2020 – LECTURES POUR COMMENCER L’ANNÉE : ÇA PIQUE LES CACTUS

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Denis BILLAMBOZ

Pour commencer cette nouvelle année, je n’ai pas oublié de lire quelques recueils d’aphorismes publiés par le Cactus Inébranlable, ma façon de ne pas laisser ma causticité s’étioler, de conserver mon esprit critique intact, et surtout de me régaler de l’adresse avec laquelle les auteurs de la maison jonglent avec les mots, les idées et les concepts. Ces trois recueils n’ont pas tous été publiés en cette nouvelle année, certains ont stationné quelques semaines sur mon bureau avant que je les déguste mais ils peuvent tous les trois être considérés comme faisant partie des nouveautés.

 

Sentences de solitude

Thierry ROQUET

Cactus inébranlable

Il semblerait que Thierry Roquet ait écopé d’une lourde peine de solitude et c’est avec une sincère résilience qu’il accomplit cette punition en rédigeant des aphorismes à son honneur : condamner à écrire des aphorismes exprimant la solitude dans laquelle il semble se débattre, comme auteur s’entend, pour le reste, on ne saura jamais. Espérons seulement qu’il aura accompli sa punition avant qu’un nouveau siècle s’épuise. Je n’ai pas recensé tous les aphorismes de ce recueil évoquant la solitude à laquelle l’auteur semble condamné, j’en citerai seulement deux ou trois dont je me souviens. Le premier est bien installé à la première page et il expose clairement l’intention de l’auteur : « Je vais tromper ma solitude avec l’ennui ; puis les présenterai l’un à l’autre ». Les autres sont plus loin dans le texte. Le suivant lui permettra de réaliser son premier en jouant Les Parapluies de Cherbourg, « Je vais tremper ma solitude en sortant sous la pluie ». Le dernier que j’ai retenu est plus philosophique, plus profond, il invite à la réflexion et même à la méditation : « La solitude est à double tranchant ; on ne sait jamais trop si cette confrontation permanente à soi abouti à la justesse ou au déni, au repos ou à l’épuisement total ».

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Thierry Roquet 

Thierry ne s’est pas contenté de tromper sa solitude, il a largement balayé le champ de ses activités, préoccupations, réflexions personnelles mais aussi toutes le stupidités, incongruités et autre sottises dont notre société accouche régulièrement. Il les a croqués non pas comme un vulgaire toutou mais plutôt comme un habile caricaturiste avec les mots dont il connait le sens le moins apparent et dont il maîtrise l’usage avec une grande adresse. Un Roquet installé chez Cactus inébranlable, ça peut piquer mais ça peut mordre aussi avec en guise de crocs des mots, de mots détournés, des mots affûtés, des mots acérés mais également de mots doux, des mots gentils, et surtout des mots drôles et des fulgurances hilarantes.

« Je garde mes idées pour moi : je me retire donc de l’avis politique ».

« L’éternité n’est pas si longue, il suffira de s’y habituer ».

« Je garde la même chemise pour n’avoir pas à changer trop souvent d’avis ».

Pour que l’auteur se sente moins seul on peut l’assurer qu’il a des lecteurs qui le lisent avec plaisir et un illustrateur, Ben Parva, qui lui a fait une jolie couverture.

Le recueil sur le site de l’éditeur

Le blog de Thierry ROQUET

 

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Aucun signe d’amélioration

Isabelle SIMON

Cactus inébranlable

Ce n’est qu’à la fin de ce recueil que l’éditeur nous met en garde contre les outrages, les vices et les sévices qui pourraient rendre cette auteure fort dangereuse. « Après s’être rendue coupable d’Outrages de dames, elle récidive avec Manuel de castration chez Simorgh du Gard et finit par être déclarée Dangereuse avec Evidence. Le pronostic fatal est engagé ». Mais personnellement, je ne m’aventurais pas en terrain inconnu, j’avais déjà autopsié les outrages qu’Isabelle Simon étaient capable d’infliger à certaines dames. J’étais averti, je savais ce qu’elle pense de l’acte d’écrire :

« Faut pas écrire pour l’utile. Ni pour l’agréable… Encore moins pour joindre les deux bouts ! » et que « Vice ou vertu, on s’en branle. On aime, on désire, on s’élance, on se sauve, on s’arrange, on se débrouille ! C’est la morale des autres qui se charge de l’étiquetage ».

L’essentiel étant ainsi dûment exposé, j’ai pu lire en toute quiétude les aphorismes d’Isabelle.

Des aphorismes qui sont comme des petites nouvelles qui tombent à pic, chutent avec élégance ou dégringolent avec fracas. Celui-ci tombe

« A l’égout

Le pire avec l’héroïne, ce n’est pas la mort qu’elle pourrait donner, c’est la vie qu’elle fait mener ».

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Isabelle Simon

Celui-là sombre crûment :

« Crudité

A la suite d’une liaison rapide avec son traiteur, la femme légère se trouva grosse de ses hors d’œuvre ».

