SUITE A SON TEXTE POLÉMIQUE SUR GRETA THUNBERG, MICHEL ONFRAY DÉCIDE D’ARRÊTER LA PHILOSOPHIE

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Après la polémique suscitée par sa diatribe contre Greta Thunberg, Michel Onfray décide d’arrêter la philosophie.

 » La masse de réactions indignées m’a ouvert les yeux, a-t-il dit, je ne m’étais pas rendu assez compte de la teneur imbécile de mes propos. »

Le visage grave, affligé, marqué par l’incessant questionnement intérieur et plusieurs nuits d’insomnie, le fondateur de l’Université populaire de Caen a ajouté :

 » La pertinence des réactions, parfois brutes, dans leur expression (mais le peuple est brut) m’a fait prendre conscience de l’importance de Greta Thunberg dans l’histoire de la climatologie. À partir d’aujourd’hui, je me mets au service de Greta et des idées qu’elle défend. Je ferai du vélo d’appartement pour aller d’un point A à un point A, j’écrirai des tribunes pour alerter l’opinion, marquer terriblement et durablement les esprits et plus jamais on ne me surprendra plus en train de réfléchir sur le sens de mes actions. J’agirai tel un automate écologique, sûr de son combat et de l’idéologie qui le sous-tend. « 

Il a aussi signalé aussi qu’il avait contacté la chanteuse Mylène Farmer, avec laquelle il entretient des relations amicales et professionnelles depuis longtemps, pour un duo à venir façon Dalida et Delon, en faveur de la lutte contre le réchauffement climatique.

Sur ces propos sages, qui ne manqueront pas d’être loués par une grosse majorité de population (la population est sage) et Aurélien Barrau, Michel Onfray est reparti en trottinette mécanique rejoindre son vélo d’appartement à gestes lents, très très lents, pour ne pas produire de perturbations climatiques ni de secousses sismiques.

Il nous a fait l’effet d’un moine bouddhiste dans une boutique de produits zen.

 

 

 

 

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LA FABRIQUE DES MÉTIERS

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Afin de désengorger les écoles et centres de formation, réduire la pénurie d’enseignants et de formateurs en tout genre, bref, accélérer la décroissance dans le milieu scolaire en réduisant le personnel (d’entretien, d’accompagnement, d’inspection…) et la production de déchets d’apprentissage, La Fabrique des métiers a pour vocation de proposer des professions originales et à la pointe qui s’apprennent sur le tas et sur le tard, voire par terre, sans l’aide d’éducateurs dits verts et a-variés.

Dès que l’apprenant aura appris son métier, sera passé maître dans son propre savoir, nul doute qu’il se trouvera sur le territoire de la connaissance institutionnalisée des centres subventionnés par l’Education nationale pour valider ces neuves et singulières compétences et, qui sait, permettre aux apprenants devenus maîtres de leurs savoir de décrocher un emploi de prof (car il en manquera toujours) dans la discipline de leur choix.

ÉTÉ 2019 – LECTURES de PHILIPPE LEUCKX : SOLOMBRE de FLORENCE NOËL

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Philippe LEUCKX

POÉSIE (1)

« Solombre » de Florence Noël (1973), un troisième recueil publié au Taillis Pré, après Encres Vives et Bleu d’encre, résonne comme un livre grave, marqué au sceau des enjambements, sous l’égide d’un nom puisé chez le poète O. Paz ou d’un poème de la grande Mimy Kinet.

S’il fallait guider le lecteur dans cette œuvre réussie et féconde, peut-être lui suggérerions-nous d’arpenter cette « nuit » qui prend presque toute la place, tant le vocable se répète à l’envi.

« La nuit reflue », « la nuit » a de ces profondeurs qu’il faut préserver.

« je viens payer mon dû à l’ombre/ sans visage »

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Florence Noël 

« La femme rhizome » sait nommer les terres de la sensualité. C’est le terrain de chasse des nuits rêvées ; c’est la terre même d’une poésie qui s’enchante d’un lyrisme un peu sombre :

« nuit conjurée cent fois

et une encore

d’eau soustraite

nous léchons de nos langues affûtées

tes fumigations

où gerce le pacte

nous tordons les mots

dans nos langues éponges

fermente l’encre des

assassins »

Ecrire, semble-t-il, est d’une capillarité qui puisse nommer ce qui vient, se tord, s’impose à la poète qui aime les images.

