UN CRITIQUE FRIGIDE

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Il faut pourtant que la critique se mêle toujours à l’éloge, le serpent aux fleurs, l’épine aux roses et la vérole au cul. 

Gustave FLAUBERT

 

Depuis une période indéterminée, ce critique ne trouve plus plaisir à lire.
Il se rappelle ses débuts tonitruants dans la critique littéraire où il n’était pas rare qu’il connût plusieurs orgasmes de lecture pendant une même journée. De l’aube au crépuscule en mordant sur ses nuits, il prenait son pied en lisant à tel point que les attachées de presse des maisons d’édition et la direction du journal qui l’employait s’inquiétaient de sa maigreur, de son visage creusé par la fatigue. Il mangeait et buvait peu mais il lisait comme jamais. Il avalait des livres et des livres dans une joie profuse. Il rendait compte de ses bonheurs de lecture dans des articles enjoués, bien tournés qui, à leur tour, généraient des lecteurs heureux, vifs, avides de lire. L’édition roulait sur l’or et les auteurs étaient fêtés comme des princes…

Aujourd’hui, il a beau se répéter, tel un mantra de Maitre Coué, « je vais jouir je vais jouir » en ouvrant un livre, chercher le point G du texte, varier les positions de lecture, il ne l’atteint plus. Son gland reste encapuchonné, sa bite molle, ses testicules pendants entre ses jambes de lecteur assis, irrémédiablement assis.

Alors qu’il voudrait symboliquement exhiber aux yeux de son lecteur une trique de taureau, écrire avec son foutre des articles enthousiastes, sa plume lui tombe des mains, le papier flétrit, se rabougrit, et finit en boule dans la corbeille.
Parfois encore (ne caricaturons pas le monde littéraire déjà bien accablé !), lors d’impatientes lectures, il approche dans des paragraphes ou des strophes rares, d’humides touffeurs jadis rencontrées à foison, il hume l’air du sexe du livre mais, le paragraphe suivant, la ligne d’après qui déraille, le vers subséquent qui part en couille, qui n’assume pas le suspens ménagé jusque-là, tous les espoirs mis en lui, il déchante, il débande et finit par cracher par terre plutôt qu’expédier sa semence dans un puissant (é)cri(t) de contentement. C’est l’insulte plutôt qui fuse : Littérature de merde ! Écrivains de mes deux ! Éditeurs à la noix !*

Les éditions raffinées le désespèrent comme une femme aux atours somptueux, à la peau d’une rare finesse, luisante sous les lumières, naturelle ou artificielle, aux pores comme autant de minuscules sexes, aux bijoux rares et aux parfums subtils qui, au lit (tous ses charmes étant lus), se révèle un glaçon, pur joyau, cela dit, d’une banquise en voie de disparition. Il aspire plutôt à un livre-souillon, aux pages tachetées de café, brunes de sueur séchée, mouchetées de loups de nez ou de moustiques-tigres inscrits dans le tissu du papier comme autant de fossiles d’une époque révolue et qui, la petite mais magnifique salope, se donnerait à lui comme jamais, extrayant son jus de critique comme le lait d’un pis plein jaillit dans la main tripoteuse et experte de la féminité lourde et odorante des vaches. Voire des pages manuscrites vierges encore de toute lecture, de toute interprétation critique…

Lui qui passait naguère pour un passeur de livres apprécié bouchonne dans les entournures, il attend le livre-Destop qui débouchera les tuyaux encombrés de visquosité, de déchets gros comme des étrons.
Alors, il se sert de substituts, il triche, il va rechercher des livres osés, d’anciens livres flairant, malgré les années passées, toujours le neuf, la novation (comme disait Barthes), le Nouveau (comme lançait Rimbaud) et non le rance, le resservi, le périmé depuis deux siècles, et il s’aide à la façon d’un gode ou d’un anneau pénien pour parvenir à l’acmé.

