2019 – POUR COMMENCER L’ÉTÉ : HOMMAGE À COURBET / Une chronique de Denis Billamboz

2019 - EN ATTENDANT L'ÉTÉ : ET QUE ÇA SWINGUE / Une chronique de Denis Billamboz
Denis BILLAMBOZ

Il y a deux cents ans, à Flagey disent certains, à Ornans disent d’autres, mais chez moi on dit au bord du sentier, entre ces deux localités, le 10 juin 2019, naissait Gustave Courbet l’immense peintre qui a révolutionné la peinture au XIX° siècle. Pour fêter cet anniversaire, j’ai réuni deux lectures qui éclairent des aspects de la vie du maître et de son œuvre en apportant de nombreuses informations restées jusques là dissimulées. PIERRE PERRIN, un habitant comme moi du Pays de Courbet, s’est intéressé à la vie privée du peintre, principalement à la femme qui a partagé son quotidien pendant plus de dix ans sans qu’il accepte de l’épouser ni de reconnaître le fils qu’il lui a donné. Les Éditions Bartillat, quant à elles, ont réédité une nouvelle fois, dans une version mise à jour et augmentée, le livre de THIERRY SAVATIER qui raconte la fabuleuse épopée du célèbre tableau : « L’Origine du monde ». Deux ouvrages qui mettent en lumière des aspects peu connus de la vie du maître d’Ornans, deux ouvrages qui permettront à certains de découvrir Courbet et son œuvre et à d’autres d’apercevoir l’homme derrière le peintre.

 

Le modèle oublié

Pierre PERRIN

Robert Laffont

Le Modèle oublié

Le 10 juin prochain (2019), nous fêterons le deux centième anniversaire de la naissance de Gustave Courbet, à cette occasion, Pierre Perrin, enfant, tout comme moi, du Pays de Courbet, publie un livre sur le maître. La littérature étant déjà fort abondante sur le sujet, il a choisi de montrer l’homme plutôt que le peintre, une façon de mieux comprendre son rapport à son œuvre. Il dépeint l’enfant rébarbatif aux études au séminaire, le jeune homme fêtard, abusant de l’alcool et de la nourriture, le séducteur coureur de filles mais surtout le conjoint amoureux même s’il n’est pas très fidèle et le père qui n’a pas su aimer son fils comme il l’aurait voulu. Il dépeint aussi le bourgeois affairiste, avide d’argent, qui joue au socialiste sous le regard narquois de ses compatriotes comtois notamment Proudhon. Et l’ami fidèle qu’il a été pour ses compagnons de province ou pour ses relations parisiennes comme Baudelaire qu’il a fréquenté jusqu’à sa mort.

On dépeint souvent Courbet entouré de jeunes filles fort séduisantes et peu farouches qui ne sont pas que des modèles pour le peintre, mais on n’évoque jamais celle qui a longuement partagé sa vie à Paris : Virginie Binet qu’il appelait ma Vigie tant elle était de bon conseil. C’était aussi un point d’ancrage où il aimait revenir, comme le marin au port d’attache, après de longues escapades à travers la France, et même l’Europe, mais surtout pour de longues vacances à Ornans d’où il ne pouvait que difficilement s’arracher pour rentrer à Paris. Virginie, il l’a rencontrée à Dieppe où elle vivait encore chez son père malgré sa trentaine. Il l’a aimée très vite et s’est démené comme un diable pour la faire venir à Paris au moment où il ne connaissait ni la gloire, ni la fortune, se contentant de dépenser les subsides d’un père embourgeoisé. Cette union jamais légitimée, plutôt harmonieuse, durera plus d’une décennie, Virginie lui donnera même un fils, Emile, qu’il refusera de déclarer. Mais la fidèle compagne finira par se lasser des frasques mais surtout des absences de l’homme qui partageait sa vie et rejoindra sa ville natale avec son fils.

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Gustave Courbet, photographié par Nadar, entre 1860 et 1869

Sans sa conjointe, sans son fils, Courbet souffrira mais continuera à travailler comme un forcené, c’était une force de la nature, il a peint quantité de tableaux dont bon nombre sont gigantesques, il a accumulé âprement un joli pactole, achetant de nombreuses propriétés foncières dans la Vallée de la Loue. Pierre Perrin, en fin connaisseur du peintre et de son œuvre, relie chacune de ses œuvres majeures au contexte familial et social dans lequel le maître les a réalisées. Courbet n’avait qu’une seule maîtresse qui l’a envoûté tout au long de sa vie : la peinture dont il ne pouvait se passer et dont il était convaincu d’être le meilleur serviteur. Son ego démesuré, son orgueil, sa « grande gueule », ne lui vaudront pas que des succès, alors que Virginie n’est plus là pour l’apaiser, il se fait des ennemis, froisse des personnes importantes et commet quelques bévues qui finiront par lui être fort préjudiciables. Le départ de Virginie sonne le début de la désescalade même si la cote du peintre grimpe de plus en plus et ne cessera jamais de grimper.

Pierre Perrin a choisi la biographie romancée pour pouvoir s’immiscer dans l’intimité du peintre afin de pouvoir montrer Courbet tel qu’il était hors de son atelier et comment la femme de sa vie a contribué au développement de sa carrière. Ce texte très documenté montre l’irrésistible ascension de l’artiste déployant son immense talent auprès de sa douce et compréhensive épouse et la désescalade de l’homme gros goujat égocentrique, goinfre et frivole, hâbleur et orgueilleux, sûr de lui en tout et pour tout, terminant pitoyablement sa vie en un exil qu’il aurait pu éviter avec un peu plus de réserve et de finesse.

