2019 – DE FOIRES EN SALONS : BOUQUETS DE VERS – Une chronique de Denis BILLAMBOZ

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Denis BILLAMBOZ

Voulant fêter le retour du printemps, j’ai ramassé une grosse brassée de vers bien frais pour garnir un joli bouquet que je pourrais vous offrir. Il y a dedans du Daniel SIMON, de l’Aurélien DONY et de l’Eva KAVIAN, que j’ai récolté dans les serres des Carnets du dessert de lune et de Bleu d’encre. De quoi vous réjouir j’en suis sûr.

 

AU PROCHAIN ARRÊT JE DESCENDS

Daniel SIMON

Les carnets du dessert de lune

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Habituellement, je ne lis pas la quatrième de couverture pour ne pas risquer d’être trop influencé dans ma lecture, pour garder toute ma fraîcheur et mon innocence face à l’auteur et à son texte. Mais avant de lire ce recueil, apercevant la signature de Daniel Fano, j’ai souhaité voir ce qu’il pensait de cet opus et une fois ma lecture terminée je suis bien obligé de reconnaître que ce qu’il a retenu de la sienne contient pratiquement tout ce que je pourrais dire de ce texte. « Voilà un poète qui va toujours plus loin en amont. Vers l’enfance. pas forcément la sienne. Toujours celle du monde. Sa parole, comme la musique ne s’explique pas, elle implique. Elle dépasse les significations pour atteindre le domaine du sens et de la mémoire, elle accompagne et nomme les choses dans leurs mouvement ». Daniel Fano, je ne l’ai jamais rencontré mais je connais la finesse de son jugement et son talent d’écrivain.

Comme Fano, j’ai senti cette nostalgie de l’enfance, cette envie de retourner au pays qu’il parcourait à cette époque, j’ai apprécié la musique des vers et leur rythme malgré leur grande liberté. Certains textes sont même rédigés en prose poétique. Mais, au-delà, j’ai aussi ressenti une chose que je n’ai peut-être jamais constatée dans un poème, j’ai eu l’impression de toucher, de sentir sous mes doigts, sur ma peau, les choses que Daniel Simon évoque.

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Daniel SIMON

J’ai noté quelques thèmes récurrents qui reviennent dans ses poèmes : le vent, omniprésent, qui rappelle les campagnes du plat pays qui est le sien, « Un texte pour le vent du nord, le meltem, le sirocco, l’alizé, le noroît, … » ; le temps, le temps qui passe et qui entraîne vers la mort, « Le temps peine à demeurer en place » ; la nuit, hôte de tous les cauchemars et autres visions, « Des nuits de rêves, de cauchemars, de visions, d’éclats, de tumultes …. » ; Les choses simples qui ont meublé le passé, l’enfance, la jeunesse, « Nos histoires sont de plus en plus simples, Des histoires à deux temps, il tire il est mort …. » ; et les mots qu’il faut mettre sur ce passé pour nourrir la mémoire, « Les mots sont cabosses, vilebrequins, glaïeuls, apostrophes, génocides, desserts et autres cosses calcaires d’une langue ouverte comme une cage aux barreaux dispersés ».

Dans ses vers elliptiques, un peu hermétiques mais très poétiques, Daniel Simon raconte son enfance dans son plat pays parcouru par le vent, là où sont enterrés beaucoup de soldats de vains combats, là où la civilisation européenne pourrait trouver une âme sur la tombe de ces soldats massacrés pour une cause qu’ils n’ont même pas comprise. Il est parti à la recherche « Des nids des caches des mots perdus… » pour projeter un avenir sur les fondements d’un passé presque oublié.