Ecrire serait-ce trouver « si peu de consolation » « sous tant de baisers » ?

« Solombre », suivi de « Fourbure », décline un univers traversé de mots qui coupent, strient, érodent, comme un amas de blessures loin venues d’enfance.

Le recueil paru au Taillis pré sur Livres et création

Les recueils de Florence NOËL sur Livres et création 

ÉTÉ 2019 – LECTURES de PHILIPPE LEUCKX : LA PÉTILLANCE d’EVELYNE WILWERTH

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Philippe LEUCKX

ROMAN (1)

La pétillance d’Evelyne WILWERTH

Tignasse étoile

 

« Tignasse étoile » (M.E.O., 2019, 168p., 16€) est bien à l’image de son auteure : imagination, dialogues brillants, construction légère, écriture pétillante, sans aucune graisse de lourdeur ou de remplissage (ce qui est le cas de nombre de romans pour atteindre le gabarit des pages imposées) ; le roman explore les faces cachées, sensibles d’une enfant, d’une adolescente, d’une adulte jeune qui écrit sa vie et tient registre de ses secousses, de ses joies, de ses fantasmes (Ottawa n’est pas le dernier).

Louons cette écriture en phrases courtes : il y a du Beck, décidément, chez notre romancière spadoise : du coupé court, en toutes petites phrases vibrantes, virevoltantes, sèches, nues, économes.

Jacinthe, la narratrice, sa mère Clarisse, le petit monde qui la fête (à ce propos, son anniversaire sonne le passage heureux ou résigné du temps, qui scande ce livre grave-léger), l’exaltation du jeune âge débordant de toutes parts : on entre dans ce livre comme dans la fameuse « Maison de papier », c’est dire que la prose s’emballe, se fait chair et sensualité, rompt avec l’académisme romanesque du prêt-à-raconter, tient fort à un rythme endiablé (l’auteure n’est pas pour rien comédienne, dramaturge, récitante),et requiert notre haleine de lecteur, prêt à enfourcher les manies, les tracas, les joies, les délices de son héroïne.

Évelyne Wilwerth
Evelyne Wilwerth

L’art, la création y remplit un rôle premier, quasi un redoublement des plaisirs précités : dans son atelier de vie, l’héroïne assume « cette naissance du monde », l’œuvre se nichant dans le plus profond.

Le titre, à l’instar de l’écriture, rejoint la condensation extrême d’un univers qui se donne à lire d’emblée : l’éclair de la beauté, sa fulgurance sans doute, en dépit des aveux tardifs (Ottawa, une fois de plus), en dépit des dépits, et l’assurance que le mot temps a un peu d’avenir devant lui.

Réflexion (l’air de rien) sur la filiation, « Tignasse étoile » rameute chez le lecteur les questions nettes à propos de notre existence, de notre place dans ce charivari du monde.

Le livre sur le site de M.E.O.

Le site d’Evelyne WILWERTH 

À la Une

LE RÉCAP DES CHRONIQUES LITTÉRAIRES DE JUILLET sur LES BELLES PHRASES

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LECTURES de DENIS BILLAMBOZ

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LÀ D’OÙ ELLE VIENT de PATRICIA RYCKEWAERT (Bleu d’Encre)

TRANSPORT COMMUN de RIM BATTAL (LansKine)

LE COEUR EN LESSE d’AURELIEN DONY (M.E.O.)

LES JOURS ROUGES de BEN ARÈS (M.E.O.)

DEUX PERSONNES SEULES AU MONDE de KIM YOUNG-HA (Picquier)

LA CHAMBRE 3 d’EVELYNE WILWERTH (Lamiroy) 

PUTAIN DE PAYS NOIR de CARINE-LAURE-DESGUIN (Lamiroy)

DIOGÈNE ou LA TÊTE ENTRE LES GENOUX de LOUIS DUBOST (La Mèche lente)

UNE SAISON AVEC DIEU de JEAN-JACQUES NUEL (Le Pont du Change)

+

ON MARCHE SUR LA TÊTE de XAVIER STUBBE (Label Xavier Stubbe)

LES BEDAINES DE COTON de CYRIL MAGUY (Le Label dans la forêt)

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LECTURES de PHILIPPE LEUCKX

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LES TULIPES DU JAPON d’ISABELLE BIELECKI (M.E.O.)

