LE REGARD DE VARDA : SANS TOIT NI LOI, France, 1985 – Un article de Philippe Leuckx

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Philippe LEUCKX

Revoir « Sans toit ni loi », une réalisation de 1985, c’est se soumettre à un exercice d’exploration de la France profonde de ces années-là, dans une Provence l’hiver, entre vignes, saisonniers, squats, longues errances le long des chemins versés, quête inouïe de pain, d’un peu de tendresse.

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En séquences séparées de fondu au noir, le film use de travellings pour suivre (Si)Mona Bergeron, jouée tactilement par une Sandrine Bonnaire, juste sortie de « A nos amours » de Pialat, et donne de la route, du cheminement une interprétation aggravée d’ennui, de froid, de brouillard, de peine physique.

La lente et sûre dérive d’une vagabonde (on la nomme clocharde, sale, fille facile etc.) en terre de France riche (les vignes, les usines) peut servir de métaphore à une existence de beaucoup, en marge, à côté de la vie, à côté de la richesse, dans un dénuement complet (sac à dos, tente, mains avec durillons, bottes en loques…).

Varda décrit avec une étonnante justesse (son naturalisme est juste tempéré d’un peu de musique) le gris de la vie, de l’hiver, de cette jeune fille, blanche de privations. Sa caméra explore jusqu’à l’usure la régularité des champs, les maisons abandonnées, les fonds de terres de culture, les ravines.

 

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Une photographie exemplaire où parfois une couleur (l’écharpe rouge donnée à Mona par Assoun, saisonnier, qui la renifle après son départ) donne un peu de vie à la grisaille ambiante.

En petites nouvelles cinématographiques, la cinéaste dresse une galerie de personnages rencontrés, attachants, veules, calculateurs, fragiles, faibles. Yolande Moreau, toute jeune, campe une bonne. Macha Méril, une universitaire à la cause des platanes en péril.

Acide, le film l’est dans la mesure où le spectateur n’est pas pris en traître : il sait d’emblée la mort qui signe le parcours d’une errance sans nom. Il n’a plus qu’à se convaincre de tenter d’expliquer l’irréparable.

Avec « La pointe courte », « Cléo de 5 à 7 », l’un des chefs-d’oeuvre de notre auteur récemment disparue (1928-2019).

Image associée
Sandrine Bonnaire et Agnès Varda sur le tournage
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