Ainsi, Daniel Simon m’a ramené vers le « Pauvre Rutebeuf », j’ai alors écouté ce magnifique texte chanté par le grand Léo, Ferré, et j’ai entendu : « Ce sont amis que le vent emporte », des paroles que Daniel aurait pu écrire dans son recueil après ces quelques vers :

« Mes amis

Qui sont-ils

Vivants fantômes d’avant

Mes amis

Où êtes-vous tombés

Disparus ? »

Après la lecture de ce recueil, on pourrait aussi chanter avec Léo et Daniel : « Avec le temps, Avec le temps va, tout s’en va… »

Le recueil sur le site des Carnets du Dessert de lune

Le blog de Daniel SIMON

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DU FEU DANS LES BRINDILLES

Aurélien DONY

Bleu d’encre

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Dans sa préface l’auteur rappelle tout ce qu’il ne faut pas oublier, notamment que « l’écriture est morte si rien ne chante en elle, que le poète est aussi est menacé de mort, que ses vers ont à craindre de l’immobile attente… ». Alors, il écrit pour que vive encore les mots, pour que vivent encore la poésie. Il écrit son monde :

« Tairons-nous les hommes,

Les femmes et les maisons ? »

Il s’adresse aussi au poème qu’il a commis comme on invoque une puissance supérieure, tutélaire, impérieuse qui le guiderait dans le combat qu’il mène.

« Poème,

J’exerce à ton prénom

Mon combat condamné

Et prie chaque instant

Ton retour à la lutte. »

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Aurélien DONY

On croirait que ce jeune poète cherche sa place dans le monde où les repères se sont dissolus, évaporés, laissant la jeunesse dans l’incertitude, le doute, l’errance, où les mots même doutent de leur sens, où la poésie n’est plus la lumière qui guide les âmes perdues. Et cependant, il croit encore en la magie des vers qu’ils soient dits ou chantés.

« Nous avons rencontré

La vie au bord du gouffre

Nous l’avons empêchée

de sauter dans le vide

Avec une guitare et des chansons anciennes. »

Dans une dernière partie ou la prose le dispute à la versification, le poète dit sa grande confusion devant le déferlement de la violence qui pollue de nombreuses métropoles sur l’ensemble de la planète. Le monde serait-il devenu fou ? Certains oppressent, d’autres ne répondent que par une violence aveugle. La colère n’est peut-être pas la solution.

« Poètes, ô mes amis,

Vous qui sans cesse donnez au poème une voix dans la nuit et faut-il

Qu’elle soit

Criarde comme la mienne

Pour être nécessaire ? »

Le poète est jeune, il nous laisse avec toutes ses questions, gageons que dans les vers qu’il inventera, il trouvera un chemin, son chemin. C’est un amoureux des mots, il les aime tellement que, souvent, il les répète, comme on suce un bonbon longuement, pour mieux les goûter mais aussi pour mieux nous les faire entendre afin que nous n’oubliions jamais que « la poésie c’est la vie même, la vie en intensité, ramenée à son rythme essentiel, celui du souffle de la scansion, cela seul justifie qu’on inventât le ver …. ». C’est une citation de Jean-Pierre Siméon qu’il a placé en exergue à ce recueil.

Poète a cherché son chemin dans le dédale d’une société décomposée qu’il faudra reconstruire en usant de mots nouveaux pour écrire une nouvelle civilisation débarrassée de la violence gratuite.

Aurélien Dony sur Wikipedia

La page Facebook de Bleu d’Encre

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L’HOMME QUE J’AIME

Eva KAVIAN

Les carnets du dessert de lune

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J’ai découvert le talent d’Eva Kavian il y a tout juste un an après avoir acquis un de ces précédents recueils à la Foire du livre de Bruxelles. Dans ce texte datant de plusieurs années, elle parle d’amour, d’ « Amour en cours, amour qui court, amour au secours, amour discours, amour toujours, amour trop court, amour, amours, toujours, toujours, trop court, trop courts, amours qui rient, amour en larmes, attente, attente trop souvent, départ encore, encore et encore ». Elle confesse dans le titre qu’elle est « Amoureuse » mais on devine qu’elle n’a pas encore déniché celui qui saura la garder avec son amour pour toujours. Aujourd’hui, je sais que Cupidon a visé juste, ses flèches ont atteint la cible qu’elle visait depuis un temps certain déjà, elle a trouvé « L’homme que j’aime », celui qui a su capter tout l’amour qu’elle a à donner, même s’il ne fait pas la cuisine, ni même la vaisselle pendant qu’elle écrit des vers.

