LE COUP DE PROJO d’EDI-PHIL SUR LE MONDE DES LETTRES BELGES FRANCOPHONES #4 (septembre 2018)

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Philippe REMY-WILKIN

Les Lectures d’Edi-Phil

Coup de projo sur le monde des Lettres belges francophones

sans tabou ni totem, bienveillant mais piquant…

Numéro 4 (septembre 2018)

A l’affiche : trois romans (Jacques De Decker, Jérôme Colin et… Charles De Coster), un recueil de poésies (Thierry-Pierre Clément) et un héraut du faire-savoir (Jean Jauniaux) ; Weyrich, Allary, la collection patrimoniale Espace Nord, Le Non-Dit, etc.

Numéro 4 déjà ! Pour rappel, j’ai entamé ce projet de mini-revue pour des raisons affichées rétrospectivement par l’historienne/autrice Diane Ducret quand elle a relayé (dans Le Vif/L’Express du 12 juillet 2018) une phrase gravée par une détenue juive d’un camp d’internement français : « Mieux vaut allumer une lumière que de se plaindre de l’obscurité. » Toute ressemblance avec une critique filigranée des médias traditionnels et des politiques est purement fortuite. Mais le coup de gueule mué en acte créatif est double, bien sûr, cogne à droit et à gauche.

Il n’y a pas que l’actualité dans la vie, très loin s’en faut ! Il faut pouvoir aller à rebours parfois/souvent, glaner l’or du temps, de tous les temps.

 

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Jacques De Decker, Le Ventre de la baleine, roman, Weyrich, 2015, 184 pages.

Il s’agit d’une réédition du troisième roman de JDD, paru initialement chez Labor, en 1996, agrémentée d’une interview de l’auteur par Jean Jauniaux (dont il sera question plus bas). C’est ma première rencontre avec l’œuvre de fiction de JDD ! Et ce ne sera pas la dernière, je compte amenuiser mes lacunes en allant jeter un œil à ses deux premiers romans ou à sa création théâtrale.

Entamons !

« Elles étaient deux. A gauche de l’âtre de théâtre, noire de cheveux, les yeux d’un bleu pervenche, elle avait quelque chose de doux et d’effronté à la fois. Son pendant de droite avait une déferlante chevelure blond vénitien, et des yeux verts comme piquetés d’or. »

Les premières pages dégagent des effluves de Balzac ou de Proust, on s’imagine dans un salon parisien, une station thermale, de ces lieux clos où, pourtant, s’invite le voyage. On remonte ensuite vers la modernité mais le style conserve des courbures végétales dignes de l’Art Nouveau, dans un décor de Nautilus :

« Avant d’y être tout à fait immergé, il sentit que se transmettait à tout son être une étrange vibration, dont il n’avait pas encore pris conscience jusque-là. Comme lorsque, en vol long-courrier, le voyageur assoupi est réveillé par un incident quelconque – la rumeur des écouteurs du voisin, qu’il vient d’ôter de ses oreilles, et qui diffusent un rock tonitruant, l’appel d’un passager qui réclame une couverture pour la nuit, le brusque cri d’un enfant qu’un cauchemar a surpris -, et ne sais plus où il est. »

Le premier chapitre procure un engourdissement onirique, un plaisir de lecture décontenançant. Décontenançant ? C’est que… la quatrième de couverture et la rumeur évoquent un roman à clés ancré dans la réalité la plus prosaïque : l’assassinat du leader socialiste et ministre d’Etat André Cools en juillet 1991 à Liège. Je pensais plonger dans les magouilles politiques, naviguer entre les travées policées des coulisses du pouvoir et les bistrots glauques hantés par une faune interlope, en quête d’indices menant à un projet criminel, des tueurs à gages, une agression sauvage.

Eh bien… il suffit de savourer une sorte de prologue, quelques pages hors du temps qui recevront écho et sens à la fin de l’ouvrage. Dès le deuxième chapitre, qui est, somme toute, le premier, s’ouvre un roman moderne d’une vivacité sidérante. On est emporté ! Jusqu’aux dernières lignes. Avec une impression prégnante. Ou un rappel. JDD est un homme de théâtre :

« On a tout le temps.

