2018 – LECTURES DE VACANCES : RADIÈRE EN TROIS FAÇONS, une chronique de Denis Billamboz

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Denis BILLAMBOZ

En ce printemps et ce début d’été 2018, THIERRY RADIÈRE est omniprésent sur la scène éditoriale, il édite trois ouvrages dans des genres différents, chez des auteurs différents, ça méritait bien une édition spéciale. TARMAC réédite son seul roman, les Editions ALCYONE édite, dans une publication luxueuse, un recueil de textes courts, de la véritable poésie en prose, et JACQUES FLAMENT Alternative Editoriale publie un recueil de nouvelles. De quoi meubler quelques instants de bonne lecture sous un frais ombrage pendant ces vacances caniculaires. Ce n’est pas de la gastronomie mais ça se déguste comme des bons petits plats bien gourmands.

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LE MANÈGE

Thierry RADIÈRE

Editions TARMAC

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Avec ce texte Thierry Radière franchit une nouvelle étape dans sa carrière littéraire, pour la première fois, même si ce texte a déjà connu une première version numérique, il expose un roman sur les rayons des librairies. Cette première est peut-être le signe qu’il souhaite élargir sa palette pour s’installer comme un écrivain reconnu, ce qu’il est déjà le cas dans certains autres domaines littéraires. Le passage par le roman, même s’il n’est pas un passage obligé peut-être une étape importante à franchir pour obtenir la reconnaissance des lecteurs et éventuellement pour pouvoir vivre de sa plume.

Dans ce roman Thierry Radière prête sa plume au papa de Nina, un bibliothécaire qui emmène régulièrement sa fille qu’il adore, sur le manège du terrain de jeux. Là, pendant que la fillette aux anges tourne, tourne, en essayant d’attraper la queue de Mickey agitée par Paulo le propriétaire du manège, il lit des documents sur les gitans et leur mode de vie car sa femme est certaine que son père nourricier n’est pas son géniteur. Elle est désormais persuadée que son père biologique est un gitan de passage avec un cirque. Sa famille lui ayant caché ses origines réelles, elle voudrait retrouver cet artiste itinérant, faire la connaissance de son père, connaître ses racines, et Jean-Marc, le papa de Nina, voudrait l’aider dans cette difficile quête. Si vous êtes intéressés par ce genre d’histoire vous pouvez lire « Elek Bacsik : un homme dans la nuit » de Balval Ekel (chez Jacques Flament) qui raconte la recherche d’un père inconnu, musicien de jazz. Vous trouverez dans cette lecture des affinités avec le présent roman.

Nina et Jean-Marc sont des clients réguliers, Paulo le propriétaire du manège les connait bien, les deux hommes nouent une réelle complicité pendant que la fillette, grisée par les tours du manège, est totalement absorbée par sa chasse à la queue de Mickey. Paulo n’a pas beaucoup fréquenté les bancs de l’école, il a repris le manège paternel, mais il essaie d‘écrire des poèmes que Jean-Marc lit et apprécie parce qu’il parle de la vraie vie de l’auteur, de ses émotions, de ses envies, de ses sentiments, de tout ce qui constitue son existence, du plus petit événement aux états d’âme les plus intimes. Et, progressivement, leurs chemins semblent vouloir se croiser, Paulo voudrait écrire et Jean Marc se voit bien sillonnant la France pour mettre de la lumière dans le regard des enfants.

Un texte irénique qui décrit un monde tel que l’auteur le souhaiterait, un monde où les enfants seraient choyés, où les adultes partageraient leurs passions, un monde de paix et de plaisirs simples, un monde où l’argent aurait moins d’importance que le plaisir de partager. Ce texte est aussi une réflexion sur l’écriture, sur la poésie et la roman deux genres bien différents qui peut-être même s’opposent.