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Eva KAVIAN

Dans ce nouveau recueil, Eva Kavian utilise la poésie en vers, elle écrit des tout petits poèmes construits avec de tout petits vers, juste quelques mots mais des mots extrêmement choisis, toujours très justes pour dire toute la force de l’amour qu’elle a « à offrir en partage » comme chantait Jacques Brel. Ces poèmes sont un véritable concentré d’amour trop longtemps thésaurisé, trop longtemps tu, trop longtemps gardé par devers elle. Ces mots ont une telle puissance d’évocation que les hommes qu’elle choisit d’aimer ne doivent pas résister longtemps à la puissance de son amour, à la séduction de ses mots, au chant de ses vers. Et pour que ses poèmes aient plus de force encore, elle n’hésite pas à manier l’ironie et un brin de moquerie destiné à titiller celui qu’elle a choisi d’aimer. Eva, c’est une enjôleuse, elle provoque, elle cajole, elle charme, elle séduit…

Mais, elle sait aussi jouer avec la mise en scène de ces textes, elle sait retenir la chute d’un poème, laissant le lecteur en expectative, avant de lui livrer sur une autre page, en vis à vis ou au verso, le message caché au fond de ses vers.

« Je m’étais juré

de ne jamais plus

demander un homme

en mariage

quand je t’ai rencontré

j’ai tenu bon

toi aussi

 

(page suivante, après une illustration)

jusqu’à ce matin

où nous étions en retard

devant nos cafés brûlants

tu as sorti

une bague

trop petite

et j’ai dit oui. »

Ils sont certainement nombreux les amoureux des mots, et même les amoureux tout court, qui feraient la cuisine et la vaisselle pour lire des vers comme ceux-là débordants d’amour dans le joli décor planté par Marie Campion l’illustratrice.

Le recueil sur le site des Carnets du Dessert de Lune

Eva KAVIAN sur Babelio

 

 

 

IN MEMORIAM PAUL DESALMAND, par DANIEL CHARNEUX

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Daniel CHARNEUX

Quand un ami parisien qui approche les huit décennies cesse de vous envoyer ses livres, vous vous dites que vous allez lui écrire. Vous continuez à lui envoyer les vôtres (bien moins nombreux que les siens), sans recevoir de réponse. Un jour, vous tapez « Paul Desalmand » sur Google et vous lisez, sur le site « Babelio » :

« Biographie : Paul Desalmand est né le 24 août 1937 à 6 h du matin et décédé le 17 Juin 2016. Il est originaire d’un village de Haute-Savoie (Arenthon). A propos de ses origines, il lui arrive de dire, paraphrasant Tchekhov : “Je suis né dans le peuple. On ne me fera pas le coup des vertus populaires.” »

Paul DESALMAND

J’ai découvert Paul Desalmand en 2001 grâce à Renaud Ambite, un excellent romancier (Sans frigo, Enfin tranquille, Thérèse m’agaçait) qui a depuis renoncé à l’écriture pour se consacrer à sa famille et à sa profession d’actuaire.

Je l’ai invité deux fois à Mons, à la maison Losseau : la première, le 26 avril 2003 (avec Renaud Ambite), le seconde le 21 avril 2007 (avec Chantal Portillo et Frédérique Deghelt).

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Je l’ai aussi rencontré à Seynod, dans sa Haute-Savoie natale, dans le cadre de l’excellent Salon de la Francophonie qu’organisait la municipalité, avec le concours de l’Organisation Internationale de la Francophonie.

