LA SAISON LITTÉRAIRE 2019-2020 : FRAGMENTS DE L’HISTOIRE DE LA CHINE / La chronique de Denis BILLAMBOZ

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Denis BILLAMBOZ

Aujourd’hui, je vous propose une chronique historique et chinoise à la fois, je vous propose deux textes qui évoquent des époques très éloignées de l’Empire du Milieu : la période de transition entre la Chine féodale et la Chine impériale qui court de 722 avant JC à 468 avant JC, et la période qui fait suite au départ de Mao. Ces deux périodes bien que particulièrement différentes ont, toutes les deux, profondément marqué l’histoire de la Chine et resteront à jamais des époques déterminantes pour la vie d’un milliard et demi d’individus.

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Petites chroniques des printemps et automnes

Li Jingze

Editions Picquier

Petites chroniques de printemps et automnes

Les Chroniques des printemps et automnes ne sont pas seulement un titre ou une façon de dénommer les notes consignées par les scribes chinois de la période courant de 722 à 468 avant JC, elles sont aussi le nom donné à cette période qui court entre le début du déclin de l’empire des Zhou, l’empire féodal, et la période des royaumes combattants, le fameux basculement du V° siècle avant JC qui vit naître la démocratie à Athènes et connut bien d’autres bousculement dans le monde.

« Ce livre est donc l’histoire de l’anéantissement d’un ordre ancien et de la naissance d’un monde nouveau. Il retrace la transition entre l’époque féodale et l’époque impériale ».

C’est à cette époque que vécurent Confucius et Lao-Tseu et certains, aujourd’hui encore, prétendent que Confucius aurait lui-même corrigé des passages de ces chroniques. Il est impossible de l’infirmer mais pas plus possible de l’affirmer.

Les Chroniques des printemps et automnes doivent leur nom au fait qu’à cette époque en Chine on considérait qu’il y avait deux saisons : une pour désigner celle où les jours croissent vers le zénith de l’année solaire et l’autre qui, à l’inverse, en est le déclin. elles ont été écrites par des scribes du royaume de Lu mais concernent tous les royaumes de la plaine du Fleuve Jaune (Hoang ho) qui occupaient les actuelles provinces du Shaanxi, du Shanxi, de Hubei et surtout celle de Henan, mais d’autres encore presque jusqu’à la plaine du Fleuve Bleu (Yang tsé kiang). Ecrites sur des plaquettes de bouleau, ces chroniques sont très abrégées, elles n’utilisent qu’un très petit nombre de caractères et sont rédigées de façon très succincte, laissant un espace important à l’interprétation des exégètes. Elles ont été complétées ultérieurement par des ajouts et commentaires apportés notamment par le grand historien antique Zuo Qiuming auquel l’auteur se réfère le plus souvent.

Confucius prétend que cette période fut très négative mais les autres sources, notamment archéologiques, démontrent que malgré l’effervescence et le bouillonnement ambiants qui dégénérèrent souvent en guerres et en massacres, selon l’auteur, « Les Printemps et Automnes sont la source spirituelle de la Chine ». La Chine impériale semble puiser ses origines dans cette période trouble de mutation et de transformation. Une nouvelle classe accédait au pouvoir, des rites et des traditions disparaissaient laissant la place à un pouvoir plus dynamique moins éclaté, plus efficace et plus efficient. Ayant, dans ma jeunesse, suivi des études d’histoire médiévale, je serais tenté de comparer cette période à celle de l’histoire de France qui connut la déliquescence de l’empire carolingien avant de s’éteindre avec l’affirmation du pouvoir capétien. Un pouvoir se dilue et se meurt un autre naît dans le chaos et le tumulte.

