2019 – DE FOIRES EN SALONS : LA DIFFÉRENCE / Une chronique de Denis Billamboz

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Denis BILLAMBOZ

Dans cette chronique, j’ai réuni deux textes qui évoquent des personnes qui ne sont pas très bien perçues par leur environnement parce qu’elles sont différentes, parce qu’elles pensent différemment, parce qu’elles se comportent différemment… Mais, cette différence n’est pas une posture, une façon d’être, c’est la partie émergée de leur vie, peut-être aussi un héritage génétique ou le résultat d’un fort traumatisme.

 

Beau comme une éclipse

Françoise PIRART

M.E.O.

Beau comme une éclipse

« Albien Bienfait » une identité bien lourde à porter, comportant deux fois le mot « bien », pour un jeune garçon un peu simplet, l’école le décrira lorsqu’il aura douze ans « comme un enfant replié sur lui-même, asocial, obsessionnel, inadapté au modèle éducatif et sociétal ». Elevé entre une mère prénommée Persévérance, elle en aura pour essayer de faire de son fils un enfant promis à Dieu, une grand-mère tyrannique et cruelle qui le punit sévèrement, son oncle Edwin qui le soutient et essaie de l’aider comme il peut.

« Maman Persévérance et ses secrets (tu es un enfant de Dieu, Albien, tu es promis), le regard impitoyable de Mamé alors qu’il s’empêtrait dans ses prières, les bras velus d’Edwin sur lui, les collemboles et les oribates démesurément grossis sous le microscope, la brusque étreinte de l’oncle, I am sory boy, so sory, Esther et l’amour envolé… ».

A l’école il est persécuté par les autres enfants, seule Esther le soutient, Esther qu’il aime et qu’il aimera toujours même quand elle partira en Ecosse où il finira par perdre sa trace même s’il continue à croire qu’elle l’y attend toujours. Esther son seul et unique amour.

L’oncle se démène pour lui trouver un emploi, au moins une occupation, mais Albien l’avoue lui-même : « Un peu, j’ai essayé… Mais ça ne me réussit pas. Rien ne me sourit. Ni l’hydraulique, ni l’hygiénique, ni le Swaziland ». L’oncle invente les pires combines pour envoyer ce garçon renfermé sous d’autres cieux en invoquant des affaires toutes plus improbables les unes que les autres. La plus incroyable constituant à vendre du gewurztraminer au Swaziland et la plus rocambolesque résidant dans la rédaction de la biographie surréaliste d’une dame âgée d’origine portugaise. Mais, comme il le dit lui-même, Albien rate tout ce qu’il entreprend, son voyage Swaziland se mue en un séjour prolongé dans les locaux de l’aéroport.

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Françoise Pirart

Finalement l’oncle abandonne son idée, il ne croit plus qu’Albien pourra mener une vie normale, il lui avoue ses origines, son histoire familiale… Ils n’ont pas compris que si Albien était différent, il n’était pas pour autant fou. Ils l’ont harcelé à l’école, abusé et persécuté sur son lieu de travail, dans sa famille ils l’ont humilié, battu, mais ils n’ont pas vu Albien recopier de longues listes de mots et d’expressions qui sonnent bien, des mots et des expressions qu’il utilisait ensuite pour écrire des textes qui auraient certainement interloqué les plus surréalistes des surréalistes ou des textes, à l’opposé, extrêmement policés qu’il adressait aux diverses administrations ou organismes qu’il voulait contacter. Albien était un parfait candide, il ignorait le mal croyait tout le monde aussi bon que lui, c’était un poète lunaire à la merci de la méchanceté humaine sous toutes ses formes même les plus cruelles.

Sa passion pour les mots et leur sonorité, il semble la partager avec l’auteure qui se régale avec les noms des insectes qu’elle glisse abondamment dans son texte, à la mesure de la passion d’Albien pour ces petits animaux.

« Parfois, l’oncle en capture quelques-uns dans une boîte d’allumettes pour les examiner au microscope : staphylins, glomérius, iules, diptères, diploures, oribates, lithobies… ».

Il faut aussi beaucoup aimer les mots et les formules de style, au moins autant que le vin, pour avoir l’idée de vendre du gewurztraminer au Swaziland.

L’auteure a choisi de laisser le lecteur dans une certaine expectative, de le laisser errer dans le monde irréel d’Albien avant de lui livrer le fin mot de son histoire, profitant de cette déambulation pour stigmatiser la méchanceté de nombreuses personnes à l’endroit de ceux qui sont différents ou qui simplement pensent différemment. On assassine souvent les poètes parce qu’ils ont raison avant les autres.

