UN RÊVE

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Le rêve a la particularité de tenir dans l’espace d’une nuit. D’une partie de nuit, pour être exact. D’une phase de sommeil, si on veut être tout à fait précis.

Mais ce rêve-ci débordait du cadre habituel. Il possédait des extensions dans la journée, loin dans la journée, jusqu’à midi et même après.

Un rêve qui sort de son cadre, c’est rare et, pour tout dire, assez inquiétant : il s’agit d’y porter remède, car où va-t-on si les rêves n’en font plus qu’à leur tête ?

Un rêve, c’est comme un militant politique ou syndical, un enseignant compétent : il n’a qu’à bien se tenir. Il n’a pas le droit de faire des vagues, de sortir de son lit, de la ligne directrice. Sinon, c’est la porte ouverte au flou, à la confusion, à la permaculture onirique, au règne de la chienlit, comme disait l’autre. Après ça, c’est le camp de redressement idéologique, le Goulag de la vie diurne et cartésienne.

Puis il faut penser à celui qui récolte les rêves, qui en fait profession, les met en paquets, les dissèque et disserte, en tire des conclusions, hasardeuses, soit, mais faut faire avec ce qu’on a : le lecteur ou le patient apprécie les faiseurs d’illusion ; faut bien vivre de ses écrits à défaut de faire rêver.

Vous le voyez, vous, aller récupérer des morceaux à toutes les heures du jour pour les faire rentrer dans l’enclos de son interprétation et en tirer des bénéfices symboliques, asseoir sa réputation sur des filaments de songe, indiquer des marches à suivre, des modes d’emploi, tracer des portraits sur du vent. Non, bien sûr.

Ce rêve-là, soyez rassuré, a été maté, rendu à son biotope naturel, on a reconstitué son emploi du temps, rassemblé tous ses membres en un seul corps signifiant, il a été analysé, mis en boîte, on lui a fait dire ce qu’on voulait en dire pour la bonne marche des affaires psychologiques. Sinon où irait toute la clique du monde social, l’assistance à l’emploi, le coaching personnalisé, la morale populaire, le contrôle des cerveaux, l’éducation professionnelle, l’enseignement technique sans tronc commun ? Ben, au chômage, au Pôle Emploi et sans leurre supplémentaire !

Ce rêve-là, voyez-vous, est rentré dans le rang et les autres le savent, qui seraient jamais tenté de suivre sa trace, de répéter l’offense faite aux gardiens des nuits.

Désormais, je peux me remettre à rêver sans crainte de déraillement d’un des wagons de tête, transporteur d’un imaginaire libéré et non aux ordres de tel freluquet de la pensée en kit. Je sais qu’aucun ne manquera à l’appel au matin, quand l’heure sera venue de raisonner clairement, d’argumenter droit, d’enfiler les bottes de la pensée de grand chemin. Je pourrai me fier à mon psy qui fait commerce de mes rêves, à mon assistant social, à mon coach en bien-être, à mon réducteur automatique de pensées, quant à ce qu’il me dira à leur propos pour la bonne marche de mon itinéraire à venir dans les méandres parfois bien capricieux autant que spécieux d’une existence ordinaire.

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