2019 – DE FOIRES EN SALONS : BIOGRAPHIES / Une chronique de Denis Billamboz

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DENIS BILLAMBOZ

La littérature ça sert aussi à raconter la vie des autres. J’ai eu la chance au cours des derniers mois de lire deux livres qui évoquent la vie de deux artistes dont l’un a illuminé le monde de la sculpture et de la peinture : ALBERTO GIACOMETTI et l’autre illumine encore le monde de la danse et de la chanson : EBALE ZAM MARTINO. Deux artistes très différents mais deux artistes portés par la même passion pour leur art, deux artistes qui ont aussi connu leur lot de déboires et de souffrance.

 

ZAM

Zam Martino Ebale

M.E.O.

Zam

Zam sur la scène, c’est un désormais quinquagénaire camerounais, naturalisé Belge qui exerce les trois facettes de son talent : la danse, la chorégraphie et le chant sur les podiums européens, belges notamment, et africains à travers des projets estampillés nord-sud par différentes institutions internationales. Dans cet ouvrage autobiographique, il raconte comment la danse l’a saisi dès son enfance, pourquoi il a dû quitter son pays et se réfugier en Belgique où après un long combat, il a obtenu un statut pérenne tout en développant son art.

Petit-fils de lépreux, fils d’une importante personnalité politique proche du président du Cameroun, il appartient à une famille nombreuse où le père pratique la bigamie. Il est l’un des enfants de la première épouse délaissée mais s‘entend très bien avec la seconde. Il a une grand-mère métisse dont il a hérité une part de son talent. « Ils ont d’abord vécu à Yaoundé, puis mon père a été muté à Garoua …. C’est donc là que je suis venu au monde le 10 avril 1969, dans une famille bigame de la bourgeoisie protestante camerounaise ». Cette famille très aisée connaît le malheur quand le père décède beaucoup trop jeune, la seconde épouse sait faire fructifier son héritage alors que sa mère, une artiste, dilapide sa part très vite. La première fratrie vit alors dans la précarité et Zam Martino décide de quitter l’école pour alléger les charges familiales et améliorer ses revenus en donnant des cours de danse. Il possède un réel don pour la danse et le chant, il réussit rapidement acquérant vite une certaine notoriété dans son pays. Ce succès fait des jaloux et des envieux qui dénoncent son homosexualité, un délit au Cameroun, il doit s’enfuir pour échapper à la prison.

Après un long périple et bien des démarches, il se fixe en Belgique grâce à l’aide de personnes qui croient en lui et en son talent qu’il toujours cultivé en suivant de nombreuses formations. Quand il n’était encore qu’un tout petit enfant, sa grand-mère l’avait introduit dans le cercle de la danse des femmes, elle lui avait prédit : « Tu danseras et chanteras toute ta vie ! ». « Les trois piliers de mon existence sont réunis en un flash : la danse, la féminité, la spiritualité ». La grand-mère avait décelé son talent pour la danse et son ambiguïté sexuelle, il serait un homme-femme, un être inquiétant et respecté dans l’univers animiste, pour son rôle d’intermédiaire entre le monde des morts et le monde des vivants. Sa mère avait prédit : « Toi, si tu étais une femme, tu serais un scandale dans la société. Tu iras très loin ! ».

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La vie de Zam s’articule autour de ces trois facettes, il danse dans de nombreuses structures avec de nombreux partenaires venus d’horizon très divers mais il ne se contente pas de danser, il crée de nombreuses chorégraphies dont certaines ont un réel succès. Il assume sa féminité en découvrant la spiritualité dans le bouddhisme qui deviendra sa voie, son chemin dans la vie.

« Le bouddhisme m’a fait comprendre que tout est question de conscience. Nous avons tout en nous. Il suffit d’un déclic pour nous le révéler ».