– Pas du tout, j’appelle l’hôpital, faut qu’ils soient prêts.

– Je voudrais prolonger ce moment.

– Quel moment ?

– Nous deux, seuls, dans l’appartement. C’est la dernière fois, tu te rends compte ?

– Pas le temps. Il arrive, faut pas qu’il rate son entrée… »

Oui, JDD a écrit de nombreuses pièces, créé L’Esprit Frappeur avec Albert-André-Lheureux*, adapté, traduit des dizaines de dramaturges néerlandophones, anglophones, germanophones, etc.  Ce qui laisse des traces profondes, et du meilleur aloi, dans son travail de romancier : ses chapitres sont dégraissés, libérés des digressions et descriptions mornes ou pesantes, la narration elle-même est désentravée des enchaînements obligés, des passages passerelles. JDD balaie tout ça et file droit à l’essentiel, nous offrant des scènes concentrées sur la substantifique moelle du sens et de l’émotion. Bref, on lit avec aisance mais dans l’intensité, envolé par des dialogues percutants :

« J’ai vu ta femme à la télé, dans une émission de l’après-midi. Elle a dit quelque chose de touchant : « Arille et moi, nous sommes des anciens combattants. On se perd de vue de temps en temps, mais on ne rate aucun défilé. » C’était drôle aussi.

– Elle a dit ça ? Tu es la première personne qui m’en parle. Je savais que la station locale venait de la rencontrer, j’ai oublié de lui demander quelles questions on lui avait posées. C’est vrai qu’on est des anciens combattants. Ca veut tout dire, c’est bien trouvé…

– Et moi, je suis le repos du guerrier, alors ? »

Les fils narratifs ? On suit trois couples : Thomas et Marthe, jeunes et nantis, qui découvrent les joies parentales, lui dans la magistrature, elle professeur de philosophie ; Thierry et Bernadette, des journalistes, nettement plus rock and roll ; Arille Cousin et Thérèse enfin, soit le double de Cools et sa maîtresse, une chanteuse lyrique, en passe de changer de vie. Mais il y a Renaud Dewael aussi (des allures d’Alain Van der Biest), le dauphin d’Arille, qui a mal tourné, ne parvenant pas à ordonner les dons généreusement distribués par la nature. Et, à l’autre bout du drame, la sinistre bande qui entoure Dewael, encourageant ses faiblesses pour l’exploiter, s’enrichir à bon compte, des mafieux de pacotille : Antonio, Franco, Sergio et Camillo. Qui ont en vent, via la presse (Bernadette !), du désir d’Arille de nettoyer les écuries d’Augias avant de se retirer. S’en inquiètent.

Ces fils vont se recouper, converger, leurs acteurs étant appelés à intervenir dans le futur dossier Cools.

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Jacques De Decker

J’ai A-DO-RÉ ! De l’écriture protéiforme mais toujours pur plaisir à la narration claire et enjouée. Il y a un état de grâce qui flotte au-dessus du roman, permettant de se passionner pour une machine infernale, une dramaturgie tout en explorant les différentes composantes de l’affaire, leurs vies, leurs aspirations, des plus idéalistes aux plus mesquines. Du coup, le roman, court et dynamique, en acquiert une dimension polyphonique mais, plus encore, polysémique. Récit policier ou thriller soft, quand on tente de démêler les responsabilités, d’appréhender le moment fatidique. Leçon d’histoire contemporaine quand on confronte les acquis sociaux du siècle ou la résistance aux sirènes du national-socialisme à la mutation/déglingue des cadres/idéaux de la gauche. Mise à nu des mécanismes politiques, des motivations initiales aux dérapages et distorsions. Croquis d’un destin. Interactions du privé et du public, réflexions sur les atermoiements ou égarements idéologiques, la rédemption par l’amour, la famille, la construction fléchée. Jeux métaphoriques sur Jonas (le fils de Marthe et Thomas) et le ventre de la baleine, la philosophie qui s’en dégage, entre volontarisme et acceptation face à ce qui ne dépend plus de nous. Ou sur la mort, même, qui engendre la vie, l’enquête sur l’assassinat générant des élans collatéraux qui ensemencent de l’amitié, une naissance, etc.