En 2006, j’ai amené une classe de rhétorique à le rencontrer au « Grand Colbert », rue Vivienne à Paris, à propos de son livre Sartre et Stendhal. Un grand souvenir pour ces jeunes gens.

 

Je suis vraiment peiné d’apprendre le décès de celui qui, comme son maître Stendhal, aimait les pseudonymes : « Pablodesal », « Pablo de Montmartre »… Il habitait au 75 de la rue Caulaincourt, à deux pas du cimetière de Montmartre où, j’aime à l’imaginer, il a rejoint Dalida.

 

Il adorait les citations. J’en retrouve une, reçue de lui en août 2012 : « Je ne plonge jamais dans un roman-fleuve du premier coup, surtout en période de rentrée, j’ai trop peur de me faire emporter par les courants littéraires. » (Vincent Roca)

Ou encore ses vœux pour 2013 : « Pour vous deux une année 2013 sous le signe de Verlaine : De la douceur, de la douceur, de la douceur. »

 

Paul était ce que l’on appelle un polygraphe : une cinquantaine de livres, de la Grammaire bleue à la série des « 365 » (365 proverbes expliqués, 365 éponymes expliqués…), de Cher Stendhal, Un pari sur la gloire à Écrire est un miracle , de L’athéisme expliqué aux croyants à Sartre, Stendhal et la morale.

On lui doit aussi deux romans délicieux. Le Pilon (2006) et Les Fils d’Ariane (2009). Voici ma lecture du Pilon et le message que j’adressais à Paul après la lecture des Fils d’Ariane :

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« Dire que Paul Desalmand est un amateur de livres serait très en dessous de la vérité. Il serait plus exact de dire qu’il est amoureux des livres, dont l’univers n’a pas plus de secrets pour lui que, pour un Brillat-Savarin, celui de la gastronomie.

Il n’est donc pas surprenant qu’après plusieurs essais consacrés à Sartre ou Stendhal, au miracle d’écrire ou au petit monde de l’édition, il fasse du livre le sujet de son premier roman, Le Pilon, qui paraît en septembre [2006] aux éditions Quidam.

Belle mise en abyme, apte à séduire les amateurs de poupées russes, que ce livre dont un livre est le héros. On songe à Si par une nuit d’hiver un voyageur de Calvino, mais alors que Calvino adopte la troisième personne pour décrire les aventures d’un livre qui se dérobe sans cesse, Desalmand donne ici la parole à l’ouvrage lui-même, un ouvrage défini dès le premier chapitre avec une précision d’entomologiste : « Je suis né le 17 juin 1983, à 16 h 37, sorti des presses de la Manutention à Mayenne. Format : 16,5 cm x 12,5 cm. Poids : 230 grammes. Nombre de pages : 224. Caractères : Garamond. Corps : 12. » Un ouvrage dont Desalmand nous livre les tribulations depuis la sortie de presse jusqu’à son départ pour l’Afrique, un continent que l’auteur connaît intimement (ce paragraphe sur les odeurs de l’Afrique…) pour y avoir enseigné durant des années.

Un roman picaresque, en somme, qui permet à Paul Desalmand de dresser une sorte d’inventaire de la société, de pénétrer partout en suivant les pérégrinations de son héros de papier, et de démontrer à nouveau son énorme savoir concernant le livre, contenant et contenu : le président du « Cac 40 » lui ressemble étrangement. « Cac 40 : le Club des Amis des Citations. Cette association n’avait qu’une dizaine de membres dont un “préposé aux menus plaisirs”. Le nombre 40 signifiait que le but était d’arriver à quarante comme à l’Académie française. »

