2018 – LECTURES PRINTANIÈRES : SPÉCIALE DEJAEGER, par Denis Billamboz

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Denis BILLAMBOZ

En ce printemps 2018, le barde carolorégien est très actif dans le milieu de l’édition avec deux publications : une suite à la saga du célèbre et cradingue inspecteur Maigros et un nouveau recueil d’aphorismes mais aussi avec la création d’une collection de poPoésie au Cactus inébranlable dont il assurera selon ses propres termes : « l’irresponsabilité ». Une telle activité méritait bien une chronique spéciale que je propose donc ci-dessous.

 

MAIGROS SE MARIE

Éric DEJAEGER

Cover maigros se marie 09042018

En 2011, lors de la rédaction de la première partie de la Saga Maigros, « Lauteur » avait laissé le célèbre poulet pochtron carolorégien dans une bien mauvaise position mais aussi au milieu d’un gué qu’il n’avait toujours pu franchir. Il n’avait toujours pas réussi à trousser sa belle collègue du commissariat, non qu’elle soit particulièrement prude mais elle voulait surtout assurer ses arrières, elle voulait se marier avec son chef avant de lui céder, ce qui est très banal et tout à fait légitime, elle n’était pas la première ni la seule à avoir cette idée. Donc l’auteur a dû reprendre le clavier pour coucher cinquante nouveaux chapitres comme autant de tranches de vie du célèbre commissaire, de son commissariat et de ses collègues. Mais aussi cinquante chapitres comme autant d’exercices de style : descriptions, scènes d’action, dialogues haut en couleur, lettres, textes pour réseaux sociaux, etc…

Dans cette suite, l’objet principal du récit est évidemment tout ce que Maigros doit imaginer pour offrir enfin un toit décent à la belle policière qui veut bien l’épouser mais à condition de ne pas être obligée de vivre dans un gourbi où ses géniteurs n’auraient même pas élevé des cochons. Maigros, lui, il ne veut pas travailler, il élabore les combines les plus sophistiquées, les plus tordues, les plus vicelardes, …, pour obliger ses collègues et tous ceux qu’il peut prendre dans ses rets, à faire le boulot à sa place avec des matériaux qu’il se procure par n’importe quel moyen sauf ceux qui n’auraient même que l’apparence de l’honnêteté. En bon flic bien pourri cela lui pose peu de problème, la méthode, il en connait plusieurs et même des quantités qu’il teste régulièrement dans les fonctions qu’il fait semblant de remplir pour faire croire qu’il accomplit sa mission.

Ces cinquante nouveaux chapitres sont tout à fait fidèles aux cent précédents, la police est toujours aussi pourrie, le narrateur n’aime pas plus les flics, on sent toujours cette rancœur intestine, venue de loin, du fond de sa jeunesse peut-être. Mais, il reste toujours, en filigrane, cette tendresse que « Lauteur » éprouve pour les pauvres bougres exploités par les bourgeois. Il reste aussi ce monument de bravoure linguistique, ce récit en langue vernaculaire du commissariat de Charleroi, le carolowallomaigrossien, que « Lauteur » a dû transcrire du langage parlé au langage écrit, un véritable tour de force. Je suis plutôt fier d’être arrivé au bout de ce livre sans avoir recours à aucun dictionnaire et en ayant presque tout compris. A n’en pas douter c’est un bel exercice de redécouverte d’un langage en voie de disparition et une façon de montrer que la langue n’est pas limitée à ce que des académiciens enferment entre quelques milliers de feuilles. Il faut bien parfois trouver des mots nouveaux ou oubliés pour dire des choses auxquelles ces fameux académiciens n’ont jamais pensé.

Et, pour répondre à la question finale de l’auteur, je dirai simplement qu’on ne tue jamais un personnage aussi vivant, aussi truculent, bourré de ressources inimaginables, il peut toujours servir même dans un autre temps pour une raison que tous ignorent encore.

 

LES COUREURS AVAIENT DE CES BOUILLES !

Éric DEJAEGER

Cover le coureur

« Ecrire pour vivre ? Beurk !

Vivre pour écrire ? Beurk !

Ecrire pour s’amuser !!! » »

Très prolifique en ce printemps littéraire, le barde carolorégien, n’a pas oublié sa devise favorite : « Court, toujours … ! » mais n’a pas non plus failli à la parole qu’il énonce dans le présent recueil en tout point égal à ceux qu’il a déjà édités chez ce même éditeur, spécialiste de ce genre. Éric écrit pour s’amuser, on s’en doutait depuis un certain temps déjà, même Maigros le savait ! L’aphorisme c’est son truc mais pas le seul, il a d’autres cordes à son arc qui retiendront plutôt notre attention tant nous avons déjà vanté sa capacité à pondre de l’aphorisme comme la poule pond des œufs.