J’ai A-DO-RE ! Signant trois chapitres d’un « Magnifique ! » qui me tombait des nues : un portrait d’Arille/André Cools/Cousin au bout de sa trajectoire, en quête de rédemption ; une rencontre entre Arille et la mère de ses enfants ; la visite de Louise, l’épouse, à Thérèse, la maîtresse, hospitalisée blessée, après la mort de leur grand amour. Et que dire de l’utopie (à contre-courant des modes) qui se dessine in fine, réponse ontologique aux vicissitudes du monde ?

Miracle et paradoxe ! En brossant la reconstitution d’un drame sordide orchestré par des minables mais suscité aussi par la prédation d’une certaine presse, JDD nous offre une galerie de personnages (Marthe et Thomas, Louise et Thérèse, Arille…) et d’interactions qui réconcilient avec le genre humain :

« Ce que tu chantais, la façon dont tu chantais, tout ton être qui se diffusait dans ta voix m’ont donné, pour la première fois de ma vie, l’impression d’être réconcilié, apaisé. Mon passé n’était plus que le chemin qui m’avait mené à cet instant, mon présent se dilatait à l’infini, englobait mon futur. L’amour est un mot bien galvaudé pour désigner cela. (…) Je crois que j’ai ressenti alors l’impression d’avoir trouvé ma passeuse. Nous ne cherchons jamais rien d’autre, nous, les hommes, qu’une femme qui nous guide vers la mort, et qui soit le relais de celle qui nous a jetés dans la vie. »

Mise en abyme ? Il est des livres qui infusent cette sensation et celui-ci, bijou, en fait partie.

 Le livre sur le site des Editions Weyrich

 

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De journaliste culturel à créateur (3).

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Jérôme Colin, Le Champ de bataille, roman, Allary, Paris, 2018, 207 pages.

Eh bien, je termine le livre en ne sachant pas par quel bout entamer la critique ! En clair, agité par des impressions très contradictoires plutôt qu’emporté par une dominante.

Après quelques pages, l’écriture m’apparaissait très vivante, avec des saillies d’humour et de vie qui vous projettent de plain-pied dans l’histoire, une atmosphère de (bonne) série télé américaine :

« Il avait l’air inoffensif, affalé sur le divan, le téléphone portable sur les genoux, la télécommande de la télévision dans une main et un paquet de chips dans l’autre. Depuis un an, il s’était pourtant méthodiquement appliqué à mettre notre famille à feu et à sang. ».

Dans un deuxième temps, les dialogues m’ont paru irréguliers, certains décapants mais d’autres assez clichés, l’écriture m’a parue plus efficace que littéraire. Un auteur qui se veut davantage narrateur/romancier qu’écrivain ? Soit. Mais le contenu, alors ?

Le récit se lit aisément, avec plaisir. Il est intimiste, centré sur les rapports entre les membres d’une famille. Raconté à la première personne. Du point de vue d’un père, la quarantaine en l’occurrence, dépassé par la crise d’adolescence de Paul, son fils de quinze ans, les leçons impossibles à détricoter de sa fille Elise ou l’insatisfaction/exaspération croissante de sa compagne Léa :

« Paul (…) nous déteste par amnésie. Il croit que nous sommes apparus dans sa vie il y a quelques mois pour lui dire de ranger sa chambre et travailler à l’école. »

Le narrateur est paralysé par la routine et ses pesanteurs, la vie qui se délave, si éloignée des souvenirs et aspirations des livres de voyages escamotés derrière une trappe, son trésor : « Nos vies sont si petites alors que le monde est si grand. ».

Drôle et émouvant ? Et l’on se reconnaît tous/toutes peu ou prou dans tel ou tel personnage voire plusieurs ? Oui.

Oui mais.

La suite du livre me tourneboule le sens commun. Suis-je séduit par la justesse d’évidences… qui échappent à beaucoup de parents, professeurs, autorités diverses ? Sur le modèle du cancre en voie de rupture scolaire et d’exclusion qui se révèle particulièrement responsable face à un évènement exceptionnel ? Suis-je excédé par l’immaturité et la victimisation du père ?