SOLOMBRE de FLORENCE NOËL (Taillis Pré)

TIGNASSE ÉTOILE d’EVELYNE WILWERTH (M.E.O.)

LE MUSÉE DE LA GIROUETTE ET DU VENTILATEUR d’ÉRIC DEJAEGER (Gros Textes)

AIMANTS + RÉMANENCES d’ARNAUD DELCORTE (Unicité)

LE BOURDONNEMENT DE LA LUMIÈRE ENTRE LES CHARDONS de CLAUDE DONNAY (Le Coudrier)

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LECTURES de Jean-PIERRE LEGRAND

Le TOP 5 de JEAN-PIERRE LEGRAND

LE MYSTÈRE CLOVIS de PHILIPPE DE VILLIERS (Albin Michel)

LES ANNEES DIFFICILES d’HENRI BAUCHAU (Actes Sud)

KASPAR HAUSER de VERONIQUE BERGEN (Espace Nord)

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LECTURES de PHILIPPE REMY-WILKIN

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LIBRE COMME ROBINSON de LUC DELLISSE (Les Impressions nouvelles) 

LE DERNIER PHARAON de François SCHUITEN/Jaco VAN DORMAEL/Thomas GUNZIG/Laurent DURIEUX

LES SEINS DES SAINTES de CHRISTIAN LIBENS et la collection NOIR CORBEAU (Weyrich)

La PLATEFORME CULTURELLE PLIMAY avec SALVATORE GUCCIARDO

LE CHAT de GEORGES SIMENON 

UNE PETITE HISTOIRE DU ROMAN POLICIER de CHRISTIAN LIBENS (Weyrich)

MAI 68 amon nos-ôtes de THIERRY GRISAR (Le Cerisier)

LES BÂTISSEURS DU VENT de ALY DEMINNE (Flammarion)

KASPAR HAUSER de VERONIQUE BERGEN (Espace Nord)

Le second volet du COUP DE PROJO DES LETTRES FRANCOPHONES BELGES consacré à l’oeuvre de JACQUES DE DECKER 

+

L’émission culturelle de GUY STUCKENS sur RADIO AIR LIBRE 

+++

AUTRES 

LE CLUB LECTURE de LA BIBLIOTHEQUE de FONTAINE-L’ÉVÊQUE de PASCAL FEYAERTS autour la poésie francophone belge contemporaine

ÉRIC ALLARD, invité de CHARBON DE CULTURE sur BUZZ RADIO

 

2019 – LECTURES FRAÎCHEUR : VERS BIEN FRAIS / Une chronique de Denis BILLAMBOZ

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Denis BILLAMBOZ

Le farniente sous un bel ombrage c’est aussi l’occasion de lire des vers, des vers bien frais évidemment, j’en ai trouvé chez Bleu d’encre et chez LansKine. Des vers de Patricia RYCKEWAERT qui évoquent sa quête de ses origines et des vers de Rim BATTAL qui parlent eux aussi des origines de leur auteur, des origines doubles qu’elle essaie de conserver en équilibre de part et d’autre de la Méditerrannée.

=====

Là d’où elle vient

Patricia RYCKEWAERT

Bleu d’encre

Ce recueil de poésie ne comporte presque que des poèmes qui commencent par « Elle vient de… ». Tous ces poèmes, mis bout à bout, pourraient être la recension d’une quête de ses origines effectuées par celle dont l’auteure aurait mis en vers la recherche. Ce texte est un voyage, l’odyssée intime d’une fille dans son passé, une introspection pour déceler les failles qui ont fait que son histoire l’a construite comme elle est devenue, à travers ceux qui l’ont conçue, ce qui l’a façonnée, ce qui l’a marquée, stigmatisée, à tout jamais.

Dans sa préface, Jean Lavoué parle de « texte de naissance » et que « C’est d’« elle » qu’il ne cesse d’être question dans ces lignes ». L’auteur place en exergue à ce recueil trois vers de son préfacier qui illustrent bien le propos qu’elle entend développer dans ce recueil :

« Ce qui est sûr

C’est que rien n’advient

Sans une déchirure. »

 

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Patricia Ryckewaert

Et ce sont ces déchirures que l’auteure explore en fouillant le passé de cette « Elle » jamais nommée qui pourrait être elle, ou une autre, peu importe pour le lecteur qui suivra le chemin de cette quête sur des vers brefs, fluides, elliptiques qui expriment les sensations, les sentiments, les impressions qui ont construit les certitudes qu’elle pense avoir décelée dans les failles de son passé.