Mais le mélange des genres ou plutôt des époques ne lui réussit pas. C’est un pur critique, qui n’admet pas les mixtions. Même les miscellanées bien accomodées à la sauce du jour, s’il s’en trouvaient encore, ne le tireraient pas de sa léthargie. Même un seul vers parfaitement résonant, un aphorisme tourné vers les étoiles et non vers les bas-fonds du sens, même une phrase insolite qui aurait le goût du passé et d’un avenir meilleur jamais encore figuré pourrait dans un jaillissement lui apporter le bonheur à défaut de se faire sans cesse désiré.

Il le reconnaît, il est désormais un critique frigide, un lecteur acariâtre qui en est venu à éloigner le facteur en lui envoyant à la tête des livres de la veille de peur qu’il laisse tomber dans sa boîte un nouvel arrivage de livres sans saveur, ni odeur ni piquant ni piments malgré les appellation d’origines contrôlées, les quatrième de couverture alléchants, les critiques montées en épingle (quand le livre est une réédition) ou à venir (par les mots qui vont truffer les articles de presse écrits à la lumière d’un quelconque écran).

Tout est fade, morne, clean, cynique, destiné au recyclage ; l’indigence est le nouveau goût du monde.
Alors, il baise et s’abreuve d’images (à défaut de métaphores renversantes), il se disperse et pisse de la copie ; faut bien remplir sa carcasse de liquide pour que tout à l’intérieur baigne, glisse irrémédiablement vers une fin désormais providentielle.

Le livre est triste et j’ai connu toutes les femmes, dit-il en paraphrasant Mallarmé.

Certains soirs de malsaines beuveries, il se dit qu’il pourrait écrire de la fiction ou de la poésie mais il sait qu’il ne ferait qu’ajouter du non-bandant au sans relief existant. Il a au moins ça pour lui, la lucidité. Mais comme l’a écrit Char, c’est une blessure brûlante destinée à s’évaporer à l’approche du soleil, tel Icare, ce con ailé de la mythologie.
Il allume la télé ou son portable, il ouvre les journaux, il guette toujours le volume qui le délivrerait de son impuissance. La prescience de la rentrée littéraire le fait encore un rien vibrer ; il a l’espoir chevillé au corps ; c’est un vieux romantique, un cœur farci de guimauve. Il lui reste un grain d’espoir, qu’il finit par moudre dans le moulin des activités dérisoires qui nous tiennent lieu de vie, tel un fil cassé ne pouvant se défaire de sa dernière perle.

Puis il se dit qu’il y a de plus grands malheurs dans la vie littéraire comme le refus d’un énième manuscrit par un éditeur blasé ou d’un article par la direction du journal où filtrerait trop le désenchantement et il rit, il rit… d’un grand, d’un beau rire qui se résorbe dans un sanglot long.

La veille de la rentrée littéraire, le directeur de journal l’ayant appelé en vain sur son portable craignit le malheur annoncé et prévint la police qui se rendit à son domicile. On le trouva par terre près du sofa où il aimait encore à lire, la bouche encombrée jusqu’à la glotte de papier prémâché, qu’il avait enduit d’alcool pour mieux l’incorporer et formé de pages de ses quatre ou cinq livres préférés dont il avait composé un bol livresque mortel. On ne put pas bien distinguer la page de quel ouvrage lui avait finalement été fatal. On pense même qu’il fut surpris du sort de son geste et qu’il eût voulu vivre encore, regrettant dans un dernier spasme la littérature dont, au fond de lui, il avait n’avait pas totalement désespéré.

C’était le dernier signe, indistinct, certes, qu’il livra au monde des vivants que cette mort, interprétable désormais à l’infini, comme les plus beaux textes qu’il avait lus et sur lesquels il avait écrit des pages tout aussi admirables. C’est sur un ultime appel lancé aux écrivains, les seuls vrais amis de sa vie, qu’il a si bien servis, qu’il a décidé de faire ses adieux.

