LA SAISON LITTÉRAIRE 2019-2020 – BEAUX LIVRES / Une chronique de Denis BILLAMBOZ

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Denis BILLAMBOZ

Ils sont tellement beaux que je ne peux pas vous les cacher. C’est, en premier lieu, un remarquable travail éditorial effectué par les Éditions PICQUIER sur l’œuvre du peintre sino-arlésien JI DAHAI. Ce catalogue présente une centaine de peintures ornées chacune d’une légende calligraphiée et complétée d’un court poème. En second lieu, c’est un tout aussi magnifique travail, effectué par ce même éditeur, présentant une nouvelle édition des Fables de LA FONTAINE illustrées par des maîtres de l’estampe japonaise. À lire et à regarder avec gourmandise.

 

Arbres

JI Dahai

Editions Picquier

Arbres

Né en Chine vivant en Provence, il a son atelier en Arles, Ji Dahai est un artiste qui conjugue la calligraphie, la peinture et la poésie en un seul art pour, dans cet ouvrage, rendre hommage à la forêt où il aime tant déambuler en écoutant la voix des arbres.

« … je flâne dans la forêt où les arbres chantent dans toutes les langues, les langues des poètes »

Ce présent ouvrage n’est pas un beau livre, c’est un magnifique livre, une merveille qui comporte plus d’une centaine de peintures. Des peintures aux teintes allant du vert d’eau au gris le plus foncé en passant par toute une gamme de bronze, du jaune à l’ocre avec une pointe de rouge, de ce rouge comme la Provence en a tellement produit. En équilibre entre deux cultures,

« Deux cultures, chinoise et française, me nourrissent. L’une depuis ma naissance, l’autre depuis l’âge de onze ans. Heureuses rencontres en moi de grands esprits parfois, je me retrouve plus souvent au milieu de coutumes qui s’opposent. »

Dahai
JI Dahai

Ji Dahai a fondé son œuvre sur la calligraphie qui est la base de tout son art,

« L’unique trait qui forme « Un » à l’horizontale marque la séparation entre le Yin et Yang, entre la terre et le ciel … Ce trait fait naître ainsi une civilisation où la peinture, la poésie et la calligraphie ne font qu’un. »

Chaque peinture présentée dans cette exposition de papier est ornée d’un texte calligraphié : une citation, une maxime, une pensée, …, de l’auteur. Et, chacune de ses peintures ainsi ornée de son inscription calligraphique est complétée par un court poème de l’auteur ou d’une citation d’un maître de la littérature classique chinoise.

Ce recueil est dédié aux arbres, aussi bien français que chinois, Ji Dahai passe du cerisier au platane, de l’Extrême-Orient à la Provence, sans aucune transition, comme si ces arbres constituaient une seule et même forêt, un seul et même peuple. Aux arbres considérés comme personnes, comme êtres vivants :

« Arbre crie

 Arbre rit

Arbre pleure

Arbre chante

Arbres roucoulent

Arbres bécotent

Arbre rougit

Arbre fait une parade nuptiale à son ombre ».

Cet hommage aux arbres et, plus largement à la forêt en général, évoque, pour moi, le magnifique texte de Kenzaburô Oé, « M/T et l’histoire des merveilles de la forêt » dans lequel il évoque son fils handicapé qui vit en harmonie avec les arbres. Je pense que Ji Dahai rejoint le grand auteur nippon dans son approche philosophique des relations des hommes avec la nature dans un large panthéisme. Mais, Ji Dahai c’est aussi un très grand poète comme l’atteste les légendes qu’il inscrit sous chacune des peintures qu’il présente :

« Le pin tend ses bras pour capturer l’éclat de la pleine lune. »

« Le vin n’est pas fait, mon cœur est déjà ivre. »

Comme l’écrit l’éditeur sur la quatrième de couverture, c’est « Le regard neuf et singulier d’un artiste chinois qui vit en Provence et parle le langage des arbres ». Un artiste qui confesse : « Lire les Alpilles avec mon pinceau ».

Le livre sur le site des Editions Picquier

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Fables

Jean de LA FONTAINE

Editions Picquier

FABLES Lafontaine

« Quand le Japon, après deux siècles de rigoureux enfermement sur lui-même, s’ouvrit enfin au monde en 1854, l’Occident vit peu à peu apparaître – … – un art qu’il ne connaissait quasiment pas, celui des estampes de l’ukiyo-e, « images d’un monde flottant », c’est-à-dire éphémère ». Vers la fin du XIX° siècle quand l’empereur eut repris son pouvoir confisqué pendant de longues années par le shôgun, et ouvert son pays au monde, Hasagawa Takejirô fit traduire des contes japonais pour qu’ils se vendent mieux à l’étranger. Il avait aussi le projet d’exporter des estampes japonaises en Occident et pour la France, il confia à Pierre Barboutau, un Français qui séjourna longtemps au Japon, le soin de réaliser un ouvrage illustré d’estampes japonaises. L’objectif premier de cette publication était de faire connaître l’art de l’estampe si peu répandu en Occident et les plus grands maîtres de ce genre pictural : Sesshû, les Kamô, les Kôrin puis les Okia, les Utamaro, … parfaitement méconnus en ces contrées.

Barboutau a choisi de proposer aux artistes nippons d’illustrer des fables de La Fontaine sans qu’aujourd’hui encore on connaisse les raisons de son choix. On sait seulement comment il a sélectionné celles qu’il leur a proposées « Le choix des fables de La Fontaine que nous offrons au public, est surtout basé sur la plus ou moins grande difficulté que nous avons rencontrée à traduire le sens de ces fables aux artistes Japonais ». il semblerait que les estampeurs japonais n’aient pas eu accès à la traduction des fables et que leur choix est plutôt fondé sur la connaissance qu’ils ont de certains animaux très présents dans la mythologie et les légendes nipponnes : le renard, la grenouille, le rat, … dont ils connaissent bien le caractère et les caractéristiques qui leur sont attachées.

Ce recueil fut donc édité en 1894, une seconde édition fut publiée la même année et une nouvelle en 1904, c’est celle qui a servi de modèle pour cette édition présentée à l’occasion de la rentrée littéraire de l’automne 2019. C’est un ouvrage absolument magnifique comportant une trentaine de fables pour certaines très connues du grand public – celles qu’on apprend en général sur les bancs de l’école, du moins quand je la fréquentais -, pour d’autres moins et pour d’autres encore absolument pas ; le choix ayant été fait, comme je l’ai dit ci-dessus, par la capacité des illustrateurs à comprendre les desseins de l’auteur. Chacune des fables est accompagnée d’un estampe pleine page ou sur double page où les sujets de la fable illustrée sont toujours bien en évidence dans un paysage souvent très épuré aux couleurs pastel comme on en voit souvent dans les estampes japonaises. Ces illustrations dégagent un sentiment de paix, de quiétude, de sérénité que les personnages de La Fontaine semblent venir perturber.

C’est un superbe travail éditorial réalisé par les équipes de Philippe Picquier, un véritable ouvrage de collection, mais aussi une occasion de contempler et même, pour certains, de découvrir les estampes japonaises. Et, je suis sûr que les nombreux admirateurs de l’art pictural prendront, tout comme moi, un grand plaisir à redécouvrir, ou tout bonnement découvrir, ces tout aussi magnifiques fables de Jean de La Fontaine. Un ouvrage à ranger dans le rayon où l’on serre les livres qu’on ne voudrait pas que des mains inexpertes manipulent au risque de les abîmer.

Le livre sur le site des Editions Picquier

 

 

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