2020 – LECTURES POUR COMMENCER L’ANNÉE : NOUVELLES BRÈVES / La chronique de Denis BILLAMBOZ

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Denis BILLAMBOZ

Des éditeurs bruxellois (ou de la région, je ne sais trop…) ont trouvé le moyen de diffuser rapidement des petites nouvelles en éditant des textes plutôt courts : nouvelles, poésies, etc… dans des petits formats qui se glissent aisément dans n’importe qu’elle poche. Une façon bien agréable pour le lecteur d’emporter de la lecture pour oublier le temps qui s’éternise dans les transports en commun, dans les salles d(‘attente, à la table d’un bistro (ou d’un bistrot, selon…) en attendant un rendez-vous ou n’importe où on s’ennuie fermement en attendant quelque chose ou quelqu’un qui n’arrive pas assez vite. Pour l’exemple, j’ai choisi un texte publié par Maelström et deux publiés par Lamiroy.

 

Vertige !

Philippe Remy-Wilkin

Maelström

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Maelström a eu la belle idée de confier à des écrivains le soin de raconter Bruxelles autrement dans une collection intitulée : « Bruxelles se conte ». Philippe Remy-Wilkin a eu pour mission de rédiger l’opus 81 qu’il a intitulé « Vertige ! ». il a choisi de raconter le musée d’art africain de Tervueren dans la banlieue de la capitale. Un jour son héros a reçu une invitation mystérieuse pour visiter ce musée après sa réouverture faisant suite à une longue fermeture pour « décolonisation ». Avant sa transformation ce musée montrait l’Afrique de « L’enfant noir » de Camara Laye, le « bon noir » bien éduqué par des colons attentionnés et soucieux du développement des populations indigènes. Ceux que Ferdinand Oyono, avec aigreur et acidité, présente comme des « nègres » candides exploités les colons dans son livre « Le vieux nègre et la médaille ». Une vision de l’Afrique qui n’était plus supportable.

Et pourtant au cours de cette visite commentée, des voix dissonantes s’élèvent du groupe de visiteurs, certains ne cessent de répéter que si les colons étaient encore en Afrique ce continent ne serait pas à la dérive comme il l’est actuellement, d’autres disent exactement le contraire et pensent que cette dérive n’est que le fruit des abus coloniaux. Ces deux visions de l’Afrique ne seront jamais conciliables, pas plus que la fusion des deux principales communauté belges dans un peuple uni et soudé. Le visiteur invité conçu en Afrique mais né in extremis en Belgique, écoute ces remarques divergentes sans prendre parti, il pense à sa mère morte récemment avec laquelle il ne se comprenait pas très bien, à sa famille écartelée ayant vécu entre Belgique et Congo (celui de la République d’aujourd’hui).

Il essaie de rassembler les pièces du puzzle de son existence en écoutant un vieux monsieur qui l’invite à boire un verre après la visite. Il lui raconte sa vie et son désespoir, il se plaint de n’avoir pas tout su ce qu’il aurait dû savoir et, par contre, d’avoir su des choses qu’il n’aurait peut-être pas dû savoir. Le vieux monsieur le réconforte en évoquant certains événements qu’étrangement il semble connaître. Au comble de la confusion, le visiteur perturbé croise le guide du musée qui en deux mots éclaire brusquement son passé ténébreux mais aussi son avenir guère plus lumineux.

Quelques pages pour évoquer la colonisation, l’avenir de l’Afrique, la Belgique face à son histoire et ses querelles, une saga familiale tout aussi complexe que les rapports entre la métropole et la colonie du Roi, …, une nouvelle qui se termine par une chute vertigineuse. Un exercice de virtuosité littéraire excellemment exécuté par l’auteur, en gymnastique on dirait qu’il a réalisé un « pile chute » méritant la meilleure note.

Le livre sur le site de Maelström 

Les livres de Philippe REMY-WILKIN chez Maelström

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Furfur

Patrick Boutin

Lamiroy

#117 Furfur

 

Pour leur publication du 22 novembre dernier (opus 117), les Editions Lamiroy ont retenu cette nouvelle proposée par Patrick Boutin, elle raconte l’histoire d’un peintre particulièrement talentueux, Furfur, capable de reproduite le plus fidèlement possible n’importe quel visage au point d’effrayer ceux qui lui commande un portrait. Ils le prennent pour le diable en personne possédant le don jeter le trouble et la confusion avec son seul art à la pointe de son pinceau. Comme il fait fuir les acheteurs potentiels, Furfur gagne peu d’argent, il décide alors de peindre son propre portrait pour l’exposer lors d’un salon et d’ainsi faire reconnaître son talent.

