LES BLANCS PAINS de FRANÇOISE LISON-LEROY & DIANE DELAFONTAINE (Esperluette) – Une lecture de Daniel Charneux

Résultat de recherche d'images pour "daniel charneux"
Daniel CHARNEUX

L’histoire raflée sur la ligne du temps.

« Faire ses blancs pains, c’est pétrir le drap du lit afin de préparer une offrande pour l’au-delà. On utilisait cette expression au Pays des Collines, quand ce geste annonçait que la mort était proche. »
« Les blancs pains », c’est aussi le titre du nouveau recueil de Françoise Lison-Leroy illustré de belle manière par Diane Delafontaine.

Résultat de recherche d'images pour "les blancs pains françoise lison leroy"

Blancs pains et vers blancs. Le mélodieux alexandrin se cache souvent dans les 47 brefs poèmes en prose qui constituent le recueil, en trois sections (15, 17, 15) :
« Il te reste un crayon trouvé dans l’atelier.
Ce que tu sais de nous renaît entre tes lignes.
Elle est ce moineau vif aux yeux noyés de songes. »

Qui écrit ? Françoise ou la jeune Tantine morte à deux ans ? Un dialogue, sans doute. Une dictée partagée : « Tu nous lègues l’histoire raflée sur la ligne du temps. Je la recueille aujourd’hui, entre mille lignes déjà écloses. »

Dans toutes ces pages sourd la profonde tendresse de l’auteure pour « Tantine », la petite sœur du père et de l’oncle, dernière arrivée, partie la première : « Petite tante. Tu me devances à grands pas, car ta course est légère. Je fais halte en ce siècle qui convoque ma présence. Je lâcherai prise à mon tour, léguant le crayon à d’autres mains fugueuses. Tout ce qui est écrit s’immisce dans la fresque, témoin de l’échappée. Il fait clair. »

« Il y a toujours un matin qui survient, […] on le voit jeter l’ancre vers nos rives. » Jeter l’ancre et l’encre. Si peu d’encre, pour une si petite vie. Faire vivre encore, à travers la mort qui n’existe pas, à travers les « siècles fondateurs, […] dans l’impériale avancée. »

Mystère de la petite morte, aux yeux des grands : « tes frères rentraient de l’école. On les envoya jouer dans l’étable. » Les grands frères qui croîtront et se multiplieront : « Je suis l’une d’entre eux. Enfant de ton frère, héritière de ta chevelure, à défaut de porter ton prénom. »

Paradoxe : la petite de deux ans est partie depuis huit décennies laissant les siens poursuivre la lignée : « Nous sommes de vieux enfants inscrits dans la course du monde. » Écrire, c’est probablement dire cela : « tu as eu lieu ». Oui, Tantine, Françoise t’a trouvée, elle t’a rendu la vie l’espace de quelques mots et la voilà comme nous « à l’autre bout du livre », confiant les mots de l’enfant à ceux de sa cordée.
Que pouvons-nous, sinon contempler en silence ?

Françoise Lison-Leroy, « Les blancs pains »¸ illustrations de Diane Delafontaine, &esperluète éditions, 2018, ISBN 978-2-35984-106-0 

Le livre sur le site de l’éditeur

 

Publicités

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s