Le livre sur le site de M.E.O.

Le site de Françoise PIRART

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L’embâcle

Sylvie DAZY

Le Dilettante

Ce roman, c’est l’histoire d’une petite ville de province comme il y en a tellement en France, elle est plutôt banale, sa plus grande originalité résidant dans sa situation au bord d’un fleuve qui peut la submerger dans ses plus fortes colères. Et, comme toutes les villes de France, elle fait l’objet des attentions des édiles locaux, des urbanistes visionnaires, des promoteurs immobiliers et de divers spéculateurs cherchant à convaincre les populations qu’une rénovation urbaine bien conduite pourrait donner meilleure mine à la ville, offrir des conditions de résidences plus confortables et plus agréables aux habitants des quartiers désuets, peu attractifs où l’hygiène n’est pas toujours très reluisante. Le quartier de La Fuye attire plus particulièrement l’attention de tous ces gens, c’est un quartier peu attractif, un quartier qui n’a pas beaucoup changé depuis la guerre et ses bombardements, un quartier bien situé mais un peu délabré, peuplé de vieux, de gens peu fortunés notamment des anciens cheminots qui travaillaient dans les ateliers tout proches et vivaient dans des maisons bien peu spacieuses.

Un promoteur, de connivence avec le maire, essaie de racheter les maisons et les commerces de La Fuye pour créer un nouveau quartier capable de séduire les bobos, les nouveaux riches qui cherchent un certain confort tout en exhibant leur nouvelle richesse.

« La Fuye, nouveau quartier bobo de la ville, des tarifs bas alors que le centre est si proche, une vie de village avec sa vieille école et ses marronniers autour de la place, ses deux marchés hebdomadaires avec des maraîchers et du fromage local ».

Il a surtout flairé l’occasion de réaliser une très belle plu value.

Mais La Fluye ce n’est pas seulement un quartier désuet et de moins en moins salubre, c’est aussi ses habitants, des résidents souvent enracinés ici depuis des décennies et qui n’ont pas très envie qu’on change leurs habitudes et leur cadre de vie. Pour montrer cette tentative de mue suggérée par quelques rapaces, Sylvie Dazy donne la parole, ou plutôt parle au nom de quelques acteurs de ce dossier, habitants du quartier ou représentants des opérateurs immobiliers. Un petit monde où tout le monde se connaît plus ou moins. Ainsi, elle fait parler Louise, une assistante sociale fille d’un cardiologue fortuné avec lequel elle n’arrive pas à s’entendre, Manon sa collègue de travail petite amie de Théo employé par le promoteur pour acheter les bâtiments du quartier, Lucien son grand-père décédé qui pourrait raconter encore bien des choses, Malik, le bistroquet, et quelques autres encore. Chacun raconte sa vie dans ce quartier en laissant entrevoir ce qu’il pense de sa rénovation.

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Sylvie Dazy

« La ville » donne elle aussi son avis mais c’est surtout Paul l’original du coin, Paul qui vit seul dans une toute petite maison où il héberge des animaux domestiques et stocke tout ce qui rentre chez lui, le personnage central de cette histoire. Il ne jette rien, on le dirait tout droit échappé du célèbre roman d’E.L Doctorow : Homer & Langley, un parfait spécimen de la personne affectée du syndrome de Diogène. Il incarne, à la fois, l’écologiste le plus intégriste possible et le misanthrope absolu.

« Je serai celui qui ne mange presque plus, un oisif sans désespoir, le philosophe des catastrophes conversant avec les morts mais bien plus vivants qu’il n’y paraît ».

Ceux qui veulent changer la vie de La Fuye viennent ainsi butter sur l’enracinement le plus forcené.

Avec ce roman, Sylvie Dazy évoque toutes les grandes questions d’urbanisme affectant toutes les villes de France et d’ailleurs et les problèmes d’écologie générés par la croissance démographique et la boulimie exponentielle des populations les plus riches de la planète.

« L’histoire de l’Humanité, c’est l’histoire du gâchis. Moi je garde TOUT, Tout peut se réparer, s’offrir, se réemployer ». « L’indispensable est à portée de main, le reste est quelque part ».

De la débâcle à l’embâcle : une vision cataclysmique de l’avenir de la planète à travers le possible devenir de cette petite ville.

Le livre sur le site du Dilettante

Les livres de Sylvie DAZY au Dilettante

 

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