LA SAISON LITTÉRAIRE 2019-2020 : JEUX DE DOUBLES

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Denis BILLAMBOZ

Voici deux textes qui proposent chacun une habile déclinaison du jeu de doubles qui a passionné de nombreux auteurs. JUN’ICHIRÔ TANIZAKI avec l’immense talent que nous lui connaissons pour ce genre d’exercice, tricote une intrigue fort adroite où les personnages se dédoublent pour embrouiller le lecteur et le conduire sur de fausses pistes. MICHEL JOIRET lui a construit une histoire où un professeur très actuel tente de se réincarner en disciple de Pline l’Ancien au moment où il fut victime de la colère du Vésuve. Deux lectures à lire avec une attention toute particulière.

 

Dans l’œil du démon

Jun’ichirô TANIZAKI

Editions Picquier

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À Tokyo, un écrivain termine la nouvelle qu’il doit impérativement remettre à un journal quand il est dérangé par un de ses amis qui l’invite à l’accompagner dans une bien étrange aventure. Il sait où et quand un meurtre va être commis mais il ne connaît ni la victime ni le tueur. Il ne veut surtout pas manquer cet événement et incite son ami à le suivre. Les deux compères assistent donc à ce meurtre mis en scène par un couple dont la femme est très belle, en regardant à travers un trou dans la cloison d’une maison vétuste d’un quartier isolé de la ville. Fort impressionné par ce crime, sa conception et sa mise en scène, l’ami décide de retrouver la femme qu’il rencontre assez facilement, trop ? Bientôt, le couple s’installe chez l’ami, un homme fortuné, qu’ils plument bien vite, le tenant totalement dans leur dépendance. L’écrivain reçoit un jour une missive de son ami qui lui demande d’assister à sa mise à mort qu’il a choisie, la même que celle qu’ils ont vue ensemble, pour lui rendre un dernier hommage avant qu’il quitte la vie dont il ne veut plus. Malgré de fortes réticences, l’écrivain accepte et voit pour la seconde fois ce macabre spectacle avec, cette fois, son ami pour victime. Fort ébranlé par le choix macabre de celui-ci, il essaie de comprendre le pourquoi de sa décision quand une nouvelle missive remet en question tout ce qu’il avait cru comprendre et pu imaginer.

Image associée
Jun’ichiro Tanizaki en 1949, à l’âge de 63 ans.

Une histoire machiavélique comme Tanizaki sait magnifiquement en tricoter, une intrigue qui embarque le lecteur à la frontière d’un autre monde sur fond de désir et de perversion sexuels, à la recherche de sensations fortes. Un texte qui plonge le lecteur jusques au cœur des entrailles des femmes et des hommes pour en montrer la partie la plus instinctive, la plus animale, celle qui les rend capables de tout pour satisfaire leurs envies et leurs plaisirs. Mais aussi un texte qui expose toute la virtuosité du maître nippon pour tisser des intrigues particulièrement élaborées exigeant une grande attention de la part du lecteur.

Et, même si ce texte a fait l’objet d’une traduction, on peut attribuer à Tanizaki la qualité des descriptions qu’il comporte, aussi bien celles des personnages que celles des lieux et des scènes où l’intrigue se noue. L’auteur décrit les protagonistes de son intrigue avec, dans leur portrait, tous les défauts et les qualités qu’ils déploient pour donner vie à l’histoire qu’il a conçue. Les personnages qui assassinent les deux victimes interprètent leur rôle comme des êtres réels ou comme des comédiens sur la scène d’un théâtre.

Le livre sur le site de l’éditeur

À LIRE AUSSI :

NOIR SUR BLANC de TANIZAKI (Éd. Picquier) par Denis BILLAMBOZ

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Les larmes de Vesta

Michel JOIRET

M.E.O.

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Michel Joiret doit être autant passionné par l’antiquité romaine que son héros, Luc, professeur de lettres classiques à l’Athénée des Coteaux à Bruxelles qui essaie d’intéresser ses élèves en les plongeant dans la vie des Romains à l’époque de Pline l’Ancien victime de l’éruption du Vésuve en 79. Luc aime réinventer le vie quotidienne des Romains de cette période faste, il se met lui-même en scène, et ses élèves apprécient ses cours en forme de spectacle au moins parce qu’il les laisse jouer avec leur joujou téléphonique pendant qu’il s’incarne en Lucius, un ami de Pline le Jeune. Il se laisse inexorablement glisser dans son délire antique au fur et à mesure que sa famille se décompose, cherchant de plus en plus le réconfort dans les potions magiques que lui fournit une amie.

L’auteur entraîne son personnage sur les pas de Lucius dont l’histoire est très parallèle à celle du professeur de moins en moins enseignant et de plus en plus dépendant de ses potions. Luc a trouvé les carnets intimes de sa mère qu’il nomme, Maman Lune, où elle raconte la vie abominable qu’elle a menée sous la domination brutale de son second mari. La pauvre femme s’enfonce de plus en plus dans une piété mystique où elle perd jusqu’à son humanité. Lucius, lui, a perdu le goût de la vie quand son maître Pline l’Ancien a été victime de la furie du Vésuve, il s’abandonne dans les bras d’une prostituée où il trouve un maigre réconfort comme Luc en trouve un tout aussi maigre dans les bras de la mescaline.

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Michel Joiret

C’est à un véritable jeu de double que se livre l’auteur, Luc glisse de plus en plus dans les pas de Lucius qui, comme lui, eut une mère, Luna, qui connut un mariage bien malheureux auprès d’un ex-légionnaire peu attentionné et très brutal. Sous l’effet de la drogue, Luc quitte progressivement son univers, devient de plus en plus Lucius et abandonne progressivement le souvenir de Maman Lune pour retrouver celui de Luna la mère de Lucius. Luc et Lucius semble peu à peu se fondre en un seul et même personnage réincarné à près de deux millénaires d’écart, fils d’une malheureuse femme, Luna, soumise à Vesta devenue Maman Lune tout aussi soumise à sa religion catholique.

Ce texte n’est pas seulement un subtil et adroit jeu de doubles, c’est aussi un excellent documentaire sur la vie à Rome et à Pompéi au premier siècle de notre ère. Et, peut-être que c’est aussi une façon pour l’auteur de nous montrer que quelles que soient les époques et les lieux, la violence et la brutalité, les malheurs et les dangers et les faux traitements sont toujours bien présents causant les mêmes préjudices, entraînant les mêmes désastres.

Le livre sur le site de l’éditeur

 

 

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