INVITÉ de CHARBON DE CULTURE sur BUZZ RADIO

Pour la dernière émission de la saison de Charbon de Culture, l’émission littéraire de Buzz Radio, j’ai été l’invité de Ben Choquet, l’auteur de Vengeances et mat (réédité prochainement aux Editions Kennes), accompagné de ses deux chroniqueurs de choc et de charme, Francis Groff, l’auteur par ailleurs de Meurtres sur la Sambre (Weyrich) et de Caroline Henry, responsable de la section Littérature de la Librairie Molière à Charleroi.

J’y parle des Écrivains [qui] nuisent gravement à la littérature mais aussi de mes précédents ouvrages et du blog Les Belles Phrases.

Caroline Henry propose, dans sa chronique, deux suggestions de lecture pour l’été.

BUZZ RADIO sur Facebook 

Les écrivains nuisent gravement à la littérature sur le site du Cactus Inébranlable

Les Corbeaux brûlés sur le site des Editions du Cygne

Les Lièvres de jade sur le site des Editions Jacques Flament

Cover minute d insolence

 

RENCONTRE avec le CLUB DE LECTURE de la BIBLIOTHÈQUE DE LEERNES

Quelques photos de la rencontre autour de la poésie du samedi 29 juin avec le sympathique club de lecture de la Bibliothèque de Leernes animé par Pascal Feyaerts.

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Des voix au chapitre, le blog du club de lecture

La page Facebook de la Bibliothèque de Fontaine-l’Evêque 

 

 

 

À la Une

LE RÉCAP DES CHRONIQUES LITTÉRAIRES DE JUIN sur LES BELLES PHRASES

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LECTURES de Philippe REMY-WILKIN et Julien-Paul REMY

Le Coup de Projo d’Édi-Phil #13 sur le monde des Lettres francophones de Belgique consacré au théâtre de Jacques DE DECKER

 

LECTURES de PHILIPPE LEUCKX

Visages vivant au fond de nous de Michel BOURÇON (Al Manar Editions)

Ces mots si clair semés de Sabine PEGLION (La Tête à l’envers)

Le silence d’entre les neiges de Sonia ELVIREANU (L’Harmattan)

Quand meurt un poète? de Bruno ROMBI (Studia)

Là d’où elle vient de Patricia RYCKEWAERT (Bleu d’Encre)

 

LECTURES de JEAN-PIERRE LEGRAND

La Bouteille à la mer – Journal 1972-1976 de Julien GREEN (Plon) 

Chemin faisant de Jacques LACARRIÈRE (Fayard)

Un été avec Homère de Sylvain TESSON (Equateurs Parallèles

 

LECTURES de DENIS BILLAMBOZ

Le modèle oublié de Pierre PERRIN (R. Laffont)

L’Origine du monde – Histoire d’un tableau de Gustave Courbet – de Thierry SAVATIER (Bartillat)

Lily sans logis de Frédérique-Sophie BRAIZE (Editions de Borée) 

Tous pour elle de Laurent MALOT (French Pulp Editions)

Hapax-2000 – L’odyssée de l’extase de MIRLI (Cactus Inébranlable éditions)

L’horizon se fait attendre de Paul LAMBDA (Cactus Inébranlable éditions)

Des écrivains imaginés de Cécile VILLAUMÉ (Le Dilettante)

Partition de Louise RAMIER (Editions Louise Bottu)

Louise d’Isabelle ALENTOUR (LansKine)

Un gratte-ciel, des gratte-ciel de Guillaume DECOURT (LansKine)

Matriochka de Philippe REMY-WILKIN (SAMSA Edition)

Le Voyageur intemporel de Salvatore GUCCIARDO (Chloé des Lys)

Le Transfert de Carine-laure DESGUIN (Chloé des Lys)

 

LECTURE d’ÉRIC ALLARD

Matriochka de Philippe REMY-WILKIN (Samsa) 

 

TOUTES LES CHRONIQUES des chroniqueurs des BELLES PHRASES sont accessibles ci-dessous (et dans la colonne de droite du blog)

Denis BILLAMBOZ, Philippe LEUCKX, Nathalie DELHAYE, Lucia SANTORO, Philippe REMY-WILKIN, Julien-Paul REMY, Jean-Pierre LEGRAND, Paul GUIOT, Daniel CHARNEUX et Éric ALLARD

 

BEL ÉTÉ DE LECTURE à TOUTES et TOUS !

