LES TULIPES DU JAPON d’ISABELLE BIELECKI (M.E.O.) / Une lecture de Philippe Leuckx

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Philippe LEUCKX

Au-delà de l’intrigue échevelée, tumultueuse, complexe, le roman de la poète Isabelle Bielecki est avant tout un cri romanesque sinon autobiographique pour dire « je vis », « je résiste », « je suis fille de », « j’assume ma filiation » etc. On sent, à lire ce roman/récit mené avec une belle maîtrise (quelles que soient quelques préciosités chronologiques), avec en tête le personnage-moteur d’Elisabeth (presque anagramme d’Isabelle), que la narration de soi a un pouvoir insigne pour délester le réel d’un poids effroyable.

Les tulipes du Japon

Après le beau  doux, gentil Miura, pour lequel une passion offre à Elisabeth d’alléger sa profession (courtière en assurances dans une entreprise japonaise), la voilà aux affres, aux chaînes d’un Japonais atterri dans son service, mis là pour l’assujettir, pour la harceler…

Elisabeth n’a pas eu un parcours facile : des parents marqués au sceau de la déportation (Victor, le père, Russe; la mère, son « bourreau » familier, d’origine polonaise); le mari d’Elisabeth la comprend-il? Reste sa fille, chérie, Ania. Au départ, Elisabeth ne souhaitait pas d’enfant. Le milieu d’affaires est oppressant : les patrons, les clients, les proches. Combien d’amitiés ravalées à cause de l’usure (Irène) !

Abe, le tortionnaire japonais, est « un sale type ». L’âge venant, la fissure se fait sentir : le corps cède à la fatigue et cette belle femme sent que le temps lui échappe.

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Isabelle Bielecki

D’une écriture réaliste, précise, non exempte de poésie (il suffit de se reporter aux belles descriptions psychologiques des errements), le roman de Bielecki dénonce le sort régulier de nombre de femmes que l’Entreprise néglige, obsède ou harcèle comme la fragilité imposée dans notre société par le désir de durer et de plaire (Gaby, son ex-ennemie, ne joue-t-elle pas ces faux semblants?).

Bielecki a sûrement mis beaucoup d’elle-même (sa profession) dans ce roman qui égratigne le milieu des affaires comme celui des rencontres amicales (le personnage de Christian et de sa garçonnière); l’âpreté du récit reste longtemps dans l’ombre du lecteur, comme un gage d’authenticité, certes.

La maturité de l’auteure donne aux « Tulipes du Japon » son poids de réalisme psycho-social. Beaucoup de lecteurs s’y reconnaîtront.

Isabelle BIELECKI, Les tulipes du Japon, M.E.O., 2018, 240p., 18€.

Le livre sur le site de l’éditeur

Isabelle Bielecki sur le site de l’AEB

 

 

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