Le texte présenté par Li Jingze comporte des extraits des chroniques qu’il explique souvent à l’aide des interprétation laissées par les historiographes qui les ont décryptés et qu’il complète par ses propres explications. Les scribes doivent rapporter tout ce que le roi dit, il est l’interprète des dieux, sa parole à valeur de vérité absolue. Comme dans la féodalité médiévale, l’histoire chinoise de l’époque se compose surtout de batailles, de rivalités, de guerres de succession, de trahisons, de félonies, d’intrigues de palais, de complots, de cabales, … Le principal objectif est d’assurer la pérennité du lignage et d’éliminer les prétendants trop empressés. Les royaumes (Lu, Wei, Qi, Jin, Chu, Cao, Wu, et plusieurs autres encore …)  se battent aussi pour élargir leur territoire, assurer ou améliorer leur rang, se rapprocher de l’empereur très affaibli mais toujours détenteur de la légitimité et de la capacité de dire le droit ancestral. Comme dans notre bonne vieille féodalité, les rois, les princes feudataires, les hégémons qui peuvent conduire des coalitions à la guerre, les grands ducs, minent de plus en plus le pouvoir féodal qui à la fin de cette période changera de dynastie passant des Zhou aux Qin fondateurs de la Chine impériale. Ce livre raconte notamment les rivalités sanglantes qui opposèrent les prétendants au trône de du royaume de Jin, cette lutte fratricide fut l’élément décisif qui provoqua les transformations profondes que la Chine connut à cette époque.

« Ils firent de Jin un hégémon durable mais ce furent aussi eux qui, pour finir, firent éclater leur Etat et firent entrer la Chine dans la période des Royaumes combattants ».

La Chine impériale est donc née vers le début du VII° siècle avant JC dans le royaume de Jin au cœur de l’actuelle province du Henan.

Dans « Etranger dans mon pays » paru récemment chez Picquier aussi, Xu Zhiyuan se désole en constatant que les Chinois ont perdu leur passé, il leur suffirait peut-être de lire ce livre de Li Jingze pour comprendre comment est née leur immense nation et sur quels principes et valeurs elle s’est constituée.

Le livre sur le site de l’éditeur

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Etranger dans mon pays

Xu Zhiyuan

Editions Picquier

Etranger dans mon pays

« Notre société a connu des bouleversements d’une telle violence et d’une telle rapidité que le pays tout entier semble être un grand arbre déraciné. La Chine a oublié ses origines ». Le changement est si brutal et si important que Xu Zhiyuan ne reconnait plus son pays où il se sent comme un étranger. Il a donc décidé de partir à sa redécouverte en commençant par parcourir la diagonale qui sépare la Chine des Han de la Chine des minorités, la Chine du pouvoir de la Chine des oppressés, la Chine des riches de la Chine des pauvres…

« Si l’on trace une diagonale rejoignant ces deux villes (Aihui à la frontière russe en Mandchourie et Tchengchong à la frontière birmane au Yunnan), on observe qu’elle correspond à une ligne de démarcation géographique : côté est, à peine 43% du territoire, mais qui est occupé par 90% de la population ; à l’ouest, une immensité relativement inhabitée ».

Son livre ne se contente pas de décrire ce qu’il a vu et entendu lors de ce périple, il l’a complété par d’autres textes assez divers.

« Ce livre est donc un mélange. On y trouve des notes de voyage, des portraits ou des commentaires, mais le thème est toujours le même : il s’agit du sentiment de profonde rupture éprouvé dans la société chinoise contemporaine. »

Ce mélange comporte des notes de voyage aux Trois Gorges, une excursion de Shanghai à Xi’an, des histoires pékinoises, une incursion dans l’histoire au sud du Yangtsé, une excursion à Taïwan, un voyage à la rencontre des jeunes dans les trous paumés, une brève biographie de Chen Danqing, la vision de la Chine post Mao de Liu Xiangcheng et pour terminer un rencontre avec Yu Hua. Une somme de documents importante permettant à Xu Zhiyuan de jeter un regard sur ce que fut la Chine, sur ce qu’elle est devenue et surtout sur cette fameuse rupture qui relie l’ensemble des textes présentés. En faire le détail reviendrait à réécrire une bonne partie du livre, je me contenterai d’en tirer les principaux enseignements.

