2018 – LECTURES DE VACANCES : CLIN D’OEIL À DANIEL SIMON, une chronique de Denis Billamboz

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Denis BILLAMBOZ

DANIEL SIMON mérite bien qu’on s’arrête un instant sur son œuvre, autant celle d’auteur que celle d’éditeur. En ce milieu d’année 2018, il propose un texte aux Editions M.E.O et, en tant qu’animateur des Editions TRAVERSES, il coédite avec Couleurs Livres, un ouvrage de DANIEL FANO sur la vie culturelle avant-gardiste à Bruxelles dans les années cinquante. Il mérite bien tous nos encouragements.

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Daniel SIMON

CE N’EST PAS RIEN

Daniel SIMON

Editions M.E.O.

Ce n'est pas rien

« Ce n’est pas rien », eh non, pour s’en convaincre il suffit déjà de lire la page de titre du recueil qui comporte des informations importantes : le titre évidemment mais aussi la nature du texte : « nouvelles et promenades » et un sous-titre pas très explicite : « Modeste proposition pour les enfants perdus ». Donc si je résume, ce recueil comporte des nouvelles, des promenades qui sont en fait des textes courts et un texte final qui consiste en cette fameuse proposition au sujet de laquelle je reviendrai plus loin dans ma chronique. Ce n’est effectivement pas rien !

Dans ses nouvelles Daniel Simon parle du monde qui va mal…

« Le moule était cassé, semblait-il. On le savait depuis longtemps mais ça y était, la disparition d’une culture, d’une longue contribution à l’humanité semblait à son terme. »

de la pollution, de la mal bouffe…

« On mange, on n’arrête pas de manger, surtout les gamins, on dirait que manger est l’activité d’urgence en temps de repos : … Le diabète hurle sa joie, l’obésité clame sa victoire, l’anémie criaille ses sales coups. »

de la technologie qui déborde totalement les pauvres terriens ne maitrisant plus rien, se laissant dominer par des machines de plus en plus perverses, de plus en plus omniprésentes…

« Il avait le souvenir des anciens crétins : muets, discrets, soumis à la commune mesure. Ceux d’aujourd’hui bâfraient leurs histoires au téléphone, criaillaient leurs destins contrariés, clapotaient des humeurs de fond de gorge. »

Dans ses textes courts, l’auteur confirme sa vision apocalyptique d’une civilisation qui a totalement ignoré la limitation des ressources de la planète, sa capacité à absorber ses déchets et ses surplus et, plus grave encore, à accueillir des hôtes de plus en plus nombreux, de plus en plus avides de tout et de moins en moins respectueux de leur environnement. Evidemment dans ce monde condamné à une fin qui approche de plus en plus vite, il reste l’amour et Daniel nous raconte des histoires d’amour bien insolites, un peu bizarres même. Il sait manier l’humour, la dérision, l’ironie, avec adresse, il veut nous mettre le sourire aux lèvres avant que la catastrophe nous emporte.

La catastrophe, c’est aussi l’afflux des populations vers le même bout de planète où manifestement tous ne pourront pas s’entasser. Alors, il faudra bien trouver une solution radicale et Daniel, il en a une, celle qu’il expose sous le titre « Modeste proposition pour les enfants perdus ». Une proposition qui m’a fait penser à un livre de Michel Faber « Sous la peau » dans lequel des extraterrestres engraissent des humains pour s’en nourrir. Je n’en dirai pas plus mais il faut lire cette proposition avec un certain recul et bien comprendre qu’il s’agit d’une provocation pour obliger la société à réagir, à ne pas s’enliser encore plus dans les travers où elle est déjà bien embourbée.

Le livre sur le site des ÉDITIONS M.E.O.

CE N’EST PAS RIEN, c’est aussi un SPECTACLE, un seul en scène à découvrir ICI

JE SUIS UN LIEU COMMUN, le blog-journal de DANIEL SIMON

 

L’INTERCEPTEUR DE FANTÔMES

Daniel FANO

Editions Traverse Couleurs livres

L'intercepteur de fantômes de Daniel Fano

 

Un an pile après sa mort, les amis de Marc Dachy, « infatigable explorateur des avant-gardes littéraires et artistiques du XX° siècle », ont souhaité lui rendre l’hommage qu’il méritait tellement. A cette occasion, Daniel Fano a écrit un texte où fiction et témoignages se mêlent, et quand Daniel Simon lui a proposé de l’éditer, il lui a adjoint quelques souvenirs personnels qui montrent combien Marc Dachy a été important dans sa vie, déterminant dans les choix qu’il a fait, sans lui il aurait eu une toute autre vie, emprunté d’autres chemins et serait peut-être même resté dans sa campagne natale.