« Elle vient de l’attente ».

« Elle vient d’un reste

d’une trace ».

« Elle vient du silence

autour ».

« Elle vient d’un pays ardent… »

« Elle vient du balancement

des hanches ».

« Elle vient d’une terre

où rien ne pousse ».

« Elle vient de la poésie qu’elle écrit

Les doigts enfouis dans la terre ».

Peut-être qu’elle vient d’ailleurs, qu’elle n’est pas née sur cette terre ou l’auteure écrit, qu’elle a éprouvé quelques douleurs à se construire dans ce pays mais elle ne le dira pas, l’auteure devra se contenter d’étudier les failles qu’elle a décelée dans ce parcours intime.

Et nous, nous saurons à coups sûrs qu’

« Elle vient du secret des failles

Où ça ruisselle et ça souffre ».

Le recueil sur Espace Livres et création

Revue et Editions Bleu d’Encre

+++

Transport commun

Rim BATTAL

LansKine

Née au Maroc, Rim Battal vit entre son pays natal et la France, elle a « Le sentiment d’être un nouveau colosse de Rhodes, certains jours – un pied de chaque côté de la méditerranée – d’autres, la sensation d’avoir le cul qui s’érode entre deux chaises ». Elle cherche à transmettre ses origines, les drames que vit le continent africain qu’elle évoque à travers les migrants qui s’entassent sur les rives de la Méditerranée avec l’espoir d’un jour trouver vie meilleure au-delà de la mer.

« Être à Tanger : tourner le dos aux hommes bafoués

Aux femmes blafardes

Aux enfants qui dorment le jour

Dans les bras de femmes bafouées

Aux enfants qui ont pour jouets des seringues d’éther

… »

L’Afrique qu’elle montre c’est celle des pauvres qui sont devenus spectacle pour les fortunés qui pensent soulager leur bonne conscience en leur offrant des babioles.

« Madame : regarde-nous moins, nous en serons plus beaux et plus heureux encore. »

Rim a aussi ses icônes, comme Melania (Trump) donnée au monstre par le couple Obama le jour du sacre, « C’est le sacre du pire », « Ils la conduisent/ ils la livrent /Belle à l’abattoir ». Melania pourrait soulager la misère mais elle est condamnée à l’inaction, « Elle a cinq langues dans la bouche : aucune ne remue ». métaphore pour évoquer tous ceux qui voudraient agir mais ne le peuvent.

 

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Rim Battal

Rim mène un combat pour « Résister à la tentation de l’Europe et de l’Afrique qui s’enfantent l’une l’autre inlassablement », afin de conserver sa double culture et de ne pas perdre de vue ceux qui ne peuvent pas sortir de leur misère. Elle écrit son texte comme elle voit son pays d’origine dans une grande pauvreté mais dans une tout aussi grande dignité. Elle est pauvre de mots comme les Africains sont pauvres de tout mais elle les choisit avec beaucoup de rigueur, les sélectionnant pour qu’ils disent le mieux et le plus avec une grande économie. Son texte, quelques mots dispersés mais très explicites, a la noble beauté des peuples premiers à la noblesse altière mais, vers la fin, il se déchire en éclats qui se dispersent sur la page comme les migrants qui courent en tout sens pour fuir le malheur.

Avec les quelques mots qu’elle a choisis, Rim raconte en quelques vers éclatés ses origines, le continent africain en grande souffrance, l’exil, la femme toujours première victime, l’enfant à venir mais aussi l’amour comme dernier espoir, la poésie comme certitude.

« Plus rien ne nous fera douter de ce poème ». Jamais nous ne douterons du talent de Rim, toujours nous écouterons son message.

Le recueil sur LansKine 

 

LE COUP DE PROJO d’EDI-PHIL SUR LE MONDE DES LETTRES BELGES FRANCOPHONES #15

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Philippe REMY-WILKIN (par Pablo Garrigos Cucarella)

Les Lectures d’Edi-Phil

Numéro 15 (août 2019)

Coup de projo sur le monde des Lettres belges francophones

sans tabou ni totem, bienveillant mais piquant…

 

A l’affiche :

Un essai (Luc Dellisse), une BD (la reprise de Blake et Mortimer par Schuiten/Durieux/Gunzig/Van Dormael), deux romans policiers (Francis Groff, Christian O. Libens), et une note poétique (Salvatore Gucciardo) ; les maisons d’édition Les Impressions Nouvelles, Blake et Mortimer, Weyrich/Corbeau Noir.

