2019 – EN ATTENDANT L’ÉTÉ : C’EST FANTASTIQUE ! / Une chronique de Denis Billamboz

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Denis BILLAMBOZ

Fantastique, elle l’est cette chronique avec pour commencer un conte fantastique proposé par Philippe REMY-WILKIN qui fait cohabiter les souvenirs douloureux d’un jeune réalisateur et une histoire qui a peut-être existé ailleurs que dans les arcanes de ses rêves. Elle l’est tout autant avec un roman fantastique de Salvatore GUCCIARDO inondé de la lumière éblouissante qu’il étale habituellement sur la toile. Et pour conclure, j’ai ajouté une chronique d’une pièce de théâtre non pas fantastique mais plutôt absurde, à la manière de Kafka, Ionesco, Beckett…, écrite par Carine-Laure DESGUIN. L’absurdité littéraire n’est pas très loin du fantastique.

 

Matriochka

Philippe REMY-WILKIN

SAMSA Edition

Perdu, vaseux, Thomas se réveille dans un hôtel international standardisé, se demandant où il peut bien être. Il émerge lentement et se souvient qu’il est à Saint-Pétersbourg où il doit réaliser les repérages pour le tournage d’un film, Mystère de la Chambre d’ambre, qui raconte l’histoire de ce que certains considèrent comme la huitième merveille du monde, des panneaux d’ambre pour garnir une pièce complète, offerts par l’Empereur Guillaume I° au Tsar Pierre le Grand.

Il déambule dans les rues et avenues de la ville impériale non pas avec l’impression d’être suivi comme « L’éternel mari » de Dostoïevski, mais plutôt d’être attiré, aspiré par de jolies filles dont la plus jeune le conduit au Musée de l’Ermitage où il entre par une porte ouverte mystérieusement, comme celle que François Laplante emprunte, dans le roman « Le trou dans le mur » de Jacques Tremblay, pour pénétrer dans le Monument national. Il se retrouve dans une pièce close, la chambre d’ambre ou sa réplique, il ne sait, avec les quatre Grandes- Duchesses victimes du massacre des derniers Romanov. Commence alors une intrigue qui pourrait paraître rocambolesque mais qui est plutôt historique, elle l’implique dans la triste destinée de ces quatre femmes, et ce n’est peut-être pas qu’un rêve.

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Philippe REMY-WILKIN

Parallèlement à ce rêve qui l’embarque dans l’histoire de la Russie tsariste, il se souvient, il revit, les scènes les plus douloureuses de son enfance et de son adolescence : la cruauté de sa mère et la disparition brutale de Nathalie la petite amie qu’il voulait séduire. Dans les arcanes de son rêve, les deux histoires s‘imbriquent l’une dans l’autre comme deux poupées russes s’emboîtent l’une dans l’autre. Ces histoires font remonter à la surface les douleurs qu’il a ressenties dans sa vie personnelle en même temps que les images qui se sont incrustées dans son imaginaire quand il a préparé son film en lisant l’histoire des Romanov et leur massacre. L’imaginaire et la mémoire se conjuguent pour créer une nouvelle fiction, ça pourrait être le cheminement de la création artistique … ?

Dans cette fiction onirique, Philippe Remy-Wilkin, avec une écriture poétique, vaporeuse, évanescente, comme son intrigue, laisse sourdre une douleur qui ne peut pas être que fictive. Le narrateur auquel il prête sa plume connaît le mal dont souffre son héros, il l’a ressenti dans sa chair, peut-être, mais dans sa tête plus sûrement. Il est des douleurs qui ne s’inventent pas, il faut les avoir subies pour évoquer l’amour, la mort, la poésie avec la sensibilité dont il inonde son texte.

Le livre sur le site des Editions SAMSA

Le blog de Philippe REMY-WILKIN

Matriochka de Philippe Remy-Wilkin sur NoTélé

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Le voyageur intemporel

Salvatore GUCCIARDO

Chloé des Lys

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Avant de lire ce roman fantastique, je ne connaissais que le peintre Salvatore Gucciardo qui illumine son univers avec des toiles aux couleurs flamboyantes comme des soleils de canicule ou de volcans en éruption. Je ne savais pas qu’il était aussi poète et romancier et qu’il pouvait inonder ses textes d’autant de couleurs que ses toiles. C’est en lisant ce roman fantastique que j’ai fait la découverte de l’auteur et de sa formidable imagination, de sa capacité à créer un monde nouveau au-delà de notre univers connu où les hommes rencontrent des êtres qu’ils n’ont jamais vus. Des êtres qui ne connaissent pas les grands défauts affectant trop souvent la condition humaine mais ne connaissant pas plus ce qui constitue l’humanisme : la liberté, le pardon, la pitié…

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Salvatore GUCCIARDO

« Tout ce que fait le Grand Ouros est bon et juste. Nous devons obéir aveuglément à notre Dieu Tout Puissant !