Cet autre prévient :

« Avant qu’on signe

Il est possible d’aimer ses chaînes mais il convient de vérifier au préalable qu’à l’autre bout ne s’accroche pas un boulet. »

Et, ce dernier peut éviter la chute par ses vertus thérapeutiques :

« Prophylaxisme

Pratiqué régulièrement, l’humour améliore l’élasticité des tissus cérébraux ainsi que celle des fibres nerveuses ».

Je ne vais pas vous recopier ici les aphorismes qui ressemblent le plus à des petites nouvelles, comme celui qui raconte l’histoire du chat Oliver, je vous laisse le soin de les découvrir vous-même dans ce bien joli recueil où Isabelle brocarde tous les pouvoirs et tous les travers qui affectent l’humanité. Elle ne se contente surtout pas de décocher des flèches et des piques avec malice, lubricité ou cynisme, elle le fait aussi avec élégance, maniant la langue avec dextérité pour, par exemple, en tirer un très intéressant jeu d’assonance et d’allitération, mais aussi de double sens, dans cet aphorisme :

« Elle était sessile, Cécile, rivée comme une moule, sans pédoncule, à son Roger. C’était une scieuse et lui, une sciotte. Ils étaient scissiles. Ils se sont fait scier ».

Elle m’amuse, elle me fait marrer, elle m’enchante, elle me régale !

Je me souviens qu’après ma lecture d’« Outrages de dames » j’avais conclu ma chronique par ces quelques mots :

« Et même si ce texte est cru, empreint de violence et de brutalité, il contient quelques passages très poétiques et son écriture ne perd jamais son élégance et sa finesse même dans les histoires les plus sordides. On peut dire les choses les plus crues sans pour autant s’égarer dans la vulgarité, ça Isabelle sait bien le faire, son écriture reste toujours aussi lisse quel que soit le sujet qu’elle traite. Elle ose dire ce que beaucoup ne veulent pas dire, le plaisir et le désir … »

Et je confirme avec enthousiasme après la lecture de ces aphorismes.

Le recueil sur le site de l’éditeur

 

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Des jours comme ça

Pascal SAMAIN

Cactus Inébranlable

Il y a des jours comme ça où le facteur dépose dans la boîte aux lettres un petit paquet contenant un petit livre qui se niche facilement dans une poche les jours où l’on part à l’aventure dans le bus, le tram, le train et même l’avion… Il y eut un jour comme ça où le petit paquet contenait un recueil d’aphorismes de Pascal Samain, il y racontait sa vie, ses humeurs, ses tracas, ses aigreurs, mais surtout la bêtise, la méchanceté, la stupidité, l’âpreté au gain et moult autres travers encore de notre société puérile et décadente. C’est tout un art de loger tant de travers dans de si courts aphorismes, un art que Pascal Samain a développé autour de sa formule fétiche, « Il y a des jours comme ça » qui introduit chacun des trois-cent-soixante-cinq aphorismes, je ne les ai pas comptés, c’est lui qui dit qu’il en a écrit cette quantité, qui forment l’esquisse d’un essai sur l’état de la société francophone au début du XXI° siècle.

Il y a des aphorismes comme ça qui égratignent tous ceux qui ne respectent pas la littérature :

« Il y a des jours comme ça où ce qu’on nomme « le monde littéraire » n’est au final rien d’autre qu’un organisme biologique n’ayant pour unique but que sa propre reproduction ».

« Il y a des jours comme ça où, comme si on vous les offrait avec votre caddie de course, les petites phrases toutes faites, censées ouvrir un champ sémantique sans limite, ne font jamais que couvrir de honte celui qui les prononce ».

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Pascal Samain

Il y a des aphorismes comme ça qui stigmatisent ceux qui devraient porter la bonne parole :

« Il y a des jours comme ça où les journalistes portent des cornes en direct, c’est parce que l’information persiste à leur être infidèle avec un fameux bonheur ».

« Il y a des jours comme ça où les vents font tourner bien plus de girouettes humaines que d’éoliennes. »

Il y a des aphorismes comme ça qui font douter de la réalité et de la crédibilité du monde :

« Il y a des jours comme ça où rien ne se gagne, rien ne se perd, et plus grave sans doute rien ne se transforme ».

« Il y a des jours comme ça où, au réveil, le rêve achevé apparait plus vrai et plus souhaitable que le vrai ».

Il y a des aphorismes comme ça qui disent l’angoisse de vivre dans ce monde :

« Il y a des jours comme ça où l’évidence s’impose que la vie s’arrête déjà le jour de la naissance ».

 « Il y a des jours comme ça où, sans le dire ça ne va pas, mais où en le disant ça va encore plus mal. »

« Il y a des jours comme ça où la planète Terre n’est même pas celle des singes ».

Je ne savais pas qu’il y avait un auteur comme ça qui me connaissait aussi bien :

« Il y a des jours comme ça où, cet homme-là, bien qu’en bonne forme, n’a aucune envie de faire démarrer la journée, parce que les draps sont si doux. »

Il y a bien un auteur comme ça qui sait dire au moins trois-cent-soixante-cinq choses sur notre monde qui marche de travers. Je vous laisse découvrir les autres.

Le recueil sur le site de l’éditeur

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Le tout nouveau site du CACTUS INÉBRANLABLE

 

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