 

 

 

 

 

Marcelin P., 88 ans, de Solre-sur-Sambre préfère mettre fin à ses jours plutôt que d’annoncer à son arrière-petite-fille qu’il a laissé couler l’eau du bain…

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Il est près 21 heures, ce 23 juin, quand, Henri P., un octogénaire, qui vit seul dans une maison sociale de Solre-sur-Sambre depuis le décès de son raton-laveur il y vingt-cinq ans, fait couler l’eau de son bain. Un appel téléphonique de son arrière-petite fille qui lui annonce sa réussite au CEB avec un résultat de 94% le distrait de ses préparatifs. Grettaline lui annonce qu’elle passera le visiter jeudi après-midi car les manifestations pour le climat ne reprendront qu’en septembre. Quand il revient dans sa salle de bain, il constate qu’il a oublié de fermer l’obturateur et que l’eau s’est écoulée en pure perte. Une perte qu’il évalue à 80 litres, pour le moins, d’eau potable. Marcelin P., plus décontenancé que lorsqu’il a perdu l’usage de la vue à l’âge de huit ans, n’imagine pas annoncer la nouvelle à sa petite fille et met fin à ses jours, par noyade. Par souci d’économie, il plonge la tête dans un seau d’eau et la tient immergée aussi longtemps qu’il faut. Elle pourra ensuite servir à arroser les plantes du hall d’entrée, pense-t-il, dans une ultime bulle. De toute façon, il n’a jamais supporté la canicule, nous a confié une voisine en guise de consolation.

Un nouveau drame de la décroissance ou du réchauffement climatique, on ne saura jamais.

 

 

2019 – POUR COMMENCER L’ÉTÉ : HOMMAGE À COURBET / Une chronique de Denis Billamboz

2019 - EN ATTENDANT L'ÉTÉ : ET QUE ÇA SWINGUE / Une chronique de Denis Billamboz
Denis BILLAMBOZ

Il y a deux cents ans, à Flagey disent certains, à Ornans disent d’autres, mais chez moi on dit au bord du sentier, entre ces deux localités, le 10 juin 2019, naissait Gustave Courbet l’immense peintre qui a révolutionné la peinture au XIX° siècle. Pour fêter cet anniversaire, j’ai réuni deux lectures qui éclairent des aspects de la vie du maître et de son œuvre en apportant de nombreuses informations restées jusques là dissimulées. PIERRE PERRIN, un habitant comme moi du Pays de Courbet, s’est intéressé à la vie privée du peintre, principalement à la femme qui a partagé son quotidien pendant plus de dix ans sans qu’il accepte de l’épouser ni de reconnaître le fils qu’il lui a donné. Les Éditions Bartillat, quant à elles, ont réédité une nouvelle fois, dans une version mise à jour et augmentée, le livre de THIERRY SAVATIER qui raconte la fabuleuse épopée du célèbre tableau : « L’Origine du monde ». Deux ouvrages qui mettent en lumière des aspects peu connus de la vie du maître d’Ornans, deux ouvrages qui permettront à certains de découvrir Courbet et son œuvre et à d’autres d’apercevoir l’homme derrière le peintre.