 

   * Les insultes ont été revues à la baisse de façon à ne pas heurter les acteurs du monde littéraire toujours susceptibles de lire, même après sa mort, ces propos et de salir ensuite la mémoire du critique disparu.

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UN IMMENSE EXPLORATEUR DE LA DOULEUR INTIME : PHILIPPE RAHMY-WOLFF, un article de Philippe Leuckx

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Philippe LEUCKX

Je découvris son premier et bouleversant témoignage littéraire pour ma chronique « Poésie panorama » du « Journal des poètes » en 2006. Le livre de Philippe venait de paraître chez Cheyne éditeur en 2005.

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Je le reprends, et la fulgurance reste celle qui me traversa : la douleur s’y écrit sans une once de pose et il m’est douleur d’en écrire puisque Philippe n’est plus là depuis un an. Le mal ne l’a guère empêché d’écrire, de vivre, de voyager, et il s’est mis au roman (Allegra), au récit (Monarques), à l’essai de voyage (Pardon pour l’Amérique). J’ai parlé des trois dans La Cause Littéraire.

Son premier opus, déchirante déclaration du mal qui le saigne, est une prose éclatée en petits segments d’aveux sans ambages :

« Le corps est un fourreau pour la seule agonie, fendu quand se cambre le long pli de la révélation du cœur, la douleur sortie de sa gangue. Assez de pleurs. » (p.26)

« Venez-moi en aide, j’ai mal. » (p.33)

« Le bord du chemin est un tesson » (p.34)

Par la fin faut-il prendre les choses, puisqu’elles en ont une, inéluctable, foncière

« La douleur accomplit sa mue, elle termine par le Verbe », p.56.

Au corps/cœur brisé par cette maladie de verre, le poète répond d’une salve de mots, puisque ce sont les seules armes qui lui restent pour vivre, pour assurer, par la fin, le mouvement de sa sublime poésie incarnée dans des mots qui ne leurrent pas, vrais jusqu’à la brisure qu’il ressentit jour après jour.

Mouvement par la fin. un portrait de la douleur, Cheyne, Grands fonds, 2005, 64p., 13,50€. Postface de Jacques Dupin

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Philippe RAHMY

Le livre sur le site de Cheyne Editeur

PHILIPPE RAHMY chez Cheyne Editeur

 

 

FRAGMENTS (5) de GÉRARD PARIS, une lecture de Philippe LEUCKX

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Philippe LEUCKX

fragments-5

Chaque poème est constitué de vers elliptiques, chacun ayant une portée d’aphorisme ou de réflexion cumulative, puisque le poème (et il y en a 31) se nourrit de chaque vers. Le lecteur ainsi peut à l’envi se gorger des mots, récrire les variations que chacun des poèmes propose à sa cogitation :

11

Visions internes : des tissus bariolés, fragmentés,

striés…

La lampe, le langage : interstices entre les mots, le

silence, la lumière…

(…)

Les métaphores, les consonances, les appariements de sens et d’images, les appositions forment l’essence d’une écriture qui aime jouer des allitérations, des énumérations et des signifiants :

26

Matité et mutité : couleurs et changements…

Le signe et le silence : mutisme, blancheur et

envol…

« polir le poème avec un couteau de lumière » (p.38) est une lumineuse trouvaille, qui nous enjoint à nous replonger dans ce bref recueil, qui va plus loin que le simple énoncé, dans une zone métaphysique de l’être qui se cherche. Arpenteur métaphysique, témoin des crépuscules.

Gérard PARIS, Fragments (5), Bleu d’encre, 2018, 44p., 10€. Illustrations de Laurence Izard.