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Jérôme Colin

Le père/narrateur ? Il génère plus de problèmes qu’il n’en résout, TOUT le blesse, le submerge. Et il est toujours dans le mauvais timing ! Qu’il agisse courageusement (mots maladroits au fils, comportement de délinquant face à l’institution scolaire, propos édifiants piteux) ou se replie lâchement (dans les toilettes). Mon malaise grandit avec sa caricature de l’école et des enseignants, cette manière un peu facile de tout mettre sur le dos de l’institution, alors que l’éducation revient avant tout aux parents. Avec son vocabulaire guerrier aussi, renforcé paradoxalement (ou habilement ?) par un certain décor du roman, les attentats subis par Bruxelles ou Paris : « Nous avons survécu quelques mois de plus », « champ de bataille », « à feu et à sang », etc. Sa peinture des parents comme de gens sans cesse en attente (à la sortie du cours de danse, de l’école, de l’entraînement de foot, du bulletin) m’horripile, comme la piédestalisation des enfants-rois. Non ! Une famille harmonieuse nécessite l’émancipation et la réalisation de CHACUN de ses membres, l’exemple apporte davantage que les conseils, un esclavage béat. Point d’orgue de mon exaspération quand le narrateur se met à plaindre les parents des jeunes terroristes  « qui restent condamnés à ne pas comprendre », alors « qu’ils ont fait ce que nous faisons tous : de leur mieux ».

Pourtant, l’empathie finit par trouer le smog de l’irritation. Le narrateur a le mérite d’entrevoir la nature trouble de son rapport au réel, la part de fantasmes, son délire de persécution. Il a le mérite de réagir. Quitte à revisiter son passé. Débroussaillant les propos de son propre père : « Je suis déçu d’avoir un fils comme toi. Tu me gâches la vie. Si je meurs, je ne veux même pas que tu viennes à mon enterrement. » Les moments qui ont figé des comportements toxiques, généré des blocages, des lacunes.

A-t-il gagné dès lors le droit à la rédemption ? Obtiendra-t-il une nouvelle chance, comme père, comme époux ?

En revisitant ce livre, qui se lit très vite, à la fois léger et interpellant,  une lumière clignote et m’interroge : Jérôme Colin s’identifie-t-il au narrateur, épouse-t-il son point de vue ou, au contraire, l’utilise-t-il comme un repoussoir, voire, sans excès d’empathie ni de sévérité,  un révélateur ? Ou cette question, en corollaire mais plus radicalement : le livre peut-il échapper à son auteur et le dépasser, ouvrir des débats, nous faire réagir, réfléchir de par la justesse de certaines scènes, une manière de croquer le réel qui rappellerait des fragments de la mythique émission Strip Tease ?

Mais poser la question, c’est y répondre. Les bons livres sont souvent ambigus et ouverts.

Le livre sur le site des Editions Allary

 

(3)

Un recueil de poésies (4)

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Thierry-Pierre Clément

Thierry-Pierre Clément, Fragments d’un cercle, Le Non-Dit, 2010.

Dans l’attente du nouvel opus du poète, annoncé pour la rentrée littéraire ou peu après, j’ai relu des textes écrits entre 1976 et 2009, sur trente-trois ans donc, retraçant tout un itinéraire d’écriture, de vie et de spiritualité.

Quelques morceaux choisis ?

Un hommage à Marcel Hennart :

« Un poète s’en va

Une lumière s’éteint,

La nuit s’épaissit.

Notre nuit.

De l’autre côté

grandit la lumière. »

On retrouve à plusieurs occasions l’idée qu’il nous appartient de créer un nid d’or et d’azur :

« La maison où je demeure

ne meurt jamais

et n’a pas de limites

elle ne possède pas de murs

mais des fenêtres de lumière

et des portes de feu (…) »

Une ébauche de lutte eschatologique ?

