VU AU CINÉ DE MA RUE : BITTER FLOWERS d’OLIVIER MEYS – Un article de Philippe LEUCKX

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Philippe LEUCKX

Portrait de femmes chinoises, tableau d’une grande ville, abord de la prostitution, vie de couples endettés, le film belge, premier long-métrage de fiction d’Olivier Meys a tout d’une oeuvre dense qui veut saisir la réalité dans ce qu’elle a de plus intime, de déchirant, avec le regard d’un documentariste professionnel et affûté qu’il est.

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L’anti-héroïne Lina, venue à Paris de son Gongbei appauvri par la crise, compte s’y enrichir pour épurer les dettes de son ménage et entrevoir peut-être l’ouverture d’un restaurant.

Le contrat de nounou est foireux et, des 2000€ escomptés, on lui propose 500, de quoi la plonger dans une angoisse terrible. Elle s’est endettée pour venir à Paris et ne peut donc retourner sans avoir gagné suffisamment. La voilà prise au piège d’un contrat bidon.

Reste la solution, proposée par une Chinoise du Gongbei comme elle : le trottoir. Elles sont sept à partager un minuscule appartement, tenu de main de fer par un marchand de sommeil chinois. Effondrée, Lina, qui est venue de son plein gré à Paris, contre l’avis de son mari, se décide à franchir le pas, comme ces femmes, veuves ou divorcées, qui ont choisi de se prostituer pour donner un nouvel avenir à leurs proches.

Le regard de Meys, d’une très grande pudeur, caresse en longs plans ces femmes qui se soutiennent à l’étroit entre une gazinière élémentaire et des lits superposés. L’entraide féminine donne lieu à de vraies séquences où la beauté intérieure de ces femmes éclaire la grisaille de la vie dans ce quartier de Belleville où les Chinois du sud exploitent ceux du nord qu’ils méprisent. Le ghetto, le trottoir, la petite chambre de bonne, louée par les sept pour y recevoir leurs clients, dont la tabatière donne sur la Tour Eiffel, les errances dans les rues de la ville méconnaissable : l’oeil de Meys ne néglige aucune réalité.

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Une amie de  Lina, tentée par la richesse escomptée, arrive à Paris, connaît déception et réalité du vrai métier de Lina, accélère le retour au Dongbei et, en dépit des enveloppes d’argent envoyées, rien ne se passe comme on le voudrait… La dure réalité de nouveau plombe le personnage.

Beau film, sans aucune recherche esthétisante, ici parlent une mise en scène qui scrute les visages et les lieux, une analyse aiguë des réalités sociales (Meys a vécu longtemps en Chine et parle le mandarin) et psychologiques.

Le visage de Lina s’illumine de beauté, et, quand, par Skype, elle communique avec son mari et son fils, elle semble quitter sa peau de prostituée pour renouer avec son passé.

L’attention de Meys à la matière du réel est anthropologique, et l’on en oublie l’outil tant la précise avancée de la caméra tait son propre travail.

Une très belle réussite.

Un entretien d’Olivier Meys à propos de son film sur Cinergie.be

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Un commentaire sur “VU AU CINÉ DE MA RUE : BITTER FLOWERS d’OLIVIER MEYS – Un article de Philippe LEUCKX

  1. Un très beau film… et l’avantage (pour nous) est que c’est filtré par l’esprit européen. J’aime beaucoup les films chinois mais j’ai toujours un peu de mal à comprendre la psyché des personnages.

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