2019 – LECTURES FRAÎCHEUR : LECTURES STIMULANTES / Une chronique de Denis BILLAMBOZ

2019 - LECTURES FRAÎCHEUR : NOUVELLES FRAÎCHES / Une chronique de Denis BILLAMBOZ
Denis BILLAMBOZ

Une bonne idée pour garder un peu de fraîcheur dans les méninges et éviter la somnolence apathique en période de canicule ou de grande chaleur : lire des aphorismes et autres formules courtes et percutantes qui titillent les neurones. CACTUS INÉBRANLABLE Éditions a pensé à ses lecteurs désœuvrés risquant de s’exposer à l’ennui, il a édité une belle provision de ces textes stimulants, de quoi alimenter quelques belles heures de lecture sous des ombrages bien frais.

 

Cactus Inébranlable Editions

 

UNE PELLICULE SUR LA TÊTE D’UN PAUVRE TYPE

Patrick HENIN

Couverture une pellicule sur la tete d un pauvre type

Dans son propos introductifs, l’éditeur avoue qu’il ne sait pas grand-chose de cet auteur de « bonne rumeur » faute d’être de « bonne réputation » et il nous nous donne un conseil que, pour une fois, j’ai suivi : « Alors puisqu’on ne sait rien en dire, autant le lire… ».

Je l’ai donc lu et j’ai été convaincu, Patrick Henin est un auteur plein d’esprit et de finesse qui observe notre monde avec attention sans faire aucune concession. Certain chroniqueur a dit que ce recueil était bien équilibré, qu’il abordait tous les sujets importants, j’en convient tout à fait, mais, pour ma part, j’ai retenu quelques thèmes que j’ai trouvés très présents parmi les aphorismes présentés.

La bêtise humaine est évidemment le premier thème que l’auteur évoque, comme moi, il s’étonne que nous résumions toute la vie à des chiffres, des pourcentages, des ratios, des équations et qu’on oublie que le monde est aussi fait d’émotions, de sensations, d’impressions, de sentiments, d’idées, de pensées, …

« Plus on chiffrera le monde, plus les hommes iront chercher leurs mots ailleurs. »

Et comme tous les pouvoirs ne dirigent qu’en s’appuyant sur des chiffres, ils font tous faillite en entraînant le monde dans la grande muraille de vide qui nous entoure.

« Cette société est un assemblage aussi fragile que la porcelaine et je ne m’étonne pas qu’on élimine d’abord les éléphants. »

Dans ce recueil, l’éléphant est très présent, c’est le symbole de la destruction de la planète, la métaphore de l’incapacité des hommes à assurer leur bien être sans hypothéquer leur avenir. Les marchands ont aveuglé les dirigeants comme les consommateurs en les gavant d’illusions.

« Et on voudrait nous faire croire que si nous avons des pieds, c’est pour acheter des chaussures. »

Il restera toujours l’amour même si l’amour est un chemin souvent jonché d’embûches

« Elle m’avait donné l’épreuve de son amour. » Mais, « Avant qu’elle s’en aille, j’ai creusé un trou dans sa mémoire et je m’y suis caché. »

Alors pour dernier refuge, il nous restera les mots en espérant qu’ils ne seront pas altérés, dévoyés, estropiés.

« Business is business, mais pourquoi toujours parler en anglais ? Les saloperies sont des saloperies, c’est tout ! »

Alors rêvons, espérons que les mots seront plus efficaces que les bombes

« Quand est-ce que les mots couchés sur le papier se lèveront et marcheront dans la rue. »

Notre combat n’est pas seulement sur terre et dans les airs, il est surtout dans les mers, les mers qui lancent ce cri que nous n’entendons pas :

« Il y a tellement de bouteilles à la mer aujourd’hui, que c’est elle qui appelle au secours. »

 Le livre sur le site de l’éditeur

Cactus Inébranlable Editions

SOUS L’AVERSE, EN MOCASSINS

Pierre-Alain MERCOEUR

Couverture sous l averse en mocassins

Avant de rédiger cette chronique, j’avais jeté un œil sur l’anthologie que Jean-Philippe Querton a consacrée à l’œuvre d’Achille Chavée dont je parlerai plus tard. Il y rapporte une citation d’André Stas qui m’a fait immédiatement penser à ce recueil de Pierre-Alain Mercoeur que je venais juste de refermer : « Les auteurs d’aphorismes saisissent l’instant, s’y confondent pour le confronter avec leur temps intérieur, le silence… ».

J’ai tout de suite eu l’impression que cette définition s’appliquait particulièrement bien à cet auteur, il a su se dégager, sans y renoncer pour autant, du jeu de mots, du calembour, … pour rester au plus près de l’aphorisme tel que le définissent les auteurs qui font habituellement autorité en la matière. Je sais, le genre supporte mal l’autorité, le classicisme, l’exemple, … et s’exprime surtout dans l’invention, la créativité, l’inspiration mais il me fallait des mots pour exprimer ce que je pensais, alors…

« Le lecteur dans le tramway, cocher imperturbable malgré les cahots du transport, tient fermement les rênes de son livre ».

Pas Possible, Mercoeur m’a suivi, il m’espionne ! En effet, un recueil d’aphorismes m’accompagne quelques fois dans les transports en commun, ça se glisse facilement dans une poche, on peut interrompre et reprendre sa lecture à n’importe quelle page… et ainsi j’ai découvert Pierre-Alain Mercoeur que je ne connaissais pas encore.