Pour écrire son texte Daniel Fano a eu l’idée de raconter « l’histoire d’un personnage qui, …, revenait sur les années 1970 à Bruxelles », après avoir lu Des Putains meurtrières de Roberto Bolano, notamment celle qui évoque la revue Luna-Park dirigée par Marc Dachy. L’auteur invente un personnage de retour à Bruxelles où il était arrivé en 1971 et dont il s’était échappé en 1980. Déambulant dans la ville, ce revenant redécouvre tous les hauts lieux de la culture avant-gardiste tellement vivace à cette époque à Bruxelles. Il visite les bars, les théâtres, les librairies, quelques échoppes, les lieux où ont habité des personnalités connues ou inconnues mais importantes dans la vie culturelle bruxelloise des années soixante-dix, et d’autre lieux encore. Ce retour est décevant, Bruxelles a changé, a été défigurée par des constructions inesthétiques, elle a perdu son âme, les lieux de culture ont été squattés par les technocrates, eurocrates et autres fonctionnaires internationaux.

Cette déambulation, complétée par ses souvenirs personnels, est un bonheur pour le lecteur qui découvre ou redécouvre des personnages, artistes, auteurs, éditeurs, musiciens, des œuvres culturelles, des publications, des lieux mythiques, toute une culture et une ambiance qui inondaient la ville en faisant une capitale culturelle avant qu’elle ne devienne une capitale administrative. J’ai pensé un peu au recueil de Christophe Bier, Obsessions, où il a regroupé des chroniques radiophoniques diffusées sur France Culture dans l’émission « Mauvais genre », un véritable catalogue de la culture marginale. Daniel Fano, lui, dans son inventaire n’évoque pas le mauvais goût mais tous ceux, un peu comme Bier, qui ne parcourent pas les sentiers battus et les rues surpeuplées, mais plutôt ceux qui s’égarent dans les venelles désertes et les sentes herbues à la recherche de formes culturelles nouvelles.

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Daniel FANO

Je n’ai pas connu cette époque bruxelloise, je ne suis revenu à la culture classique et avant-gardiste qu’à partir du milieu des années quatre-vingt mais j’ai trouvé dans les textes de Daniel Fano des noms de personnes que j’ai croisés dans mes lectures. Le choix des personnes et des sujets mis en évidence est toujours judicieux et pertinents. C’est toute une époque que l’auteur fait renaître sans nostalgie aucune mais seulement avec le désir de montrer le vrai visage de cette vaste scène culturelle et des personnages qui y évoluaient.

La nostalgie n’est jamais totalement absente d’une telle quête du passé ; même s’il s’en défend, Daniel Fano doit bien admettre qu’à époque, il était, comme moi, plus jeune et plus tonique, que la vie était devant lui et que de nombreux amis disparus étaient encore là. C’était l’époque du Fano solaire débordant d’énergie. Mais j’ai bien compris sa motivation profonde : rendre hommage à son ami qui lui a souvent montré le chemin à suivre, faire revivre une époque dont on a perdu l’essence même, et surtout rétablir la vérité que certains ont déjà quelque peu défigurée. Il l’a appris à ses dépens quand on l’a fait passer pour un campagnard balourd alors qu’il avait déjà parcouru quelques bouts de route. Alors, avant que les iconoclastes défigurent cette période exaltante, il a pris la plume déçu par ce que sa ville est devenue, par la sous culture actuelle, par le manque d’audace et de vision des acteurs de la culture.

« Au-delà des écrivains et de leurs vanités, de leurs petitesses, il reste la littérature, certes, mais je supporte mal que la plupart des écrivains ne soient pas à la hauteur de mon rêve ».

Les fantômes ne sont pas morts, ils inspirent encore de jeunes créateurs talentueux souvent méconnus hélas.

L’INTERCEPTEUR DE FANTÔMES sur le site des Editions Traverses

PRIVÉ DE PARKING de DANIEL FANO aux Editions Traverses 

 

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