Le bouddhisme lui ouvre la voie de la spiritualité qu’il cultive par de nombreuses séances de méditation lui permettant de surmonter les crises graves qu’il doit parfois traverser. Il a connu l’expérience de la mort, il échappe à deux noyades, de la douleur ressentie à distance, il est malade quand d’autres souffrent ou meurent, Il est atteint de la maladie qui emporte son frère son frère au moment où celui-ci décède, la croyance en des forces occultes, en l’ésotérisme. Il perd deux frères, une sœur adoptive, son père trop tôt et plusieurs amis très chers. La pratique de la méditation bouddhiste est la bouée de sauvetage qui lui permet de traverser toutes ces épreuves et croire en une vie après la mort.

« Je suis persuadé que, lorsque l’on meurt, notre âme rejoint la grande conscience universelle pour revenir dans un autre corps, et que ce qu’on a accompli dans la vie … peut devenir immortel. »

Toute sa vie s’articule alors autour de la danse, du chant et de la chorégraphie qu’il pratique en puisant dans sa part de féminité et dans la spiritualité bouddhiste. Il devient un défenseur de la cause des homosexuels au Cameroun, mais partout ailleurs aussi, en élargissant son combat à la lutte contre toutes les discriminations. Son art est imprégné d’un profond humanisme qu’il essaie de transmettre dans ses spectacles et ses enseignements.

« Il s’agit en dernière analyse de ramener l’humain à l’humain. Et cet humain est digne de respect, quel qu’il soit, homme ou femme, noir ou blanc, hétéro ou homosexuel, chrétien, bouddhiste ou animiste… »

Dans ce poignant témoignage, j’ai retrouvé quelques expériences que j’ai personnellement connues : la jungle des financements publics qui semblent aussi inextricable en Belgique qu’en France ou qu’au sein des méandres des institutions européennes.

« Les financements publics sont d’ailleurs très contraignants, ils requièrent énormément d’énergie pour les tâches administratives au détriment du travail sur le terrain ».

Je confirme.  Je me suis aussi souvenu que, quand j’étais investi dans la gestion du sport, une grande compagnie nationale avait, pour son mécénat, décidé d’investir dans ce qui appartient à chacun d’entre nous : le geste et la parole. Elle avait recherché des activités qui exprimaient la quintessence de ces deux attributs humains, elle avait choisi la gymnastique pour l’épure du geste (elle aurait pu choisir la danse) et le chant pour la parole. Zam aurait pu répondre à ces attentes.

Zam a transcendé son art par la spiritualité qu’il y intègre et avec l’humanité qu’il y insuffle éclairant ainsi la citation d’Ellen Degeneres que la préfacière, la députée européenne, Maria Arena, a placé en exergue de son texte :

« Il est temps que nous aimions les gens pour ce qu’ils sont et qu’ils aiment qui ils veulent ».

Le livre sur le site des Editions M.E.O.

Le site de ZAM

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ALBERTO GIACOMETTI – Ascèse et passion

Anca Visdei

Odile Jacob

Alberto Giacometti, ascèse et passion

Le 11 mai 2015, chez Christie’s à New York, « L’Homme au doigt » une statue de Giacometti est adjugée pour 141.285 millions de dollars, devenant ainsi la statue la plus chère jamais vendue au monde, devançant une autre statue de Giacometti adjugée 103.93 millions de dollars en 2010. Voilà au moins une bonne raison de s’intéresser à cet artiste et de découvrir ce que fut sa vie d’homme et d’artiste. Anca Visdei a mis ses pieds dans les pas du maître, elle est retournée aux sources, dans le Val Bregaglia, dans les Grisons, là où il est né. Les Grisons c’est le plus grand canton de Suisse mais le moins peuplé, c’est un massif de pics et vallées profondes au rude climat qui attire cependant les touristes fortunés et les hommes d’affaires les plus riches de la planète. Coincé entre l’Italie, l’Autriche, le Liechtenstein, c’est un canton dont beaucoup partent pour exporter leur savoir et en acquérir d’autres.

