2019 – EN ATTENDANT L’ÉTÉ : ET QUE ÇA SWINGUE / Une chronique de Denis Billamboz

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Denis BILLAMBOZ

Une chronique sur un rythme du jazz avec un texte du pianiste ROMAIN VILLET qui présente le spectacle musical qu’il dédie à sa grande idole : Oscar PETERSON. Et un roman très novateur de CARINO BUCCIARELLI qui met en scène un autre célèbre jazzman, Malcom WALDRON. Une chronique pleine de swing à laquelle il ne manque que la musique que j’aimerais tellement vous offrir.

 

My heart belongs to Oscar

Romain VILLET

Le Dilettante

Romain Villet c’est un brillant étudiant qui a échappé par miracle à un avenir doré de grand commis de l’Etat ou de politicien laborieux en tombant dans la marmite du jazz sous l’influence de sa petite amie qui l’a convaincu de la suivre à un concert où il est tombé en pâmoison en entendant le célèbre My heart belongs to daddy interprété par le trio du tout aussi célèbre Oscar Peterson. C’est après ce concert qu’il a décidé de reprendre le piano qu’il avait abandonné à l’adolescence et, à force de travail, il est parvenu à atteindre un très bon niveau et à pouvoir jouer sur scène. « L’amour, c’est la route qui mène à de grandes découvertes, sur laquelle on se laisse mener par le bout du … nez. »

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Romain Villet

Il a créé un spectacle qu’il donne avec un bassiste et un batteur, formation qu’Oscar Peterson a utilisée lui aussi parmi d’autres, ce spectacle c’est ce qu’il raconte dans ce livre. Le trio joue des standards du jazz entrecoupés par des propos qu’il adresse au public, car il ne lit pas, il est non voyant depuis l’âge de quatre ans. Il raconte ce qu’est le jazz en commençant par le petit bout de la lorgnette : le morceau qu’il préfère, le « saucisson » d’Oscar Peterson. Il explique aussi ce qu’est un « saucisson » dans le jazz. Ce qu’est le swing, ce qu’est le jazz en élargissant chaque fois un peu plus son propos pour démontrer que cette musique est l’expression du présent, un moment de joie et de bonheur tellement nécessaire dans un monde si triste.

« Ce qui compte par-dessus tout, c’est ce qu’on crée, c’est ce qu’on sert, ce qu’on produit et ce qu’on donne, ce qu’on fabrique et ce qu’on offre, là, maintenant, tout de suite, au présent, avec son corps et ses dix doigts ».

Le lecteur ne peut être que frustré de ne pas entendre la musique jouée par ce trio, il ne se délectera pas du swing de Romain Villet et de son trio, « le swing, c’est prendre en souriant et au sérieux le présent qui se présente, c’est l’épouser par amour ». Mais, il a la chance de lire sa prose pleine de verve et de vitalité, enjouée, facétieuse, où fusent, comme les rips du jazzman, les jeux de mots, les calembours, les aphorismes et les raccourcis fulgurants. Alors après avoir lu ce petit livre, il ne reste qu’à trouver la meilleure occasion d’entendre et voir ce fameux spectacle.

Ce recueil est complété par deux courts textes : un dialogue entre Villet et un spectateur un peu béotien qui croit avoir compris ce qu’est le jazz sans en avoir jamais joué et une liste de très bonnes raisons pour lesquelles il aime jazz. Moi, je n’ai retenu que la dernière en acceptant toutes les autres :

« Parce que sans cesse il répète différemment que la répétition n’existe pas. Parce qu‘il se passe de raison, se moque des raisons, se délivre des raisons, parce que c’était lui et parce que c’était moi ».

Avec ces courts textes, Villlet démontre une fois de plus qu’un petit livre plein de verve, d’enthousiasme et de conviction, assaisonné d’un doigt d’exubérance est bien plus convaincant qu’un gros pavé ennuyeux. Le jazz n’aurait pas supporté la longueur et la lourdeur, « Fugace, le jazz est un présent » et ce petit recueil est un moment de bonheur de lecture tant l’auteur emporte le lecteur dans le swing de son enthousiasme.

Le livre sur le site  du Dilettante

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Mon hôte s’appelait Mal Waldron

Carino BUCCIARELLI

M.E.O.

