit ne sera qu’éphémère. Chacune est trop attachée, trop identifiée à son territoire, trop marquée par son milieu pour l’abandonner et rejoindre l’autre.

« alors je dois comprendre que nous ne vivrons pas

sous les mêmes ciels nos vieilles années

je dois comprendre que vous appartenez à ce territoire

Tout autant que j’appartiens au mien …. »

Comme l’a si bien dit Isabelle Bonnat-Luciani, cet amour est un amour de maintenant, pas un amour de demain, de plus tard, de quand on sera vieux, c’est un amour à consommer sur place, les voyages, les trains l’usent trop vite. Fanny c’est une fille d‘aujourd’hui, elle consomme au jour le jour même si elle souffrira très fort au moment de la rupture. C’est un cœur débordant de sensibilité jusqu’au bout de sa plume, une sensibilité qu’elle déverse sur la feuille en des jets spontanés, comme des mots qu’on crache dans la frénésie de l’amour, de la douleur ou de la colère.

Lire Fanny Chiarello, c’est croire que l’amour peut surgir n’importe quand, n’importe où, disparaître aussi vite mais renaître ailleurs tout aussi site. Ce n’est surtout pas attendre éternellement l’aventure qui sera la bonne. Ou le moment qui sera le bon pour dévorer ce recueil.

Le livre sur le site de l’éditeur

 

s189964094775898902_p850_i1_w1280.jpegLES CONTINENTS

Hervé BOUGEL

Les Carnets du Dessert de Lune

Ce recueil de dix-sept poèmes comme autant de voyages en train à travers la France et la Belgique mais surtout à travers la mémoire de l’auteur comme le suggère le rédacteur de l’avant-propos, Jean-Louis Jacquier-Roux, : « il voyage plus à son aise dans ses rêves, dans ses souvenirs et dans le vif de ses pensées qu’au gré de la réalité banale d’un Paris-Lyon à quinze euros… », évoque pour moi une célèbre comptine que nous chantions à nos enfants quand ils étaient tout petits. Les vers d’Hervé Bougel ne comportent que quelques pieds : trois, quatre, cinq, six, rarement plus, ils rythment les poèmes comme les « cliqueticlac » scandaient la comptine qui est remontée à ma mémoire :

Cliqueticlac

« J’ai parcouru

Les continents

Ce train avance

Dans un clair obscur

Dépassé

Outrepassé

…. »

Cliqueticlac

Ainsi, en l’espace d’une année, du 20 juillet au 24 juillet de l’année suivante, je suppose car rien ne l’indique, le poète a parcouru de long en large, en travers, en grande vitesse, en petite vitesse au gré des trains qu’il pouvait emprunter, la France profonde et la Belgique tout aussi provinciale, la campagne aux noms chantants qui donnaient un peu de musique à nos cours de géographie. Son voyage commence à Najac/Laguépie et le ramène à cette même gare après avoir visité Namur et Charleroi, Voiron et Grenoble et bien d‘autres gares au nom fleuris. Le poète se régale de ses noms qui chantent, donnant de la couleur à son voyage.AVT_Herve-Bougel_7957.jpeg

« Je désire traverser

La province

La belle jaune

Meuse

A jamais

Endormeuse

Puis

Namen

Ottignies

Et Gembloux

… »

Où il peut saluer un autre poète :

« Sur les doutes

Et les espérances

De William

Cliff l’ancien

Jeune homme

Traînant

… »

Mais le voyage ce n’est pas que les gares, c’est aussi les paysages qui défilent, les passagers qui se pressent, un spectacle permanent qui s’offre au regard.

« Je ne vois plus

Ni le ciel

Ni l’avenir

Maisons de terre

Tordues

Tours de Pise/pisé

Ici au long

Des voies

La vie est si vite

Epuisée

… »

Ainsi, au rythme d’une comptine, le poète nous fait visiter les dix-sept continents de son recueil, comme autant d’expéditions ferroviaires, laissant défiler les images, sans que nous ne bougions même le plus petit de nos orteils.

Le livre sur le site de l’éditeur

 

CVT_Nostaljukebox_583.jpgNOSTALJUKEBOX

Tom BURON

Maelström 

Si ma mémoire ne me trahit pas, elle en a l’âge, je me souviens que, dans Sur la route, Jack Kerouac raconte une rencontre, dans un bar miteux aux confins de la frontière mexicaine, entre son héros et un joueur de trompette qui l’enchante. Il l’encourage de la voix en lui criant « souffle ! souffle ! … » J’ai eu un peu l’impression de revivre cette scène en lisant le second texte qui compose ce recueil et qui est dédicacé au saxophoniste argentin récemment décédé Leandro Barbieri mais l’incitation criée par l’auteur est beaucoup plus virulente :

« RajoRAJORAJORajoRajoRajo !

comme un chat des Andes en transe parcouru par le souffle grain déchirant des âmes amérindiennes free jazz colons hispaniques blackmen fabuleux… »

Mais avant cet hommage au saxophoniste argentin, figure dans ce recueil un beaucoup plus long texte que le préfacier, Jack Hirschman, considère comme un poème qui se « structure autour d’un refrain – non pas un refrain de deux lignes, mais une séquence entière – qui se présente en contrepoint d’une série de couplets ».