 

Le modèle oublié

Pierre PERRIN

Robert Laffont

Le Modèle oublié

Le 10 juin prochain (2019), nous fêterons le deux centième anniversaire de la naissance de Gustave Courbet, à cette occasion, Pierre Perrin, enfant, tout comme moi, du Pays de Courbet, publie un livre sur le maître. La littérature étant déjà fort abondante sur le sujet, il a choisi de montrer l’homme plutôt que le peintre, une façon de mieux comprendre son rapport à son œuvre. Il dépeint l’enfant rébarbatif aux études au séminaire, le jeune homme fêtard, abusant de l’alcool et de la nourriture, le séducteur coureur de filles mais surtout le conjoint amoureux même s’il n’est pas très fidèle et le père qui n’a pas su aimer son fils comme il l’aurait voulu. Il dépeint aussi le bourgeois affairiste, avide d’argent, qui joue au socialiste sous le regard narquois de ses compatriotes comtois notamment Proudhon. Et l’ami fidèle qu’il a été pour ses compagnons de province ou pour ses relations parisiennes comme Baudelaire qu’il a fréquenté jusqu’à sa mort.

On dépeint souvent Courbet entouré de jeunes filles fort séduisantes et peu farouches qui ne sont pas que des modèles pour le peintre, mais on n’évoque jamais celle qui a longuement partagé sa vie à Paris : Virginie Binet qu’il appelait ma Vigie tant elle était de bon conseil. C’était aussi un point d’ancrage où il aimait revenir, comme le marin au port d’attache, après de longues escapades à travers la France, et même l’Europe, mais surtout pour de longues vacances à Ornans d’où il ne pouvait que difficilement s’arracher pour rentrer à Paris. Virginie, il l’a rencontrée à Dieppe où elle vivait encore chez son père malgré sa trentaine. Il l’a aimée très vite et s’est démené comme un diable pour la faire venir à Paris au moment où il ne connaissait ni la gloire, ni la fortune, se contentant de dépenser les subsides d’un père embourgeoisé. Cette union jamais légitimée, plutôt harmonieuse, durera plus d’une décennie, Virginie lui donnera même un fils, Emile, qu’il refusera de déclarer. Mais la fidèle compagne finira par se lasser des frasques mais surtout des absences de l’homme qui partageait sa vie et rejoindra sa ville natale avec son fils.

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Gustave Courbet, photographié par Nadar, entre 1860 et 1869

Sans sa conjointe, sans son fils, Courbet souffrira mais continuera à travailler comme un forcené, c’était une force de la nature, il a peint quantité de tableaux dont bon nombre sont gigantesques, il a accumulé âprement un joli pactole, achetant de nombreuses propriétés foncières dans la Vallée de la Loue. Pierre Perrin, en fin connaisseur du peintre et de son œuvre, relie chacune de ses œuvres majeures au contexte familial et social dans lequel le maître les a réalisées. Courbet n’avait qu’une seule maîtresse qui l’a envoûté tout au long de sa vie : la peinture dont il ne pouvait se passer et dont il était convaincu d’être le meilleur serviteur. Son ego démesuré, son orgueil, sa « grande gueule », ne lui vaudront pas que des succès, alors que Virginie n’est plus là pour l’apaiser, il se fait des ennemis, froisse des personnes importantes et commet quelques bévues qui finiront par lui être fort préjudiciables. Le départ de Virginie sonne le début de la désescalade même si la cote du peintre grimpe de plus en plus et ne cessera jamais de grimper.

Pierre Perrin a choisi la biographie romancée pour pouvoir s’immiscer dans l’intimité du peintre afin de pouvoir montrer Courbet tel qu’il était hors de son atelier et comment la femme de sa vie a contribué au développement de sa carrière. Ce texte très documenté montre l’irrésistible ascension de l’artiste déployant son immense talent auprès de sa douce et compréhensive épouse et la désescalade de l’homme gros goujat égocentrique, goinfre et frivole, hâbleur et orgueilleux, sûr de lui en tout et pour tout, terminant pitoyablement sa vie en un exil qu’il aurait pu éviter avec un peu plus de réserve et de finesse.

Un livre à lire pour ceux qui veulent découvrir Courbet mais aussi un livre à lire par ceux qui croient tout savoir de Courbet en ignorant que l’homme qui se cachait derrière l’artiste était moins glorieux que le peintre toujours autant admiré et adulé.