« Les poètes sont différents des romanciers … Les romanciers veulent avoir le dernier mot : les poètes n’ont pas besoin de le vouloir : ils l’ont naturellement en se taisant. »

Peu importe cette opposition, Thierry, puisque tu as dans ton plumier aussi bien la plume du poète que celle du romancier. Il ne te manque plus que le grand texte de référence qui fera de toi l’auteur reconnu de tous et que nous sommes encore trop peu à lire. Alors sur le métier …

Le site des Editions Tarmac 

 

APRÈS LA NUIT APRÈS

Thierry RADIÈRE

Editions ALCYONE

En ce milieu d’année 2018, après un recueil de nouvelles chez Jacques Flament et un premier roman chez Tarmac, Thierry Radière manifeste une belle activité éditoriale en publiant un recueil de textes courts (de la poésie en prose) dans la très belle collection Surya des Editions Alcyone. Il étale ainsi trois facettes de son talent d’écrivain polyvalent.

Ce recueil se compose de textes très courts affranchis de toute ponctuation, écrit dans une langue très poétique nourrie d’un vocabulaire très contemporain. Pour que le lecteur comprenne bien son projet, Thierry Radière propose en quatrième de couverture une explication empruntée à Cocteau :

« Si les rêves sont la littérature du sommeil, ils deviennent vite, au contact de la lumière du jour, des poèmes avides de raconter des histoires. Après la nuit après est une invitation à un voyage intérieur en apnée ».

L’auteur invite donc le lecteur à le suivre dans son voyage intérieur à la rencontre de ses rêves, de ses souvenirs et toutes les images qui sont restées ancrées à jamais dans sa mémoire. Le lecteur pourra lui aussi entreprendre un voyage personnel dans son propre passé à la recherche des souvenirs qui ont contribué à la construction de sa personnalité. Des images qui figent à jamais le temps dans la mémoire.

« Rien n’a bougé que la lumière des réverbères nettement orange au-dessus des poubelles encore là peut-être vidées et la route glissante si nette et lisse faisant croire à un calme tiré par les cheveux parce qu’il faut bien se persuader d’illusions et voir au-delà du réel la vapeur et le large ne former qu’un. »

Thierry met des mots sur des images venues du fonds de son sommeil, de ses songes, des mots qui s’enchaînent comme les rêves, comme les associations d’idées, sans suivre une quelconque logique mais plutôt un chemin sinueux au fur et à mesure que les images surgissent du fonds du subconscient du rêveur ou de la mémoire de l’auteur. Une image en appelle une autre sans logique apparente, un mot en inspire un autre juste parce qu’il participe au même souvenir ou au même ensemble de souvenirs.

« Avec leurs mots d’un autre langage les meubles se lèvent le froid revient la cire jaunit et la casserole est dans le vide reste plus qu’à s’installer et à comprendre pourquoi tout ce remue-ménage… »

Thierry exploite les images blotties au fond de sa mémoire depuis longtemps, les images du temps qu’il a passé chez sa mamie, les images de ses voyages, les images de ses jeux d’enfants, les souvenirs de ses camarades de cette époque de l’innocence et de la fraîcheur de vivre.

« Au temps des pommiers près de la grange où le cidre avait un goût de guêpes les gosiers des hommes ne piquaient pas ils gonflaient de plus en plus le soleil fort dans la peau la rougeur de la soif dans les dards du bonheur. »

Mais même dans les temps les plus iréniques, il y a des épisodes un peu plus douloureux et la mémoire les a solidement attachés.

« Des hoquets repartent qu’on croyait morts et des vomis sans aucune permission nous n’y pouvons rien l’enfance ne disparaît pas comme ça avec l’âge… »

Ce recueil de poésie en prose est un recueil de poésie contemporaine d’une composition originale. Dans ce texte, l’auteur évoque ses souvenirs avec des mots qui s’enchaînent comme les images de ses rêves sans ponctuation, comme une suite d’événements, d’impressions et de sensations qui se relient les unes aux autres par association d’idées. C’est plus que la littérature, c’est de l’évocation sensuelle, de l’exhumation mémorielle, de l’histoire intime…

« Avec un sentiment d’avoir raté une grosse partie du film on prend le train en cours les sacs posés sur les genoux des senteurs au-dessus du nez on n’a plus qu’à imaginer… »

Le livre sur le site des Editions Alcyone 

 

NOUVELLES SEPTENTRIONALES

Thierry RADIÈRE

JACQUES FLAMENT Alternative Éditoriale

Dans ce recueil, Thierry Radière a rassemblé quatre nouvelles inspirées par des événements importants de son passé qui ont tous pour cadre les septentrions de la France, là où il est né, a grandi, a fait ses études et où vivent encore certains membres de sa famille, c’est du moins ce qu’on peut penser à la lecture de ces textes. J’ai lu des noms de lieux que j’ai visités lors de mes périples dans la « France profonde » : Soissons, Laon, Vouziers… des noms qui fleurent bon nos belles provinces.

