UNE PESÉE DE CIELS d’ANNA JOUY (Alcyone)

UNE POÉSIE FLUIDE

Anna JOUY écrit une poésie de l’air et de l’eau où seuls le ciel, l’aube et l’âme pèsent. Elle fait communiquer les éléments, c’est le rôle du poète de se réapproprier le monde au figuré pour en jouer. Avec des textes qui font résonner les champs sémantiques, qui les démembrent pour en libérer toute la poésie en des ensembles concertants.

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Le recueil commence en prose, il va en se densifiant (Je mets plus de mots sur une page qu’il y a peu,  je serre le dit dans ce tuyau), puis la phrase se délite, son cours vire au vers puis reprend une forme textuelle: aux coupures des vers se substituent des points à la ligne qui couturent à nouveau l’écrit…

La poétesse, attachée à la terre, qui n’est pas forcément sous le ciel (je suis fatiguée, alors le ciel, / Immense se met sous ma tête pour que je contemple la mort), finit pas se résigner à l’absence d’envol. La pluie, une pluie sombre, très présente dans ce recueil aux espaces imaginaires peut ainsi figurer des fragments de ciel ou de nuit qui tombent.

Il y a des mots qui ronflent et d’autres qui expirent un peu d’âme, un peu de pluie, un rien qui rampe hors de soi et colonise le ciel

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Anna Jouy s’appuie sur les éléments pour faire vivre la seule vie qui vaille, celle des mots quand ils se répondent sur la corde vibrante du temps.

Une nuit, lorsque son âme est lestée de faims et de Dieux, elle s’enfonce dans le lac avant, trempée, de chercher à recouvrer son ombre.

Le silence devient son obsession, peut-être parce qu’elle ne fut pas nourrie à des seins silencieux

Mieux que l’œil, j’ouvre l’oreille, écrit-elle.

Il y a les bons silences…

Se taisent les cailloux, les purs et les fœtus.

Comme il y a les faux silences : les bradeurs de son, la rumeur, le boucan que fait la souffrance

Court tout du long de ce poème, en prose et en vers, cette attention aux sons comme à tout ce qui trahit le silence.

La poésie est un langage crypté, de l’agent secret du langage au décrypteur avisé, pour dire ce que que les autres ne voient pas.

Plus les mots sont mystérieux, plus ils sont voyants et si tu veux dire, mets-toi à la salive, là où se lient l’essence et le dessous.

Même si la poétesse vise à l’invisible, elle préfère le silence à la transparence.

Finalement disparaître de la vue n’est pas forcément s’abstraire dans le silence.

Prééminence de l’ouïe sur la vue… Poésie tragique et lucide aussi qui flirte avec la mort qui connaît le poids de tout et la valeur de rien, pourrait-on dire en citant, presque, Oscar Wilde.

C’est au nœud coulant de l’au-delà qu’il faut chercher amarre.

Mais les prises, fussent-elles funestes, menacent toujours de se déprendre et la vie, un moment rassemblée, jamais définitive, de se disperser…

Il pleut.
Non, je ne sais pas comment tu fais pour danser sur l’eau. Je n’écoute aucun bateau, le ciel pourrait toucher le bonheur.

Je regarde à ma vitre. J’essaie la transparence.

Il y a quelque chose de lointain qui s’avance. Ce n’est que de la pluie qui penche. Encore.

Un beau, un très beau recueil dont on ne se lasse pas, auquel on peut puiser sans fin l’essence, forcément fluide (air et eau), de toute existence.

Éric ALLARD 

Le recueil sur le site des Editions ALCYONE + extraits dits par Silvaine ARABO

 

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