Dans ce jeu de piste qu’il est bon de parcourir avec le flair d’un détective, on appréciera aussi les clins d’œil aux amis : Renaud Ambite, Chantal Portillo qui envoie son éditeur au pilon, sans compter « Patrick Klotz » [alias Patrick Cauvin], ou encore les citations détournées, telles, en vrac : « des hommes, sans aptitude autre que celle consistant à exploiter leurs semblables, pouvaient engloutir en un repas la nourriture de cent familles », « courons à l’Afrique en rejaillir vivant » et surtout cet extraordinaire clin d’œil à Flaubert : « C’était à Métagna, faubourg de Pézenas, dans les entrepôts d’un connard. »

Un roman truffé de détails intéressants ou de regards originaux sur le monde du livre ou des bouquinistes (la « révision », la librairie Préférences à Tulle, chasse et pêche en librairie, les réincarnations du livre,…)

Un premier roman intelligent et tendre à lire en amoureux du livre et de la vie. Un hommage à ce « vice impuni » qui est peut-être la plus belle vertu de l’être humain : la lecture. »

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Trois ans après, Paul Desalmand publiait un second roman, Les Fils d’Ariane. Je lui écrivais alors :

« Mon cher Paul,

Quelques jours après Seynod [le salon du livre francophone de Seynod, en Haute-Savoie, où nous nous étions rencontrés], je profite de ce jour de congé que nous devons à notre Seigneur JC pour te faire un compte rendu des fils d’Ariane, dont la lecture a enchanté mon voyage de retour.
D’abord, je ne crois pas que tu doives verser 50 € à quiconque : point de coquilles, bourdons ou autres bourdes.
Ensuite, j’estime ce roman bien supérieur au Pilon : tu y étais virtuose, ici, tu deviens musicien.
Pourrais-je ajouter que Le Pilon était un bon livre, alors que Les fils d’Ariane est un vrai roman?
La structure, tu le signales toi-même, évoque le Decameron, ou encore les récits cadres de ce Maupassant que tu adores où, après une journée de chasse, chaque convive y va de sa narration. Comme s’il fallait éviter le silence qui nous renverrait trop durement à nous-mêmes. L’un des principaux personnages de ton livre est la conversation, qu’il faut entretenir en permanence comme un petit feu sous peine de le voir s’étioler, mourir, et nous envahir le froid des relations artificielles, précurseur craint du froid mortuaire. Car sous leurs dehors primesautiers voire égrillards, les propos échangés par les quatre convives, deux hommes, deux femmes, cachent les blessures d’enfance, l’angoisse du vieillissement, la terreur du caveau.
Autre clin d’œil à Maupassant, les prénoms des deux frères : Pierre et Jean. Amis / ennemis, rivaux se disputant l’amour de leur mère, un amour qui, chez Maupassant aussi, frôle l’inceste (cette scène tragi-comique où Jean reçoit les aveux de sa mère).
Pierre et Jean, que précède la célèbre préface “Le Roman”. Toi aussi, tu y vas de ton cours sur le roman (comme, également, l’Édouard des Faux-Monnayeurs) : toi qui as si souvent dénoncé ces “auteurs” n’ayant d’autre sujet qu’eux-mêmes, tu sais combien il est périlleux de t’aventurer à ton tour sur cette voie de l’autobiographie. Mais là où la plupart échouent parce que : “Le plus souvent, ce n’est pas écrit”, toi, tu “écris” juste ce qu’il faut (puis-je te dire que le Pilon était parfois “trop écrit” ?)
Et tes “souvenirs d’enfance” évoquent le Marcel du “château de ma mère” davantage sans doute que celui de la “Recherche”. Oui, “quand on tire un fil de l’enfance, tout se met à revenir.” Le Garlaban de l’un, l’Arve de l’autre… dans les deux cas, d’une motte de terre naît l’universel.
Rendre ne serait-ce qu’une seule vie plus belle suffit peut-être à justifier la sienne.” C’est sans doute la justification (certains diraient la rédemption) de l’écrivain. Et s’il est, comme tu l’indiques, “une terrible et inhumaine machine à engranger”, alors, tu n’usurpes pas ce titre, ce beau nom d’écrivain. Et ton écrit n’est pas vain, cet écrit où tu donnes aux amis ce précieux conseil : dans un livre, “comme pour le vin, il faut veiller à ne pas redescendre”. Tu ne redescends pas, Paul, tu emmènes ton lecteur exactement où tu veux aller, jusqu’à cet émouvant “champ à Morel” où se nouent tous les fils de ton livre. Ariane peut dormir en paix : “Quoi de mieux que la littérature pour se laver des salissures de la vie.
Merci pour ce livre, Paul. Merci et à bientôt!

