N’AI-JE de CÉCILE DELALANDRE (Le Bateau ivre) – Une lecture de Paul Guiot

CÉCILE DELALANDRE nous revient avec « MARIE-LOUISE et AUTRES CHANSONS », aux éditions Le Bateau Ivre - Une lecture de Paul Guiot
Paul GUIOT

Avec « N’ai-je », Cécile signe un recueil de poèmes unis par ses thèmes de prédilection et sa manière d’utiliser la langue comme d’un outil, un outil à plier, à façonner en fonction de l’usage qu’elle veut faire de son monde.

N'ai-je

Vers scandés, vers libres, prose… les textes se suivent et se rassemblent sans se ressembler. Femme de chœur, chez Cécile la musicalité est omniplaisante : rythmes ternaires, consonances musicales, sensorielles, sensuelles…

N’ai-je donc tant vécu que pour fouler ma neige
Masque blanc exfoliant la chair de ma terre brune
N’ai-je donc tant vécu que pour jouer l’arpège

« Animal on est mal » disait Gérard Manset. La vie, aussi unique soit-elle, ne suffit pas à la poétesse.

Bientôt je partirai
à dos de chat ailé
je franchirai les vagues et leur écume blanche.

Revient sans cesse, comme le ressac, la recherche d’un ailleurs, qu’il soit végétal, animal, marin, minéral, amoureux… Revient aussi dans de nombreux poèmes l’idée du terrier, de la terre matière, de la terra mater. Les phrases de Cécile sentent le labour normand, la marée, les embruns, elles laissent un goût de sel.

Goût de terre dans ma gorge
En vomirai-je le fiel
Pour qu’enfin ma salorge
Redevienne mon ciel ?

Rejoindre mon terrier
Au plus profond de l’ombre
Me cacher tête baissée
Et clapir ma douleur
Entre des pierres froides

Les saisons passent, repassent, reviennent comme reviennent les vagues sur le rivage de Normandie, prêtant leur tempo aux silences et aux licences.

Des printemps
Temps premiers
J’en ai
Si tant vécus
Si tant aimés
Ô mes genêts, jamais
Pas vu
Le temps passer.

Et l’amour, toujours l’amour, l’amour qui a de ces questions si essentielles, ciel !

Si l’on devait ne pas mourir
mon amour, est-ce qu’on s’aimerait ?

J’aime que l’auteure se permette de réinventer sa langue : verbes, mots, règles grammaticales sont passées à la moulinette de son imaginaire. Ainsi au fil des pages Cécile nous présente, nous plaisante ses nouveaux amis « anthropophager », « enricailler », « paraspleen », « s’enfoetusser », « minuinette », « ocrement »…

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Cécile DELALANDRE 

Pour tout vous dire, « N’ai-je » propose une poésie rauque, qui a la texture de la terre et du sel, une poésie faite des quatre éléments… poésie à vivre plus qu’à déguster.

Pluie, fit le ciel !
Rigole, fit le vent !
Encore dit la terre !
Assez fit la mer !
Et moi je me tus.

 

Cécile Delalandre, « N’ai-je », aux éditions Le Bateau Ivre

Le recueil sur le site du Bateau ivre

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