 

(1)

Coup de cœur !

Luc DELLISSE, Libre comme Robinson, essai, Les Impressions Nouvelles, Bruxelles, 2019, 203 pages.

Le sous-titre annonce le programme : Petit traité de vie privée. Un programme audacieux. Tudieu ! Un auteur belge (enfin, il a pris la nationalité française en 99 mais est né chez nous, y vit, quoiqu’à éclipses, depuis des décennies) esquisse un portrait du monde qui nous environne et nous engloutit, les manières de s’y émanciper, d’y trouver son salut existentiel ! Bref, Luc Dellisse ose se confronter aux D’où viens-je ?, Où en suis-je ?, Où vais-je ? au moment où il est (idiotement) de bon ton de conspuer les élites (NDLA : entendons-nous sur ce terme et ne confondons pas Mandela et Trump, BHL et Nietzsche !) et donc l’interrogation, la remise en question, la possibilité… d’une île et d’un sortir des rails.

Osé, osé, osé !

Qui plus est, Dellisse, pour se montrer concret, s’offre en pâture et se raconte (avec pudeur et discrétion mais…), par un de ces faux paradoxes dont les penseurs ont le secret, vu qu’il insiste plusieurs fois sur la nécessité (ontologique) du jardin secret et des secrets pour tout créateur.

Luc Dellisse

Luc Dellisse. Un auteur. Polymorphe. Que j’ai connu, par ombre interposée, aux débuts de ma carrière, du temps où nous écrivions tous deux des scénarios de BD. Que j’ai lu, bien plus tard, comme romancier. Qui s’est ouvert tant d’autres sillons. La poésie, les essais. Un érudit aussi, un intellectuel, en son sens positif et majeur, qui a eu l’occasion d’enseigner à la Sorbonne ou à l’ULB, excusez du peu !

Nul doute qu’on va lui tomber dessus… si le livre est diffusé comme il le mérite, soit largement. On appréhende la critique. Ceux qui estimeront le livre trop déstabilisant ou trop bien écrit, trop nuancé pour être compris/digéré sans retour sur la phrase. Ceux qui, a contrario, s’attaqueront au CV de l’écrivain, qui n’est ni sociologue ni scientifique ni bouddhiste ni… Ceux qui ne supporteront pas ses grands écarts entre des considérations sur l’avenir de l’humanité et la meilleure manière de gérer un mariage, un aménagement, un petit déjeuner…

Grincheux, passez votre chemin ! Et je le dis fermement. Non que je cautionne tout ce qu’assène l’auteur. Mais. Tout ce qu’il dit, il le dit avec talent. Tout ce qu’il dit, il le dit pour l’avoir éprouvé dans sa chair. Tout ce qu’il dit interpelle, c’est-à-dire émeut, interroge, invite à l’approfondissement, au débat. Tout ce qu’il dit, il le dit pour partager un arsenal qui pourrait permettre de mieux encaisser la vie, ou de la construire. Des notions d’esthétique, d’éthique se faufilent.

A tel point que…

Je renonce à un article traditionnel et invite divers camarades du microcosme littéraire à me rejoindre pour un feuilleton sur le livre. Tiendrons-nous la distance ? Je ne sais. Mais ainsi ferons-nous un bout de route plus conséquent avec des pages qui tendent leurs voiles vers le Sens, qui est le sang qui vitalise nos vies.

Tout de même… Le temps que mes camarades fourbissent leurs armes, ouvrons le chantier du livre.

200 pages et… une septantaine de courts/très courts chapitres, ce qui en dit long, déjà, sur une volonté d’explorer grand large mais, tout autant, de ne pas sombrer dans le pensum, d’arcbouter un texte solide à une construction dynamique, qui conjugue efficacement temps de digestion et relance de l’intérêt. Et, déjà, une considération en surplomb de l’opus : quel que soit le genre d’un livre (et celui-ci peut épouser mille rythmes !), lire doit toujours rimer avec embarquer.

 

Au frontispice, une phrase de Voltaire :

« Je ne connais d’autre liberté que celle de ne dépendre de personne ; c’est celle où je suis parvenu après l’avoir cherchée toute ma vie. »

Mise en abyme du projet !

