RENTRÉE LITTÉRAIRE 2018 : DÉCOUVERTE DE M.E.O., une chronique de Denis BILLAMBOZ

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Denis BILLAMBOZ

Avant cette rentrée littéraire, je n’avais lu qu’un ou deux livres de cette maison d’édition qui publie des livres francophones et des livres traduits des pays des Balkans notamment des livres de l’ex Yougoslavie, d’où son nom complet MODE EST OUEST. A l’occasion de cette rentrée, j’ai eu l’occasion de lire trois livres qu’elle a édités au début du moins : un livre de GÉRARD ADAM racontant une passion née dans de la mise en scène de la passion dans un village wallon, un procès d’assises pour pédophilie raconté par ÉLODIE WILBAUX et le second roman de CLAUDE DONNAY qui raconte une histoire d’amour insolite qui évolue comme un thriller. Une belle découverte me laissant penser que je reviendrai vers cette maison pour d’autres lectures et peut-être pour la lecture de textes traduits du serbo-croate.

La passion selon Saint-Mars

Gérard Adam

M.E.O.

Saint-Mars

On ne sait toujours pas si Malraux a réellement prononcé cette célèbre prévision : « Le XXI° siècle sera religieux ou … » mais à la lecture de ce livre on a bien l’impression que les héros mis en scène dans ce roman par Gérard Adam croient, eux, en cette prédiction et qu’ils semblent penser que la spiritualité peut fournir des solutions aux crises qui agitent XXI° siècle.

Dans la campagne wallonne, depuis la fermeture de sa carrière, Saint-Mars décline doucement mais sûrement, l’autoroute qui passe à proximité détourne les voyageurs et aspire les jeunes qui partent à Bruxelles pour trouver un job ou poursuivre leurs études. Le bistrot devient le dernier lieu de rencontre où les habitants peuvent palabrer en toute liberté. Le curé et l’instituteur débattent depuis des années de la religion et de la philosophie même si le curé perd ses paroissiens et l’instituteur ses militants communistes qui n’ont plus de fonction depuis qu’ils ont obtenu de haute lutte quelques indemnités au moment de la fermeture de la carrière. Quelques joueurs de cartes, des voisins consommateurs fidèles, et le vendredi soir la bande de jeunes qui rentre au pays après leur semaine bruxelloise, constituent l’essentiel de la clientèle. La cohabitation n’est pas toujours facile, les jeunes sont trop bruyants pour les anciens qui apprécient le calme nécessaire à leur jeu de carte. Et un soir d’agitation particulière, les vieux lancent un défi aux jeunes créer et présenter un spectacle au moment de la passion comme eux le faisaient quand ils avaient leur âge.

Les jeunes relèvent le défi et distribuent immédiatement les rôles, seul celui du Christ ne trouve pas preneur. Mais le hasard, Dieu, Le Grand Esprit, … fait toujours bien les choses, un jeune inconnu, déguenillé, débarque un jour au bistrot, il ne parle à personne mais il n’échappe pas à la belle serveuse qui a remarqué tout le charme que cet inconnu dissimule mal sous ses guenilles. Les organisateurs parviennent à le convaincre d’endosser ce rôle, ce qu’il finit par accepter. Ancien étudiant en philosophie, il parle avec les autres acteurs, surtout les femmes, il discourt sur la philosophie et tous l’écoutent avec une attention qui confine à une véritable vénération quand certains lui attribuent de véritables miracles. La bourgade connait alors un afflux de curieux et de mystiques tout poil qui veulent voir le nouveau messie.

Avec cette histoire, Gérard Adam replonge au cœur de l’origine des religions pour expliquer tout ce qui sépare le dogme de la réalité historique avérée, tout ce qui sépare le curé et ses ouailles de l’instituteur et des militants qui l’entourent. En racontant la création de cette passion, il fait revivre la Passion du Christ à tous les lecteurs, les replongeant au cœur de ce qu’ils ont presque tous oublié : la charité, la tolérance, l’amour de son prochain et surtout la spiritualité qui peut prendre des formes bien différentes selon les individus. Et peut-être que tous les acteurs, et tous les lecteurs, comprendront que personne ne détient la vérité mais que chacun peut tolérer son prochain et vivre en bonne harmonie avec lui.