Daniel »

 

Merci pour tous ces livres, mon cher Paul. Et à bientôt, forcément…

 

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Renaud Ambite, Paul Desalmand et Daniel Charneux à Mons en 2003

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Les livres de PAUL DESALMAND sur Babelio

VU AU CINÉ DE MA RUE : BITTER FLOWERS d’OLIVIER MEYS – Un article de Philippe LEUCKX

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Philippe LEUCKX

Portrait de femmes chinoises, tableau d’une grande ville, abord de la prostitution, vie de couples endettés, le film belge, premier long-métrage de fiction d’Olivier Meys a tout d’une oeuvre dense qui veut saisir la réalité dans ce qu’elle a de plus intime, de déchirant, avec le regard d’un documentariste professionnel et affûté qu’il est.

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L’anti-héroïne Lina, venue à Paris de son Gongbei appauvri par la crise, compte s’y enrichir pour épurer les dettes de son ménage et entrevoir peut-être l’ouverture d’un restaurant.

Le contrat de nounou est foireux et, des 2000€ escomptés, on lui propose 500, de quoi la plonger dans une angoisse terrible. Elle s’est endettée pour venir à Paris et ne peut donc retourner sans avoir gagné suffisamment. La voilà prise au piège d’un contrat bidon.

Reste la solution, proposée par une Chinoise du Gongbei comme elle : le trottoir. Elles sont sept à partager un minuscule appartement, tenu de main de fer par un marchand de sommeil chinois. Effondrée, Lina, qui est venue de son plein gré à Paris, contre l’avis de son mari, se décide à franchir le pas, comme ces femmes, veuves ou divorcées, qui ont choisi de se prostituer pour donner un nouvel avenir à leurs proches.

Le regard de Meys, d’une très grande pudeur, caresse en longs plans ces femmes qui se soutiennent à l’étroit entre une gazinière élémentaire et des lits superposés. L’entraide féminine donne lieu à de vraies séquences où la beauté intérieure de ces femmes éclaire la grisaille de la vie dans ce quartier de Belleville où les Chinois du sud exploitent ceux du nord qu’ils méprisent. Le ghetto, le trottoir, la petite chambre de bonne, louée par les sept pour y recevoir leurs clients, dont la tabatière donne sur la Tour Eiffel, les errances dans les rues de la ville méconnaissable : l’oeil de Meys ne néglige aucune réalité.

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Une amie de  Lina, tentée par la richesse escomptée, arrive à Paris, connaît déception et réalité du vrai métier de Lina, accélère le retour au Dongbei et, en dépit des enveloppes d’argent envoyées, rien ne se passe comme on le voudrait… La dure réalité de nouveau plombe le personnage.

Beau film, sans aucune recherche esthétisante, ici parlent une mise en scène qui scrute les visages et les lieux, une analyse aiguë des réalités sociales (Meys a vécu longtemps en Chine et parle le mandarin) et psychologiques.

Le visage de Lina s’illumine de beauté, et, quand, par Skype, elle communique avec son mari et son fils, elle semble quitter sa peau de prostituée pour renouer avec son passé.

L’attention de Meys à la matière du réel est anthropologique, et l’on en oublie l’outil tant la précise avancée de la caméra tait son propre travail.

Une très belle réussite.