Le livre sur Editis

La revue POSSIBLES en ligne de Pierre PERRRIN 

Une rencontre avec PIERRE PERRIN, l’écrivain

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L’Origine du monde

Thierry SAVATIER

Bartillat

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A l’occasion du deux centième anniversaire de la naissance de Gustave Courbet, les Editions Bartillat rééditent le livre de Thierry Savatier consacré au tableau de Courbet qui fit tellement scandale : « L’origine du monde ». si le tableau fit couler beaucoup d’encre et de salive, s’il généra bien des émotions et suscita moult curiosités, son histoire, elle, provoqua bien des discussions et nourrit de nombreuses polémiques tant elle est encore bien mystérieuse. Thierry Savatier a sous-titré son ouvrage : « Histoire d’un tableau de Gustave Courbet », c’est donc bien du cheminement emprunté par ce tableau pour aboutir au Musée d’Orsay dont il est question dans cet ouvrage. Il écrit dans son introduction : « Son histoire s’égare loin des sentiers battus et réserve nombre de surprises ». C’est pour cette raison, entre autres, qu’il a décidé « d’emprunter la voie la plus difficile, …, la plus pragmatique : écrire une étude… ». L’auteur confie tout de même qu’une version romancée pourrait éventuellement venir compléter cet essai.

Dans son étude, Thierry Savatier s’intéresse à tous ceux qui ont vu, et même seulement approché, le tableau, décortiquant leur biographie pour dénicher éventuellement une quelconque influence qu’ils auraient pu avoir sur sa vie, sa conception, sa fabrication et surtout son histoire. Il explore l’environnement du peintre, des différents possesseurs du tableau, de tous ceux qui auraient pu en parler, le recommander, l’acheter, le vendre, le prendre, le cacher, le négocier, le montrer en douce. Il a lu des tonnes d’archives, de livres, de revues, d’articles de presse, des mémoires, des correspondances, des documents non publiés…, il lit tout ce qui parle peu ou prou de ce tableau, ce qui l’a obligé à ajouter quelques passages au présent essai pour en assurer la mise à jour.

Il commence cette étude en essayant de comprendre comment Courbet a eu l’idée de peindre cette toile, puis de découvrir pour qui il l’a réalisée et à partir de quel modèle. Ensuite, son essai suit le cours de l’histoire de cette œuvre, la reconstituant bribe par bribe, en restant parfois dans la supposition, il redécouvre le chemin emprunté par L’Origine pour finir sur les cimaises du Musée d’Orsay où elle est toujours et toujours aussi admirée. Ce serait, selon l’auteur, le tableau le plus vu en France après la Joconde. Thierry Savatier propose une histoire très plausible, parfois même très probable, mais il a l’honnêteté quand il lui manque une preuve formelle, de laisser la porte ouverte à d’autres interprétations. Certaines zones de l’histoire de cette fameuse toile restent encore un peu nébuleuses, d’autres découvertes pourraient encore les préciser.

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Gustave Courbet (1819-1877)

Thierry Savatier ne s’est pas contenté d’effectuer un travail de détective pour suivre l’œuvre dans les pérégrinations que ses divers possesseurs lui ont infligées. Il a réalisé d’importantes analyses picturales, anatomiques, scientifiques, avec le concours des meilleurs spécialistes, pour bien comprendre le travail du maître et pour essayer de répondre à la multitude de questions que soulève cette œuvre tellement décriée et, à la fois, tellement fascinante. Pour ma part, je reste toujours avec mes deux questions : tout d’abord je reste ébaubi par ce tableau qui, quand on l’a vu plusieurs fois peut paraître plutôt banal, mais qui toujours intrigue, fascine, et je me demande si c’est seulement le talent du peintre qui le rend si attirant, qui donne une telle vie à ce corps sans tête ? Son audace dévoilant le sexe de la femme sans aucune réserve mais sans aucune volonté de choquer non plus a certainement joué un rôle important dans la renommée de cette œuvre.

