CUEILLETTE MATINALE de MARTINE ROUHART, une lecture de Jean-Pierre LEGRAND

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Jean-Pierre Legrand

Depuis quelques années déjà, dans une prose simple et poétique, Martine Rouhart écrit des romans. Elle franchit aujourd’hui un nouveau cap en publiant aux éditions DEMDEL, un recueil de poésie joliment intitulé « Cueillette matinale ».

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Ceux qui suivent sa page Facebook sont déjà des habitués de cette cueillette : chaque matin, elle y publie un poème. Dans l’un d’eux, elle nous livre sa méthode :

Chaque matin/c’est la même histoire / le cœur serré/ les yeux fermés/ j’attends/ j’attends que les mots/ qui volettent autour de moi/ se déposent/ dans un poème.

Tout est dit : on ressent cette inspiration aussi naturelle que l’acte de respirer l’air frais du matin à laquelle donne forme un travail poétique centré sur la recherche du mot juste et d’une simplicité de ton qui donne à cette poésie la fragile beauté d’une fleur nouvellement éclose. Il n’y a jamais un mot de trop dans ces vers au plus proche de la sensation, cette sensation qui est notre seul accès aux choses et qui, pourtant, nous en sépare. Face à cette irréductible insularité de notre être la poète risque ses mots sans jamais « hélas atteindre le cœur des choses ». Mais parfois, ces mots « un bref instant ouvrent une voie ».

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Martine Rouhart

Le monde tel que le voit Martine Rouhart est un monde étrange : les paysages s’estompent, les chemins sont emportés par la pluie, les bois, les forêts, les champs, les vallées, tout semble s’être résorbé en un jardin que baigne la « lumière convalescente » d’un matin de printemps. Peu de couleurs : parfois « l’envol gris bleu d’un pigeon comme un appel assourdi dans la brume », « un rosier rouge dans un jardin plein de ronces », « un jour de printemps rose et bleu » , l’écran noir des nuits et cette « lune rousse, obscure et éblouissante » qui agrandit l’ombre des absents. Martine Rouhart nous prévient : « C’est l’heure du voyage muet/ au fond de soi ». Ce paysage que nous reconnaissons et que pourtant aucune lumière d’aucun de nos jours n’a jamais éclairé c’est le paysage intérieur de l’auteur autant que le nôtre : il est le territoire des rêves.

La nuit, le rêve et le silence habitent la poésie de Martine Rouhart. La nuit surtout est pleine d’ambivalence. Angoissante, lorsque le jour a fui et que la « fenêtre est noire comme de l’encre », la nuit pourtant est la porte des rêves :

Le jour a fuit

depuis longtemps

vois-tu

il est temps

de partir

regagnons

nos îles lointaines

nos jardins d’images

demain

nous nous raconterons le vestige de nos rêves.

Si la nuit ouvre sur le rêve, le rêve se fait chemin initiatique vers la contemplation de l’Ouvert:

Trouver la source

Dans le sous-bois

Suivre le ruisseau

Dans l’ombre des saules

Puis la rivière

Puis le fleuve

Et enfin, contempler la mer

Une vie n’y suffit pas

Pourtant ce voyage

Je l’ai fait maintes fois

Dans mes rêves

Le silence enfin sans lequel tout le reste n’est que du bruit. Le silence qui est l’écrin de toute parole, la possibilité même du chant :

Le silence est partout

Dans la soie froissée

Sous la symphonie

Au-delà des cris

Seule sa profondeur varie

Mais il descend

Jamais si bas

Qu’on ne l’entendrait plus

Les jardins sans oiseaux

N’existent pas.

Aucun doute possible : la vie sans poésie serait une erreur.

 

Le recueil, préfacé par Marc Menu, sur le site de l’éditeur

Martine ROUHART sur le site de l’AEB

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