Le recueil sur le site d’Espace Livres & Création

Le site des Editions BLEU D’ENCRE

SEULS LES ÉCHOS DE NOS PAS de FRANÇOISE PIRART, une lecture de Philippe LEUCKX

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Philippe LEUCKX

D’une disparition Françoise Pirart retient « Seuls les échos de nos pas ». Un roman que publie Luce Wilquin, le 18e livre de son auteur. (208 p., 19€)

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Sur le mode de l’enquête intime, plus que policière, deux proches recherchent Coline, volatilisée depuis sept longs mois.

Le frère de la disparue et la grande amie de Coline, Anaïs, mènent ces recherches en pistant les moindres indices, en fouillant jusqu’au cœur des relations qu’elle pouvait entretenir avec des personnages que le lecteur découvre peu à peu : un peintre, un Russe, un ami bruxellois, la « femme de Gilles », Sophie, et l’étrange s’installe.

De cette intrigue assez échevelée – on passe des bois profonds où réside Gilles à la région aragonaise, on évoque un ancien ami espagnol du père d’Anaïs…, on est sensible à la quête éperdue pour sauver de quelqu’un la moindre trace.

D’une écriture claire, très soignée, ménageant astucieusement les données susceptibles de guider le lecteur, la romancière belge brosse un aujourd’hui perturbé et perturbant où tout le monde peut désirer un jour couper les ponts, disparaître…

J’ai pensé en lisant ce livre de Pirart à l’Espagne d’Antonioni et à son reporter souhaitant se fondre dans une autre vie.

Des fausses pistes sont agréablement levées sur le chemin de lecture, nous ne les dévoilerons pas, comme dans tout bon roman « policier ».

La fin lyrique signe une réflexion sur la place de l’autre, le vide d’une maison sans trace personnelle.

La tenue de ce roman, road-movie proche dans l’esprit du beau premier film de la jeune et talentueuse Amélie Van Elmbt (La tête la première, 2011), est à souligner et sa charpente souple pour conquérir le lecteur et lui assigner un juste suspense.

P.L

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Françoise PIRART

Le roman sur le site des Editions LUCE WILQUIN

FRANÇOISE PIRART chez Luce Wilquin

STEPHANE PAUWELS À COEUR PERDU DANS LA POÉSIE

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Ce 4 septembre 2018 à 8 h 15, une nouvelle vie s’ouvre pour Stéphane Pauwels qui dévoile une nouvelle corde à son arc : la poésie. Son beau tweet:

N’importe qui peut t’aimer lorsque le soleil brille. C’est dans les tempêtes que tu apprends qui tient vraiment à toi

a été largement plébiscité par les amateurs de poésie des réseaux sociaux qui se sont empressés de souligner la puissance et la finesse de ces deux vers… La critique poétique francophone mondiale se tient déjà à l’affût pour rendre compte en termes flatteurs de sa future oeuvre.

Face au surgissement d’un nouveau talent poétique belge, nous avons contacté Stéphane Pauwels pour connaître son agenda littéraire des prochaines semaines.

Déjà tout un programme!