Comme je l’ai dit plus haut, j’ai tout d’abord remarqué son originalité, sa façon de raconter des bribes de vie en quelques lignes sans chercher à faire un jeu de mots ou un calembour mais plutôt à décrire à sa façon des situations insolites, incongrues, ou qu’il rend insolites, incongrues, dans sa description. Comme dit son éditeur : il tricote des aphorismes et, c’est moi qui ajoute, en mettant toutes ses mailles à l’endroit pour que ses phrases restent belles et souples, qu’elles montrent une réalité que son œil seul a vue. Il a le sens de la formule :

« La corbeille à papier déborde de mouchoirs froissés comme si ma santé ne trouvait pas l’inspiration. »

Il sait débusquer la puérilité de notre civilisation et captant ses petits travers, qu’il dénonce en détournant un réalité devenue trop commune pour attirer l’attention.

« L’homme s’est exercé sans le savoir pendant des siècles à faire défiler des images sur un écran tactile, en passant son doigt sur la couche de poussière. »

J’ai aussi apprécié ses traits d’esprit, ses raccourcis, ses formules, qui détournent un petit rien quotidien pour en faire une inspiration drôle, une image insolite, un quiproquo incongru…

« « Sans tes lunettes, je ne te reconnais pas sur ces photos » me dit-il, alors je lui tendis mes lunettes ».

Et puis comment ne pas évoquer cette poésie qui nimbe de nombreux textes de ce recueil.

« Un verre d‘eau posé au pied du lit où viennent s’abreuver la nuit tous les petits animaux de ma solitude ».

« Le soleil qui s’éponge le front avec un nuage ».

Le livre sur le site de l’éditeur 

Cactus Inébranlable Editions

SILENCE, CHAVÉE, TU M’ENNUIES

1031 aphorismes rassemblés par Jean-Philippe QUERTON

Couverture chavee

« L’aphorisme m’accompagne depuis des années, je m’en suis nourri, parfois gavé sans jamais parvenir à m’en rassasier. » Jean-Philippe Querton confesse sa passion débordante pour les formes littéraires courtes, très courtes et même ultra courtes.

Après avoir publié en 2018, une magnifique anthologie des aphorismes produits par les auteurs belges dans  « Belgique, Terre d’aphorismes » de Michel Delhalle, il crée à nouveau l’événement en ce début d’année 2019 en publiant, à l’occasion du cinquantième anniversaire du décès d’Achille Chavée, l’intégrale des aphorismes qu’il a édités dans divers recueils et même certains qui n’ont été publiés, jusqu’à ce jour, que dans des revues, parfois glissés au creux d’un poème. Achille Chavée, c’est un peu l’idole de Jean-Philippe, c’est celui qui « a été le premier à me donner le goût de la forme brève, la passion de l’aphorisme qui fait sourire ou laisse rêveur, le plaisir de déguster ces phrases courtes, incisives, … »

Pour accompagner ces 1031 fragments et conférer une plus grande solennité à son hommage, Jean-Philippe Querton a battu le rappel des amis et des admirateurs du célèbre auteur. Christine Béchet a écrit une préface, courte évidemment, mais incisive et percutante, soulignant le côté drôle des textes de l’auteur.

« Toute l’œuvre de Chavée se promène entre le séreux parfois grandiloquent et l’humour de l’homme qui regimbe. Grimace métaphysique ou clin d’œil malicieux du poète qui s’observe, observe le monde, désacralise, démystifie ».

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Nombreux sont ceux qui ont témoigné, Simone son épouse, André Lorent, Pol Bury, André Balthazar, Jean-Paul Baras, Michel Voiturier, Jacques Sojcher, Pierre Della Faille, André Miguel, Achille Béchet , Michel Delhalle, Jérémie Sallustio, chacun a mis en évidence un aspect de cet homme hors du commun qui, outre ses textes, a laissé une image dans son paysage, dans sa rue, à la Louvière, dont il fréquentait assidûment le bistrot et surtout dans la littérature contemporaine belge et même dans toute la littérature francophone. Tous ces témoins confirment, si nécessaire, qu’Achille Chavée est désormais entré dans la légende où, après cette publication, il restera ancré à jamais.

Avant d’avoir lu cette intégrale, je connaissais un peu cet auteur parce que ses amis et ses admirateurs en parlent avec une telle admiration que ça suscite la curiosité et l’envie de goûter soi aussi à ce régal littéraire. Pour moi, l’aphorisme a longtemps été un mystère, je n’avais jamais compris sa définition, j’ignorais si de quelconques règles pouvaient le définir. Après quelques années passées en compagnie des publications du Cactus inébranlable et à recevoir les avis, remarques et réflexions de Jean-Philippe Querton, désormais je sais qu’on ne le définit pas, qu’on ne le réglemente pas : on le sent, on le goûte, on le déguste, on s’en délecte. C’est toute une éducation du goût littéraire qu’il convient d’acquérir en lisant, lisant encore, les grands auteurs et tout d’abord Achille Chavée. Après la lecture de cette intégrale, je crois que je commence à le comprendre surtout, quand en ce jour de canicule, je lis : « J’aime le soleil mais à l’ombre ». Comment vous faire mieux partager mon problème actuel ? Merci Achille.

A travers cette publication, c’est un formidable hommage que Jean-Philippe Querton rend à son idole. Je voudrais vous laisser cette citation du maître de la forme courte, qu’il a placé juste avant la préface de cet ouvrage, je crois que vous comprendrez mieux le sens profond de son œuvre après l’avoir lu.

« (…) la réalité qui nous entoure garde toujours son agressivité. Et il est indispensable, bien sûr, de tenir compte de cette réalité. Et il faut s’en défendre. Et pour ma part je crois que j’ai trouvé dans l’aphorisme (…) un système d’auto-défense. Et ça crée aussi un équilibre entre le lyrique et le réel ».

Et « Encore et toujours, à la fortune du mot ! », surtout quand il est bon !

Le livre sur le site du Cactus Inébranlable 

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