L’autre question que je me pose, c’est comment une toile qui a été si peu vue avant d’entrer dans un musée public, une toile dont on a même pendant de longues années perdu la trace, a-t-elle pu tellement choquer, tellement déchaîner la critique, obtenir une telle popularité ? On a l’impression que personne ne l’avait vue mais que tout le monde en parlait, ce point reste assez mystérieux et montre combien cette œuvre est unique, fascinante et combien elle dépasse les limites de la peinture et de l’art en général.

Thierry Savatier a bien raison de confier sa conclusion à Marcel Duchamp quand il disait : « c’est le regardeur qui fait l’œuvre ». Alors, encore regardons et ne nous lassons jamais du génie de cet immense peintre que sera toujours Courbet. Il est l’un des rares peintres dont la cote n’a jamais baissé depuis qu’il a vendu sa première ouvre.

Le livre sur le site des Editions Bartillat

THIERRY SAVATIER sur Babelio

 

 

 

 

2019 – POUR COMMENCER L’ÉTÉ : ROMANS POPULAIRES / Une chronique de Denis Billamboz

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DENIS BILLAMBOZ

J’ai consacré cette chronique à un genre littéraire que j’ai un peu négligé depuis quelques années, je n’ai pas lu beaucoup de romans de ce type au cours de ces années, j’en avais peut-être trop lu dans d’autres périodes et, ensuite, j’avais éprouvé le besoin d’élargir mon horizon littéraire, de découvrir d’autres formes de littérature… C’est donc avec un brin de nostalgie que je vous propose aujourd’hui deux romans populaires, un qui raconte une histoire fondée sur un fait divers qui s’est déroulé en Savoie au XIX° siècle et un autre, un peu fantastique, qui est un pur produit de l’imagination de son auteur

 

Lily sans logis

Frédérique-Sophie BRAIZE

Editions De Borée

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Inspirée par un fait divers réel qui s’est déroulé au début des années mille-huit-cent-soixante en Haute-Savoie, Frédérique-Sophie Braize raconte l’histoire de Lily, une jeune fille devenue orpheline, rejetée par le village qui la croit diabolique car elle élève un enfant, deux si on considère seulement les têtes et les bustes, fruit d’une étreinte adultère. Accompagnée de son fidèle saint-bernard, elle décide de quitter sa montagne natale pour rejoindre Thonon-les-Bains où sa mère lui a dit avoir passé les plus belles heures de sa vie. Elle compte y exhiber les enfants siamois pour gagner les quelques sous nécessaires à sa subsistance et à celle de son, ou ses enfants, selon comme on le, ou les, considère, à l’occasion de la foire de Crête.

La foule se presse pour voir le petit monstre masquant deux individus aux intentions peut-être moins louables que celles des ménagères effrayées et apitoyées se bousculant autour de la charrette le transportant. L’un est un affairiste qui voit très bien comment il pourrait utiliser la jeune fille avec sa fraîcheur et toute sa naïveté, l’autre est un anatomiste ambitieux rêvant de gloire et d’une notoriété internationale qu’il pourrait acquérir en séparant les bébés liés. Les enfants ayant disparu pendant la nuit, la fille accepte l’aide de l’affairiste au risque de tomber dans ses rets. Elle connaît alors une aventure qui la plonge au plus profond de la fange inondant les quartiers populeux de la ville mais croit toujours en la possibilité de sortir du travers dans lequel elle s’est laissé embarquer.

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Frédérique-Sophie Braize

Cette histoire, ou du moins celle que l’auteure a réinventée, raconte l’éternelle lutte du bien et du mal qui s’épanouit encore mieux dans cette société très imprégnée par un syncrétisme issu du mélange des croyances catholiques et de tout un lot de superstitions païennes bien conservée dans ces contrées hostiles où les idées ne voyagent pas plus vites que ceux qui se déplacent à l’aide de leurs seules jambes. N’oublions que Saint François de Sales a vécu dans cette région qu’il a marquée de sa piété religieuse et dont le souvenir est très prégnant. C’est aussi une leçon de foi et de courage à l’intention de ceux qui ne persistent pas assez et croient pas suffisamment en eux et en ceux qui pourraient leur venir en aide.