  • Alors, un Stéphane Pauwels poète, c’est assez inattendu?
  •  Oui et non, j’ai toujours pratiqué la poésie sans oser montrer mes écrits. Il a fallu un orage de la vie de plus, celui qui a fait déborder mon ciel déjà chargé pour me rendre à l’évidence : la poésie m’a toujours titillé, elle me tend les bras depuis l’enfance… Vous savez, comme disait ce matin, Antoine Wauters sur La Première, de cette RTBF que j’ai tant aimée (à part quelques enflures) : quand l’écriture vient vous prendre par la main, c’est le plus beau moment de la vie. Le ciel, en effet, s’éclaircit, les nuages disparaissent, on repousse la mer, pardon, la mort… C’est beau, c’est grand… Les mots ne sont jamais les mêmes pour exprimer ce qu’est… la poésie. C’est du Johnny, ça, vous savez.
  • Vous lisez de la poésie?
  • Oui, tous les jours sur les réseaux sociaux.
  • Vous envisagez la sortie d’une plaquette pour bientôt?
    Oui, plusieurs éditeurs m’ont déjà contacté depuis ce matin, je cherche un illustrateur. J’ai pensé à Geluck ou Kroll, ce sont les seuls que je connais… Mais je dois seulement rendre mon manuscrit dimanche soir, j’ai encore du temps devant moi, d’autant plus que je n’ai plus que ça à faire… La plaquette sortira mardi prochain, c’est l’édition d’aujourd’hui qui va aussi vite qu’un sprint de Mertens.
  • Pierre Mertens?
  • Non, Dries.
  • Vous serez présent à la prochaine Foire du livre de Bruxelles?
  • Non, je ne participerai qu’au Salon du Livre de Mouscron, ma ville natale.
  • Le roman vous intéresse-t-il?
    Oui, j’ai une idée de roman qui me trotte dans la tête depuis mon lever (c’est mon jour faste): ce sont deux enfants perdus dans une société sauvage et post-apocalyptique où l’accord du participe passé n’a plus cours et où on n’écoute plus que du Michel Sardou…
  • C’est beau, ça! Le roman paraîtra quand?
    D’ici fin septembre.
  • Votre roman sera en lice pour le Rossel?
  • C’est quoi?
  • Un prix littéraire !
  • Je ne connais que le Goncourt.
  • C’est le Goncourt belge.
  • On est trop forts, nous les Belges, on aurait d’ailleurs dû gagner la Coupe du Monde  si on n’avait pas été cherché un Espagnol qui ne parle qu’anglais pour nous coacher…

2018 – RENTRÉE LITTÉRAIRE : À FOND LA FORME, une chronique de Denis BILLAMBOZ

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Denis BILLAMBOZ

La littérature ce n’est pas que des belles histoires bien écrites et bien racontées, c’est aussi tout un travail autour de la langue, une recherche formelle, qui permet de créer de nouveaux outils pour mettre en relation l’écrivain et le lecteur. J’ai rassemblé dans cette chronique, BRUNO FERN et GÉRARD PARIS qui ont, tous les deux, expérimenté des formes d’expression écrite novatrices. Je voudrais en profiter pour féliciter leurs éditeurs JEAN-MICHEL MARTIENZ et CLAUDE DONNAY pour leur avoir permis de tenter leurs expériences pour le plus grand plaisir des lecteurs.

 

SUITES

Bruno FERN

Editions Louise Bottu

Suites, un terme qui a tellement d’acception. Après lecture de cet ouvrage on pourrait penser à des séquelles, les suites de la guerre par exemple. On pourrait aussi penser à la descendance, ceux qui peuplent l’arbre généalogique de l’arrière-grand-père, ceux qui le suivent dans l’histoire de la famille. Mais on ne peut pas éviter de penser à la suite de textes qui pourrait-être assimilée à la suite musicale, cet ouvrage est un peu une suite de textes différents « histoire familiale, fiction et documents divers » comme le signale l’auteur lui-même dans sa présentation en quatrième de couverture.

Ce texte présenté comme un « roman fleuve » sur la page de couverture, est divisé en deux parties : la première concerne la traversée de la guerre, celle qui n’était encore, selon l’auteur, ni la première, ni la dernière et même pas la « Grande » selon d’autres, par un brave artisan basque. C’est sa fille qui raconte à son petit-fils l’odyssée du vaillant poilu parti faire la guerre à des gens dont il n’avait peut-être même jamais entendu parler. Ce brave garçon ne comprenait guère mieux le français que ceux qu’il fallait qu’il trucide avant qu’eux l’embrochent, on l’avait averti, c’était des êtres sanguinaires qui ne pensaient qu’à égorger les bons Français. Son seul fait d’héroïsme fut de traverser la guerre sans y laisser sa peau et de revenir au pays où il ne fut plus jamais le même. Les séquelles l’avaient marqué à jamais, son esprit en était altéré. Et la grand-mère elle raconte tout ça, surtout l’après parce que le pendant elle le connait bien mal, le poilu ne se souvient pas bien, mélange, oublie, déforme… comme l’auteur le fait lui aussi avec son texte : il reproduit les errances mentales de l’arrière-grand-père, les courriers émasculés par la censure militaire….