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Gérard ADAM

Je ne pense pas que Gérard Adam ait voulu écrire un livre sur la religion mais je crois qu’il a voulu nous alerter sur nos dérives individualistes, sur notre intolérance, sur notre repli sur nos croyances et nos valeurs, sur notre rejet de l’autre et de sa différence… Ce livre est aussi un bel exercice littéraire qui confond deux passions, celle du Christ et celle de Saint-Mars en recréant une véritable aventure christique autour d’un étranger charismatique qui pourrait être un nouveau Christ entouré de nouveaux apôtres. Mais un Christ qui n’enfermerait pas ses disciples dans un dogme mais, au contraire, leur ouvrirait l’esprit pour appréhender un monde vaste et varié, peuplé de personnes différentes avec leurs qualités et leurs défauts différents.

Le livre sur le site de l’éditeur

Rencontre avec Gérard ADAM des éditions M.E.O., par Philippe REMY WILKIN pour KAROO

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Le voisin de la cité Villène

Elodie Wilbaux

M.E.O.

Un été immobile

Elodie Wilbaux, biographe professionnelle, aborde, avec cet ouvrage, la fiction en déguisant une histoire de pédophilie bien réelle en un roman qui conserve toute la crédibilité des faits originaux surtout toutes les émotions, toutes les douleurs, toute la colère, la haine, la rancœur, la déception, le découragement… car les histoires de pédophilie concernant plusieurs victimes, brassent énormément de sentiments et d’émotions différents. La pédophilie n’est pas un acte défini (même si juridiquement elle l’est clairement), pour les victimes, leurs proches, ceux de l’accusé et tous ceux qui gravitent autour de l’affaire, elle recouvre une multitude de formes, génère des réactions très diverses et laissent des stigmates plus ou moins douloureux. Elodie Wilbaux n’a pas seulement raconté les faits, elle a surtout essayé de faire ressentir aux lecteurs tout ce qui vibre au cœur et autour de cette affaire.

Elle raconte dans son roman les trois journées d’un procès d’assises tenu les 17, 20 et 21 octobre 2014 pour juger la culpabilité d’un homme de la fameuse cité Villène, (Vilaine peut-être ?) qui aurait commis des actes pédophiles plus ou moins graves sur plusieurs enfants du voisinage. Trois de ces enfants, dont le conjoint de la narratrice, ont obtenu ce procès après un long parcours judiciaire. Elodie a confié sa plume à la conjointe en question qui veut comprendre tout ce que son mari a subi pour souffrir encore près de trente ans après les faits. Avachie sur les bancs de tribunal, elle pleure en écoutant les insupportables débats mais ne s’écroule jamais définitivement. Quand elle n’en peut plus, elle sort, prend l’air et revient pour soutenir son mari qui doit affronter le coupable car pour lui et ses amis il n’est pas présumé, il est bien réellement le coupable, celui qui les a marqués aux fers de la honte et de l’indignité.

La narratrice raconte toutes les épreuves que son compagnon doit affronter afin qu’il puisse se reconstruire en détruisant tous les démons qui l’habitent depuis trente ans. Elle écoute, elle épie l’attitude de chacun, ceux qui soutiennent les victimes, ils sont peu nombreux, le clan de l’accusé il sont plus nombreux, arrogants, préparés, peut-être eux-mêmes pédophiles ou même victimes consentantes ou terrorisées, les magistrats, les experts… Elle compatit avec ceux qui souffrent, souffrent avec ceux qu’on bafoue, qu’on humilie, qu’on écrase. Plus que le procès, c’est tout ce qui se passe autour que l’auteure essaie de nous faire comprendre.

Elodie Wilbaux
Elodie WILBAUX

Elle cherche à nous faire comprendre ce qu’elle ressent en écoutant les victimes, en les voyant lutter ou s’affaisser, se résigner. Elle essaie de trouver les limites entre consentement et contrainte, elles sont tellement floues et fluctuantes. Trente ans après elle ressent la culpabilité, la honte, l’impression de salissure que les victimes ne peuvent pas cacher et qu’elles doivent même exhiber devant la cour. Et, il y a aussi les autres, les parents qui n’ont rien vu, qui n’ont peut-être pas voulu voir, les amis peut-être complices, ceux qui savaient mais n’ont rien fait, ceux qui savent depuis toujours mais ne veulent pas admettre que l’irréparable a été commis. Le livre d’Elodie, c’est tout cet ensemble de sentiments, d’attitudes, d’émotions, de responsabilités, de non-dits, de dénis… de souffrances et de douleurs qui montre bien qu’une affaire de pédophilie ce n’est pas seulement une question d’abus sexuel, c’est beaucoup, beaucoup plus.