Par de-là l’histoire qu’il raconte et les messages qu’il comporte, ce livre est aussi un ouvrage très documenté sur la vie en Haute-Savoie au XIX° siècle. L’auteure connait très bien cette région, ses habitants, son histoire, ses coutumes et sa langue et sa culture. Elle a pris le parti, pour que son récit soit plus crédible, plus proche des faits qui l’ont inspiré, d’utiliser un langage comportant beaucoup de mots et d’expressions usités à cette époque dans cette région. Elle a aussi choisi d’utiliser une forme littéraire qui rappelle les livres qui, au XIX° siècle, était souvent publiés sous la forme d’un feuilleton avant d’être éventuellement publiés. En lisant ce texte, j’ai eu l’impression de retrouver des romans aujourd’hui disparus dont je me régalais quand j’étais adolescent sur mes plateaux jurassiens.

Frédérique-Sophie Braize parle de son livre

Les Editions de Borée sur Facebook 

Un portrait de l’auteure

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Tous pour elle

Laurent MALOT

French pulp éditions

Clémence pourrait trouver un bout de rôle dans la célèbre série américaine Sex and the city, elle n’a plus vingt ans, elle est jolie sans être une bombe, elle a un job valorisant, elle cherche désespérément l’amour depuis dix ans au moins sans jamais trouver chaussure à son pied. Bien qu’elle ne soit pas particulièrement farouche, elle n’a pas connu la plus petite étreinte depuis trop longtemps déjà. Elle va avoir trente ans, il faut qu’elle trouve l’homme de sa vie avant qu’il ne soit trop tard, que son tour soit passé, qu’elle soit rangée en bout de table avec les vieilles filles incasables, parmi les surnuméraires. Elle multiplie les sorties mais, chaque fois qu’elle trouve un garçon qui rentre dans ses critères, il y a un problème rédhibitoire et le dernier qu’elle rencontre en a un vraiment très gros : il rentre dans les ordres, c’est sa dernière virée.

Folle de rage, désespérée, saoule, elle quitte la soirée, s’égare dans le quartier de la Butte aux Cailles (à Paris pour ceux qui ne le connaissent pas) et doit demander son chemin à une femme déjà âgée qui s’inquiète de sa situation. Elle lui raconte son désespoir, la vie solitaire à tout jamais qui se profile devant elle. Voulant la tirer de son embarras, la brave femme lui jette un sort qui lui conférera le pouvoir de séduction sur tous les hommes qu’elle rencontrera mais ce sort s’éteindra à tout jamais à l’heure précise de ses trente ans et son anniversaire est dans trois semaines, il ne lui reste donc que trois petites semaines pour dénicher la perle rare et la séduire.

Elle ne croit pas trop à cette histoire de sort mais quand elle passe à la brocante ou qu’elle court au bois, elle se rend vite compte que les hommes s’intéressent à elle jusqu’au point de se battre pour elle. Elle tente une première expérience qui lui fait rencontrer un archéologue sympathique mais elle veut avoir plus de choix et surtout viser plus haut. Elle forme alors le projet de visiter tous les palaces parisiens en espérant bien y rencontrer le prince non seulement charmant mais aussi richissime. Commence alors une aventure qui la conduira de ravissement en enchantement avant de la plonger dans les pires déboires. Et il lui faut absolument trouver l’homme de sa vie avant d’avoir trente ans…

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Laurent Malot

Une déambulation dans le milieu branché où se rencontrent galeristes, comme son ami de toujours, gens de loi comme sa meilleure copine et autres personnes gagnant suffisamment d’argent pour faire la fête dans ce genre d’endroits. Avec une virée dans les palaces parisiens où le luxe dégouline sans jamais combler les clients qui ont recours à des substances artificielles pour trouver les plaisirs capables de tromper leur ennui. Mais ce texte n’est pas qu’un roman à l’eau de rose comme le laisserait croire l’intrigue, c’est aussi une réflexion sur l’âge qui avance inexorablement, sur la solitude qui pourrait se profiler, sur les couples qui se font et se défont souvent trop vite, sur la façon dont la société évalue ses membres : l’avoir et le paraître passant toujours avant l’être et le savoir. En filigrane, ce texte comporte aussi un zeste de morale en rappelant que tout ce qui brille n’est pas d’or et qu’il faut savoir se satisfaire de ce qui correspond à sa propre personne.