La famille Giacometti est arrivée dans cette vallée au début du XIX° siècle, elle observe strictement la religion réformée qui, sous la férule de sa mère tutélaire, marquera Alberto toute sa vie. L’art est un gène familial, le père est un peintre reconnu, d’autres membres de la famille sont aussi reconnus pour leur talent artistique. Anca Visdei explore tout l’arbre généalogique des Giacometti pour évaluer l’impact de ce gène artistique. Depuis son enfance Alberto dessine, peint, avec son père qui l’encourage à partir pour voir d’autres choses, d’autres formes d’art. Le fils voyage mais très vite, vers ses vingt ans, il se fixe dans une baraque, un atelier logis plutôt sommaire, avec son frère Diego à Paris, près du célèbre boulevard du Montparnasse. Diego, le frère fêtard que ses parents lui ont confié, restera toute sa vie avec Alberto dont il est inséparable même pour les biographes, c’est lui qui réalise les armatures, les moulages, les patines, les accessoires, il est adroit, il a du talent mais ce n’est pas un artiste, c’est plutôt un artisan d’art qui acquerra une certaine notoriété après la mort de son frère.

A Montparnasse Giacometti se consacre totalement à son art, négligeant totalement le confort matériel et les plaisirs de la vie « il renonce même à l’orgueil de la réussite, du succès et de la gloire… Vœu de pauvreté, vœu de chasteté (du cœur), vœu d’humilité ». Les oreillons dont il a souffert dans son adolescence ont jeté un doute sur sa virilité et le détournent des femmes sauf de celles qui font payer leurs étreintes. Anca Visdei le suit pendant ses longues séances de travail dans son austère atelier où il respecte la poussière et tyrannise ses modèles et dans ses longues escapades nocturnes avec les péripatéticiennes de Saint-Denis et de Montparnasse. Il est devenu un sédentaire qui ne voyagera qu’à la toute fin de sa vie. Toute sa vie, il restera un austère protestant, torturé par la recherche de son art qui ne lui donne jamais satisfaction, par ses œuvres qu’il ne parvient jamais à achever, par les femmes qui l’effraient, soumis à la force tutélaire de sa mère.

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Anca VISDEI

L’auteure le suit ainsi dans sa traversée artistique du demi-siècle (début des années 20 – 1965) qu’il vit à Montparnasse, perpétuellement à la recherche de l’aboutissement de son art. « …, après avoir exploré successivement le cubisme, et même très partiellement le futurisme, connus à Paris, le postimpressionnisme et le fauvisme transmis par son père, Giacometti n’a cessé de chercher plus loin dans l’histoire de l’art ». Passant par Cimabue, Giotto, Piero della Francesca et Le Tintoret, il continuera sa quête jusqu’à l’exploration des arts primitifs pour transposer sa recherche dans son œuvre. Elle l’accompagne aussi quand il rencontre enfin le succès et la gloire de son vivant, contrairement à beaucoup d’autres artistes, mais il n’en profitera peu vivant toujours dans son austère demeure avec une femme qu’il n’aime pas et avec une maîtresse qui lui soutire son argent.

La biographie d’Alberto Giacometti ce n’est pas seulement le récit de la vie d’un immense artiste torturé, c’est aussi un demi-siècle d’histoire de l’art à Montparnasse quand ce quartier de Paris était le centre du monde artistique et culturel, là où tous les grands artistes se sont tous rencontrés un jour ou l’autre. Et nombreux, très nombreux, sont ceux qui ont eu l’honneur de côtoyer le maître, l’auteure nous raconte ses rencontres, ses aventures, ses amours, ses querelles, ses disputes, comment Breton l’a expulsé des Surréalistes, comment il a noué une belle amitié avec un cousin d’Anne Frank dont la famille fut elle aussi décimée par les Nazis. Cette biographie, c’est une page d’histoire de l’art, et même une page d’histoire tout court, quand le monde culturel et littéraire ne résistait pas au tropisme de Montparnasse. Quand Alberto Giacometti était toujours là entre son atelier, les brasseries du quartier (Le Dôme, La Closerie des Lilas, Chez Adrien…) et les trottoirs de Saint-Denis et de son quartier et quelques voyages pèlerinages dans ses Grisons natals quand il avait besoin de se ressourcer.

Le plus impressionnant dans cette biographie reste cette foule immense de personnalités aujourd’hui devenues célèbres que le maître a eu l’occasion de fréquenter et parfois même très intimement.

