2019 – EN ATTENDANT L’ÉTÉ : APHORISMES D’ÉQUINOXE / Une chronique de Denis Billamboz

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Denis BILLAMBOZ

Dans cette chronique j’ai réuni deux recueils d’aphorismes publiés par le grand spécialiste en la matière : Cactus Inébranlable éditions. Je ne sais pas comment JEAN-PHILIPPE QUERTON fait pour dénicher toujours les nouveaux talents qu’il révèle, ou qu’il confirme, mais cette fois encore, il a frappé très fort avec deux excellents recueils, l’un de MIRLI, pour lequel c’est une confirmation, et l’autre d’un nouveau venu : PAUL LAMBDA. Deux recueils pour attendre le sommeil quand les jours n’en finissent pas de blanchir nos nuits.

 

Hapax-2000 – L’odyssée de l’extase

MIRLI

Cactus Inébranlable éditions

Hapax couverture 26 02 19

Ayant le désir de visiter le Mirliland pour découvrir la mirlitude dans sa plus grande authenticité, j’ai embarqué dans le vaisseau extasial HAPAX-2000 aux commandes de Mirli seul maître à bord. « L’heure est à l’inconduite ; largons les amarres, partons incontinent vers l’inconnu ! Mais oui, Bertrand, il y aura des pauses pipi. », décrète le pilote. Nous traversons des champs de mots bizarres, inconnus de nous jusques à ce jour, des phrases et des expressions étonnantes au sens parfois mystérieux, parfois déguisés, d’autres fois sibyllins mais rarement clairs comme l’eau de la source. Nous avons même trouvé, en grand nombre, d’hapax, ces mots qui ne servent qu’une fois et dont on ne comprend pas toujours bien la signification. On dit qu’il y en aurait deux milles dans la Bible et presque autant dans ce recueil mais je ne les ai pas comptés. Avec Mirli,

« Je passe une ognonière. Jamais encore je n’avais traversé un tel mot ! Une prairie calcinée, jonchée de formules creuses comme des troncs foudroyés. Mais, mais, mais, c’est un champ de mais ! …. ».

Puis, nous avons cherché vainement Andrew Fahren-Foyle dans une petite histoire comme on en trouvait dans l’Os à moelle sous la plume de Roger Salardenne.

Etonnement, le recueil de Mirli m’a ramené à la fin des années soixante quand j’ai acheté une réédition des meilleures pages publiées par l’Os à moelle avant la deuxième guerre mondiale. Son inspiration, la forme qu’il a choisie, de courtes histoires entrelardées de calembours, aphorismes, jeux de mots, réflexions, … évoque bien cette revue. J’ai pensé notamment à « La vie romancée d’Evariste Malfroquet – Plombier-zingueur de Louis XIV » ou à « Le trésor de Lessiveuse-Bill » accompagnés de quelques pensées ou petites annonces de Pierre Dac. Incontestablement il y a du Dac chez Mirli mais peut-être plus encore du Salardenne. Je pense qu’il aurait pu adopter les principes énoncés par Pierre Dac et ses complices et rapportés par Michel Laclos dans la préface du tome II de l’Os à moelle version 1965 :

« Affoler les boussoles, dérégler les pendules, et même le temps qu’il fait, intervertir les pages des encyclopédies, des clés de songes, des manuels de savoir-vivre, …, mettre le nord à l’est, la lune en plein midi, le dessus dessous ou ailleurs … ».

Je romps là car liste est longue et Mirli saurait la rallonger encore avec sa créativité et son imagination dont on ne connait pas encore les limites.

Mirli charleroi
Mirli 

« Ne confondons pas mirlisme et mirlitantisme. », je ne donne pas plus dans l’un que dans l’autre, je suis tout simplement un gourmet gourmand qui aime à se délecter de mirlignardises que « Je déguste (avec) une délicieuse mousse au cachalot ». Il n’y a pas de doute, au temps de l’Os à moelle, Mirli aurait pu faire partie de la bande du Ministère loufoque dont Pierre Dac fut le premier premier ministre mais il aurait certainement été aspiré avant par le courant insufflé en Belgique par les maîtres du burlesque et autres formes d’expressions chères au grands joueurs qui ne misent que sur les mots.

Le recueil sur le site de l’éditeur

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L’horizon se fait attendre

Paul LAMBDA

Cactus Inébranlable éditions

Couverture l horizon se fait attendre 20 03 19

Pas si lambda que ça ce Paul dont on sait seulement de lui que ce qu’il en dit : « Je ne suis ni Belge ni surréaliste et vous prie de me pardonner ». Effectivement, il faut avoir un certain talent, et même un talent certain, pour générer des traits d’esprit comme il en produit et les condenser en des formules qui ont enchanté son éditeur avant d’émerveiller, j’en suis convaincu, tous ceux qui liront ce recueil.

« Je découvrais des phrases conçues dans la dentelle, des propos qui coulaient comme le sable entre les doigts, des mots s’articulant avec une telle évidence que l’on se reprocherait volontiers ne pas pensé la formule avant lui ».

Un auteur qui enthousiasme son éditeur à ce point ne peut, évidemment, n’être que très talentueux.

Pour ma part, j’ai sorti, dès la première formule, mon crayon pour la noter tant sa finesse et sa drôlerie absurde m’avait emballé :

« En ce moment même, à Tokyo, un homme entre dans un bâtiment et quelques secondes plus tard, à Paris, une femme en sort ».

Et, les traits d’esprits s‘enchaînent ainsi de ligne en ligne, de page en page, parce que chez Lambda l’aphorisme est avant tout un trait d’esprit, un trait d’esprit d’une grand finesse qui souvent tutoie l’absurdité sur fond de poésie avec un zeste de sensibilité…

« Nous nous sommes

Tant aimés, toi et moi

Mais toi, tu ne le sais pas. »

Parfois, l’amertume s’invite au banquet de notre monde convoquée par une société peu scrupuleuse, peu attentive à son devenir…

« La vérité toute crue est immangeable. »

Au point qu’on ne peut même plus croire à ses rêves…

« Les marchands de sommeil vendent les rêves en option. »

La réalité est tellement concrète, tellement évidente, tellement prégnante …

« La réalité est trop persistante pour être crédible. »

Ravi par le trait d’esprit, enchanté par la finesse du propos, convaincu par le filet d’amertume, j’ai aussi été ému par la douce tendresse qui sourd sous les jeux qui dépassent de loin les jeux de mots, évoquant plutôt les jeux d’esprit.

Paul lambda cp4

Et surtout ne pas oublier la petite histoire d’amour écrite en filigrane avec quelques dialogues, deux répliques de deux à quatre mots seulement, dispersés tout au long du recueil. Rassemblés, ils constitueraient peut-être la plus petite histoire d ‘amour de la littérature francophone. Un petit bijou semé tout au long du texte comme les cailloux du Petit Poucet.

Un bien joli recueil, plein de finesse, de tendresse et de poésie et, « Si vous saviez tout ce que je ne vous ai pas fait » …

Le recueil sur le site de l’éditeur

L’image contient peut-être : ciel, plein air et eau

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