CHEMIN DES CENTAURÉES d’ISABELLE LÉVESQUE (L’Herbe qui tremble) / Une lecture de Philippe Leuckx

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Philippe LEUCKX

Isabelle Lévesque emprunte les chemins (au vent, comme nous le dirait Sansot, anthropologue des sentes) pour renifler bleuets et blés, en quoi nous sommes tout proches, puisque le grand air des champs traverse ces poèmes, cousus d’ellipses, d’enjambements (assez logiques) et d’étonnantes métaphores, puisque dans l’arrêt brusque le lecteur peut sans doute effranger à son aise l’imaginaire floral, retrouver ainsi par les mots la belle aire des fleurs semées sur notre parcours.

« Jadis et pourtant seuls, nous marchions.

Du coquelicot, les larmes.

Juin de lutte au pré,

le soleil courbait nos pas… » (p.76)

« Blé, bleuets, les sons immédiats

se touchent et chaque silence effleure en sa boucle

bleue le grain. Sur le chemin

de paille, l’été reviendra souligner le ciel

d’un brin transparent. » (p.67)

Où sont les bleuets, les coquelicots de notre enfance, tant abîmés par les pesticides?

Notre mémoire des mots les a de longtemps en nous préservés, dans la nasse joyeuse et colorée d’une poète sensible à ce qui, fragile, éphémère, sourd de la terre profonde, entre poussières des chemins et mots à égrener.

Profilant son chemin selon les saisons qui distribuent poèmes et peintures, Lévesque a le toucher des anthropologues aux champs : de « l’hiver au loin dans sa forme sévère » (p.21) aux « peupliers alignés » du « bel été » (pp.118-119), la poésie sensationniste révèle – entre je, tu et nous – les lents dépôts du jour (« les heures en temps de foudre » ), la matière même des silences de marche (« le silence était pur »), « la robe du temps à nos pieds » (pas si loin de notre cher Mathy, aux mêmes éditions, par un effet de capillarité), toutes « nos routes de sable », en quoi Isabelle – Ulysse des prés – enchante comme ces « papillons vibrant sur les fleurs », dans le sillage des « peintres de vie demain ».

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Isabelle Lévesque

Il faudrait dire la finesse des mots, celle des peintures qui hébergent les sections du livre (colorées, suggestives, entre vision tachiste, hommage à Klee, et fauves recherches dans les ocre rouge).

Les mots garants du rêve, lors des baguenaudes rurales, aptes à saisir « les signes » d’une nature vivifiée par un regard qui privilégie l’ellipse, le point, le jambage, les mots doubles, visant à préserver « la cendre des pétales perdus », sont ceux d’une poésie ouverte, prompte à pêcher l’inédite métaphore, et, à l’image du « coquelicot (qui)/ défend sa vie. Les siens. », Isabelle nous offre un plein de vitalité par ses poèmes vifs et colorés.

Isabelle Lévesque, Chemin des centaurées, L’Herbe qui tremble, 2019, 132 p., 16€. Peintures très belles et colorées de Fabrice Rebeyrolle

Le livre sur le site de l’éditeur

Les recueils d’Isabelle LÉVESQUE à L’Herbe qui tremble

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