Le livre sur le site des Editions Odile Jacob

Le site de la Fondation Giacometti

 

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TRISTAN UND ISOLDE de RICHARD WAGNER à LA MONNAIE / Un spectacle vu par Jean-Pierre Legrand

Le TOP 5 de JEAN-PIERRE LEGRAND
Jean-Pierre LEGRAND

Vu ce week-end un très beau Tristan à la Monnaie, à Bruxelles.

Véritable opéra du désir amoureux et de la personnification de l’amour, cette oeuvre ouvre un fabuleux terrain d’expérimentation et, en même temps, constitue un défi écrasant. Wagner a resserré l’action au maximum et réduit les personnages à quelques-uns. Peu d’action mais un élan venu des profondeurs de l’être, un désir qui supplicie l’âme. Comment représenter cela ?

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D’emblée le metteur en scène fait le ménage et opte pour le minimalisme. Pas d’esquif menant Isolde au Roi Mark, pas de glaive ; pas de fiole contenant le mystérieux philtre ; des tenues improbables qui n’avantagent guère les chanteurs et, tombant mollement des cintres, d’étranges structures d’un fin voilage blanc. Ce début me laisse perplexe.

Très rapidement néanmoins, je suis subjugué par la musique dirigée avec précision et autorité par l’excellent Alain Altinoglu brillamment secondé par un orchestre de la Monnaie en pleine forme. Le chant est de toute beauté : les voix sont superbes et loin des excès auxquels prête parfois cette partition, on perçoit ici d’infinies nuances qui creusent un peu plus encore le mystère de ce désir lancinant qui ne connaîtra son accomplissement que dans la mort.

Vient le deuxième acte, le plus réussi de mon point de vue.

Au milieu de la scène, un arbre tout blanc, dénudé et à la ramure torturée. La musique enfle, l’arbre s’anime : des danseurs apparaissent que leur mimétisme parfait avait caché à notre vue : ils se tordent, rampent vers Tristan puis, dans leur reptation tourmentée regagnent l’entrelacs des branchages joignant en une suite ondulante de corps l’amant éperdu de désir à Isolde qui se tient faîte de l’arbre. L’effet est magnifique : par la médiation des danseurs, à distance, les deux amants se touchent, s’enlacent corps et âmes. Je tiens là un de mes meilleurs souvenirs de mise en scène.

Survient le troisième acte : en arrière-plan, une immense toile percée de tubulures permet différents jeux de lumières. Toujours plus minimaliste, l’ensemble est moins inventif et poétique qu’auparavant mais cette sobriété sied à l’aridité de l’action : Tristan se meurt ; il attend la venue d’Isolde qui tarde. Il ne se passe plus rien, si ce n’est cette attente. De cet étirement du temps dont la musique parvient à miraculeusement rendre compte monte l’ultime tension : le flux de la vie se tarit ; Tristan se désespère. Un cœur s’épuise, le nôtre bat de plus en plus vite.

Isolde arrive enfin.
La dialectique du jour et de la nuit qui parcourt toute l’œuvre, se résorbe dans la mort des deux amants. Ce n’est pas la fin du désir mais son assomption.

Du 2 au 19 mai 2019 au Théâtre de La Monnaie à Bruxelles

LE DIVERTISSEMENT CULTUREL BIENTÔT AU PROGRAMME DE NOS CHAÎNES DE TÉLÉ !

Patrick Sébastien l’a annoncé lors de ses adieux au music-hall cathodique : l’heure est venue du divertissement culturel... après l’esprit Canal et l’infotainment façon Ardisson qui ont vu leur acmé dans les émissions d’Hanouna ou de Ruquier.

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Ainsi, la saison prochaine, un dimanche par mois, l’émission de Patrick Sébastien laissera la place au Plus Grand Cabaret du Monde des Écrivains animé par François Busnel qui recevra, pour débuter la saison, Michel Onfray venu nous présenter meilleurs tours de prestidigitation éditoriale, ses acrobaties philosophiques, ses clowneries hédonistes préférées. En fin d’émission, après être passé de table en table pour accueillir ses invités en compagnie de l’animateur de la soirée, il interprétera une reprise des Serviettes (forcément hygiéniques) avec Mylène Farmer. Il se murmure déjà qu’en cours d’émission Michel Houellebecq viendra pousser la chansonnette accompagné de Jean-Louis Aubert à la guitare rêche pour présenter son roman de la rentrée prochaine : Les Particules alimentaires, sur le culte de la culture bio.

