2019 – DE FOIRES EN SALONS : PASTICHES DE POLAR / Une chronique de Denis Billamboz

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Denis BILLAMBOZ

En lisant ces deux textes, j’ai pensé à ces polars que je dévorais quand j’étais beaucoup plus jeune, quand je lisais sous la couverture jusqu’à ce que la nuit blêmisse. Éric DEJAEGER et John F. ELLYTON ont réuni leur talent et leur foisonnante imagination pour écrire un pastiche digne de la fameuse série Le Poulpe et Daniel FANO a réalisé un condensé de tous ces polars dans un texte où les mots deviennent très visuels, on dirait un diaporama.

 

Un Orval des ors vaut

Eric DEJAEGER & John F. ELLYTON

Cactus inébranlable

Couverture poulpe

Crime de lèse buveur de bière avisé, le stock d’Orval du Ris de Veau à la Saint-Honoré, rue Utrillo à Paris, est en chute libre et Ezéchiel Lesoudeur ne veut pas envisager une situation digne de la prohibition. Il veut régler cette question au plus vite. « A mon avis, c’est une histoire belge qui n’ira pas bien loin », dit-il ! Il prend alors la direction de la Gaume car c’est « Ici », et non là, comme l’a écrit Christine Van Acker, que la question pourra être réglée, dans les environs de la fameuse Abbaye d’Orval qui produit cette tout aussi fameuse bière. Ezéchiel Lesoudeur n’est qu’un faux flic introduit en territoire étranger qui mène l’enquête auprès des moines avec le concours de Bernadette, la nièce du père supérieur de l’abbaye. Le flic, faux, s’emmêle les crayons dans une enquête auprès des vendeurs de carburants pour essayer de retrouver le poids lourd chargé d’approvisionner la capitale française. Mais la solution est peut-être bien ailleurs et pourrait impliquer d’autres personnages beaucoup plus haut placés.

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Eric Dejaeger

Ce pastiche de polar concocté par deux amis, dignes héritiers des surréalistes belges, est bien évidemment un clin d’œil à la fameuse série « Le Poulpe » avec Ezéchiel Lesoudeur dans le rôle de Gabriel Lecouvreur et Morgazh qui signifie le poulpe, dans celui du poulpe bien sûr. Mais, moi, j’y trouve aussi un petit air de Frédéric Dard, le flic, même s’il est faux, à la descente aussi vertigineuse que celle de Bérurier, il trousse les donzelles avec la même vigueur que San Antonio lui-même, et il défouraille quand il faut, sans plus, se contentant pour le reste de converser véhémentement avec sa bonne poignée de phalanges comme principal argument. Comme dans les polars de Dard, la fille de service à la cuisse légère mais les miches beaucoup plus lourdes. Et, les deux auteurs font preuve de la même créativité que Dard pour affubler leurs personnages de patronymes très éloquents. Je me contenterai de citer ceux de quelques moines de l’abbaye pour vous en convaincre : Le Père Orez, le Père Ruquier, le Père Clût…

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John F. Ellyton 

Les auteurs ne se sont pas contentés de jouer avec les noms propres, leur texte est bourré de jeux de mots, calembours, aphorismes et autres formules de style se bousculent à longueur de pages. Ils savent aussi faire preuve de dérision et ne manque jamais une occasion de narguer les politiciens et les policiers chargés d’exécuter les décisions qu’ils prennent même quand elles sont stupides, ce qui n’est pas si rare. Ce pastiche de polar est éminemment drôle, on rit beaucoup à sa lecture, mais c’est aussi une certaine forme de pamphlet contre ceux qui détiennent l’autorité et le pouvoir et en profitent pour en tirer de copieux avantages.

Petit conseil à ceux qui ne boivent pas de bière, ne commandez jamais une Orval c’est une preuve d’inculture rédhibitoire et une insulte grave faite à tous ceux qui peuplent ce petit coin de la Gaume. Ici c’est « un » Orval même si on ne sait pas pourquoi (mon correcteur d’orthographe, lui aussi, n’est pas au courant), il en est ainsi et à votre santé !

Le livre sur le site du Cactus Inébranlable

Le blog d’Éric DEJAEGER

Michel Dufrane parle du livre dans Entrez sans frapper (à 3’50 »)

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Bientôt la convention des cannibales

Daniel FANO

Les carnets du dessert de lune

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Daniel Fano est de la même génération que moi et, en lisant ce texte, j’ai le sentiment qu’il a, tout comme moi, souvent vu blanchir la nuit avant de poser son polar sur son chevet. Dans notre jeunesse nous avons dû lire les mêmes auteurs, ceux qui écrivaient des livres ayant pour héros OOSS 117, James Bond 007, SAS, Koplan, San Antonio et quelques autres un peu moins célèbres. Aujourd’hui, dans le texte qu’il nous propose, il condense tous ces polars en une suite d‘images qui évoquent tous les poncifs qui les meublaient. Avec des mots qui claquent comme des rafales de Kalachnikov, des noms propres notamment, il construit son texte comme un diaporama où se succèdent des mots qui nous émoustillaient, des noms d’armes : Mauser, Uzzi, Colt Cobra, … des noms de voitures prestigieuses : Plymouth, Ford Mustang, Jaguar, des noms de lieux exotiques : Hong Kong, Bangkok, …, des théâtres de guerre ou de crise célèbre : Moyen Orient, Vietnam, Amérique centrale, … Toute une longue liste de vocables qui sonnent bien et évoquent un monde qui laisse rêveur avec ses hôtels de luxe, ses monuments et ses avenues prestigieux.

On entend dans ce texte le crissement sensuel des fermetures éclair qui annonce la mise à nue de créatures de rêve devant des bellâtres athlétiques et bronzés qui oublient l’espace d’une scène qu’aujourd’hui on ne qualifierait même pas d’érotique, qu’ils sont avant tout des agents secrets au service d’une noble cause. On sent le souffle des explosions, on entend le sifflement des balles, on assiste à des scènes d’une horreur abominable, des horreurs que les pires tortionnaires n’ont même jamais imaginées, on a peur qu’un espion, toujours venu de l’est, soit tapi sous le lit, on oublie que la guerre froide appartient au passé… On retrouve notre jeunesse, le temps où nous aimions ces bouquins qu’aujourd’hui on n’avoue même pas avoir lus.

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Daniel Fano 

Merci Daniel d’avoir en quelques pages condensé l’énorme pile de polars que nous avons souvent lus, sous les couvertures, à la lueur d’une lampe de poche, d’avoir réveillé des sensations que nous avions quelque peu oubliées lors de la construction de nos vies familiales et professionnelles, d’avoir mis des images sur nos souvenirs en faisant claquer des noms qui donnent le frisson ou créer la sensation de partir vers de destinations féériques. Ce livre, c’est le pastiche d’une littérature aujourd’hui révolue remplacée par des polars beaucoup plus glauques, beaucoup moins « touristiques », des bouquins qui s’adressent beaucoup plus à la bête qui sommeille au fond de chacun de nous et beaucoup moins à l’être qui rêvaient de voyages, de belles filles, de playboys, de belles voitures, de palaces, de cabarets célèbres,  …., tout en anéantissant des malfaisants qui voulaient détruire notre monde enchanteur d’avant la crise qui nous colle aux basques depuis des décennies.

Le livre sur le site des Carnets du Dessert de Lune 

Daniel FANO sur Espace Livres & Création 

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