  • Que faites-vous de la liberté ?
  • La liberté ?
  • Oui ! la Liberté !
  • Nous ne connaissons pas ce mot dans notre royaume.
  • Et le pardon ?
  • Le pardon ? Nous ignorons à quelle latitude il se trouve.
  • Et la pitié ?
  • C’est un vent qui souffle…»

Comme je ne suis pas un habitué des textes fantastiques, je me suis rapproché de mes quelques connaissances en matière de mythologie, grecque notamment, et dans ce texte j’ai trouvé quelques passerelles que Salvatore Gucciardo aurait pu emprunter pour nourrir son imagination. J’ai pensé qu’Ouros, le Grand Ouros, incarnait Ouranos le dieu des forces du ciel chez les Hellènes, que les serpents représentaient les forces chthoniennes, les forces de la fécondité et de la fertilité, comme dans la mythologie avant qu’Hésiode la clarifie. Et que tous les rituels érotiques pouvaient rappeler les cultes grecs comme les Mystères d’Eleusis, des cultes aux dieux de la fécondité et de la fertilité. Je pourrais aussi évoquer d’autres allusions qui ne sont pas sans rappeler la mythologie et son sens profond. Je suis sorti de ce livre avec l’impression que Salvatore Gucciardo voulait évoquer tous les travers inhérents à la condition humaine et nous convaincre qu’il était inutile de chercher ailleurs une meilleure condition, partout ailleurs le bien et le mal s’affrontent toujours avec violence et qu’il suffirait peut-être de conjuguer les forces ouraniennes et les forces chthoniennes pour que notre monde soit moins mauvais.

« A présent, pénètre-la lentement et savoure la profondeur de la terre et celle du cosmos. Quand tu auras atteint l’orgasme suprême, tu sentiras toutes les vibrations de l’univers ».

Pour le commander sur le site de Chloé des Lys

Le livre sur le site de Salvatore GUCCIARDO 

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Le transfert

Carine-laure DESGUIN

Chloé des Lys

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Auteure polyvalente, Carine-laure Desguin aborde, avec cette dernière publication, un genre littéraire nouveau pour elle : le théâtre, dans une pièce intitulée « Le transfert », qu’Éric Allard, le préfacier, définit comme suit dans son propos introductif particulièrement fouillé : « Le transfert met en scène un moment de bascule qui, dans un système totalitaire donné, fait verser des êtres humains du réel vers le virtuel, de l’existant vers l’inexistant. »

Dans un établissement hospitalier qu’on pourrait penser être un établissement psychiatrique, un médecin et une infirmière, assistés d’un robot, évoquent le sort d’un des deux patients présents dans la même chambre, après le passage du clown maison chargé de faire rire les malades. Le clown n’a pas pu faire rire ce patient, le médecin et l’infirmière doivent en tirer les conclusions et ils ne sont pas d’accord sur le sort qui doit lui être réservé. Comme il ne sait plus rire, il devrait être, selon le règlement, transféré dans la non-existence car un être qui ne sait pas rire est un non-existant qui n’a plus sa place parmi les vivants.

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Carine-Laure DESGUIN

Cette pièce dans le genre absurde évoque un milieu carcéral ou concentrationnaire où les faibles sont éliminés ou mis à part. « …  ici, tu es dans un bâtiment très spécial. Regarde, ton pyjama est rayé. » (allusion à un uniforme de funeste mémoire). « Il y a un règlement, voilà tout ! ». Le patient doit être soumis aux dispositions du règlement mais le médecin pense qu’il peut encore être considéré comme un vivant. Le patient se défend en expliquant que son milieu ressemble à une prison ou à un camp : « Tout le monde est en uniforme, des uniformes de couleurs différentes. Une sorte de hiérarchie des couleurs. », et que ça ressemble à un établissement concentrationnaire.

Cette pièce pourrait aussi évoquer une maladie qui fait glisser tout doucement le patient vers la perte totale de la mémoire jusqu’à la perte du rire et de la raison de rire. Une façon d’évoquer la maladie d’Alzheimer qui est devenue une cause prioritaire dans le domaine de la santé publique. « Lorsque les souvenirs deviennent douloureux, on glisse vers la voie de la non-existence ».

Bien évidemment, cette pièce est avant tout un texte absurde qui rappelle les grands auteurs qui ont excellé dans le domaine : Kafka, Beckett, Ionesco et d’autres encore, mais elle pourrait aussi dénoncer les carences du milieu hospitalier face à certaines maladies ou dégénérescences qu’on juge incurables. L’auteure semble bien connaitre ce milieu et les problèmes qu’il subit tout autant que les conditions dans lesquelles les patients sont traités.

J’ai aussi trouvé dans ce texte comme un cri d’alerte devant la virtualisation d’une société qui ne fonctionnerait plus que comme un jeu vidéo où l’on élimine ceux qu’on ne désire plus voir selon des programmes immuables qui contrôlerait tout et décideraient du sort de chacun.

Il nous manque le jeu des acteurs de cette pièce absurde pour apprécier toute l’ampleur de cette scène qui démontre l’incapacité de cet hôpital psychiatrique à apporter des soins appropriés à ses patients. Parfois l’absurdité dévoile mieux la vérité que les raisonnements les plus cartésiens.

« Lorsqu’un bureau est vide, cela signifie qu’il est rempli de dossier inexistants. » C’est pourtant simple à comprendre !

Le livre sur le blog de Chloé des Lys

Le livre sur le blog de Carine-Laure DESGUIN

 

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