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Bruno FERN

La deuxième partie se compose de divers textes répartis dans trois chapitres intitulés Section A, Catégorie B et Série C. Ils évoquent une forme d’héritage que l’arrière-petit-fils aurait pu constituer sur la base des histoires racontées par sa grand-mère. Il aurait ainsi adopté les frayeurs et angoisses du héros de la Grande Guerre dont il aurait essayé de reconstruire le parcours pour évacuer ses cauchemars. Mais ses cauchemars, il ne les a pas enterrés avec ses ancêtres, il les a transférés dans son époque à lui, dans ses guerres à lui, dans ses visons apocalyptiques. Il est effrayé par les attentats perpétrés par ses ennemis à lui qui ne sont plus des Boches mais des Talibans, des Islamistes, des extrémistes religieux de tout poil. Mais il craint aussi tous les dangers écologiques qui menacent de plus en plus concrètement notre planète et surtout l’invasion des peuples migrants qui ressemble tellement, dans sa tête de gamin, à l’invasion que l’arrière-grand-père essaya d’endiguer. Après avoir entendus, les frayeurs ressenties par le bisaïeul pendant la Der des Der, il crée ses propres angoisses dans notre monde qui ne tourne pas très rond.

Dans cette suite de textes contemporains et de documents divers, Bruno Fern, a glissé un fil rouge qui conduit le lecteur des horreurs de la première guerre mondiale aux grands défis qui agitent actuellement notre monde laissant penser que les hommes n’ont tiré aucune leçon de leurs effroyables erreurs et qu’ils sont toujours prêts à recommencer les mêmes folies. Si ce texte est un cri d’alarme, c’est aussi un exercice littéraire par lequel l’auteur essaie de créer un autre mode d’expression pour décrire les relations des individus avec la société qui les entoure, laissant une large place au lecteur pour meubler les espaces confiés à sa sagacité et à son imagination.

Le livre sur le site de l’éditeur

 

FRAGMENTS (5)

Gérard PARIS

Bleu d’encre

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Comme son titre l’indique cet opus est le cinquième d’une série peut-être pas close, le premier édité par Claude Donnay dans sa petite mais très sélective maison d’édition : Bleu d’encre. Avant d’analyser le contenu de ce recueil, je voudrais souligner la qualité formelle des ouvrages publiés par Bleu d’encre et, pour celui-ci, évoquer les jolies illustrations de Laurence Izard qui donnent une apparence concrète au monde créé par Gérard Paris.

Les fragments de Gérard Paris – il y en a sept (un pour chaque jour de la semaine ?) pour chacun des vingt-neuf paragraphes du recueil – sont des concentrés de textes : une formule, un aphorisme, un paradoxe, une allitération, une assonance, simplement quelques mots pour dire l’essentiel sur un sujet que l’auteur ne développe pas, il laisse son développement dans des points de suspension que le lecteur devra remplir en fonction des impressions personnelles qu’il tirera de sa lecture. J’imagine l’auteur comme un alchimiste penché sur sa cornue alambiquée distillant son vocabulaire pour en tirer l’essentiel (« Malaxer, torturer, sertir l’essence des mots… », les quelques mots qui évoqueront le monde comme il le voit, comme il le vit, comme il le rêve. Un monde en équilibre entre le rêve et la réalité, un monde entre la vie et la mort, la mort qui n’est pas une fin mais simplement un ailleurs. « Mort et vie s’entrelacent dans une spirale de feu et de cendres… ». Dans son premier fragment, il indique clairement au lecteur où il souhaite l’emmener : « Le connu (le formel) me dérange, l’inconnu (l’informel) me fascine… », le lecteur devra donc imaginer cet informel pour meubler le texte laissé en suspension par l’auteur.