« Esquif inquiet filant

par l’entrelacs des canaux gris

parmi les palais de pierre blanche

Et

au bout d’un chenal sans fin

la clarté »

Cette sensation. Le Beau, le Bien, le Bon, qui sont lumière, chaleur, partage, etc. ne sont pas déposés sur le seuil par une providence trop câline mais doivent être l’objet d’une quête puis d’un entretien patient. Et il y a le mystère encore…

« tu viendras chaussée de la nudité des sables

tu viendras vêtue de la nudité des mers

drapée de l’immensité du vide

je te dirai mon voyage et j’apprendrai ton chant

tu rempliras mon âme de la senteur des étoiles

je jetterai dans les vagues mon sac idiot plein de questions

*

alors nous irons sur la mer »

Des idées, des images, des combinaisons de mots et des ondulations de phrases qui enchantent. Au sens plein ?

Le site du Non-Dit

 

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Charles De Coster, La Légende d’Ulenspiegel, roman, Collection Espace Nord, 2017, édition établie et présentée par Jean-Marie Klinkenberg, 510 pages.

Le titre habituel, repris à l’intérieur du livre, est interminable, écho à d’autres récits picaresques mythiques : La Légende et les Aventures héroïques, joyeuses et glorieuses d’Ulenspiegel et de Lamme Goedzak au pays de Flandre et ailleurs. Le contenu est, a contrario, d’une fraîcheur extraordinaire. Le meilleur roman de la Littérature belge (francophone ?), rapporte la rumeur depuis des décennies. Le préféré de Jacques De Decker, en tous les cas. Et le mien ! Quoique mes souvenirs soient brouillés par la juxtaposition d’une autre passion, la version BD de Willy Vandersteen, dans les années 50, sans doute un des plus merveilleux classiques du genre. Deux passions convergeant à un point tel que je passe quatre ou cinq jours chaque année depuis une décennie à l’ombre de la Tour de Damme.

Tout le monde connaît les grandes lignes du récit et je ne vais pas me lancer dans une analyse savante. Non. Il faut rendre à César et… je voudrais simplement insister sur la qualité formidable de cette édition commanditée par nos institutions (Fédération Wallonie/Bruxelles & Communauté Française de Belgique), louer le travail de J.M. Klinkenberg, l’impression et la mise en page, l’illustration de couverture d’Olivier Deprez, issu de la BD d’avant-garde. Le récit et la langue s’en trouvent décapés, revigorés, rendus, somme toute, à leur statut. On pourrait rappeler aussi que la légende est germanique, notre romancier bruxellois s’est approprié le mythe et en a livré la version la plus aboutie, achevant la transformation du fripon farceur en héraut de la liberté et chantre du plat pays confronté à la Légende noire de Philippe II et du duc d’Albe.

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Charles De Coster

Ucclois d’adoption, j’apprécie particulièrement la scène des aveugles, qui se joue dans l’auberge du Vieux-Cornet, ce que rappelle une plaque commémorative au coin de l’enceinte du parc du Wolvendael, à l’entrée du Crabbegat, chemin creux envoûtant. Il faut comparer les variantes, spectaculaires, entre le roman de De Coster et l’adaptation de Vandersteen, qui revisite le premier à la lumière des peintures et atmosphères breughéliennes, tout en déployant un imaginaire truculent qui n’a aucun équivalent dans notre plat pays à l’exception d’André Franquin**. Amoureux éternel de l’énigme de la Bête du Gévaudan, je relis aussi avec un plaisir tout particulier la saga du lycanthrope.

Notre Divine Comédie, notre Don Quichotte ? Il faut raison garder mais… A redécouvrir ! D’urgence !

Le livre sur le site d’Espace Nord

 

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Les hérauts du faire-savoir (3).

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Jean Jauniaux

Héraut(s) du jour, après Guy Stuckens et Willy Lefèvre, Jean Jauniaux et Edmond Morrel… qui ne sont qu’un seule et même personne, déclinée en versions papier et micro.

Il va sans dire qu’une belle place doit être réservée à Jean Jauniaux, un homme fort éclectique et talentueux, qui réalise un travail formidable au service des auteurs. Des présentations publiques, lors de salons littéraires, dans des librairies. Des interviews sur  la « Webradio » www.espace-livres.be, où il offre le micro à son double Edmond Morrel. Des articles aussi sur LIVRaisons : le blog de PEN Belgique. Ou des interventions dans les livres de collègues (voir le livre de JDD supra).

