LA SAISON LITTÉRAIRE 2019-2020 : MES CARNETS DE POÉSIE / La chronique de Denis BILLAMBOZ

Résultat de recherche d'images pour "denis billamboz"
Denis BILLAMBOZ

En cet automne, pour remplir mon carnet de poésie, j’ai puisé dans ceux du Dessert de lune où j’ai trouvé de la très belle poésie en prose de JEAN-CLAUDE MARTIN, de la jolie poésie tout aussi joliment illustrée, de sa propre main, de LUCE GUILBAUD et de la poésie corrosive d’ERIC DEJAEGER qui stigmatise les faux poètes qui ne sont que « powètes » tout juste capables de commettre quelques vers présomptueux.

+

Vies patinées

Jean-Claude MARTIN

Les Carnets du dessert de lune

Résultat de recherche d'images pour "vies patinées de martin les carnets du dessert de lune"

Elle est belle, fluide, imagée, dépouillée, élégante, la poésie de Jean-Claude Martin, elle respire la patine du poète qui a longtemps traîné sa plume sur le papier, remis cent fois sur le métier son œuvre et sa vie. Cette vie, on a l’impression qu’il l’avait imaginée autrement. « Notre vie tient de la flèche et du cerceau. Nous partons vers un but. Mais la plupart des vies passe à côté de la cible ou marque pas loin de zéro ». Alors lui aussi il serait passé à côté de la cible et en éprouverait un peu d’amertume et même une pointe d’aigreur. Sa vie, il l’aurait subie comme il l’écrit : « Pousser les jours devant soi, comme détritus au caniveau. Sans but, sans haine, sans désir… »

Le temps, celui qu’il écrit avec un « T » majuscule, le maître du grand jeu de la vie, lui aurait filé entre les doigts comme le sable entre les doigts de l’enfant sur la plage. « Tu l’as eu ? Il t’a encore filé entre les doigts, et sa peau en passant t’a râpé l’âme jusqu’à la corde… Le Temps ! ».

Résultat de recherche d'images pour "jean claude martin poésie"
Jean-Claude Martin 

A l’automne de sa vie, Jean-Claude Martin, je le comprends, nous appartenons à la même génération, nous avons envisagé les mêmes idéaux, ou presque, nous avons bercé les mêmes rêves, peut-être, mais ce qui est certain c’est que nous avons usé le même Temps, ce Temps qui nous a fui et dont il voudrait bien encore une petite tranche, comme l’écrit Hervé Bougel dans sa bien belle préface : il s’agit de « vivre encore un peu, encore un moment, encore un instant… »

Jean-Claude Martin est un virtuose du poème en prose et celui ci-dessous résume à merveille ce recueil, son talent, son désabusement devant la fuite du Temps qu’il n’a pas rempli comme il l’espérait, la puérilité, la futilité, de la vie mais aussi l’espoir qu’on lui offre encore un tour de manège si grisant malgré les déboires qu’il peut infliger.

« Ce n’est qu’un mauvais moment à passer, vieillir : ça n’ira pas mieux « après « ! … Perdre ses souvenirs, ou ne plus savoir où les mettre. Ajouter une maille à la fermeture éclair du Temps… Maman, tu n’as plus d’argent pour un nouveau tour de manège ? T’avais qu’à attraper la queue du Mickey ! »

Le recueil sur le site de l’éditeur 

+

+  +  +

+

Qui va avec ailes

Luce GUILBAUD

Les Carnets du dessert de lune

Résultat de recherche d'images pour "guilbaut carnets du dessert de lun"

C’est tout petit, c’est joli, c’est mignon et c’est en couleur.

Est-ce de la poésie ? Est-ce un recueil de peintures aux couleurs pastel ?

Peu importe les questions, les définitions, les cases où l’on cherche à ranger les œuvres d’art. C’est un tout petit – c’est le format de la collection – recueil de poésies illustrées ou peut-être un petit catalogue de micro-peintures accompagnées d’une légende en vers libres et courts. Un petit opuscule qu’on lit, qu’on regarde, avec plaisir et attention pour ne laisser échapper aucun détail, aucune impression, mais qu’on écoute aussi, on l’a lu à haute voix, pour en apprécier la musique et voler avec les ailes de chacun au-dessus des pages de Luce Guilbaud.