Sur notre chaîne belge de service publique francophone préférée, ce sera la revisitation de l’émission de variétés mythique des années 70, Chansons à la carte, sous la nouvelle appellation Écrivains à la carteet c’est bien sûr Thierry Bellefroid qu’on a  choisi pour entrer dans le costume à paillettes d’André Torrent, avec cette fois les fans de littérature assis en cercle par terre face à leurs idoles. Au comptoir, pour les potins sur le monde littéraire, on trouvera Michel Dufranne et Gorian Delpâture dans les rôles tenus jadis par Edouard Caillau et Sim : une belle tranche de rire en perspective.

Pour la première émission, après maintes discussions en interne, l’invité d’honneur sera Vincent Engel Barbara Abel Caroline Lamarche Jacques De Decker Pierre Coran Benoît Peeters Antoine Wauters Adeline Dieudonné Carl-Emmanuel Schmitt, le plus belge d’entre tous, qui entonnera La Lettre à Elise de son cher Beethoven, sur un texte délicat de Damso, avec un chœur des Académicien(ne)s belges dont Amélie Nothomb en chair et en chapeau.

Tout le monde artistique se réjouit vivement de cette accession de la culture littéraire à des heures de grande écoute sur le service public.

 

QUE VOIT DENIS DUCARME SUR LES PLATEAUX TÉLÉ EN DEHORS DE SES PRISES DE PAROLE ?

Régulièrement, lors de ses interviews, en dehors de ses prises de parole, Denis Ducarme fixe un point lointain, légèrement surélevé, au-delà du cercle composé par l’animateur du débat et les autres participants. Signe de détachement zen, de dédain de la chose politique quand elle est gangrenée par l’opinion publique, fuite hors du champ du débat, paranoïa légère… ?

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Après des mois d’analyse d’enregistrements de débats et rencontres auxquels participait Denis Ducarme en tant qu’intervenant, des experts viennent d’apporter la réponse. Ils ont conclu que l’actuel Ministre fédéral des Classes moyennes, des Indépendants, des PME, de l’Agriculture et de l’Intégration sociale, fixe un territoire du ciel qui coïnciderait (dans l’espace mental du sujet) avec le lieu des idées libérales et du non-travail (hormis le travail parlementaire) dans lequel se mêlent étroitement les figures d’Adam Smith, le visage de son père Daniel, la Thudinie sublimée de son enfance, les faces de Jean Gol et Louis Michel… À ce stade des recherches, les experts n’ont pas encore pu déterminer la part de chacun dans ce portrait composite qui, apparemment, doit avoir quelque chose de rassurant, de protecteur, d’immarcescible.

Parfois, il semble que la figure de Richard Miller vienne s’interposer et Denis a un froncement de sourcils ; il écarte cette interférence du regard et se recentre sur le sujet débattu en attendant de reprendre la parole pour traduire et injecter dans le débat en cours ce qu’il a perçu dans les dessins de l’entité protectrice.

Il est très dangereux, précisent les experts, d’interrompre une personne atteinte de ce syndrome pendant ces échappées hors du réel, d’où parfois une colère sourde de la part du  membre du bureau du MR comme s’il puisait sa force argumentaire à la source de la pureté eidétique et transsubstantielle.

 

Dans les jours qui viennent, les conclusions des travaux de nos experts viendront éclairer d’autres questions cruciales et restées obscures de la campagne électorale en cours en Fédération Wallonie-Bruxelles.

  • Qui sont les (mauvais) comédiens jouant dans les pubs électorales du MR ? Qui a avantage à ce qu’elles soient si mal interprétées ?
  • Pourquoi les hommes et femmes politiques ne reconnaissent comme leurs pairs (et maires) que les politiciens de leur propre parti ? Pourquoi sont-ils formatés à s’unir avec des hommes et femmes de leur parti, sans distinction de genre ?
  • Pourquoi Paul Magnette trouve-t-il déshonorant d’être (seulement) bourgmestre de Charleroi ? Pourquoi, une fois rétabli dans sa fonction, fait-il tout pour s’en défaire ?
  • Qu’est-ce qui pousse des politiciens comme Théo Francken à venir se faire prendre en selfie avec des gens du peuple sur des lieux aussi dangereux que les marchés matinaux ?

