LA FABRIQUE DES MÉTIERS – 40. CONDUCTEUR DE BRAVOS

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L’homme, la femme – et leurs croisements intermédiaires – ont besoin d’idoles : politiques, religieuses ou littéraires.

On observe ces derniers temps des foules marries à l’idée d’hommes politiques disparus depuis cinquante ans ayant été indûment privés de T-shirts pour leurs icônes, des élans de ferveur en faveur d’écrivains qu’on avait cru morts et enterrés retrouver une vigueur de ressuscité dominical à la faveur d’un retweetage de leur oeuvre vite devenu viral, de brillants porteurs de signes extérieurs religieux être encensés par des sommités du monde laïque en veine de reconnaissance publique.

Imaginons maintenant Cyril Hanouna publier son premier roman (avec l’aide, soit, de son chroniqueur littéraire Eric Naulleau, pas à l’abri d’un Jourde), un député permanent ordinaire se mettre à l’art contemporain (façon Jeff Koons sans sa blonde), mon pharmacien devenir imam (ou rabbin ou moine tibétain) ou encore mon beau-frère Pierre-Yves (avec un tel prénom, rien d’impossible) devenir ministre régional. Et les foules de leurs affidés d’aussitôt se mettre à organiser marches blanches et sit-in (avec bulles, plumes & envols de ballons) sur la place de leur village respectif.

C’est ici que le conducteur de bravos, fort de ses années de philosophie zen et de psychologie sociale, entre en scène. À l’instar du modérateur de salle de conseil communal à l’arrivée du bourgmestre et de son clinquant collège, il doit contenir les vivats, les marques d’enthousiasme, les mille bravos, les applaudissements nourris – à base de produits culturels locaux, forcément surréalistes – du petit peuple de ses admirateurs (infiltrés par quelques contempteurs notoires – il y en a toujours pour ne pas plaire comme tout le monde). Car qui trop applaudit se casse les mains et les reins (s’il ne coordonne pas bien ses ébranlements) et n’a plus la force d’œuvrer au renouveau intercommunal de sa région.

Le conducteur de bravos réfrène donc les ardeurs, il rend la raison aux foules en délire en leur rappelant qu’après tout rien ne sert d’idolâtrer, il faut agir à poings fermés. En leur démontrant par a plus b n’égale pas ab que leur force est en eux, au cœur de leur joie enfouie dans leur manière de ne se conformer point à un quelconque cercle (même vertueux), comme l’a montré Spinoza qui, quoique éthiquement parfait, a débuté – on le sait peu – comme conducteur de bravos.

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