DANS L’ARC D’UN REGARD DE CARYATIDE de CARMEN PENNARUN (L’amuse Loutre) / Une lecture de Paul GUIOT

JE VAIS, À LA MESURE DU CIEL de SOPHIE BRASSART (Éd. du Cygne) / Une lecture de Paul GUIOT
Paul GUIOT

Poèmes de Carmen et photographies de Gilles Pennarun.

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Ce livre ébranle une position que j’ai tendance à partager et selon laquelle l’inspiration ne serait qu’une chimère, tant le premier mot qui me vient à l’esprit quand je lis les poèmes de Carmen est « inspirée ».

L’inspire

suspend la vie aux courbes
de l’espace
jusqu’à ce qu’expire
s’accomplisse
en cliché entrevu
au froissement léger
d’un tournant de l’esprit

Inspirée, sa poésie l’est dans un double sens puisqu’elle puise sa source dans l’œuvre photographique de Francesca Woodman. Cette artiste, aussi douée qu’écorchée, mit fin à ses jours alors qu’elle n’avait que 22 ans, nous laissant une œuvre sombre, étonnante par le fait qu’elle arrivait comme qui dirait à photographier les fantômes qui la hantaient.

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Autoportrait de Francesca Woodman

 

Sa nature était celle des pierres
dont on bâtit les cathédrales
elle avait de la lumière
saisi tous les miracles
sans vitrail, sans voûte

Seuls les arcs-boutants
de son regard clair
lui permirent d’ériger
une nef d’images
où l’immatériel de la présence
se laissait écrire par la lumière
qu’elle aiguillait, l’amenant
jusqu’au point d’orgue
– la prise de vue
photographique –

 

Bien avant que la lumière ne la défroissa
elle s’était emmêlé les pétales
sous le bleu immense du ciel

De tout son jaune terrestre
Elle orchestrait la fuite

*


Dans les longs corridors
De son château intérieur
traînaient des confidences
où l’inassouvi laissait se fendre
la pierre tendre des innocences
juvéniles

*

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Carmen Pennarun

La poésie de Carmen est faite d’allitérations, d’allusions, de vers tantôt rythmés tantôt libres, de jeux de mots subtils, de couleurs et d’impressions volatiles, parfois volages ou impertinentes, mais toujours au service de la beauté.


il faut tendre jouvence
aux parents tonnerre
et couver le pardon
d’un duvet d’innocence
laisser les beaux coups
d’indocilité
édifier notre fougue

Revisiter Guerre et Paix en 12 vers, qui le peut moins ?

Les caryatides invoquent la muse
féminin pilier d’un monde
que l’homme voue à la guerre
et qu’elles maintiennent debout

Un peu lasses, parfois
Vigilantes, toujours

Leurs regards scrutent
l’horizon d’une aube
bruissante de chants
de vie
tandis que dans leur dos
se reposent les valeureux

*

Et tous ces mots que les photos de Francesca lui soufflent… lui souffrent aussi :

La tapisserie était une jupe gitane
où cessaient de se cacher
les jambes nues
quand surgissait l’image

Déflorée

ribambelles de récits naissaient
le long de ces pistes
d’éternité murale

si loin

le jardin d’Éden

*

Elle tournait dans son lit
son corps jeune
et ses idées fragiles
imaginant les mains
qu’elle prendrait en photo
le lendemain

Quelle que soit sa durée, la vie est trop courte. On ne sait que trop combien vite le temps file… et que vite il te faut courir avant qu’il ne t’enfile.

Excusez-moi
je cours
avant que tout ne s’efface
devant moi

le bruissement
de mes jupes dissipe
la formation des cristaux
attachés aux souvenirs

La vitesse enroule
un cordon d’estime
autour de ma destinée
elle exhorte la pensée narcissique
à annuler son programme
converti en heures trop lentes

Cherche l’erreur !

Le temps de l’amour s’éternise
il ajuste à la perfection la trajectoire
sur l’amplitude de notre instinct
de survie. Le cadran universel
poursuit les étoiles filantes
et les redirige dans le cosmos

L’espace est une demeure
qui n’ignore aucune existence
même quand elle souhaite
devenir arbre et s’épanouir
sous les rayons lunaires

 

Les textes alternent avec les photos prises par Gilles, le mari de Carmen. Au fil des pages se déroule un travail de couple, un travail de longue haleine. Les images sont saupoudrées d’érotisme discret, d’allusions à la tragédie, de paysages, de monuments grecs. Elles ajoutent une respiration, une légèreté au thème sous-jacent.

Le livre sur  le site de Publiédit

 

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