Dans ces couplets, Tom Buron exprime ses états d’âme comme un jazzman adepte du free jazz le plus fou jette ses sonorités dans des rips les plus effrénés. Ces textes sont désespérés comme un blues primitif qui chante la condition à laquelle l’esclave n’échappera pas mais aussi la nostalgie de toute une époque, celle de l’apothéose du jazz, quand les quarante-cinq tours garnissaient les jukebox de tous les bars.AVT_Tom-BURON_5432.jpg

Selon Hirschman, Tom Buron est un « poète qui plus est qui assimile le jazz à la poésie, Buron représente la contemporanéité de demain… » Pour lui donc, demain se vivrait aujourd’hui ou jamais, « No futur’ comme certains disaient à une époque peut-être pas révolue. On ne sait ! Alors écoutons une fois encore le refrain de ce poème présenté comme un chant par l’auteur :

« Nostaljukebox

Fumant de fulgurances,

Allons jaser sur les variations

Nostaljukebox ».

Enchaînons en écoutant la musique des vers de Buron, des vers aussi débridés, aussi libres et sonores que, selon le préfacier, le jazz d’Amiri Baraka. Ce recueil s’écoute comme il se lit, avec le cœur et avec les tripes.

Le livre sur le site de l’éditeur

 

jean-portante-la-tristesse-cosmique.jpgLA TRISTESSE COSMIQUE

Jean PORTANTE

Editions Phi

« Voici le livre de la réorientation de l’écriture », dit le poète, de la réorientation de son écriture, dans un « avant-dire » en forme d’avant-propos, il situe ce recueil dans le temps est dans son œuvre. Il vient après un long travail destiné à dire des choses du nord avec des respirations du sud. Jean Portante a des racines italiennes qui l’ont abondamment inspiré dans son œuvre jusqu’à ce que la terre tremble dans sa région d’origine. Il dit que ce tremblement de terre de l’Aquila a fait trembler son écriture. « La Tristesse cosmique est le premier livre de poèmes de l’après-vertige », de l’après tremblement, de l’après catastrophe. Il va chercher chez Jack London le titre de son dernier recueil, à ce jour, pour bien montrer cette rupture avec l’habituelle orientation nord-sud, Italie-Luxembourg, qu’il donne à son œuvre. Il précise cette nouvelle orientation en inscrivant la citation de Jack London en exergue à ce recueil : « La tristesse cosmique qui de tout temps a été l’héritage de l’homme ».

Et cette tristesse cosmique, il va la chercher dans la nature, dans les éléments, dans « Le vent et la rose » où le vent souffle dans presque que chaque poème pour chasser les pensées nostalgiques et apporter sur ses ailes des sensations et des émotions nouvelles, comme des réorientations qui pourraient infléchir la vie de l’auteur. « L’oiseau migrateur » est lui aussi un vecteur de sensations nouvelles comme le « Semeur d’étoiles » ou les « Etoiles filantes » et le « Nageur d’ombre ». Tous ces vecteurs cosmiques sont les titres des chapitres de ce recueil.

Et, tout l’art du poète est d’établir une corrélation entre les éléments qu’il interroge et les mots qu’il disperse sur la feuille.Jean-Portante.jpg

« …

et les mots plus secrets que les fruits

glissent leur haleine dans la pluie

bavardes les gouttes qui tombent

comme si un mangeur de silence les comptait. »

 

Ces mots constituent son seul viatique pour affronter le temps et repousser la mort, celle qui a été si gourmande à L’Aquila et qu’il veut oublier.

 

« car vois-tu lors qu’on remonte vers la nuit

On lève le regard pour recompter les étoiles

C’est ainsi que vient la tristesse et si là-haut

Rien ne bouge à quoi aura servi de mourir si tôt. »

 

J’ai lu ce recueil plein d’une douce musique aux couleurs d’une mélodie italienne, rempli de sagesse et de paix, comme une profession de foi, comme une ode adressée à dame nature pour solliciter son appui pour vivre un changement, aborder une nouvelle vie, et oublier d’anciennes craintes, d’anciens traumatismes vécus dans un autre temps et dans une autre direction. 

Le livre sur le site de l’éditeur