Pour la narratrice tout a commencé par une banale question posée à son compagnon quand leur histoire balbutiait encore :

« – Tu as déjà couché avec un homme ?

* Oui, mais c’était contre ma volonté. »

Alors, il fallut bien évoquer la chose…

Le livre sur le site de l’éditeur

Et si ta vie m’était contée, le site d’ÉLODIE WILBAUX

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Un été immobile

Claude Donnay

M.E.O.

Un été immobile

Jésus – en réalité il s’appelle Noël car, comme tous les Noël, il est né la nuit du Réveillon mais sa mère l’a toujours appelé mon petit jésus, alors Jésus il est resté pour la famille et les amis – a promis un roman à son éditeur et pour l’écrire en toute quiétude, il s’est réfugié dans une chambre louée chez Mireille la libraire-pensionnaire d’Ambleteuse, petite ville de la Côte d’Opale. Jésus-Noël n’a pas beaucoup d’inspiration, il se balade dans les dunes d’où, un beau matin, il aperçoit un bonnet blanc qui nage vigoureusement dans la mer fraîche du mois d’août. Chaque matin, le rituel se renouvelle, il s’installe dans les dunes pour admirer la nage puissante de la belle ondine au bonnet blanc. Celle-ci finit par remarquer le parka orange qui tache tous les matins la blonde dune et, un beau jour, elle décide de s’installer prêt du mystérieux voyeur. Alors naît une relation très timide entre la trentenaire et son admirateur un peu plus âgé, une relation comme celle qui rapproche deux adolescents frileux, une relation pudique ou plutôt une relation qu’ils n’osent pas développer de crainte de faire renaître quelque chose qui les aurait fait souffrir dans le passé.

L’histoire baigne alors dans le doux romantisme qui rapproche timidement la nageuse et l’écrivain mais bien vite ce roman d’amour vire au thriller. La belle a disparu sans laisser le moindre indice sauf cinq carnets intimes écrits par la mère d’Amelle, la belle nageuse, cinq carnets comme un chemin de croix que cette femme dû parcourir sous la férule brutale de son mari et de sa belle-famille. Jésus avec sa logeuse, décide de partir à la recherche d’Amelle en suivant les quelques indices qu’ils ont pu recueillir. Ainsi, il débarque quelques jours plus tard en Auvergne où Amelle est retenue par un pervers avec qui elle partage plus ou moins volontairement des parties fines très chaudes. Le thriller conduit l’écrivain et sa logeuse au cœur du passé de la belle nageuse, au tréfonds d’une histoire sordide dont il voudrait l’extirper. Le roman d’amour romantique et tendre devient alors une histoire d’un érotisme brûlant les chairs des acteurs. Certains ne peuvent vivre sans les sensations extrêmes qu’ils cherchent à satisfaire.

Ce roman est aussi pour l’auteur l’occasion de régler quelques comptes avec l’aristocratie bourgeoise de Belgique Wallonie qui détruit beaucoup de vie dont celles d’Amelle et de sa mère, pour pouvoir toujours et encore pavaner la tête haute quelles que soient les circonstances. On naît dans cette caste, on ne l’intègre pas ! Mais cette histoire montre que rien n’est jamais acquis, que tout peut arriver : les miracles comme les pires tracas. L’amour ne se décrète pas, il embrase les cœurs et les corps sans prévenir et il faut pour qu’il vive, le laisser aller au bout de son chemin.

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Claude DONNAY

C’’est un livre d’amour à la fois d’une douce poésie et d’un érotisme brûlant que livre le poète Claude Donnay qui a laissé sa plume se souvenir des nombreux vers qu’elle a déjà écrits, préférant abandonner quelques pieds de plus à sa phrase plutôt que d’éluder une jolie tournure poétique. Livre d’amour romantique et érotique, sans aucune pornographie ni aucune description mal venue, satire sociale acidulée d’une touche de morale, et une bonne ration de poésie qui se niche au creux des descriptions des paysages, des portraits et de quelques dialogues et réflexions. Un second roman qui en appelle d’autres.

Le livre sur le site de l’éditeur

BLEU D’ENCRE, le blog CLAUDE DONNAY

LES ÉDITIONS M.E.O.

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