Qui doit être illico mise en rapport avec son décor. Le monde dans lequel nous évoluons. Qui est l’objet du premier chapitre : « Du nouveau sous le soleil ».

Avec la phrase de Voltaire et le premier chapitre, le contenu du livre entier est annoncé en ses deux pans : rappeler (et démontrer ?) que le monde qui nous accueille n’a jamais eu d’équivalent (car il arrive que l’Histoire « innove absolument » !) ; expliciter comment il est encore possible d’échapper au rouleau-compresseur du Système (qui lamine nos acquis sociaux, nous contrôle chaque jour davantage et comme jamais, etc.)… en transférant la résistance sur le plan de la vie privée.

 

Voir la présentation du livre sur le site de l’éditeur :

https://lesimpressionsnouvelles.com/catalogue/libre-comme-robinson/

Voir, aussi, le texte de Frédéric Saenen, dans Le Carnet, qui nous a donné envie d’aller y voir de plus près) :

https://le-carnet-et-les-instants.net/2019/06/13/dellisse-libre-comme-robinson/

 

Premier épisode du feuilleton Libre comme Robinson : à suivre (septembre) !

 

(2)

Déception !

François SCHUITEN/Jaco VAN DORMAEL/Thomas GUNZIG/Laurent DURIEUX, Le dernier Pharaon, BD, Editions Blake et Mortimer, Bruxelles, 2019, 91 pages.

Blake et MortimerLe dernier pharaon

Le dernier… Blake et Mortimer.

Une BD ? Un mythe ! Aux connotations très romanesques et littéraires (remember les pavés de textes redondants !). D’autant qu’un ami cher annonce un opus sortant du moule des suites poussives, un scénar élaboré par un cinéaste et un écrivain/romancier, un Schuiten au dessin (dont les productions habituelles, boostées par l’écrivain Benoît Peeters, louvoient vers la littérature).

Mais. Quelle erreur de casting ! L’essence de la série repose sur la capacité narrative (décoiffante pour son temps) du fameux Edgard-Pierre Jacobs. Comment oublier l’errance de La Marque jaune dans le décor londonien (la Tour de Londres, les quais de la Tamise…) ? Or Schuiten est un illustrateur/architecte bien davantage qu’un auteur de BD au sens traditionnel, il se montre maladroit avec la gestion des personnages, l’action, la narration. On remarquera que son complice des Cités obscures (série mythique qui a donné des lettres de noblesse à la BD, dont je possède deux sérigraphies) s’est abstenu. Or Benoît Peeters est extraordinairement polyvalent et aventurier (éditeur, scénariste, romancier, essayiste, biographe, etc.). Et c’est un homme très intelligent. A-t-il pressenti le danger ?

Au niveau de la première perception, celle des planches, on opposera de très belles illustrations (qui ont à voir avec les capacités de Schuiten à élaborer des espaces urbains, des bâtiments… en architecte/poète urbain) et de belles couleurs (Durieux) à une foultitude de cases rébarbatives et de personnages amidonnés sinon repoussants.

Thomas Gunzig, Laurent Durieux et Jaco Van Dormael autour de François Schuiten devant la table à dessin sur laquelle est né «Le Dernier Pharaon ».
Thomas Gunzig, Laurent Durieux et Jaco Van Dormael autour de François Schuiten

L’écriture ? Les scénaristes ont osé évacuer les légendaires pavés (comme le méchant légendaire Olrik !) et rompre ainsi avec le cahier de charges, le clin d’œil, on s’attendrait, dans la foulée, à un niveau de langue plus élevé, plus vivant, plus naturel, décapant même avec un Gunzig aux manettes. Et… que de dialogues d’une platitude létale !

« — Je vais faire le reste seul.

  • Attendez ! Je viens avec vous. J’ai un mauvais pressentiment.
  • Bon sang, Lisa. C’est beaucoup trop dangereux !
  • Vous pouvez penser ce que vous voulez, c’est ma décision.
  • J’imagine que je ne peux pas vous en empêcher. »

Quant à la narration… Elle tient de la fable. Mais. Elle me semble plus prétentieuse qu’ambitieuse. Peut-on un seul instant se passionner pour la mission de Mortimer, les interférences de Blake (peu militaire !), l’amourette qui surgit au hasard des planches finales ? Est-il possible de percevoir la profondeur des enjeux évoqués et la nécessité d’un rebours (se débarrasser du net et autres joyeusetés modernes) ?