Si chez lui, l’aphorisme c’est pour rire, c’est parfois aussi pour mettre un solide coup de pied au cul de tous ses concitoyens qui oublient trop souvent le plus élémentaire bon sens :

« Seul ce crétin d’homme peut descendre du singe à la kalachnikov. »

L’actualité l’a encore démontré entre ma lecture de ce recueil et la rédaction de ce commentaire. C’est aussi pour râler un peu contre tous les empêcheurs du fumer, boire, rire, baiser, prendre du plaisir, en rond ou autrement qu’il fulmine :

« Je fume, je porte les cheveux longs et la barbe. Si je me fais une gueule de pute, serais-je entendu par l’Union européenne pour que l’on puisse à nouveau fumer au bistrot ? »

Dans ce recueil, le barde carolorégien innove, cherche de nouvelles formules pour faire jouer les mots : il propose des listes de mots, souvent des néologismes, construits à partir de suffixes ou de préfixes identiques comme, par exemple, gyro pour tour, qui peut donner : « « Gyro : course cycliste à étapes qui se termine là où elle a commencé » (Pinot en doute encore !). Il en a listé ainsi plusieurs séries toutes plus désopilantes les unes que les autres. Il a aussi abondamment joué de la contrepèterie, un instrument qu’il semble particulièrement apprécié, il suffit de lire le titre de ce recueil pour s’en convaincre.

Je partage avec lui l’humour, bien sûr, et quelques travers (?) aussi :

« Parmi les choses que je déteste au plus haut point de lire : les modes d’emploi. » Impossible de passer à la ligne deux !

« Il ne faut pas tout comprendre sous peine de devenir fou. Il ne faut pas devenir fou, sous peine de tout comprendre. »

C’est bien pour ça que je ne fais aucun effort pour comprendre quoi que ce soit !

« On a féminisé beaucoup de noms mais « féminin » est resté au masculin … »

C’est un peu vache pour toutes les militantes qui veulent repeindre notre belle langue mais ça me fait rire quand même !

Encore un petit mot pour signaler la publication en fin de recueil de « A la mort moi le nœud », un recueil d’aphorismes où les « t » sont remplacés par des croix. C’est plutôt morbide et donc très drôle.

« Même droitier,

Tout soldat se doit

De passer l’arme à gauche. »

THÉORIE ET PRATIQUE DU HAÏKU RATÉ

Roger LAHU et HOZAN Kebo

Cover theorie et pratique du haiku rate 04 04 2018

Beaucoup y pensaient, certains même l’attendaient avec impatience, la collection poPoésie de Cactus inébranlable éditions est enfin née. Elle a vu le jour, en ce printemps 2018, sous les auspices d’Éric Dejaeger, auteur attitré de la maison, à qui le maître a confié « l’irresponsabilité » de sa collection poPoésie. Le prolifique auteur carolorégien saura, n’en doutons pas, la faire prospérer et rallier à l’ombre de son panache blanc d’ambassadeur littéraire du Pays noir, les meilleurs plumes de la francophonie et peut-être même d’ailleurs.

Pour inaugurer cette collection qui s’annonce prestigieuse, « l’irresponsable » de service a fait appel à un duo haut en couleur : un vieux barbu bourguignon, ancien professeur de français, et un grutier japonais retraité. Le duo ne manque pas d’allure surtout si on donne foi à ce qu’ils disent l’un de l’autre : « J’adore ce vieux bridé surtout quand il se barre de chez moi… », « J’adore ce vieux barbu surtout à cause de ces bibs de dix litres de Mâcon rouge des vignerons des terres secrètes ! ».

Ce duo insolite a fait le pari de pondre cent haïkus ratés pour inaugurer cette collection. Le choix du ratage est fort compréhensible si on suit le raisonnement de « l’irresponsable » de la collection : « Les Tokyoïtes n’écrivent pas des sonnets ni des ballades, cela ne fait pas partie de leur culture. Alors cessons de vouloir imiter la leur ». Voilà comment les deux compères, se sont alliés avec malice pour singer ces pseudos poètes qui croient écrire des haïkus alors qu’ils n’ont rien compris à cet art.

Dans le vignoble mâconnais, à peux bas de la tombe de Lamartine, « ce vieux phonse », ils ont bien compris que l’imitation n’a aucune valeur, alors ils ratent sciemment, mais pas forcément innocemment, leurs haïkus pour démontrer que tous ceux qui ne sont pas tombés dans le chaudron quand ils étaient petits et qui se livrent tout de même à cet exercice, ne sont que des écrivaillons qu’ils singent avec malice et croquent même parfois avec une certaine de férocité. L’un écrit la première partie du haïku, le Barbu ? l’autre la seconde, le Bridé ?, pas certain qu’il y ait une règle, tout se joue peut-être à l’improvisation… ? Cet exercice de sabotage volontaire n’est pas qu’une façon de dénoncer la contrefaçon et de stigmatiser les faussaires, c’est aussi une façon de tutoyer les surréalistes et les pataphysiciens en proposant des pensées profondes mais plutôt inattendues :

« on y fait aller »

« faut faire avec »

« faut c’qui faut »

(j’aime les citations philosophiques)

Les deux auteurs se fendent même de quelques conseils pour bien rater ses haïkus, exemple :

« Pour bien rater ton haïku

Il faut une punchline vraiment merdique

Genre : « il pleut sur la vile »

(« il pleut comme vache qui pisse »

c’est déjà mieux)

(mais y en a quand même marre

de toutes ces journées d’averses) »

C’est bien plat, même les chats de Minabi Shimbô font mieux.

 

Le site des CACTUS INÉBRANLABLE ÉDITIONS 

COURT, TOUJOURS Le blog d’Eric DEJAEGER 

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