À RELIRE : Comment a été conçu le RAOULHEDEBOUW première génération et pourquoi, des années plus tard, la conception assistée par ordiMiller du GEORGESLOUISBOUCHEZ a échoué ?

 

UN ÉTÉ AVEC HOMÈRE de SYLVAIN TESSON / Une lecture de Jean-Pierre Legrand

Le TOP 5 de JEAN-PIERRE LEGRAND
Jean-Pierre LEGRAND

Un été avec Homère est un ouvrage de commande. Sylvain Tesson l’a écrit en prévision d’une émission de radio sur France Inter qui, tout au long de l’été, a emmené les auditeurs sur les traces d’Homère.

Éditions des Équateurs - Un été avec Homère - Sylvain Tesson

La lecture de cet ouvrage m’a procuré un indéniable plaisir de lecture et un tout aussi manifeste agacement.

Commençons par le plaisir de lecture. Le texte de Sylvain Tesson, est écrit d’une plume légère, ornée mais sans excès. C’est aussi un voyage dans le monde d’Homère. Dès les premières pages, il nous invite à nous préparer :

« Nous passerons des fleuves et des champs de bataille. Nous serons jetés dans la mêlée, conviés à l’assemblée des dieux. Nous essuierons des tempêtes et des averses de lumière, serons nimbés de brumes, pénétrerons dans des alcôves, visiterons des îles, perdrons pied sur des récifs. Parfois (concernant L’Iliade c’est un doux euphémisme dont j’ignore s’il est volontaire…) des hommes mordront la poussière, à mort. D’autres seront sauvés. Toujours, les dieux veilleront. Et toujours le soleil ruissellera et révélera la beauté mêlée à la tragédie. »

Après cette belle entrée en matière, le texte poursuit son chemin, parsemé de larges citations – toujours opportunes – de L’Iliade et de L’Odyssée, dans la traduction de Philippe Brunet pour la première et celle, toujours très belle de Philippe Jaccottet pour la seconde.

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Sylvain Tesson

Avec Tesson, nous sommes conquis par l’extrême présence d’Homère qui continue de questionner nos vies et de nous ensorceler comme ses premiers auditeurs puis tous ses lecteurs successifs. L’auteur s’interroge sur le mystère de cette présence. Les dieux ont-ils réellement existé et inspiré ce poème qui « lancé dans l’abîme des temps » était destiné à rencontrer notre époque ? Ou alors rien n’a changé sous le soleil de Zeus et l’homme, sous ses habits neufs, est toujours le même, médiocre ou sublime, qu’on le croise « casqué sur la plaine de Troie ou en train d’attendre l’autobus ». Tous les thèmes brassés par Homère ne seraient au final que « le combustible du brasier de l’éternel retour ». Si vous ne vous en doutiez pas un tout petit peu, le cœur de Tesson penche plutôt vers l’éternel retour. C’est là, qu’à mes yeux cela se gâte.

Venons-en alors à l’agacement. Le nietzschéisme un peu rapide de l’auteur essaime un peu partout dans l’ouvrage, le plus souvent sous la forme d’une critique virulente du christianisme. C’est parfois drôle : ainsi ce trait d’Ulysse qui sommé de se nommer dit s’appeler Personne et « marque là un point sur le Christ, lequel déployait toutes les vertus sauf celles de l’humour ». D’autres fois c’est un peu ridicule – « Nul héros grec n’a besoin d’un site internet. Il préfère riposter que poster » -, voire un peu inquiétant :

« Au XXIeme siècle l’héroïsme occidental consiste à afficher sa faiblesse. Sera héros celui qui peut prétendre avoir pâti des effets de l’oppression. Etre une victime : voilà l’ambition, du héros d’aujourd’hui ! Devenir le meilleur de tous était l’objectif du héros d’Homère. Tout le monde il est le meilleur est une injonction chrétienne sécularisée par les démocraties modernes ».