Un livre que vous lirez avec plaisir au bord de la piscine quand le soleil brillera bien fort cet été, un texte alerte, enjoué, pétillant, agrémenté de nombreuses formules imagées, de quelques piques acérées et même de quelques formules de styles. L’auteur ayant un petit faible pour les zeugmes, j’en ai relevé quelques-uns mais ne les ai peut-être pas tous vus. L’auteur a fait le pari d’écrire ce livre au féminin, il y réussit plutôt bien si on considère que l’amour fleur bleue et romantique convient mieux aux filles sans oublier qu’elles peuvent être aussi très pratiques et pragmatiques quand la situation l’impose. Lisez vite ce livre, dans trois semaines Clémence aura trente ans et devra être accompagnée d’un garçon capable d’être un mari fidèle et sérieux mais aussi bon père de famille, car l’envie de maternité commence à la titiller.

Le livre sur le site de l’éditeur

Le site de Laurent MALOT

 

 

 

VISAGES VIVANT AU FOND DE NOUS de MICHEL BOURÇON (Al Manar) / Une lecture de Philippe Leuckx

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Philippe LEUCKX

Pour le suivre depuis dix recueils, je peux dire que le travail de Bourçon visite des terres avec le ton mélancolique qui le caractérise. Puiser dans le réel des blasons, des impressions fugitives, aligner sa défroque à l’aune des pas, des boulevards, signer sa présence d’homme qui scrute « les branches tendues », cet « homme derrière la vitre », gagner un champ sur la nuit et ce « qu’elle peut nous donner à voir ».

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Bourçon, dans la ligne sinon lignée des grands errants en poésie (Hardellet, Pessoa, Dhôtel, Vandenschrick, Grandmont), sait capter « dans ce jour bas » l’atmosphère au sens le plus climatique des villes traversées, des bords de Loire, « les premières fleurs élues/ par la mélancolie ».

Soixante-dix poèmes, parfois plus longs (une page) que d’habitude, cernent l’immobilité d’un regard sur les « objets », le monde; ils décrivent « des copeaux de peinture » quand la pluie « flétrit » les choses; il y a pourtant, au-delà des constats un peu tristounets, ce désir de fondre dans « un rêve de feuillaison », la nature n’étant jamais très éloignée du regard du poète.

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Michel Bourçon

Et si « l’air manque pour respirer », « le bord d’une existence » « suivi » « comme un sentier/ longeant une rivière » assure au lecteur que toute errance a ses marges tristes et aussi ses éclats de beauté et de refuge.

« La vie perdue », les « manques », « le ciel blanc sale » connotent souvent une précarité cueillie dans le fin fond d’une existence, ressentie comme fragile sinon exposée à « sombrer le retournement ».

Parfois « un poème de feuilles » éclaire le parcours errant d’un homme très visuel, très sensationniste qui explore avec tact, élégance, sobriété la profondeur du monde, que ce soit « nuit parée de réverbères » ou « en se levant chaque jour/ on s’efface peu à peu/ de ses décombres ».

Voilà sans doute une âme en capillarité essentielle avec les rues traversées, par « la fenêtre à grands carreaux » ou « sur la ligne ondulante des toits ».

Oui, « le jour sait les étoiles/ tombées dans nos yeux/ l’eau calme des méandres ». Oui, la vie ordinaire n’est pas toute droite ni de tout repos, elle a ses haltes, ses dérives, ses « ornières » et parfois « la chance des bourgeons ».

Un bien beau livre.

Michel Bourçon, Visages vivant au fond de nous, Al Manar, 2019,  82p., 17€. Beaux dessins en noir de Jean-Gilles Badaire

Le livre sur le site des Editions Al Manar