Ce qui semble, au premier abord, frapper le voyageur c’est le grand bouleversement qui s’est opéré dans les villes chinoises. Elles ont toutes été modernisé, les centres historiques ont souvent disparu, de grands immeubles uniformes et des tours standards ont pris la place. « En Chine, qu’on soit dans le nord, au sud à l’est ou à l’ouest, c’est la même ville qui est partout dupliquée ». Une ville qui grouille d’une foule énorme qui court en tous sens. « C’est sur notre masse humaine pullulante que nous nous sommes appuyés, bien plus que sur le génie individuel ». Cette source inépuisable de main d’œuvre qui permet de remplacer rapidement tous les défaillants et de ne pas se préoccuper de la santé des travailleurs.

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XU Zhiyuan

La Chine d’aujourd’hui offre le spectacle d’« un bouleversement gigantesque, anarchique, sans égard pour les individus, au point que l’apathie ou l’indifférence y sont devenue des stratégies de survie ». Le régime qui a sévi avant l’explosion économique a anesthésié les Chinois, ils ont oublié leur passé, ne sont pas encore capables de se projeter dans un avenir structuré, ils vivent au présent sans se préoccuper de ce qui pourrait leur arriver, ne pensant qu’à accumuler de l’argent pour s’offrir le rêve qu’ils ont en eux après les longues privations : imiter le modèle de consommation des Occidentaux, pouvoir vivre comme eux, manger leur part du gâteau maintenant, très vite et sans retenue. Cette société vénérant le dieu argent s’est construite autour d’une rupture de plus en plus profonde entre ceux qui réussissent et ceux qui triment comme des bêtes pour payer la réussite des vainqueurs. Les touristes qui nous bousculent sur tous les sites touristiques de la planète sont les petits vainqueurs des réformes économiques.

« Leur fierté, ils l’ont souvent conquise au prix de leur santé, et surtout de leur esprit : leur vision du monde est le plus souvent aussi étroite qu’imbue d’elle-même ».

Le niveau de vie des Chinois a enflé rapidement mais seulement pour ceux qui réussissent, pour les autres, notamment ceux de la Chine de l’ouest, des minorités, la vie est beaucoup moins facile. Les villes ont explosé, les campagnes se sont appauvries, les nouveaux riches flambent, les autres sont repoussés toujours plus loin dans la marge, ravalés au rang de simples moyens de production. Cet essor doré touchant ceux qui ont osé et pu entreprendre a un prix : « Qu’il s’agisse des individus ou du corps social chinois dans son ensemble, ce pays est dévitalisé : l’argent, lubrifiant social ou stimulant exclusif, y occupe un rôle prééminent ». Le régime maoïste a lavé le cerveau des Chinois, ils n’ont plus aucune conscience politique, ils ont perdu toutes leurs valeurs sociales et se moquent comme de l’an mil de l’avenir de la planète. Et, Xu Zhiyuan de conclure : « … chacun de nous porte aussi le fardeau d’une vie dont toute signification est absente ». Selon Chen Danqing, la Chine aurait perdu toute estime pour sa propre culture, dévorée par l’obsession de l’imitation dont ne résulterait, la plupart du temps, que des copies de mauvaise qualité.

Et l’auteur s’interroge en lisant Qian Mu, grand historien du XX° siècle : le ritualisme de l’ancien régime ne permettait-il pas au moins d’assurer une certaine solidarité entre les hommes et l’existence de valeurs collectives qui semblent aujourd’hui disparues ? Comme si un léger vent de nostalgie soufflait déjà sur les intellectuels chinois… C’est du moins l’impression que j’ai eu en lisant ce mélange de textes, l’impression que la richesse qui ruisselle aujourd’hui sur la Chine réclame en contrepartie un lourd tribut humain, social, culturel…

Le livre sur le site de l’éditeur

LES ÉDITIONS PHILIPPE PICQUIER 

 

 

 

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