On imagine confusément ce que l’auteur vise, mais cette diatribe a de vilains relents de « fort terrassé par la coalition des faibles ».

A chacun de juger…

Plus gênante est la manie des citations tronquées ou sorties de leur contexte. J’en retiendrai une parmi d’autres. Citant le magnifique texte de Simone Weil en le réduisant pratiquement à son titre, Tesson nous rappelle que la philosophe appelait L’Iliade « le poème de la force ». On aurait pu lui rétorquer, poursuit-il, que « d’autres thèmes la traversent : la compassion, la douceur, l’amitié, la nostalgie, la loyauté, l’amour « . Et notre auteur d’attribuer les singulières œillères de la philosophe aux circonstances : Simone Weil écrivit son texte dans les années 39-40 et le fracas des bottes « électrisait d’effroi toute lecture ». Pourtant si on lit ce texte jusqu’au bout, on est loin de cette caricature. Pour Weil, L’Iliade met en lumière la déshumanisation qu’entraîne l’usage de la force. A ses yeux, Homère a bien compris que la subordination de l’âme humaine à la force est la même chez tous les mortels. « Nul de ceux qui y succombent n’est regardé de ce fait comme méprisable. (…) Tout ce qui, à l’intérieur de l’âme et dans les relations humaines échappe à l’empire de la force est aimé, mais aimé douloureusement, à cause du danger de destruction continuellement suspendu ». Rapprochant de manière inattendue « la lumière de l’épopée homérique de l’esprit évangélique », Simone Weil conclut « l’Evangile est la dernière et merveilleuse expression du génie grec, comme l’Iliade en est la première » Difficile d’être plus éloigné de Tesson mais pas dans le sens que celui-ci semble suggérer.

Malgré mes réserves, le livre de Tesson mérite la lecture. D’un abord agréable il suscite la réflexion, même et surtout si, par moment, on ne partage pas son propos. Il est une invitation à se plonger (ou replonger) dans Homère dont chaque lecture apporte un nouveau point de vue, laisse un souvenir renouvelé. Selon le moment, on sera bouleversé par le vieux Priam, touché par l’humanité d’Hector, amusé par le caractère retors d’Ulysse ou encore – c’est mon cas – ému par le porcher Eumée. Comment rester insensible lorsque ce dernier accueille Ulysse à son retour. Ulysse a pris l’apparence d’un mendiant repoussant. Il s’attend à être éconduit et s’étonne de l’accueil de son vieux serviteur qui ne l’a pas reconnu. Eumée lui fait cette réponse : « Etranger, ma coutume est d’honorer les hôtes, quand même il m’en viendrait de plus piteux que toi ; étrangers, mendiants, tous nous viennent de Zeus ». Non, Simone Weil ne divaguait pas…

Le livre sur le site de l’éditeur

Sylvain Tesson à La Grande Librairie pour parle d’Un été avec Homère

UN RÊVE

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Le rêve a la particularité de tenir dans l’espace d’une nuit. D’une partie de nuit, pour être exact. D’une phase de sommeil, si on veut être tout à fait précis.

Mais ce rêve-ci débordait du cadre habituel. Il possédait des extensions dans la journée, loin dans la journée, jusqu’à midi et même après.

Un rêve qui sort de son cadre, c’est rare et, pour tout dire, assez inquiétant : il s’agit d’y porter remède, car où va-t-on si les rêves n’en font plus qu’à leur tête ?

Un rêve, c’est comme un militant politique ou syndical, un enseignant compétent : il n’a qu’à bien se tenir. Il n’a pas le droit de faire des vagues, de sortir de son lit, de la ligne directrice. Sinon, c’est la porte ouverte au flou, à la confusion, à la permaculture onirique, au règne de la chienlit, comme disait l’autre. Après ça, c’est le camp de redressement idéologique, le Goulag de la vie diurne et cartésienne.

Puis il faut penser à celui qui récolte les rêves, qui en fait profession, les met en paquets, les dissèque et disserte, en tire des conclusions, hasardeuses, soit, mais faut faire avec ce qu’on a : le lecteur ou le patient apprécie les faiseurs d’illusion ; faut bien vivre de ses écrits à défaut de faire rêver.