Si j’osais une image iconoclaste, je dirais que le poète comme le journaliste cherchant son titre doit trouver les quelques mots qui diront tout sans qu’il soit nécessaire de lire la suite. Cependant, le journaliste développe car il doit vendre ses mots alors que le poète se contente d’éveiller la conscience du lecteur par l’esthétisme de son langage. Alors, Gérard Paris distille ses mots, les agence pour qu’en une brève formule, ils conduisent le lecteur là où il voulait le conduire

Dans ces fragments, les mots se heurtent souvent, comme des contraires qui s’attirent, comme des contraires qui se complètent car le monde de Gérard Paris ne semble pas un, il apparaît divers, complexe, multiforme. « Le lieu, le lien, la lie : triptyque d’une trame unifiée et décomposée… ». Il utilise aussi les mots dans leurs diverses acceptions pour formuler des sentences démontrant la complexité du monde, de la vie, de l’ici, de l’ailleurs, l’illusion des religions… « La vérité de l’être, l’être de vérité… ».

« Mille voix bruissent en moi : je n’en perçois qu’une… ». Serions-nous comme l’auteur sourds aux mille voix qui voudraient nous éclairer, nous montrer la complexité du monde que nous croyons toujours trop simple ?

Le livre sur le site d’Espace Livres et création

Le blog des Editions BLEU D’ENCRE

Le site de Laurence Izard 

PASCAL VREBOS AUTEUR D’UN HOME INVASION chez un écrivain connu

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Dans la nuit du 24 au 25 août dernier, l’écrivain Éric-Emmanuel Schmitt a été victime d’un home invasion à son domicile ucclois. L’auteur de l’intrusion était seul et armé. Il portait une moumoute et un masque à l’effigie d’Henry Miller sur son lit de mort. L’intrus a fait asseoir M. Schmitt sur un sofa et s’est d’abord montré menaçant. Il a ensuite essayé de mettre l’écrivain en confiance en lui proposant d’écouter du Mozart. Sur l’air de la Petite musique de nuit, il voulu savoir où se trouvaient ses manuscrits…

Seules les pièces de théâtre l’intéressaient, a déclaré l’écrivain franco-belge, car je lui ai d’abord proposé douze manuscrits de nouvelles, dix-sept manuscrits de roman et vingt-deux manuscrits inédits d’Amélie Nothomb qu’elle voulait brûler et que j’ai récupérés. Finalement le braqueur est parti avec un manuscrit de pièce inachevée et non encore titrée.

L’homme au masque n’a pas parlé, a aussi ajouté le célèbre dramaturge, il avait noté l’objet de sa requête sur un bout de papier et s’exprimait le plus souvent par gestes. Mais il a, un moment donné, sorti cette question griffonnée sur un carton: Qu’est-ce que vous n’avez encore jamais déclaré que vous aimeriez dire à la télévision ?

Pascal Vrebos a été appréhendé ce lundi matin à son domicile et a été entendu  par un juge. D’après ce qui a filtré de son audition, il aurait déclaré qu’il n’a pas eu le temps d’écrire sa pièce annuelle à Patmos, comme d’habitude  pendant les deux mois de vacances, trop préoccupé par ses émissions de la rentrée et qu’il rêvait d’autre part depuis des années d’une pièce à succès qui lui ferait enfin quitter l’insignifiant monde télévisuel…

La direction de RTL vient de faire savoir que l’homme aux multiples fonctions gardait toute la confiance du monde littéraire mais plus celle de la chaîne qui l’a fait bien vivre pendant vingt-six ans. Un nouveau revers pour le groupe audiovisuel qui n’entamera toutefois pas l’enthousiasme d’une équipe plus soudée que jamais autour de son nouveau directeur.