2018 – LECTURES PRINTANIÈRES : AVANT DE FRANCHIR LE SOLSTICE, une lecture de Denis Billamboz

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Denis BILLAMBOZ

Avant de rendre compte de mes découvertes littéraires de l’été, je vais réunir dans cette chronique mes lectures du printemps attendant encore dans mes fichiers. C’est donc une chronique un peu hétéroclite, elle regroupe des lectures de natures très différentes, des lectures difficiles à associer avec d’autres, des lectures dont la spécificité pourrait-être le lien commun, que je vous propose. Dans cette chronique vous trouverez donc un récit biographique amélioré de la vie de Jan Pallach par Anthony Sitruk, un manuel pour réussir son autobiographie de Balval Ekel et enfin un joli recueil d’aphorismes de Jean-Philippe Goossens.

 

LA VIE BRÈVE DE JAN PALLACH

ANTHONY SITRUK

Le Dilettante

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Lors d’un exercice dans une séance de formation, l’auteur doit reconnaître sur des photos deux personnages. Le premier est facile à identifier, il a fait récemment l’actualité en s’immolant par le feu à Tunis, en revanche personne ne reconnait le second et pourtant son nom et sa photo ont fait le tour du monde même si à cette époque les réseaux sociaux n’existaient pas (preuve qu’avant eux le monde tournait déjà). Après un long silence, un participant suggère le nom de Jan Palach, tous ou presque en ont entendu parler mais aucun ne s’en souvient précisément. A partir de cette date, l’auteur décide de partir à la rencontre de ce Tchèque qui s’est lui aussi immolé par le feu mais, lui, pour réveiller le peuple tchèque trop léthargique sous la botte soviétique après la répression sanglante des émeutes de 1968.

Ce n’est qu’en 2017 que le narrateur se rend à Prague sur les traces de Palach, place Venceslas notamment, où il pourra apprécier l’amabilité des serveurs des bars et restaurants de la ville. Pour ma part, j’avais déjà fait cette expérience en 1994, je pensais qu’ils étaient devenus plus conviviaux, apparemment ce n’est pas le cas. J’avais été aussi déçu par ce que j’avais vu de ce qu’il restait de la mémoire de Jan Palach sur la grande place praguoise.

Un an avant de commémorer le cinquantième anniversaire de l’immolation le 16 janvier 1969 et de la mort le 19 janvier 1969, du jeune étudiant tchèque, Anthony Sitruk, a voulu comprendre ce qui s’était réellement passé, les motivations du jeune homme, les réactions de son entourage, des pouvoirs publics, de l’occupant, pour essayer de ranimer la flamme de la liberté symbolisée par cet acte autodestructeur. Il refait son parcours de son village de naissance à l’université, son engagement politique, son implication dans la lutte contre les soviétiques, son désespoir, sa décision de se sacrifier, son passage à l’acte et surtout ce qu’il est devenu après sa mort tant physiquement que symboliquement. Il conclut par une petite fiction où il fait parler celle qui a peut-être été sa petite amie.

Anthony Sitruk

Sitruk n’a pas cherché à écrire une biographie complète, il a seulement voulu, à partir de ce dont chaque citoyen français peut disposer, comprendre pourquoi aujourd’hui on oublie ce héros.

« J’aurais pu engager un traducteur tchèque, …, qui m’aurait dégoté l’information en quelques secondes, si mon but avait été de retracer exhaustivement la vie de Palach et non à partir des seules bribes que l’on trouve en français ».

La Guerre froide a laissé place à d’autres conflits qui ont généré d’autres héros.

Nous sommes peut-être trop nombreux à avoir oublié que Palach était plus qu’un combattant, qu’il était un symbole, une torche vivante éclairant le chemin de la liberté. En 1969, « Palach est une bombe, il aurait pu devenir un héros, aux yeux de tous il est bien plus que ça : vivant il est anonyme, mort il devient un martyr, un mythe… » et aujourd’hui, il est surtout un site touristique, une petite trace de cendre dans notre histoire.

Mais Sitruk constate qu’au-delà du héros, du martyr, du mythe, il y avait avant tout un homme, un jeune homme. Déjà à l’annonce de son décès les tchèques savaient :

« … ils comprennent avec effroi que cet étudiant qu’ils admiraient déjà est aussi un fils, un frère, un enfant avant d’être un martyr. Ne l’oublions jamais ».

Je ne peux pas m’empêcher de penser que l’auteur adresse à travers ces mots un message à l’intention de tous les vautours qui vont se précipiter en janvier prochain pour récupérer le sacrifice de ce jeune héros.

Le livre sur le site du Dilettante 

 

LES GENS HEUREUX ONT UNE HISTOIRE

BALVAL EKEL

Jacques Flament Alternative Editoriale

En regardant le journal télévisé, un documentaire, un film, en lisant la presse quotidienne, un roman, une biographie, un témoignage ou d’autres écrits encore, beaucoup pensent avoir une vie bien monotone au regard de celles qui sont décrites dans ces différents médias. Mais Balval Ekel qui, elle, a eu une histoire, une vraie, a trouvé une méthode pour nous prouver que nous avons tous une histoire que nous ne savons pas voir. Elle essaie de nous en persuader à travers ce manuel qui comporte cinquante-deux exercices comme autant de contraintes qu’il faut réaliser pour faire surgir tout ce qui fait de chacun de nous un être particulier avec son histoire, son histoire bien à lui, pas celle d’un autre.