Mémé est morte tout là-haut sur la carte dans le village de naissance de l’auteur qui se rend aux obsèques avec une grosse valise ce qui interpelle sa petite fille qui se demande s’il va ramener la grand-mère dans cet énorme bagage. Les obsèques au village suivent un rituel marqué par la religion, un rituel qui a bien peu évolué dans lequel l’auteur ne reconnaît pas forcément son idée de la mort et de ce qui en découle. Et, comme partout dans nos villages, un décès c’est l’occasion de resserrer les liens au sein de la communauté en partageant un café et une part de gâteau local. Mais pour une fois, la cérémonie va prendre une tournure particulière, le petit frère veut épater son aîné mais la démonstration ne se passe pas comme il le pensait. Et le récit devient nouvelle. J’ai été pris d’émotion en lisant ce texte car il a fait remonter à ma mémoire les obsèques de ceux qui me furent particulièrement chers.

La deuxième nouvelle est l’illustration de ce qu’on appelle « le syndrome du coucou », l’oiseau qui niche dans le nid des autres pour finir par les évincer. Gérard un ancien pote de fac perdu de vue depuis longtemps, rendu insupportable par son exubérance, son sans-gêne et son besoin de reconnaissance, téléphone de plus en souvent à la mère de l’auteur qui, prise de pitié pour cet homme solitaire, passe son temps à l’écouter jusqu’à le laisser entrer dans la vie de sa famille.

Raté son bac deux années consécutives, il y a de quoi se flinguer et c’est ce à quoi songe l’auteur après avoir cherché désespérément son nom sur la liste des candidats au moins admis à l’oral. En retrouvant une balle de 22 long rifle dans le fatras de ses tiroirs, il murit un plan mais de l’élaboration de celui-ci à sa mise en œuvre il y a encore la place pour quelques grinces de sable pouvant faire grincer la mécanique du fatal projet.

Pour conclure, l’auteur raconte comment une fille dont il a été amoureux quand il était collégien, est devenue la principale suspecte de l’assassinat et de la mutilation de son mari. Il frissonne en pensant qu’il aurait pu être la victime. Et essaie de comprendre comment cette fille qu’il a aimée, en est arrivé à ces gestes extrêmes.

Je lis Thierry Radière depuis quelques années mais je crois que c’est la première fois que je suis confronté à des textes aussi sombres, la mort rôde au sein d’au moins trois des nouvelles rassemblées dans ce recueil. L’ambiance créée par l’auteur, les descriptions détaillées des événements, donnent au lecteur l’impression de revivre des heures tragiques qu’il aurait pu lui -même connaître, c’est du moins ce que j’ai personnellement éprouvé. J’ai eu l’impression que l’auteur cherchait à évacuer dans des évocations morbides des souvenirs anciens toujours douloureux, à tirer un trait définitif sur une partie de sa vie qui le chagrine encore. Mais peu importe l’intention tant qu’il nous reste le plaisir de déguster son art de l’écriture, de la narration et de la formule de style.

Alors pour conclure, je garderai en mémoire ces quelques mots de l’auteur qui peuvent éclairer la lecture de ces nouvelles même s’ils s’appliquent principalement à la quatrième :

« C’est la première fois que j’analyse mon passé en ces termes, je veux dire comme un texte à commenter. Je suis passé du réel au fictif (du récit à la nouvelle) en m’accrochant à des figures de style, seules capables de m’aider à comprendre un peu mieux le mystère de cette histoire (la quatrième et peut-être les autres aussi) ».

Le livre sur le site de Jacques Flament, Alternative Editoriale

SANS BOTOX NI SILICONE le blog de THIERRY RADIÈRE

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