In fine. Il me semble qu’une adaptation réussie, une succession nécessitent de conjuguer la capacité à sauvegarder l’âme/essence de l’œuvre tout en la modernisant, la transposant, la personnalisant. Une fidélité à l’esprit et non à la lettre. Or je crois que les auteurs réunis sont passés à côté dudit esprit et ont utilisé les ingrédients mis à leur disposition avec un peu trop de recul, de distance.

Reste qu’ils ont osé aller à contre-courant et sortir du copié/collé. Qui sait si une lointaine relecture ne me permettra pas d’y voir plus clair…

 

(3)

Un projet éditorial enthousiasmant !

 

Noir Corbeau.

Excellent titre, au demeurant.

Les éditions Weyrich ont eu la superbe idée de lancer une collection policière belge, avec une mise en valeur des sites, des produits locaux, etc. Enfin, un élan culturel tendant à revendiquer une identité… dans le meilleur sens du terme (qui n’exclut nullement l’autre, l’étranger, le monde).

Weyrich a même mis les petits plats dans les grands en ouvrant son projet par l’édition d’un hors-série dynamique, portraiturant l’aventure du genre en nos terres :

https://le-carnet-et-les-instants.net/2019/06/23/libens-une-petite-histoire-du-roman-policier-belge/

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Christian Libens

Un peu côté Cahiers du Cinéma ! On théorise puis on passe à l’action. Un opus de Christian Libens qui, en grand simenonien, a sans doute beaucoup à voir avec la mise en place de la collection. A vérifier ?

Mais Libens, justement, il s’y colle ! Nous revient comme Christian O. Libens dans l’un des trois premiers romans (les deux autres sont dus aux plumes/claviers de Francis Groff et de Ziska Larouge).

 

Je n’ai pas encore lu le Ziska (autrice dont j’ai précédemment loué l’enthousiasme narratif communicatif) mais j’ai livré récemment une recension du Groff :

https://le-carnet-et-les-instants.net/2019/07/13/groff-morts-sur-la-sambre/

 

Quant au Libens…

 

(4)

Christian LIBENS, Les Seins des Saintes, Weyrich/Noir Corbeau, Neufchâteau, 2019, 162 pages.

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Le roman se lit très facilement, il est vivant, les dialogues sont naturels, la langue fluide et adroitement canalisée, on découvre Liège, ses sites et son patrimoine, ses bonnes adresses. Les chapitres sont courts (d’une à quatre pages maximum), il y a un petit côté choral avec la mise en mouvement, en existence d’une foule de personnages attachants, pittoresques. Ajoutons quelques clins d’œil à des amis, à l’œuvre (et à l’étude) simenonienne(s), à un enquêteur issu d’un autre livre de la collection.

Vous l’aurez compris : tout cela est très ludique, très second degré. Et mon bémol se situe dans le sillage de cette observation, même s’il s’agit d’un choix délibéré, assumé. Le roman policier traditionnel est évacué. Certes, au centre du récit, un tueur se série s’attaque aux… seins de prostituées ou de femmes, disons, émancipées (les saintes !). Mais Francis, le policier, ne mène aucune enquête sous nos yeux, les suspects ne défilent pas, on n’approfondit pas l’identité des victimes et la résolution de l’intrigue nous prendra quasi par surprise. Non, l’intérêt du livre est ailleurs. Dans l’écriture, dans la gouaille des personnages ou leurs personnalités, la recréation de l’ambiance d’une ville, mille à-côtés qui interpellent, amusent.

J’ai parfois songé à Daniel Pennac, Tardi et Léo Mallet, Nadine Monfils. Et jamais à Mary Higgins-Clarke ou Agatha Christie !

 

(5)

Une note de poésie 

 

Happons quelques fragments publiés sur la plateforme de littérature contemporaine Plimay (www.plimay.com) et concluons cette mini-revue avec Salvatore Gucciardo :

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« (…)

Pourrais-je

Atteindre

Le dôme du ciel

Avant que la neige

S’éternise

Sur les veines du marbre ?

(…) »

(Veines marbrées).

« (…)

Ton visage d’odalisque

Aux lèvres pourprées

La verticalité ondulante

De ton nez aquilin

La saillie arquée

De tes yeux

(…) »

(L’onde vagabonde).

 

Edi-Phil RW.