Dans sa préface, Balval précise son objectif :

« Le but de cet ouvrage ? vous fournir des pistes pour écrire votre autobiographie sous une forme personnelle et originale ».

Une façon de faire remonter à la mémoire les événements et les anecdotes oubliés qui font que notre histoire est différente de celle des autres et digne d’intérêt. Elle précise que cet exercice est un travail de longue haleine, les cinquante-deux exercices correspondent aux cinquante-deux semaines de l’année. Je n’ai pas pris le temps de répondre à toutes les contraintes proposées, je n’en avais pas le temps, certains attendaient mon commentaire avec plus ou moins de patience. Mais j’ai pris le temps, lors de ma lecture, de réfléchir à ce que je pourrais répondre à chacune des attentes de cet exercice et j’ai trouvé au fond de ma vieille mémoire des choses oubliées ou négligées qui pourraient nourrir un écrit sur ma déjà longue vie.

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Balval Ekel

Chaque exercice est inspiré de l’exemple laissé par un écrivain, ainsi la première contrainte consiste à dresser, comme Li Yi-chan au IX° siècle en Chine, des listes de choses qui vous paraissent importantes. Plus elles sont hétéroclites, plus elles sont importantes car plus elles sont riches et renvoient à des événements, des pensées, des réflexions, des souvenirs, …, divers et variés qui pourront nourrir une biographie originale. Au hasard, je pourrais aussi citer cette contrainte qui consiste à lister ce qui peut vous donner de l’espoir en vous inspirant du poème de Breton : « Je connais l’espoir ». Ou cette autre qui demande de faire l’éloge du sport en s’inspirant du poète John Burnside qui admirait le vieil homme qui nageait des longueurs de bassin à ses côtés, tôt le matin. Quand vous aurez répondu à toutes les contraintes vous disposerez d’un matériau riche et volumineux pour rédiger votre biographie. Et vous aurez découvert, ou redécouvert, cinquante-deux références littéraires ignorées ou oubliées.

Balval Ekel essaie de nous en convaincre en concluant sa préface par ce propos :

« Les femmes et les hommes que j’accueille dans mes ateliers (d’écriture) disent que nos moments consacrés à l’écriture les ont rendus heureux en leur faisant prendre conscience de la richesse de leur vie… »

Le livre sur le site de Jacques Flament Alternative Editoriale

 

LES PANSÉES – LA FLÛTE EN CHANTIER

JEAN-PHILIPPE GOOSSENS

Cactus Inébranlable éditions

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Jean-Philippe Goossens, propose, dit-il, l’ultime tome de ses « pAnsées » et je ne le connaissais pas encore, pas plus que ses écrits d’ailleurs. Il a fallu que j’arpente pendant de longues années les vastes champs de cactées plantés par le spécialiste de tout ce qui pique en littérature, pour découvrir ce recueil. J’ai eu aussi recours à la préface de Fabien Le Castel pour mieux connaître cet auteur qui devrait selon lui nous faire lire en nous « gaussant ». Dès la préface ça démarre fort ! « Absurde » c’est selon le même préfacier le mot qui décrirait le mieux cet ouvrage.

Je crois qu’il est plus avisé que je me fie à ma propre lecture. J’ai remarqué que Jean-Philippe connait très bien sa géographie, plusieurs aphorismes concernent des lieux où leurs habitants, comme les deux qui suivent :

« Si j’étais maire de Menton,

je ferais citoyens d’honneur les frères

Bogdanof… »

(mort de rire).

« Il y a un SDF près des WC à la gare, c’est un Afghan … un Afghan de toilette. »

(Celui-là, je le déguste).

Pour faire un bon recueil, il faut au moins un doigt d‘anticléricalisme, deux d’impertinence, et quelques doigts dressés à l’encontre de tous les pouvoirs établis et tout de même un peu de talent, voire plus !

« Je ne sais pas pourquoi on s’étonne d’avoir un vieux pape quand on sait qu’ils sont composés de ¼ dinos… »

(ce n’est pas même pas absurde, c’est juste du bon sens)

« Juste retour des choses : Castro n’a jamais été élu et finit dans une urne… »

« Quand les bruits courent,

La rue meurt. »

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Jean-Philippe Goossens

Il y aussi ces petits bijoux qui me font pisser de rire, Dodo la Saumure on le dirait tout droit échappé des Tontons flingueurs, il me fait marrer à me rouler par terre chaque fois que je vois le bout de son double « do » à l’horizon, merci Jean-Philippe de nous l’avoir servi sur un plat d’argent.

« Les filles de Dodo la Saumure, ses Dédettes (…) ont mis en fuite un braqueur à coups de sex-toys ! L’affaire a capoté, c’est peu banal, quelle débandade ! »

Merci aussi de nous rappeler qu’un bon aphorisme c’est un truc tout simple qui provoque le rire spontané, instantané, explosif.

« Ma montre résiste à 10 bars. Moi pas. »

Je ne peux pas conclure ce commentaire ( ?) sans évoquer cette délicatesse en bas de chaque page : une frise avec un escargot et un animal non identifié qui racontent des histoires dignes de l’auteur, normal c’est lui qui les dessine.

Le livre sur le site du Cactus Inébranlable

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