LES LUNES ROUSSES de TÜLIN OZDEMIR / Une chronique de Philippe LEUCKX

POÉSIE BRÈVE D'INFLUENCE JAPONAISE de IOCASTA HUPPEN (L'Harmattan) / Une lecture de Philippe LEUCKX
Philippe LEUCKX

VU SUR ARTE 

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Consacré à sa tante, à sa mère, à sa famille de Turquie, le film d’Özdemir est traversé de part en part par une blessure – celle que la tante Hafize (prénom qui ne fut pas le sien, mais repris de la carte d’identité de sa soeur morte, elle s’appelait Tuncay, avec une carte d’identité bleue de garçon) ressent d’avoir connu la séparation d’avec sa mère, son père, ses sept frères, pour rejoindre, à six ans, sa soeur aînée, mère de la cinéaste. Et quelle blessure : « mon père, lors de mon départ, ne s’est pas retourné ». La femme mûre n’a pas pu oublier ni dégorger cette peine. Une séquence admirable montre Hafize déposer la dépouille de Tuncay qu’elle fut sur la tombe de son père Mahmet Öglu : elle pleure, elle s’adresse à ce père, le seul auquel elle en a toujours voulu de la laisser à six ans, partir pour l’Europe, l’inconnu.

Avec une douceur orientale, qui n’exclut pas l’âpreté des ressentiments ni le mélancolique retour au pays natal, dans un village où vit encore la grand-mère, Özdemir dénonce aussi et surtout les mariages arrangés, que sa mère, que sa tante ont subis. Hafize, mariée à treize ans, a souffert de ne pas pouvoir choisir en toute liberté. Aujourd’hui, mère et grand-mère, Hafize-Tuncay a franchi le traumatisme, a défié les tabous, est retournée et a avoué sa blessure.

Quelle beauté sourd de ce film, avec ses musiques où les hommes et les femmes , séparés, offrent des rondeaux de danse lors des mariages.

On cueille « pour toute la famille » les beaux abricots.

La cinéaste, souvent à l’image ou en retrait, questionne ses proches avec une amabilité et un désir d’ouvrir et de refermer au mieux les plaies pour que de là sorte la blessure.

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Tülin OZDEMIR

Cette belle femme redonne une beauté à ses congénères : elle leur offre d’expurger la douleur tout en gardant les tissages familiaux.

De longs plans séquences (fixes ou ce fameux travelling arrière sur une route de campagne turque) rappellent Ozu, avec ce même souci des détails porteurs : des mains, le henné, la toilette derrière un rideau de la grand-mère, la pudeur des quelques hommes – les oncles de la cinéaste – qui parlent peu, et disent la même douleur des « mariages arrangés ».

Un très grand documentaire, qui vibre, qui relate, décrit avec un regard ethnographique de première main, un regard souple, fluide, tendre et tout à la fois aigu.

« Les lunes rousses », film de la jeune Tülin Özdemir, Belgique, 2019, 1h30.

À REVOIR sur La Trois le mardi 18 février à 22h45.

Le site de Tülin Ozdemir 

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