Résultat de recherche d'images pour "luce guilbaud poésie"
Luce GUILBAUD

Dans ce recueil elle, a regroupé trente peintures accompagnées chacune d’un poème, trente poèmes qui évoquent un être, un objet, ou même un esprit, ou autre chose encore et même des choses qui volent pas du tout, mais tout ce petit peuple a en commun la particularité d’avoir des ailes pour voler… ou pas. C’est très joli, les couleurs sont douces, presque toutes à dominantes vertes, couleur de la nature et de l’espoir, les textes sont légers somme le souffle d’air qui porte insectes, oiseaux et papillons, jouant une douce musique apaisante quand on les lit à haute voix. L’auteure raconte avec ses mots et ses couleur un monde irénique, un petit paradis dans lequel on voudrait pouvoir s’isoler de temps à autre pour oublier les vilenies du nôtre.

 

Mais, ce recueil n’est pas que lecture et peinture, c’est aussi un jeu, Luce ne nomme jamais ceux qu’elle peint, elle les dépeint dans son texte, et dissimule la première et la dernière lettre de leur nom dans la peinture figurant en regard du poème, invitant ainsi le lecteur à un petit jeu de devinette qui l’oblige à mieux regarder chaque illustration pour en percer le secret. Pour l’exemple :

« D’amour tendre

il aime son amie

mais s’ennuie parfois au logis

chargé de messages urgents

il voyage par tous les temps

sans jamais perdre le Nord. »

Vous l’aurez vite reconnu sans même utiliser le P et le N figurant dans l’illustration. Si vous voulez jouer encore, il faudra acquérir ce recueil !

Le recueil sur le site de l’éditeur

+

+  +  +

+

Le violon pisse derechef sur son powète

Eric DEJAEGER

Les Carnets du dessert de lune

Résultat de recherche d'images pour "le violon pisse derechef sur son powète dejaeger"

 « Ecrire de la powésie parce que l’on se proclame powète est profondément ridicule. »

Dans un précédent recueil d’aphorismes, « Le violon pisse sur son powète », à coup de formules toutes plus aiguisées les unes que les autres, Eric Dejaeger dénonçait déjà les faux poètes, les « powètes » comme ils les désigne, les pauvres hères des lettres, qui posent, se pavanent, publient et croient avoir un don, mais la vraie poésie est un art de forçat, elle demande talent, travail et surtout humilité. Mais ça,  je l’ai déjà écrit après la lecture du premier recueil. Dans ce second recueil qui ne sera jamais le deuxième car l’auteur a promis que ce serait le dernier, il enfonce le clou en dégainant de nouveaux aphorismes, encore plus acérés, pour stigmatiser les poètes qui ne sont que des « powètes ». Ils n’atteindront jamais le statut de « poëte » comme l’écrit Paul Valéry dans « La renaissance de la liberté » (Bartillat/Omnia poche) que j’ai lu juste avant l’ouvrage du barde du Pays noir.

« Le powète ne se creuse jamais la tête, seulement le nombril ».

« Le powète n’a jamais dit la vérité, il ne doit pas être exécuté » ; (pour ceux qui ont plus de vingt ans depuis très longtemps : petit clin d’œil à Guy Béart).

« Le powète rêve d’absinthe mais ne peut s’offrir que du pastis sans alcool ».

Résultat de recherche d'images pour "eric dejaeger"
Éric DEJAEGER

Eric a la dent particulièrement dure à l’encontre des gâcheurs de vers qui dévoient les mots à grands coups de rimes bancales, ils comptent les pieds de leurs vers sur leurs doigts comme le dénonçait le grand Léo, Léo Ferré. Ces besogneux du pied et de la rime ne méritent aucun égard :

« Il ne faut pas protéger le powète : il est en voie de multiplication ».

Le powète ne sera sans doute jamais un poëte tel que le définit Paul Valéry dans le texte cité ci-dessus : « Un poète est en somme un individu en qui paraissent au plus haut degré l’agilité, la subtilité, l’ubiquité, la fécondité de cette toute-puissance économie (de mots) ».

Mais le poète peut écrire pour des raisons moins louables comme le dit si joliment Léon-Paul Fargue dans un court extrait de Tancrède que Paul Valéry cite dans l’ouvrage désigné ci-dessus : « Il était plusieurs fois un jeune si beau que toutes les femmes voulaient expressément qu’il écrivît ». Alors, il faut rester vigilant et peut-être qu’Eric Dejaeger devra écrire un nouvel opus pour dénoncer les bellâtres qui croient que poème rime avec Je t’aime.

Le recueil sur le site de l’éditeur

COURT, TOUJOURS, le blog d’Éric DEJAEGER 

 

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s