Un livre à lire pour ceux qui veulent découvrir Courbet mais aussi un livre à lire par ceux qui croient tout savoir de Courbet en ignorant que l’homme qui se cachait derrière l’artiste était moins glorieux que le peintre toujours autant admiré et adulé.

Le livre sur Editis

La revue POSSIBLES en ligne de Pierre PERRRIN 

Une rencontre avec PIERRE PERRIN, l’écrivain

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L’Origine du monde

Thierry SAVATIER

Bartillat

L

A l’occasion du deux centième anniversaire de la naissance de Gustave Courbet, les Editions Bartillat rééditent le livre de Thierry Savatier consacré au tableau de Courbet qui fit tellement scandale : « L’origine du monde ». si le tableau fit couler beaucoup d’encre et de salive, s’il généra bien des émotions et suscita moult curiosités, son histoire, elle, provoqua bien des discussions et nourrit de nombreuses polémiques tant elle est encore bien mystérieuse. Thierry Savatier a sous-titré son ouvrage : « Histoire d’un tableau de Gustave Courbet », c’est donc bien du cheminement emprunté par ce tableau pour aboutir au Musée d’Orsay dont il est question dans cet ouvrage. Il écrit dans son introduction : « Son histoire s’égare loin des sentiers battus et réserve nombre de surprises ». C’est pour cette raison, entre autres, qu’il a décidé « d’emprunter la voie la plus difficile, …, la plus pragmatique : écrire une étude… ». L’auteur confie tout de même qu’une version romancée pourrait éventuellement venir compléter cet essai.

Dans son étude, Thierry Savatier s’intéresse à tous ceux qui ont vu, et même seulement approché, le tableau, décortiquant leur biographie pour dénicher éventuellement une quelconque influence qu’ils auraient pu avoir sur sa vie, sa conception, sa fabrication et surtout son histoire. Il explore l’environnement du peintre, des différents possesseurs du tableau, de tous ceux qui auraient pu en parler, le recommander, l’acheter, le vendre, le prendre, le cacher, le négocier, le montrer en douce. Il a lu des tonnes d’archives, de livres, de revues, d’articles de presse, des mémoires, des correspondances, des documents non publiés…, il lit tout ce qui parle peu ou prou de ce tableau, ce qui l’a obligé à ajouter quelques passages au présent essai pour en assurer la mise à jour.

Il commence cette étude en essayant de comprendre comment Courbet a eu l’idée de peindre cette toile, puis de découvrir pour qui il l’a réalisée et à partir de quel modèle. Ensuite, son essai suit le cours de l’histoire de cette œuvre, la reconstituant bribe par bribe, en restant parfois dans la supposition, il redécouvre le chemin emprunté par L’Origine pour finir sur les cimaises du Musée d’Orsay où elle est toujours et toujours aussi admirée. Ce serait, selon l’auteur, le tableau le plus vu en France après la Joconde. Thierry Savatier propose une histoire très plausible, parfois même très probable, mais il a l’honnêteté quand il lui manque une preuve formelle, de laisser la porte ouverte à d’autres interprétations. Certaines zones de l’histoire de cette fameuse toile restent encore un peu nébuleuses, d’autres découvertes pourraient encore les préciser.

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Gustave Courbet (1819-1877)

Thierry Savatier ne s’est pas contenté d’effectuer un travail de détective pour suivre l’œuvre dans les pérégrinations que ses divers possesseurs lui ont infligées. Il a réalisé d’importantes analyses picturales, anatomiques, scientifiques, avec le concours des meilleurs spécialistes, pour bien comprendre le travail du maître et pour essayer de répondre à la multitude de questions que soulève cette œuvre tellement décriée et, à la fois, tellement fascinante. Pour ma part, je reste toujours avec mes deux questions : tout d’abord je reste ébaubi par ce tableau qui, quand on l’a vu plusieurs fois peut paraître plutôt banal, mais qui toujours intrigue, fascine, et je me demande si c’est seulement le talent du peintre qui le rend si attirant, qui donne une telle vie à ce corps sans tête ? Son audace dévoilant le sexe de la femme sans aucune réserve mais sans aucune volonté de choquer non plus a certainement joué un rôle important dans la renommée de cette œuvre.

L’autre question que je me pose, c’est comment une toile qui a été si peu vue avant d’entrer dans un musée public, une toile dont on a même pendant de longues années perdu la trace, a-t-elle pu tellement choquer, tellement déchaîner la critique, obtenir une telle popularité ? On a l’impression que personne ne l’avait vue mais que tout le monde en parlait, ce point reste assez mystérieux et montre combien cette œuvre est unique, fascinante et combien elle dépasse les limites de la peinture et de l’art en général.

Thierry Savatier a bien raison de confier sa conclusion à Marcel Duchamp quand il disait : « c’est le regardeur qui fait l’œuvre ». Alors, encore regardons et ne nous lassons jamais du génie de cet immense peintre que sera toujours Courbet. Il est l’un des rares peintres dont la cote n’a jamais baissé depuis qu’il a vendu sa première ouvre.

Le livre sur le site des Editions Bartillat

THIERRY SAVATIER sur Babelio

 

 

 

 

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