VISAGES VIVANT AU FOND DE NOUS de MICHEL BOURÇON (Al Manar) / Une lecture de Philippe Leuckx

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Philippe LEUCKX

Pour le suivre depuis dix recueils, je peux dire que le travail de Bourçon visite des terres avec le ton mélancolique qui le caractérise. Puiser dans le réel des blasons, des impressions fugitives, aligner sa défroque à l’aune des pas, des boulevards, signer sa présence d’homme qui scrute « les branches tendues », cet « homme derrière la vitre », gagner un champ sur la nuit et ce « qu’elle peut nous donner à voir ».

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Bourçon, dans la ligne sinon lignée des grands errants en poésie (Hardellet, Pessoa, Dhôtel, Vandenschrick, Grandmont), sait capter « dans ce jour bas » l’atmosphère au sens le plus climatique des villes traversées, des bords de Loire, « les premières fleurs élues/ par la mélancolie ».

Soixante-dix poèmes, parfois plus longs (une page) que d’habitude, cernent l’immobilité d’un regard sur les « objets », le monde; ils décrivent « des copeaux de peinture » quand la pluie « flétrit » les choses; il y a pourtant, au-delà des constats un peu tristounets, ce désir de fondre dans « un rêve de feuillaison », la nature n’étant jamais très éloignée du regard du poète.

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Michel Bourçon

Et si « l’air manque pour respirer », « le bord d’une existence » « suivi » « comme un sentier/ longeant une rivière » assure au lecteur que toute errance a ses marges tristes et aussi ses éclats de beauté et de refuge.

« La vie perdue », les « manques », « le ciel blanc sale » connotent souvent une précarité cueillie dans le fin fond d’une existence, ressentie comme fragile sinon exposée à « sombrer le retournement ».

Parfois « un poème de feuilles » éclaire le parcours errant d’un homme très visuel, très sensationniste qui explore avec tact, élégance, sobriété la profondeur du monde, que ce soit « nuit parée de réverbères » ou « en se levant chaque jour/ on s’efface peu à peu/ de ses décombres ».

Voilà sans doute une âme en capillarité essentielle avec les rues traversées, par « la fenêtre à grands carreaux » ou « sur la ligne ondulante des toits ».

Oui, « le jour sait les étoiles/ tombées dans nos yeux/ l’eau calme des méandres ». Oui, la vie ordinaire n’est pas toute droite ni de tout repos, elle a ses haltes, ses dérives, ses « ornières » et parfois « la chance des bourgeons ».

Un bien beau livre.

Michel Bourçon, Visages vivant au fond de nous, Al Manar, 2019,  82p., 17€. Beaux dessins en noir de Jean-Gilles Badaire

Le livre sur le site des Editions Al Manar

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