Un entretien d’Olivier Meys à propos de son film sur Cinergie.be

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FLIC STORY de JACQUES DERAY, France, 1975 – Un article de Philippe Leuckx

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Philippe LEUCKX

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Le cinéaste de « Un papillon sur l’épaule« , sans doute son chef-d’oeuvre, a donné quelques oeuvres peut-être moins étranges mais sans doute aussi efficaces : signalons « La piscine » (retrouvailles des Delon, Ronet, Schneider) ou encore ce « Flic story », l’histoire vraie de Roger Borniche qui arrêta en 1947 Emile Buisson, assassin multirécidiviste en cavale, « fou », « dangereux », joué par un Trintignant plus vrai que nature, visage au masque impénétrable, à faire frémir. Face à lui, dans le rôle de l’inspecteur, Delon, bien dirigé par son ami Deray, n’en faisant pas trop, à la sobriété et à la chaleur plus vibrantes que chez Melville ou Verneuil.

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Une pléiade de seconds rôles intéressants (Guybet, Crauchet, Denis Manuel, Claudine Auger, Marco Perrin, Mario David, Jacques Marin, Maurice Biraud) apporte la touche de francité profonde.

La reconstitution dans des décors réalistes (rue Désirée, forêt de Chevreuse), juste, ajoute aux qualités de mise en scène, « à l’américaine ».

Toute l’atmosphère des « piaules », des planques et des cavales sourd du travail de Deray, servi par une photographie volontairement terne à l’aune de l’époque et de la saison.

Du « commercial  supérieur » comme on aimait le dire, pour caractériser des ouvrages à thème policier réalisés avec art.

 

 

LE REGARD DE VARDA : SANS TOIT NI LOI, France, 1985 – Un article de Philippe Leuckx

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Philippe LEUCKX

Revoir « Sans toit ni loi », une réalisation de 1985, c’est se soumettre à un exercice d’exploration de la France profonde de ces années-là, dans une Provence l’hiver, entre vignes, saisonniers, squats, longues errances le long des chemins versés, quête inouïe de pain, d’un peu de tendresse.

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En séquences séparées de fondu au noir, le film use de travellings pour suivre (Si)Mona Bergeron, jouée tactilement par une Sandrine Bonnaire, juste sortie de « A nos amours » de Pialat, et donne de la route, du cheminement une interprétation aggravée d’ennui, de froid, de brouillard, de peine physique.

La lente et sûre dérive d’une vagabonde (on la nomme clocharde, sale, fille facile etc.) en terre de France riche (les vignes, les usines) peut servir de métaphore à une existence de beaucoup, en marge, à côté de la vie, à côté de la richesse, dans un dénuement complet (sac à dos, tente, mains avec durillons, bottes en loques…).

Varda décrit avec une étonnante justesse (son naturalisme est juste tempéré d’un peu de musique) le gris de la vie, de l’hiver, de cette jeune fille, blanche de privations. Sa caméra explore jusqu’à l’usure la régularité des champs, les maisons abandonnées, les fonds de terres de culture, les ravines.

 

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Une photographie exemplaire où parfois une couleur (l’écharpe rouge donnée à Mona par Assoun, saisonnier, qui la renifle après son départ) donne un peu de vie à la grisaille ambiante.

En petites nouvelles cinématographiques, la cinéaste dresse une galerie de personnages rencontrés, attachants, veules, calculateurs, fragiles, faibles. Yolande Moreau, toute jeune, campe une bonne. Macha Méril, une universitaire à la cause des platanes en péril.

Acide, le film l’est dans la mesure où le spectateur n’est pas pris en traître : il sait d’emblée la mort qui signe le parcours d’une errance sans nom. Il n’a plus qu’à se convaincre de tenter d’expliquer l’irréparable.

Avec « La pointe courte », « Cléo de 5 à 7 », l’un des chefs-d’oeuvre de notre auteur récemment disparue (1928-2019).

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Sandrine Bonnaire et Agnès Varda sur le tournage