Mal Waldron

Avec ce texte, Carino Bucciarelli bouscule toutes les règles de l’écriture conventionnelle, son narrateur descend dans le roman pour rencontrer les personnages qu’il met en scène ou peut-être que ce sont les personnages qui s’incarnent pour rencontrer celui qui leur a donné une existence plus ou moins réelle, plus ou moins imaginée. Ainsi, le narrateur rencontre un pianiste de jazz décédé dont il veut écrire la vie, Malcom Waldron un pianiste noir qui a fini sa vie à Bruxelles. Il avait été frappé d’un AVC qui lui avait effacé totalement la mémoire, il avait dû réapprendre son jeu, sa musique, son style en écoutant ses propres enregistrements. Dans le roman, il s’interroge sur la véracité des enregistrements qu’on lui a fait écouter à longueur de journée. Dans la vraie vie c’était un disciple de Thelonious Monk. Dans la fiction, il pense qu’on lui a fait écouter son maître et que depuis son accident il l’imite. Carino Bucciarelli est un grand admirateur de ce pianiste à qui il veut rendre hommage dans ce texte.  « Un musicien mort, somme toute il y a peu d’années, s’est invité dans mon livre. Il m’a accueilli dans un logement factice créé par de simples mots… ». Ce pianiste a joué avec les grands : Charles Mingus, Max Roach, …, il a accompagné Billie Holiday et Jeanne Lee mais l’auteur le considère un peu comme son musicien.

L’homme que vous écoutez n’est pas le plus connu des pianistes de jazz. Parfois, même des amateurs avertis n’en ont pas entendu parler. J’ai l’impression qu’il ne joue que pour moi, comme s’il était mon invité ».

Avant de raconter la vie du pianiste, l’auteur a écrit une brillante biographie d’Isaac Newton qui lui a apporté une certaine gloire. Une biographie dans laquelle il s’interroge sur l’écriture, l’utilité d’écrire, l’utilité de créer et si oui comment y parvenir, comment dessiner des personnages. Il discourt sur la vérité, notamment au sujet de la vie de Newton. Ces personnages l’obsèdent, Waldron tout autant que Newton quand il écrivait sa biographie.

Buciarelli
Carino Bucciarelli

Les biographies qu’il écrit le ramènent toujours à sa vie personnelle, la vie qu’il a eue avec ses deux femmes, celle qui l’a quitté quand il a adopté un enfant qu’il lui refusait avant et celle qui l’a quitté quand cet enfant est décédé. Pour certains personnages, il devient l’Autre, celui qui raconte leur vie, qui crée leur vie en jouant avec la vérité.

« L’Autre ne laissait rien au hasard. Il avait détruit sa première femme en adoptant un enfant. Il l’avait détruite, elle, après la mort de l’enfant. La maison avait vu naître le savant auquel il avait consacré des mois de sa vie à le faire revivre sur papier.

Avec ces histoires qui se mêlent, s’emmêlent, finissent toujours par se recouper, Carino Bucciarelli crée un processus littéraire novateur. Chacun des épisodes qu’il raconte semble appartenir à une histoire nouvelle mais dans chacun d’eux un des personnages ramène toujours le lecteur au centre de l’intrigue parce qu’il connaît soit l’auteur, soit Newton, soit le pianiste, soit l’une des deux épouses. Ainsi d’allusions en fragments, l’histoire se construit : l’histoire du pianiste et l’histoire de son biographe qui n’arrive pas à stabiliser sa vie. Les protagonistes voyagent entre la fiction et la réalité de l’auteur ou la réalité factice du narrateur. Comme dans Manuscrit trouvé à Saragosse de Jean Potocki, ce livre comporte plusieurs mondes entre lesquels les personnages voyagent en se dédoublant, en se confondant, le narrateur devient l’interviewé, l’auteur interpelle le narrateur etc… Un bel exercice de gymnastique littéraire qui pose in fine l’éternel question de la vérité confrontée à l’apparence de la vérité et de la vérité dissoute dans les multiples versions proposées par les acteurs et les narrateurs de l’histoire.

En fermant le livre, je me suis dit que je devrais ressortir mes CD de jazz que j’ai un peu oubliés et peut-être que j’y trouverais ma vérité à moi.

Le livre sur le site des Editions M.E.O.

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