Je braque ici mon projecteur sur le Jean Jauniaux médiateur culturel : il est omniprésent et épatant, modèle et référence, démultipliant les espaces de réalisation, d’expression et d’émancipation. Mais il est question d’un homme arc-en-ciel, à la biographie inépuisable (voir http://www.kerditions.eu/jean-jauniaux/), d’une carrière RTBF à une autre au sein de la CE, en passant par des engagements humanitaires, l’écriture (trois recueils de nouvelles et deux romans), la traduction, la présidence du Pen Club Belgique ou la direction de la revue Marginales (http://www.marginales.be/).

BONUS ! J’ai eu l’occasion de passer le rencontrer en son antre et de lui poser quelques questions. L’arroseur arrosé !

Edi-Phil : « Vous avez une formation de traducteur et d’homme de cinéma/télévision, plusieurs carrières, alors, qu’est-ce qui vous a fait basculer dans ces multiples activités au service de vos confrères et consœurs auteurs/autrices ?

Jean Jauniaux : « Tout vient d’une passion pour l’instrument radio, née vers mes 12/13 ans, en écoutant le Français Jacques Chancel (Radioscopies), qui ouvrait à mes yeux une université des ondes, nous faisant pénétrer des mondes, des personnalités a priori peu accessibles, et ce dans les domaines les plus variés (littérature mais musique, politique, sciences…). C’est le déclic ! Mais il y avait un terrain favorable, aurait estimé une philosophie de bazar (NDA : Non, Jean, ne relativisez pas pudiquement cette piste !). La perte de ma mère vers quatre ans, un père taciturne se refusant à échanger en soirée avec ses enfants après avoir enseigné toute la journée ? Une affaire de tempérament enfin : j’éprouve une grande curiosité pour les gens, leurs activités. Quant au passage à l’acte ? Après une carrière bien remplie, la possibilité d’exploiter les ressources du Net. D’où la création d’une webradio qui offre de formidables avantages : mes émissions sont disponibles en tout temps (Bernard Pivot évoquait une sonothèque plus qu’une radio) et en tout lieu (lors d’une conférence en Chine, j’ai pu obtenir un accès immédiat à mes interviews), elles n’ont aucune limite de temps, et il m’est arrivé de prolonger deux heures avec Alain Rey, l’homme du Robert.

Edi-Phil : « Après tant d’interviews (près de 800 !), vous n’éprouvez pas un début de saturation ? Votre appétit est intact ? »

Jean Jauniaux : « Je n’éprouve aucune saturation pour les rencontres en elles-mêmes, la diminution de mon investissement a à voir avec trois facteurs : mon temps est largement mobilisé par mes responsabilités à la tête du Pen Club*** ; j’aspire à lire libéré du réflexe de la prise de notes, à retrouver l’état de grâce de la gratuité ; je voudrais m’octroyer du temps pour mes propres créations.

AA Jean et edmond BD vus par Floch DSC_8012 - Version 2 (1)
Dessin de Jean Jauniaux et Edmond Morrel réalisé par Floch à l’occasion d’une interview

Edi-Phil RW

* Les Belles Phrases ont évoqué l’autobiographie d’Albert-André Lheureux : https://lesbellesphrases264473161.wordpress.com/2017/10/20/lesprit-frappeur-quete-dune-mythologie-theatrale/)

** Les Belles Phrases ont consacré un feuilleton à André Franquin : https://lesbellesphrases264473161.wordpress.com/category/spirou-et-fantasio-par-arnaud-de-la-croix-philippe-remy-wilkin/

*** Le Pen Club est une association internationale qui regroupe des écrivains qui s’engagent pour la paix, la liberté, la tolérance. Notamment en soutenant des auteurs harcelés, emprisonnés pour leurs convictions. Voir https://fr.wikipedia.org/wiki/PEN_club

Le site de Philippe REMY-WILKIN 

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