Vous le voyez, vous, aller récupérer des morceaux à toutes les heures du jour pour les faire rentrer dans l’enclos de son interprétation et en tirer des bénéfices symboliques, asseoir sa réputation sur des filaments de songe, indiquer des marches à suivre, des modes d’emploi, tracer des portraits sur du vent. Non, bien sûr.

Ce rêve-là, soyez rassuré, a été maté, rendu à son biotope naturel, on a reconstitué son emploi du temps, rassemblé tous ses membres en un seul corps signifiant, il a été analysé, mis en boîte, on lui a fait dire ce qu’on voulait en dire pour la bonne marche des affaires psychologiques. Sinon où irait toute la clique du monde social, l’assistance à l’emploi, le coaching personnalisé, la morale populaire, le contrôle des cerveaux, l’éducation professionnelle, l’enseignement technique sans tronc commun ? Ben, au chômage, au Pôle Emploi et sans leurre supplémentaire !

Ce rêve-là, voyez-vous, est rentré dans le rang et les autres le savent, qui seraient jamais tenté de suivre sa trace, de répéter l’offense faite aux gardiens des nuits.

Désormais, je peux me remettre à rêver sans crainte de déraillement d’un des wagons de tête, transporteur d’un imaginaire libéré et non aux ordres de tel freluquet de la pensée en kit. Je sais qu’aucun ne manquera à l’appel au matin, quand l’heure sera venue de raisonner clairement, d’argumenter droit, d’enfiler les bottes de la pensée de grand chemin. Je pourrai me fier à mon psy qui fait commerce de mes rêves, à mon assistant social, à mon coach en bien-être, à mon réducteur automatique de pensées, quant à ce qu’il me dira à leur propos pour la bonne marche de mon itinéraire à venir dans les méandres parfois bien capricieux autant que spécieux d’une existence ordinaire.

MICHEL HOUELLEBECQ REMET SA LÉGION D’HONNEUR À UNE ASSOCIATION D’AIDE AUX ÉCRIVAINS

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Michel Houellebecq, qui vient de remporter le Prix d’Etat autrichien de littérature européenne, doté de 25.000 euros, pour son dernier roman paru chez Flammarion, Sérotonine, et qui  été fait chevalier de Légion d’honneur en avril dernier a décidé de remettre à titre symbolique son insigne à une association d’aide aux écrivains du Béarn.

« Il m’arrive lors de mes rares déplacements en province avec Lysis [son épouse NDLR] de percevoir la grande souffrance du monde de l’édition. Les éditeurs et les auteurs souffrent, c’est criant, d’une absence de reconnaissance… de la critique, du public, des comités des prix littéraires de la capitale. Alors ils se réunissent en associations, s’échangent leurs livres, se (re)présentent, festivalisent, s’acclament, se félicitent, s’attribuent des récompenses pour masquer leur déprime, leurs doutes, leurs vaines attentes… Je suis sensible depuis toujours à toutes les formes détresse humaine, d’où qu’elle vienne… »

 » Peu importe ce qu’ils feront de l’insigne, dit encore le lauréat du prix Goncourt 2010 avec l’innocence qui le caractérise, ils peuvent l’exposer, se le repasser, lui cracher dessus lors de rituels sataniques, le brûler… C’est une donation symbolique, le don d’un écrivain reconnu de ses pairs mais aussi haï qu’envié, tellement méprisé, vous ne pouvez pas savoir, à une masse d’écrivains sans prix, et donc sans existence sur le marché littéraire, pour leur signifier que je ne vaux pas mieux qu’eux, que la réussite est le fait du hasard, que le sort de l’être humain, qu’il écrive ou non, qu’il publie ou non, qu’il connaisse ou non le succès, est le même : l’extinction, la disparition de sa chair aussi bien que du papier, de la matière comme de la forme de ses livres… »

Une belle leçon d’humanité à moins qu’il ne s’agisse d’une forme subtile de cynisme ; on ne sait jamais très bien avec Michel…

 

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