Le tableau est une pleine réussite, la ressemblance est confondante. A la manière d’Oscar Wilde, Patrick Boutin donne une tournure fantastique à son récit, progressivement il fait vivre le portrait de son héros qui s’extrait peu à peu de son cadre pour prendre place dans la vie de son modèle et réalisateur. Observant attentivement son auteur, le portrait s’identifie de plus en plus à lui acquérant toutes ses aptitudes et capacités. La confusion devient de plus en plus troublante et interpelle de plus en plus le modèle qui peu à peu voit son œuvre lui échapper et le contraindre à une issue qu’il n’avait pas prévue.

Une belle nouvelle fantastique mettant en scène le jeu de double, écrite dans un vocabulaire riche, chargé de nombreux mots rares, savants, recherchés, qui évoque Le Portrait de Dorian Gray d’Oscar Wilde sans pourtant l’imiter.

L’Opuscule sur le site des Editions Lamiroy

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Nuit sorcière

Evelyne Wilwerth

Lamiroy

#102 Nuit sorcière

Le 15 novembre, le beaujolais nouveau est arrivé mais il n’est pas venu seul, Lorenzo a reçu sa lettre, la fameuse lettre qui hante notamment tous ceux qui travaillent dans les grandes société industrielles risquant de migrer à la première opportunité vers des cieux plus propices aux investisseurs. Il n’a même pas besoin d’ouvrir l’enveloppe, il sait qu’il est bon pour monter dans la charrette, qu’il va quitter, l’entreprise, qu’il a perdu son emploi, son statut social, ses amis, … qu’il n’a plus rien, que sa vie est foutue. Toute la nuit il va dériver de bars en cafés, boîtes de nuit ou autres lieu où il s’enivre, perd ses repères, se dilue dans la nuit errant comme une épave symbolique de notre monde qui s’effrite bousculé par d’autres civilisations avec lesquelles il ne sait pas dialoguer.

Evelyne Wilwerth maîtrise l’art de la nouvelle sur le bout des doigts (ceux qui tapent sur le clavier), elle explique même dans celle dernière ce qu’est cet art et toute la difficulté qu’il y a à produire une bonne nouvelle avec un nombre de mots requis mais pas plus.

« La nouvelle est le genre littéraire le plus redoutable qui soit. Car on travaille sur le fil : l’équilibre entre l’explicite et l’implicite. Ou, en d’autres termes, un alliage très subtil du narratif et du suggestif … ».

L’équilibre, son personnage semble bien fâché avec, mais, en revanche, celui du récit de l’auteure est particulièrement bien respecté. Le texte est bien rythmé, les phrases sont souples, fluides, le vocabulaire est riche sans être trop recherché et surtout la narration est très élégante, parfois expressive, souvent allusive, elle crée une atmosphère qui correspond particulièrement bien à cette histoire d’échec social qui se transforme en dérive humaine. En quelques mots, elle campe une directrice des ressources humaines ayant tout ce qu’il faut d’inhumanité, d’artificialité, d’antipathie pour en faire la parfaite incarnation de l’héroïne agonie qui fera basculer le héros sympathique inspirant la pitié, dans le malheur et la misère.

« Puis son sourire, dents trop blanches, rouge à lèvre vermillon, peau tendue, effets de nombreux liftings, parfum divin, moi sans voix ».

La femme glaçante et inaccessible, plus vraie que nature, à qui on ne peut rien rétorquer, esquissée en quelques mots seulement.

Une nouvelle comme Lamiroy en publie chaque semaine : quelques mots pour quelques sous et un bon moment de lecture où que vous vous trouviez. Ces textes sont présentés sur de jolies petites revues qui peuvent être glissées dans la poche même d’un short pour aller lire sous un bel ombrage en oubliant la canicule ambiante.

L’Opuscule sur le site des Editions Lamiroy

 

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